Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 26

Construire l'Internationale... à coup de citations

Pierre Frank · Quatrième Internationale, n° 26 · novembre 1965 (4e trimestre) · p. 48-52 · 3 384 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Les nouveaux progrès du trotskysme chez les jeunes en France ont eu parmi d'autres conséquences celle de réveiller les polémiques entre groupes opposés se revendiquant du trotskysme, Si les anciens trotskystes, connaissant les raisons qui les opposent, ne menaient guère plus de polémiques depuis plusieurs années, les jeunes veulent comprendre quelles sont les divergences et il fallait répondre à leur préoccupation. Dans ce but nous avons écrit voici quelques mois une courte brochure de 32 pages Construire le parti révolutionnaire. Nous y avons délibérément laissé de côté bien des aspects du passé, non qu'ils étaient sans intérêt. Mais nous pensions qu'il était plus important de se dégager de ces aspects pour voir, à la lumière des problèmes nouveaux qui sont apparus, où se situent à présent les divergences. Les nouvelles générations ne peuvent, ne dolvent pas se désintéresser du passé, mais elles ne viennent pas à nous pour recommencer les luttes anciennes, elles viennent pour trouver les moyens de combattre aujourd'hui.

Le groupe la Vérité vient de publier un numéro spécial de plus de 250 pages. La première observation que nous devons faire est qu'on n'y répond pas du tout, même en quelques pages, à notre brochure. La publication de ce groupe signée Stéphane Just est uniquement consacrée au passé. A vrai dire, elle est constituée pour la plus grande partie (entre la moi-: tié et les deux-tiers) par des citations s'étendant depuis le Manifeste communiste jusqu'au « testament de Togliatti », en passant par des textes de Lénine, de Trotsky et des pages des publications de la IV° Internationale. Cette complilation donne un tableau embrouillé à l'extréme, d'où il n'est pas facile de dégager le fil de la pensée, si pensée il y a. Des citations se trouvent placées à un endroit qui, avec tout autant de justifications, auraient pu être insérées dix pages avant ou vingt pages plus loin. Faisons l'effort de sortir quelque chose d'un tel fatras.

« L'argument » premier et dernier de S. Just est que la direction de la IV° Internationale est à la fois au service de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique (oui, des deux réunis), et que toute son activité a pour but d'empêcher le groupe la Vérité de construire la IV• Internationale. Citons :

« Plus ce centre révisionniste, Dla IV° Internationale], se décompose, plus s'affirme son rôle.. de « flanc-garde » de la bourgeoisie » (page 4).

«. Le maintien de phrases appartenant à la tradition du trotskysme, de « Congrès mondiaux ", d'un « Comité exécutif international » et d'un pseudo « Secrétariat International » demeurait pour elle [la IV• Internationale] une obligation, mais seulement dans le but de bloquer la possibilité d'un redressement de l'Internationale. La direction petite bourgeoise était devenue l'agent, conscient ou non, des forces sociales ennemies, la bourgeoisie et la bureaucratie du Kremlin, au cœur même de la IV: Internationale, et elle devait poursuivre jusqu'au bout sa tâche de désagrégation. » (page 16)

« Les sanctions qu'il a dû prendre contre Pablo et contre la majorité du Lanka Sama Samaya Party indiquent que toutes ces tendances contradictoires ont en commun un puissant intérêt : le maintien de la fiction du « Secrétariat International » afin de faire obstacle à la recenstruction de l'Internationale » (page 18):

Agent conscient ou inconscient des forces ennemies | Pourquoi «inconscient » si nous y mettons tant d'astuce : tenir des congrès, élire des organismes de direction, prendre des sanctions contre certains afin de mieux entraver la reconstruction de l'Internationale ? Ce n'est pas tout. Stéphane Just ne se borne pas à attaquer la direction de la IV= Internationale. Tout le monde y passe. Rien ne la sépare de Souslov, Mallet, la CFDT, Deutscher, Togliatti et Tutti Quanti.

Alors que le marxisme s'est toujours efforcé de noter les différences, de distinguer, de souligner même de petites nuances, d'apprécier la signification des discussions, des scissions, tout cela pour Just n'est que division du travail d'un tas d' « agents ». Tenir des congrès, désigner des organismes de direction, procéder à des exclusions. c'est une sorte de complot pour empêcher Stéphane Just et les siens de « reconstruire » l'Internationale. Ce mode de penser rappelle étrangement celui des staliniens au cours de la « 3" période ». Faut-il en conclure que Just est un calomniateur au même ti tre que l'étaient les staliniens ? Non, il s'agit seulement chez lui d'un comportement psychique auquel personne n'est en état de porter remède.

Ce comportement se manifeste également de plusieurs manières. D'abord dans la trivialité du style et des propos. Ensuite, dans l'emploi de termes savants ou pompeux qu'il ne parait pas comprendre, dans l'emploi de formules ou de termes à contre sens. Enfin, dans une audace à traiter n'importe quelle question dans l'ignorance la plus complète et avec une assurance qui ne doute de rien. (1)

Mais cette brochure a tout de même un certain intérêt du fait qu'a condition de prendre pas mal de peine, on peut y trouver ce qui différencie effectivement le groupe qui l'a publiée d'avec la IV• Internationale.

A partir de 1950, la IV* Internationale, comprenant qu'une situation très différente de celle de l'entre-deux guerres se développait, chercha à en déterminer les traits nouveaux et à en tirer les conséquences pour son activité. D'une façon générale, on peut dire que la scission de 1952 avait eu pour cause profonde des divergences d'appréciation sur ces changements, quand ils ont commencé à se produire, et que la réunification de 1963 s'est faite sur lappréciation commune à laquelle les deux parties étaient finalement arrivées.

(1) Citons quelques passages : « Le révisionnisme est basé sur un matérialisme mécanique. Il nous rejette en-deçà du marxisme et débouche sur l'idéalisine. S'il s'accroche à des bribes de marxisme, c'est par nécessité politique et par pur éclectisme: » - « L'histotre ne consiste pas dans un affrontement quasi-mythologique de « forces objectives » opérant dans lempyrée de la « réalité objective tout court », sous l'æll émervelllé, abasourdi ou consterné d'une humanité rédult au rôle d'observateur. »

On peut la résumer comme suit. Le rapport des forces à l'échelle internationale qui, entre les deux guerres était en faveur du capitalisme mondial s'était, à la suite de la victoire de la révolution chinoise, transformé au profit de la cause du socialisme. La révolution socialiste se développait dans les trois secteurs :

a) la révolution coloniale :

b) la révolution politique dans les Etats ouvriers ; e) la révolution prolétarienne dans les Etats capitalistes économiquement développés.

La révolution coloniale constituait dans la période actuelle l'aile marchante de la révolution socialiste mondiale. En Union soviétique, la pression des masses et de 'intelligentsia forçait la bureaucratie dirigeante à procéder à une série de retormes(« déstalinisation ») pour défendre son régime politique, la période présente était une période de maturation de la révolution politique. Dans les pays capitalistes économiquement développés, il y avait un retard de la révolution prolétarienne, avant tout en raison de la politique des dirigeants socialistes et communistes. De grands changements dans les formes du capitalisme s'étaient produits au cours de ce retard. D'où le « néo-capitalisme » qui posait de nouveaux problèmes au mouvement ouvrier, et entre autre nécessitait des ajustements aux revendications du Programme de Transition qui avaient été établies pour une situation marquée par la misère et la montée du fascisme.

Que trouvons-nous sur ces problèmes dans la brochure du groupe la Vérité ?

Rapport des forces 2

«. C'est le capitalisme qui dispose encore, et de loin, des forces productives les plus importantes dans le monde... le prolétariat mondial n'a pas vaincu dans les pays capitalistes économiquement développés ; done. le prolétariat se trouve confronté avec le problème de la révolution prolétarienne dans ces pays. C'est là le point essentiel, et rien d'autre... La bourgeoisie, l'impérialisme continuent à disposer des forces productives les plus importantes : cela doit bien avoir quelques répercussions sur FURSS, la Chine et l'Europe orientale ! » (page 77)

Les forces productives, ce n'est pourtant pas seulement l'outillage industriel mais en premier lieu les hommes, plus précisément les forces sociales révolutionnaires. Les grandes masses qui constituent la révolution coloniale, ce sont des forces productives qui font pencher le rapport des forces en faveur du socialisme. Ce n'est pas le point de vue du groupe la Vérité. Il n'y a pas trois secteurs de la révolution socialiste, il n'y a que « deux pôles » (page 9). Car la révolution coloniale, connais pas, dit Stéphane Just :

« La notion même de « révolution coloniale » est directement contradictoire avec l'analyse marxiste de notre époque ; elle procède bien plutôt de la notion petite bourgeoise d'un « tiers-monde », avec ses lois spécifiques, qui vient s'ajouter aux deux premiers mondes.. chacun de ces trois « mondes » juxtaposés ayant ses propres lois de développement. Cette conception triadique de notre époque préside aujourd'hui à toutes les analyses des divers théoriciens petits bourgeois : elle est, en particulier, implicite dans les innombrables resolutions produites par le « S.I. » ou « S.U. » révisionniste ». (page 158).

Les pays coloniaux sont évidemment des pays capitalistes, mais nier que la lutte des peuples coloniaux soit une forme particulière de la révolution socialiste, c'est vraiment n'avoir rien compris à la théorie de la révolution permanente. C'est avoir une étrange conception de la place qu'y occupe la paysannerie. Il est vrai que nous trouvons dans cette brochure des inepties anti-marxistes de cette taille:

" En opposition avec les intérêts immédiats et historiques du prolétariat, les couches sociales petites bourgeoises.. restent liées à la société bourgeoise. Dans la lutte des clases mondiales, elles se rangent en dernière analyse du côté de l'ordre bourgeois, » (page 233).

On ne pouvait offrir aux staliniens vraiment de meilleur exemple de « trotskyste » sous-estimant la paysannerie. Cette conception aberrante des rapports sociaux dans les pays coloniaux a eu pour résultat - ne loublions pas — que le groupe la Vérité a longtemps soutenu le « marxiste », le « bolchevik » Messali Hadj, mais s'est bien gardé d'apporter son soutien effectif à la révolution algérienne dans sa lutte contre l'impérialisme français. Un devoir qu'il fallait remplir, quelle que fut la direction du mouvement algérien.

La « déstalinisation » en Union soviétique, c'est la défense de la bureaucratie contre la pression des masses. Drreur, selon le groupe la Vérité :

« L'extension du libéralisme économique d'aujourd'hui va de pair avec la définition de l'Etat existant en URSS, non plus comme étant la dictature du prolétariat, mais comme l'Etat « du peuple entier ». Certes, il y a bien longtemps que l'Etat ouvrier a dégénéré, qu'il est devenu l'instrument de la dictature politique de la bureaucratie, mais la modification de la définition du rôle de l'Etat au moment où, de partout, montent et sont favorisées les tendances pro-bourgeoises dans l'économie, n'est pas accidentelle. « L'Etat du peuple entier » est destiné à permettre une plus grande pénétration politique, dans tous les organismes étatiques, des forces sociales pro-bourgeoises. " (page 82)

S'il fallait juger FURSS par les termes employés par la bureaucratie dirigeante, il faudrait admettre qu'en URSS il y a le socialisme et qu'on se dirige vers le communisme. Qui étudie les thèses Liberman, Trapeznikov, etc. verra qu'elles sont composées de plusieurs éléments : la nécessité de procéder à une mesure aussi rigoureuse que possible des coûts de production, les nécessités d'une rationalisation de l'économie soviétique au niveau où elle est parvenue, et aussi un programme de revendications de certaines couches de la bureaucratie économique déclarant que, c'est en leur donnant satisfaction dans ce domaine, qu'on pourra assurer cette rationalisation voulue. C'est un programme qui porte sur une distribution plus avantageuse à leur égard du revenu national, mais qui ne met pas en cause les rapports de production, la propriété collective, la planification. (2) Ils sont rares ceux qui, comme le groupe la Vérité, constatent « un poids grandissant aux forces sociales pro-bourgeoises en URSS. » (page 80)

Il est vrai qu'en 1953, la Vérité déciarait que l'élimination de Beria était « un défi au prolétariat soviétique ». Une telle vue relève d'autre chose que d'un débat politique.

Enfin, parler de changements dans les sociétés capitalistes industrialisées, d'un néo-capitalisme dont, soit dit en passant, l'analyse n'a pas encore été faite complètement, est impensable :

« La théorie du « néo-capitalisme » joue chez Mandel le même rôle que la théorie du « super-impérialisme » jouait chez Kautsky » (page 87). * Il n'existe pas de néo-capitalisme. Les traits de l'impérialisme se sont particulièrement accentués en ce qui concerne le rôle de

(2) Lignorance en matière d'économie soviétique, y compris de ce que Trotsky a écrit sur ce sujet, est au-delà de toute description. On y accuse les bureaucrates d'accroitre le poids de la « lot de la valeur », cette loi qui est immanente là où Il y a échange de produits. On reproche aux bureaucrates de favoriser les forces pro-capitallstes parce qu'lls attachent de l'importance aux prix, en oubliant que voici plus de quarante ans Trotsky insistatt sur la nécessité d'un calcul correct des couts de production, d'une mesure précise de la productivité. Dans la tête de Stéphane Just, la valeur et le profit ne constituent pas deux catégorles distinctes, elles se confondent.

l'Etat. Le « néo-capitalisme », expression reprise à la terminologie des « savants » petits bourgeois sert... une tentative de donner une base « objective » au « néo-trotskysme ». (pages 191-192).

Ainsi deux analyses opposées de la situation internationale s'affrontent. Face à celle que donne la IV Internationale, le groupe la Vérité déclare : le rapport des forces est défavorable comme avant la deuxiéme guerre mondiale ; il n'y a pas de révolution coloniale : en URSS la perspective principale reste le rétablissement du capitalisme ; il n'y a pas eu de changements dans le monde capitaliste. Autrement dit, la situation du monde en 1965 est sensiblement la même que celle de 1938.

L'existence d'une telle différence au sujet des caractéristiques fondamentales de notre époque peut nous dispenser de traiter des autres divergences entre le groupe la Vérité et la IV• Internationale, qui n'ont plus qu'une valeur relative par rapport aux premières, par exemple celles sur l' « entrisme » (3).

Terminons cette note par quelques brèves remarques.

Sous la plume de Stéphane Just, le groupe la Vérité accuse à tour de bras la IV* Internationale d'avoir dégénéré et même d'être morte. Puisque Lénine avait expliqué la dégénérescence de la II° Internationale par la bureaucratie des par-

(3) Là aussl, l'ignorance prend chez S. Just des formes colossales. Pour lul « s'intégrer dans le mouvement réel des masses », ne peut signifier qu'une chose : rabaisser au niveau des préjugés et de l'influence des idéologies petites bourgeoises la conscience de l'avant-garde organisée. Poser dinsi la question, c'est déjà mettre en cause l'existence de cette avant-garde. » (page 237)

Ces lignes ont été écrites 45 ans après qu'alt été publiée La maladie infantile de Lénine. Aux jeunes révolutionnalres que préoccupent les problèmes de tactique, (non & Stéphane Just à qui aucune lecture ne peut plus servir), nous consellIons aussi d'examiner les attitudes d'organisation varlables de Marx en l'espace de quelques mois entre 1847 lors de son adhesion à la Ligue des Communistes (le premler parti communiste dans le monde) et 1848 dans sa participation à l'Association démocratique de Cologne au cours de la révolution.

N A LE 51 tis socialistes, Trotsky, celle de la III Internationale par la bureaucratie soviétique, il explique la « destruction » de la IV" Internationale par la pression des appareils devant lesquels la direction de l'Internationale aurait capitulé. Cette affirmation trouve son unique « démonstration » dans le fait que l'Internationale a cherché à apprécier correctement les changements qui se sont produits dans le monde, afin de définir une politique révolutionaire adéquate. Il y avait certes, dans cette procédure, des possibilités d'erreurs et même de déviations (4). Mais, nier l'existence de tout changement qui est une façon de chercher à résister aux pressions du monde extérieur, ne peut empêcher ces pressions d'exister et ceux qui veulent s'y dérober en les niant de les subir. C'est le cas par exemple du groupe la Vérité. Ainsi, traitant de tout avec un aplomb sans pareil, Stéphane Just s'exprime sur la scission syndicale de 1947 ea ces termes :

« D'abord et avant tout, la scission syndicale a été le produit de la politique de collaboration de classe suivie par les dirigeants CGT comme par les dirigeants FO. Pour les seconds, c'est l'évidence. Mais la scission n'a été possible que parce que les premiers, pendant plus de trois ans, de 1944 à 1947, pratiquèrent une politique qui étouffait les organisations syndicales, y empêchait toute vie réelle, toute possibilité d'expression démocratique, pour passer ensuite à une politique où se mêlaient un aventurisme de forme à l'opportunisme de fond. » (page 200)

Les dirigeants FO auraient bien quelque responsabilité, mais les fauteurs de la scission ce seraient les staliniens. Stéphane Just a oublié comment se sont faites les trois scissions du mouvement syndical français depuis 1921, et notamment que la troisième fut faite sous la pression directe d'Irving Brown, alors que Jouhaux pensait plus adroit de continuer à lutter de l'intérieur dans la CGT. Notons que l'explication politique de la scission donnée par Stéphane Just est identique à celle que l'on donne à FO, toutes tendances anticommunistes réunies. (Nous devons rectifier une remarque faite plus haut. Il n'est pas vrai que Stéphane Just met tout le monde dans

(4) Ainsi, certaines ruptures avec la IVe Internationale sont le produit de déviations sectatres (Posadas) ou opportunistes (Pablo). Mais le nouveau « théoricien », S. Just, ne s'est pas aperçu qu'il y a eu des ruptures avec la IVe Internationale dans des directions polltiques différen tes. Pour lul, il n'y a que des « agents conscients ou inconscients. »

QUATRIEME le même sac ; dans sa prose il a des égards pour Force Ouvrière).

Dans la brochure Construire le parti révolutionnaire, remarquant que le groupe la Vérité avait pour principal milieu de travail les syndicats FO, nous lui demandions comment il envisageait la formation du parti révolutionnaire à partir de cette orientation. Sur 250 pages, Stéphane Just n'a pas estimé nécessaire de répondre à cette question, mais il y a écrit dix lignes qui montrent, involontairement, mais de façon indiscutable, que son groupe subit bien fortement la pression du milieu réformiste de FO où il a voté, il y a quelques années pour le rapport moral de Bothereau. Cherchant la paille dans notre œil, il ne voit pas la poutre qui se trouve dans le sien. Au fond, ces dix lignes de Stéphane Just sont ce qu'il y a de plus valat ble dans cette brochure car ce groupe Sy caractérise sans qu'il soit nécessaire de faire une longue démonstration.

L'incohérence de notre auteur se manifeste aussi dans la question de l'organisation. Ayant explique la « disparition » de la IVe Internationale par le fait que certaines de ses sections vivaient indépendamment de l'Internationale, la brochure reconnaît que les seules organisations qui composent le « Comité International » dont ce groupe se revendique sont

Livres

« les sections française et anglaise » (page 251), et que, « dans la prochaine période, il est nécessaire d'engager la Iutte politique en vue de la constitution d'un Comité International pour la reconstruction de la IV• Internationale qui soit plus large que le C.I. actuel, » (page 252).

Autrement dit, les organisations qui, dans plus de trente pays, portent le drapeau de la IVe Internationale, vivraient indépendamment de celle-ci, ne viendraient aux Congrès Mondiaux, aux sessions du Comité Exécutif International, n'assureraient l'existence du Secrétariat Unifié, le tout au prix de très grands efforts, que pour dépiter deux groupes, l'un français, l'autre anglais, qui ont pour vocation de « reconstrure » la: IV: Internationale. La vie internationale de ces deux groupes est pratiquement nulle. Leur prétendu « Comité International » n'est qu'un alibi destiné à offrir de prétendus liens internationaux à usage de leurs membres. Sentant pourtant combien le bât les blesse, sur ce point, ils parlent d' « élargir » ce comité, mais ils seraient bien embarrassés de dire avec qui et comment. Peut-être espèrent-ils y parvenir en chargeant Stéphane Just d'écrire encore un ou plusieurs volumes de citations...

Une erreur sur cette page ?