(Conclusion d'un mois de lutte des masses en Grèce)
Nous publions ci-dessous la traduction d'un article paru dans le numéro du mois d'août de lorgane des trotskystes grecs Bulletin
Marxiste. Depuis que cet article fut écrit, la monarchie a réussi à sa troisième tentative à former un gouvernement qui a obtenu une majorité parlementaire. Mais ce n'est là qu'un succès momentane de la réaction et non une solution aux problèmes qui ont provoque la crise grecque de cet été.
L'article que nous publions traite de ces problèmes et apporte les mots d'ordre et les perspectives mis en avant par le Parti Communiste
Internationaliste (section grecque de la IVe Internationale). Dans la rubrique « Documents », on trouvera une déclaration du Secrétariat
Unifié sur les événements de Grece, également écrite avant la formation du gouvernement Stephanopoulos.
Les événements de juillet ouvrent une nouvelle et importante phase dans l'évotion politique et sociale de la Grèce. Ces développements se caractérisent par l'attaque de la Cour contre le gouvernement bourgeois parlementaire de Papandréou et par l'étranglement des droits constitutionnels du peuple d'une part, par la résistance et la mobilisation des masses populaires contre le coup de force royal, les gouvernements de palais et la Couronne comme institution, d'autre part.
Un gouvernement de « démocratie » bourgeoise basé sur une majorité absolue des députés et 53 % du vote populaire tel qu'il s'est manifesté aux élections de février 1964, a été supprimé, à la suite d'une conspiration de la Cour, de l'impérialisme américain, du grand capital et des officiers royalistes.
Le gouvernement de l'Union du Centre était, bien sur, un gouvernement au service du capital et de l'impérialisme, et de ce fait un gouvernement contre les ouvriers et le peuple, un barrage anticommuniste. Mais l'Union du Centre fut hissée au pouvoir à la suite d'une large mobilisation combative des masses populaires contre la dictature de Caramanlis camouflée sous un manteau parlementaire. Cette mobilisation populaire s'est faite sur des mots d'ordre démocratiques : * A bas le gouvernement de LERE 1 (gouvernement de Caramanlis) », " Démocratie ! », « Le fascisme ne pas. sera pas ! » « Un-un-quatre 1 » (114, les articles de la Constitution grecque). Le gouvernement du Centre était exactement le contrepoids parlementaire à la fois aux luttes de masses pendant la période: 1961-1963) pour leurs libertés démocratiques et à leurs illusions dans l'Union du Centre.
Mais, si l'Union du Centre s'est appuyée sur les masses populaires pour devenir un gouvernement « démocratique », une fois devenue gouvernement de la classe bourgeoise, elle a commencé rapidement à montrer sa physionomie antiouvrière. Elle a affronté la vague des revendications ouvrières avec la force brutale de l'appareil policier, tandis qu'elle était généreuse à profusion envers les policiers, les ofriciers et les juges. Elle s'est efforcée non seulement en paroles, mais en actes de prouver à la Couronne, au grand capital, aux « grands alliés » qu'elle était le meilleur barrage anti-communiste, le meilleur appui en ce moment de la Couronne, du régime bourgeois et de l'impérialisme, un appui « démocratique » pour la « modernisation » et le « développement » de l'économie grecque dans le cadre du Marché Commun. Pour amadouer la Cour, le gouvernement « démocratique » de Papandréou lui a fait cadeau d'un avion, on a augmenté l'allocation à Frederica, on a voté la loi de protection de la reine-mère, on a nommé Gennimatas comme chef de l'état-major. Pour acquérir la faveur du grand capital, il a voté des exemptions fiscales, bloqué les salaires, noyé les grèves dans le sang, interdit les manifestations, stoppé le redressement démocratique du mouvement syndical ouvrier, conservé presque intacte législation anti-ouvrière et les mesures d'exception. Pour s'attirer les faveurs de l'impérialisme américain, Papandréou a annulé son voyage à Moscou, s'est montré conciliant dans l'affaire de Chypre, a manifesté son attachement à l'OTAN défendu les positions de l'impérialisme. Mais en vain ! L'antipathie et Phostilité de la Cour, de la camarilla milltaire du grand capital et de la Maison Blanche sont restées inchangées en face d'un gouvernement « populaire » et majoritaire, à la Chambre des députés, goulvernement qui n'a pas été nommé par la Cour et qui n'était pas totalement à sa disposition, qui en outre avait une base populaire imprégnée de sentiments dé. mocratiques, anticapitalistes et antiimpérialistes, qui, enfin, était obligé, pour sa survie politique, de faire quelques petites concessions aux masses et de s'opposer quelque peu à l'impérialisme américain dans ses efforts pour « clore » l'affaire chypriote aux dépens de son peuple. Les demi-libertés et le sentiment de victoire acquis par les masses après le renversement du gouvernement de Caramanlis et la diminution de l'influence de l'ERE aux élections de 1963 et 1964 étaient des choses que les plus sombres ennemis du peuple ne pouvaient supporter pendant longtemps. C'est ainsi qu'ils ont mis à exécution leur projet d'écarter le gouvernement Papandréou et de former un gouvernement de palais composé de députés de l'Union du Centre, valets de la Cour, avec l'appui de l'ERE, comme un premier pas pour imposer un pouvoir camouflé de manière parlementaire mais essentiellement dictatorial, qui au soulèvement spontané des masses populaires qui, par leur sens aiguisé à ces moments, ont vu le danger réel qui les menaçait avec l'intervention du Palais dans l'évolution politique. L'intervention cynique de la Couronne équivalait à la suppression du droit constitutionnel du peuple d'élire et de désavouer par son vote les gouvernements. Cette provocation, les masses populaires de la capitale et des autres grands centres du pays avec l'avant garde des étudiants et toute la jeunesse, l'ont affrontée en utilisant la même tactique que celle qu'elles avaient employée contre le gouvernement de 1'ERE : descente dans la rue. La classe ouvrière a énergiquement pris part à la lutte par ses mobilisations quotidiennes incessantes et sa grève générale de 24 heures. Une fois encore, dans l'histoire récente, des batailles de classe contre les forces de la réaction ont été menées autour de mots d'ordre démocratiques pour les libertés démocratiques des masses. Batailles maculées du sang des manifestants et du jeune Sotirios Pétroulas assassiné. Mais cette fois-ci la lutte se déroulait à un niveau politiquement supérieur à celui de la période 1961-63, Où la lutte s'orientait contre l'ERE comme gouvernement et comme parti de la droite. Cette fois-ci le « gouvernement » était dirigé par la droite du Centre et consacré par le Roi. Dépassant les mots d'ordre de Papandréou en faveur de mobilisations pacifiques pour le fonctionnement normal de la démocratie couronnée, inditférentes aux mots d'ordre ridicules de TEDA pour la « démocratisation » de la Cour, les masses populaires prenaient conscience, dans le feu de la lutte démocratique, du rôle anti-populaire de la Couronne et de la nécessité de répondre à cette attaque contre les droits les plus élémentaires du peuple, par une contreattaque contre la monarchie. Le mot d'ordre « référendum » qui a dominé au cours de ces mobilisations de masse du peuple est un slogan démocratique anti-dynastique et concerne le régime politique : Papandréou le rejette et la direction de l'EDA l'évite, le premier en tant que chef d'un parti de la démocratie bourgeoise, et la seconde en tant que parti de la démocratie petite bourgeoise voulant ramener la lutte dans le cadre de la « loyauté » démocratique.
Le slogan des masses « l'armée avec le peuple » sort aussi de la même nécessité de mobilisation des masses, parce qu'il constitue une invitation aux enfants du peuple mobilisés, à l'infanterie, de ne pas se battre contre les manifestants et de fraterniser avec eux pour la victoire populaire contre la réaction.
Le slogan de la grève générale pour la défense des libertés démocratiques (qui s'appuierait sur les faveurs ronne, du grand capital, étatique, de l'impérialisme qui, par étapes, prendrait pour supprimer ces petites quises par le mouvement avec comme but final leur leur écrasement total.
: de la Coude l'apparell américain et des mesures libertés condes masses, abolition et
Le gouvernement Novas Mitsotakis, qui a été formé par le premier groupe de renégats de l'Union du Centre, se heurta ont été amputées par tous les gouvernements bourgeois précédents - y compris celui de Papandréou - trouve aujourd'hui une large audience dans les masses travailleuses. Un premier essai prit forme le 20 juin avee la grève de 24 heures qui fut un avertissement. Mais ce ne fut pas suffisant ! Des formes de lutte supérieures susceptibles de s'imposer par le développement et l'intensification des luttes populaires seraient une grève générale de 2 ou 3 jours à l'échelle nationale ou une grève générale illimitée avec oceupation des usines.
Les masses qui luttent dans les rues ont fait preuve non seulement de maturité politique en dépassant les mots d'ordre tièdes de la direction « démocratique » bourgeoise (Papandréou) et de la direction petite bourgeoise bureaucratique de l'EDA et en scandant des slogans de lutte directe identiques à ceux de l'avant-garde marxiste révolutionnaire (de la IVe internationale) tels que « référendum », « grève générale », etc.
En outre, avec leur saine conscience de classe, les masses ont défendu le droit à l'expression libre des tendances participant à la lutte de masse, isolant ainsi les bureaucraties «de gauche» et leurs organes et réprouvant leurs sales calomnies contre les trotskystes. Cela est un premier pas décisif vers le détachement des masses de la direction « de la gauche » bureaucratique et aventurière qui s'est mise à la remorque de Papandréou et s'efforce de maintenir le radicalisme spontané et la combativité des masses par des directives invitant à éviter les slogans « extrémistes » (comme le « rétérendum ») et à « se disperser dans le calme » - sans pourtant l'obtenir. C'est ainsi que mûrit dans les masses au combat, sinon la conscience de la faillite politique de l'EDA, au moins celle de l'insuffisance, du conservatisme et du caractère bureaucratique de sa direction, et se préparent les conditions d'une orientation de ces masses vers la nécessité de forger une nouvelle direction combative, anticapitaliste et antibureaucratique, ce qui serait une conquête pleine d'espoir issue de l'expérience propre des masses.
Après la chute du gouvernement de cour de Novas, devant le soulèvement populaire et le vote défavorable qui s'ensuivit a la Chambre des députés, la Couronne a cherché à atteindre ses buts avec de nouveaux « hommes du roi ». toujours pris dans l'état-major gouvernemental de l'Union du Centre. Stephanopoulos et Tsirimokos. Cela prouve son intention ferme d'imposer, par tous les moyens, un gouvernement de centre-gauche (avec des figures provenant des « dissidents » du Centre et avec comme prin-
NALE 27 cipal appui parlementaire l'ERE) qui aurait les faveurs royales, ne serait-ce qu'une formation transitoire vers des combinaisons gouvernementales droitières. Cet effort (qui comme, il était naturel, a renforcé les sentiments anti-dynastiques des masses populaires) confirme son intention ferme de poursuivre la voie qui conduit à une vraie dictature de cour camouflée parlementairement par un « vote de confiance » de la majorité de la Chambre. Si le roi échouait dans cette tentative, il pourrait essayer de former un « gouvernement de concentration » qui assurerait la participation même de l'ERE et de Markezinis ou un gouvernement transitoire formé de personnalités extra-parlementaires qui, alors, demanderait à la Chambre de voter la proportionnelle avec l'intention d'aggraver l'émiettement de l'Union du Centre et de hisser au pouvoir l'ERE, en tant que parti. de droite le plus homogène.
Dans les conditions mondiales de conflit de plus en plus aigu de l'impérialisme avec la révolution coloniale, d'une nouvelle phase d'escalade de la guerre au Vietnam et d'une intensification, à l'échelle nationale, des antagonismes sociaux à issue incertaine, le recours de la Couronne à la dictature ouverte, sous le prétexte de « danger national » et de « salut de la patrie » est même probable. Caractéristiques en ce sens, d'aprés les renseignements de l'envoyé du New York Times sont les sondages faits à Washington et à Londres pour imposer éventuellement une dictature militaire et l'activité de quelques militaires et journalistes en faveur de cette « solution ». C'est une « solution » en effet : mais ces milieux voudraient l'éviter, parce qu'elle est une arme à double tranchant et, dans les conditions générales actuelles, elle conduirait rapidement à la guerre civile et à des explosions révolutionnaires en Grèce. C'est pourquoi les responsables locaux et internationaux de la réaction préfèrent la vole du « pouvoir fort » camouflé parlementairement et dirigé par
Cette « solution » ne peut être finalement et définitivement conjurée que par tine lutte permanente, de plus en plus large et profonde des masses qui atteindrait le mal à la racine et se développerait de victoire en victoire, non seulement contre les gouvernements-marionnettes de la Cour, mais, aussi, contre leurs appuis : la Couronne, le grand capital, l'impérialisme. Cette lutte ne se limiterait pas à la défensive, mais passerait à l'attaque contre la réaction sociale et son régime et créérait, par son développement, les nouveaux organes de lutte (comités dans les usines, les quar-
INTERNATIONALE tiers et les villages, gardes ouvrières et paysannes, comités d'alliance des ouvriers et des paysans) et forgerait ainsi un invincible front unique de lutte des ouvriers, des paysans, des étudiants et des soldats, un front antidynastique, anticapitaliste et antiimpérialiste, qui serait le seul capable de retirer au parti bourgeois « démocratique » de l'Union du Centre de son influence populaire, d'ébranler et de balayer la Couronne et d'ouvrir la voie vers un gouvernement de coalition ouvrier et paysan, basé sur ces nouveaux organes de masse, organes de lutte et de pouvoir démocratiquement élus et contrôlés par les masses.
Aujourd'hui, les larges masses populaires descendent dans la rue pour la défense des libertés démocratiques élémentaires foulées aux pieds par la Cour, Dans cette lutte, par leur propre expérience, elles commencent à se débarrasser de leurs illusions parlementaires, à prendre conscience des rôles que jouent l'Etat bourgeois, la Chambre, la Couronne, le parti « démocratique » bourgeois, les politiciens capitalistes et même « patentés socialistes », et à avoir confiance dans leur propre force au combat. Eiles comprennent la nécessité de dépasser les slogans de Papandréou, comme celui de « manifester dans le calme » : elles débordent déjà sa politique qui se résume dans les slogans : « pas de changement de régime », pour une royauté constitutionnelle régulière ! », « pas de front à la base » etc. Elles se défient de la direction conservatrice et bureaucratique de T'EDA ; souvent elles isolent ses agents, elles ne se laissent pas entrainer par les sales calomnies de la clique bureaucratique contre les trotskystes « fascistes, trotskystes et provocateurs ». T'Aube (29 juillet 1965), elles sentent combien vides de sens et ridicules sont les slogans « pour la démocratisation de la Cour » (Héliou, chef de l'EDA), « pour la démocratisation de l'Etat » (P.C. grec et EDA), pour la « défense de l'ordre constitutionnel et le bon fonctionnement des institutions démocratiques » (9e plenum du Comité central du P.C. grec).
Les marxistes révolutionnaires (c'est-adire les trotskystes de la IVe Internationale) saluent cette superbe lutte démocratique des masses en y participant aux premiers rangs et ils continueront de toutes leurs forces d'aider les masses à se débarrasser de leurs illusions, à élargir et à approfondir leur lutte, à forger un front de classe indépendant qui luttera pour les libertés démocratiques aujourd'hui, contre les gouvernements de la Cour et la Couronne elle-même, et pour leurs revendications transitoires, et demain contre le capitalisme et son pouvoir, jusqu'à ce que les masses imposent leur propre pouvoir, le seul qui soit vraiment démocratique et populaire = la démocratie socialiste des ouvriers et paysans de Grèce.