Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 26

Les thèses pour le Congrès de la Fédération Syndicale Mondiale

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 26 · novembre 1965 (4e trimestre) · p. 35-37 · 1 901 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Les thèses que le Comité Exécutif sortant de la Fédération syndicale mondiale (FSM) a adoptées pour le congrés de Varsovie (8-22 octobre) n'introduisent pas d'éléments nouveaux qui puissent retenir l'attention des militants syndicaux ot des observateurs. Il s'agit, en somme de textes assez routiniers qui rappellent toute une série des généralités, confiment des conceptions et des orientations maintes fois expliquées - nous ne disons pas qu'elles sont traduites dans la pratique (1) - répètent beaucoup de choses banales dans un style stéréotypé. Lörsqu'il est fait allusion à des problèmes spécifiques ou à des cas particuliers, on adopte un éclectisme tout à fait prudent on bien on recourt à des périphrases vagues : les appréciations qui en principe devraient se référer à des situations concrètes, s'inspirent en réalité d'un optimisme conventionnel.

Le premier des deux documents — au titre niterminable de « Thèses sur l'examen de l'application du programme d'action syndicale et des initiatives unitaires de la FSM, l'évolution et le développement actuel du mouvement syndical mondial, les possibilites nouvelles pour Tunité, la solidarité et les relations syndicales internationales » - répète sur la question de la guerre et de la coexistence des choses connues avec des concessions minimes dans un sens « chinois », mais essentiellement sur une ligne pour ainsi dire khrouchtchevienne modérée. La seulle prise de position concrète concerne le Vietnam, au sujet duquel le document se prononce pour les revendications du FNL et de la République populaire.

En ce qui concerne les tendances économiques internationales et la caractérisation du Marché Commun, citons directement :

« Le Marché Commun ouest-européen est l'un des terrains où se déroule cette

(1) Rappelons par exemple la réaffirmation hypocrite de l'indépendance des syndicats par rapport aux partis et aux gouvernements.

lutte (la lutte de concurrence entre les pays capitalistes). Il aboutit à renforcer la position des monopoles ouest-allemands en même temps que les monopoles américains y obtiennent une place prépondérante par des investissements massifs » (§ 18).

Cette caractérisation du Marché Commun qui a géné certains courants droitiers (notamment celui représenté par les socialistes italiens), devrait être crifausse, mais pour la forme assez banatiquée par contre non pas comme étant le de son expression. Nous aurions d'ailleurs à objecter plutôt à l'appréciation absolument unilatérale des bénéficiaires du Marché Commun - qui appartiennent en réalité à des secteurs capitalistes de tous les pays européens — et sur l'exagération évidente du rôle du capitalisme américain à cette étape qu'on ne saurait caractériser comme « prépondérant».

Un autre point a troublé des consciences droitières (y compris celles dü courant représenté par le PC italien, si l'on en juge par la déclaration du dirigeant de la CGIL, Lama) : il s'agit du paragraphe qui parle de la planification dans une société capitaliste : « Les initiatives de planification des monopoles ne sont autre chose que des tentatives d'une part, de surmonter leurs propres contradictions et, d'autre part, d'intensifier l'exploitation des travailleurs » (§ 22). Encore une fois, c'est un peu sommaire, mais pas faux.

D'ailleurs, toute la section du texte qui concerne la situation dans les pays capitalistes avancés ne sort pas du domaine des généralités et des platitudes. L'impression qu'on en tire est que les auteurs préfèrent les pétitions de principe à l'analyse effective : le résultat est que, même où sont affirmées des choses qui ne sont pas fausses, une série de problèmes qu'on ne peut pas ignorer dans le cas des pays de l'Europe Occidentale et des EtatsUnis sont totalement esquivés. Nous parions qu'il n'y aura pas un seul socialdémocrate qui sera amené à douter de

QUAT ses idées et des options à la sulte de pareille lecture. Ajoutons que, lorsque le texte esquisse une analyse de la situation du mouvement ouvrier, il se limite à une exaltation sommaire d'une série de luttes et de grèves, toutes fourrées dans le même sac, exprime des évaluations qui correspondent très peu à la réalité (2).

En fixant leurs objectifs, les thèses de l'Exécutif sortant parcourent encore une fois des chemins par trop connus.

« La classe ouvrière et ses organisations, face à la politique d'hégémonie et antidémocratique des monopoles, propose l'alternative démocratique et antimonopoliste qui partant des besoins économiques et sociaux actuels de larges couches de la population, tend à donner satisfaction à ces besoins, tout en réduisant le pouvoir politique et économique des monopoles » (5 26). On revient en même temps sur la nécessité d'établir une allíance avec les couches sociales non prolétariennes victimes des monopoles.

Le chapitre sur les Etats ouvriers est encore pire. Les problèmes qui se posent dans la phase de transition ne sont même pas effleurés. Sur le rôle des syndicats notamment, sous les thèmes avancés par la bureaucratie depuis l'époque stalinienne sont répétés. En fait, les paragraphes en question ne sont qu'un résumé insipide des affirmations courantes de la propagande officielle des différents partis et gouvernements. Ici, la polémique des tendances droitières, dont celle dejà mentionnée de la CGIT italienne, marque incontestablement des points.

Pour les pays coloniaux ou qui ont accédé à l'indépendance dans une période récente, la direction de la FSM a fait un effort particulier, en adoptant - en plus d'un chapitre du premier texte — un texte particulier. Les résultats n'en sont pas pour autant plus remarquables. A propos des pays encore sous domination coloniale directe et de ceux qui se trouvent sous l'emprise du néo-colonialisme, on répète encore une fois des affirmations tout à fait banales, dans un style propre à décourager même les lecteurs les plus patients. Lorsqu'on touche au problème crucial des méthodes de lutte, la préoccupation essentielle est de ne mécontenter personne et ne pas risquer

(2) Le § 23 dit : « Les courants favorables à une attitude conséquente dans la lutte de classe se renforcent dans tous les pays capitalistes, même dans ceux ou les syndicats ont eu et conservent une attitude contraire ». Au $ 46 on lIt : « Dans tous les pays capitallstes s'affirme la volonté unitatre des travallleurs et grandit leur soutien aux efforts des organisations qui travatilent à sa réalisation ».

d'être démenti par tel ou tel autre développement éventuel : « la lutte des travailleurs a des formes, des méthodes et des procédés très divers qui vont des grèves et des manifestations de masse jusqu'à l'insurrection armée » (§ 6 du deuxième document) et la même chose est répétée dans le cas spécifique de l'Amérique latine (5 12). L'effort pour caractériser l'évolution d'un certain nombre de pays asiatiques et africains n'est décidément pas excessif : « L'Algérie, l'Egypte, la Guinée, le Mali, le Ghana, l'Indonésie, etc. sont des pays ayant effectué une mobilisation active des ressources et des forces intérieures dans le combat contre le neo-colonialisme, pour l'independance nationale et le progres social. Plusieurs de ces pays ont déjá franchement atteint une étape de transformations sociales » ($ 25).

Les tâches définies pour ce secteur du monde sont essentiellement des tâches démocratiques bourgeoises et on y retrouve, entre autre, les formules bien connues sur le rôle de la bourgeoisie dite nationale (s 21). Sur la trace de certaines généralisations soviétiques récentes, on parle en outre d'une voie « non capitaliste », mais il ressort assez nettement qu'une vole « non capitaliste » ne signifie pas nécessairement « voie socialiste » (3). Voilà, donc, encore une fois, des schémas arbitraires, d'origine en dernière analyse stalinienne.

Une seule allusion rapide semble introduire un élément intéressant dans un sens « antifanoniste ». « La classe ouvrière - dit le paragraphe 30 - non seulement est l'ennemi principal de toute oppression, mais elle aussi la moins contaminée par l'influence désagrégatrice des forces réactionnaires féodales ». Le problème réel est toutefois esquivé. Il est clair que la classe ouvrière subit beaucoup moins que n'importe quelle autre couche sociale l'influence des « forces réactionnaires féodales ». Mais la question que se posent certains, comme Frantz Fanon, est de savoir si, dans le contexte d'un pays colonial ou semi-colonial la classe ouvrière ne jouit pas, ne fût-ce que tout à fait relativement, d'une condition privilégiée par rapport aux larges masses paysannes et aux masses plébéiennes des villes. A cette question les thèses de 1 FSM ne donnent aucune réponse.

Soulignons finalement que le jugement sur les conférences régionales récentes des syndicats africains et des syn-

(3) « Nombre d'entre eux (les pays coloniaux libérés) accentuent leur marche sur la vole d'un développement non capitaliste. Certains s'engagent dans une vole effectivement sociallste » (8 31, premler texte).

dicats latino-américains et l'affirmation concernant « la fin de la scission dans le mouvement syndical sur la base d'un programme d'unité et antiimpérialiste » dans ces secteurs du monde, sont aussi caractérisés par un optimisme insuffisamment fondé.

En écrivant cette note, nous ignorons encore quelle sera, face aux Thèses, l'attitude des syndicats chinois qui, depuis quelques années attaquent sur la gauche la direction à majorité pro-soviétique de la Fédération mondiale. Nous ne pouvons qu'ajouter quelques mots sur l'attitude du courant droitier représenté par les syndicats italiens, à laquelle nous avons d'ailleurs déjà fait allusion. Les membres italiens de l'Exécutif ont voté contre les thèses et les socialistes en ont même profité pour déclencher une nouvelle manche dans leur bataille visant à faire sortir la CGIL de la FSM.

Or, si, comme nous l'avons dit, les critiques italiennes au chapitre sur les Etats ouvriers sont tout à fait fondées (abstraction faite de l'angle sous lequel elles sont conçues, notamment par les socialistes) et s'il est vrai que les textes donnent de la réalité des pays capitalistes avancés un tableau extrêmement sommaire et schématique, on ne saurait d'autre part ignorer que les Italiens, У compris les dirigeants de la tendance communiste, n'acceptent pas une caractérisation de la planification capitaliste qui pourtant devrait aller de soi pour des marxistes. Encore plus inacceptable est la remarque faite par les dirigeants Lama et Mosca

NALE 37 — le premier est en même temps membre de la direction du PC italien - à propos du tableau dressé par les thèses sur la situation mondiale. Ce tableau « analytique » révélerait « sur beaucoup de points un choix idéologique a priori ». Le langage même en dit long : est-ce que, pour ces bureaucrates, se placer du côté des Etats ouvriers contre l'impérialisme et le capitalisme signifie opérer « un choix idéologique a priori » ? Préfèreraient-ils prendre une attitude neutre ou jouer ceux qui, planent au-dessus de la mêlée ?

Au fond, ni les socialistes ni les communistes italiens ne s'intéressent beaucoup à la FSM, à ses thèses, à son congrès. Mais les uns et les autres veulent saisir l'occasion pour prendre, à des ditférents niveaux, leurs distances par rapport aux Etats ouvriers et aux organisations liées à eux dans le but de donner ultérieurement des gages de leur « indépendance » et de leur « autonomie » et de mieux appliquer leur politique nationale droitière (4).

(4) Nous soulignons, surtout à l'adresse de certalns qui ne cachent pas leur enthoustasme des syndicats son attitude aucune form litants et de eu l'occasion pourtant ont pour la a démocratisation » itallens, que la CGIL a fixé sur les theses de la FSM sans e de consultation de ses mises cadres qui n'ont même pas de connaitre des textes qui • été rejetés en leur nom. La traduction Itallenne ne parut que quelques

Jours avant l'ouverture du Congrès de

Varsovle.

Une erreur sur cette page ?