Nous publions ci-après la déclaration émise par l'organisation trotskyste indienne lors du conflit indo-pakistanais. Celle-ci a été la seule formation politique de l'Inde qui ne se soit pas laissée gagner par le chauvinisme. Même le PC indien de gauche a été emporté par là vague chauvine favorable à la guerre contre le Pakistan. Ce qui a commencé le 5 août 1965 comme une opération de nettoyage dirigée contre des « infiltrateurs armés » entres au Cachemire en provenance d'un terri toire occupé par le Pakistan s'est développé en une grande guerre entre l'Inde et le Pakistan. Dans la première semaine de septembre, les troupes indiennes ont franchi la ligne de cessez-le-feu, ostensiblement afin d'empêcher une entrée sur une grande échelle des infiltrateurs et de leur interdire de fomenter une révolte intérieure dans l'Etat de Jammu et du Cachemire. Ceci entraina une attaque par les troupes régulières du Pakistan dans la de Chhamb. Les troupes indiennes répondirent en entrant dans le Pakistan en différents points du secteur de Lahore et le long de la frontière Sind-Rajasthan.
Au cours des deux dernières semaines, des opérations militaires étendues ont été entreprises par les gouvernements de l'Inde et du Pakistan l'un contre l'autre, avec engagement des forces de terre et de l'air en grand nombre. Bien qu'aucune guerre n'ait été formellement déclarée, des deux côtés on annonce de lourdes pertes, à la fois civiles et militaires en vies humaines. Plusieurs villes et villages des deux pays ont été soumis à de forts bombardements et une hystérie belliqueuse sans précédent a été attisée dans toute la péninsule indienne.
Des tentatives faites par le Secrétaire général des Nations Unies, U. Thant, avec l'appui de toutes les grandes puissances, y compris les Etats-Unis et l'Union soviétique, pour produire une cessation immédiate des hostilités n'ont pas abouti. Tandis que le gouvernement indien, insistant que le Cachemire faisait partie intégrante de l'Union indienne depuis sa formation en 1948, se déclarait prêt à accepter un cessez-le-feu tel que proposé par Thant, le gouvernement du Pakistan désirait que la proposition de cessez-le-feu soit liée à un retrait immédiat des troupes indiennes et pakistanaises du Cachemire, à l'introduction d'une force afro-asiatique et à la tenue d'un plébiscite dans un temps déterminé,
Au moment où le Conseil de Sécurité des Nations Unies et les puissances impérialistes, y compris les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, sont en train d'envisager des mesures pour faire pression sur les deux gouvernements au moyen de sanctions économiques et militaires afin qu'ils mettent fin à la guerre, une nouvelle situation a été créée par un ultimatum chinois à l'Inde relatif à des inscaliations militaires le long de la frontière entre le Sikkim et le Tibet, ultimatum qui constitue naturellement une pression en faveur du Pakistan. Il est évident que toute intervention chinoise dans le contlit donnerait lieu à une escalade vers une conflagration giobale avec l'impérialisme américain qui interviendrait décisivement aux côtés de l'Inde, Dans le conflit actuel la Chine a ouvertement soutenu le Pakistan, tandis que l'Union soviétique, en dépit de sa neutralité déclarée, s'est montrée favorable à l'Inde.
Il est déplorable que les bureaucraties soviétique et chinoise aient toutes deux renoncé à leurs responsabilités comme représentants des deux plus grands Etats ouvriers et aient cherché à gagner des bénéfices fractionnels temporaires dans leur conflit idéologique, en soutenant un Etat bourgeois contre un autre, aux dépens de la solidarité internationale du mouvement ouvrier et des Etats ouvriers, renforcant ainsi objectivement la réaction impérialiste.
L'affrontement armé actuel entre l'Inde et le Pakistan, tous deux fondamentalement alliés au système capitalisme mondial et tous deux dépendant d'une aide économique et militaire substantielle de la part des puissances impérialistes, ne pourra se poursuivre jusqu'à ce que l'une des parties remporte une victoire décisive. Tandis que la guerre indo-pakistanaise a aidé l'impérialisme américain à détourner l'attention mondiale de sa guerre criminelle et barbare contre le peuple du Viet- nam, elle a aussi aidé la bourgeoisie dirigeante à la fois en Inde et au Pakistan étouffer mécontentement croissant des masses qui s'était manifesté ment dans le sous-continent indien dans la récente période.
les paysans et les autres masses exploitées de toute la péninsule à qui dix-huit années après F'indépendance sont déniés les besoins essentiels minima de vie, comme la nourriture et le logement, n'ont rien à gagner du présent conflit. Ils auront à faire face à de plus grandes misères et de plus grandes souffrances, et seule la classe capitaliste en tirera prospérité. Il est de l'intérêt des masses exploitées que les hostilités cessent aussitôt que possible et que des relations normales soient établies entre les peuples des deux pays, la seule voie ouverte est de laisser le peuple du Cachemire déterminer son propre base de sa volonté exprimée démocratiquement dans des conditions de paix. En tout cas le gouvernement du Pakistan qui a dénié le droit d'autodétermination au peuple du Pakhtounistan et les droits démocratiques fondamentalix à son propre peuple n'a aucun droit de parier au nom du peuple du Cachemire ni de dicter un plébiscite au Cachemire par la force.
La dictature militaire théocratique d'Ayub Khan a brutalement supprimé toute opposition démocratique et interdit les politiques ouvriers. Elle soutente jusqu'à présent par l'aide militaire massive de Vimpérialisme américain. En l'absence de toute opposition démocratique, le régime d'Ayub temporairement une hystérie de guerre chauvine contre l'Inde Malheureusement. les partis de gauche traditionnels en Inde, y compris les P.C. de droite et de gauche, le Parti socialiste et le Revolutionary Socialist également succombé l'hystérie belliqueuse anti-pakistanaise et se sont totalement identifiés au régime bourgeois dans sa guerre d'épuisement. Ils ont ainsi perdu tout droit de parler aux masses exploitées du Pakistan au nom des masses indiennes. Pis encore, la gauche traditionnelle a renoncé aux droits des ouvriers, des paysans et des salariés des couches moyennes en Inde de se défendre contre leurs propres exploiteurs capitalistes et propriétaires terriens.
Le gouvernement utilise à fond la présente atmosphère de guerre pour liquider tous les vestiges des libertés civiles au nom d'une urgence nationale. Des éléments réactionnaires communalistes s'efforcent de créer des troubles dans Mais l'hystérie chauvine ne peut durer longtemps. Nous n'avons pas l'illusion que notre protestation at nom du mouvement maixiste révolutionnaire aura un effet appréciable en cette période d'hystérie belliqueuse et d'effondrement des directions traditionnelles de gauche. Mais nous avons confiance que les masses exploitées à la fois en Inde et au Pakistan réaliseront bientôt la futilité du présent conflit et feront pression sur leurs gouvernements pour mettre fin aux hostilités. La division du pays effectuée il y a dix-huit ans comme clause du « marché d'indépendance » conclu entre les classes possédantes indiennes et l'impérialisme britannique | a été la source fondamentale de friction entre les peuples des deux pays et nous sommes convaincus qu seule une contédération socialiste de l'Inde et du Pakistan pourra extirper toutes les causes du conflit.
Nous appelons toutes les organisations ouvrières. paysannes et la fois en Inde et au Pakistan à ne pas perdre espoir. à rester alertées, à ne pas succomber à l'hystérie de guerre, à préserver l'harmonie entre communautés et à défendre les droits et libertés démocratiques du peuple contre les assauts lancés par les dirigeants capitalistes au nom de la guerre.
Le 19 septembre 1965. Socialist Workers Party (organisation trotskyste indienne).