Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 26

Blasco (Pierre Tresso)

P. F. · Quatrième Internationale, n° 26 · novembre 1965 (4e trimestre) · p. 53-54 · 1 044 mots

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Dans le numéro de décembre 1955 de notre revue, nous avons publié dans rubrique « Les hommes qui ont forgé notre Internationale » un article consacré à la …la mémoire du camarade italien Pierre Tresso qui milita dans les rangs de notre mouvement sous le pseudonyme de Blasco.

Né à Magré (province de Vicence) en 1893, il rejoignit les Jeunesses socialistes italiennes à l'âge de 14 ans, et fut poursuivi au cours de la première guerre mondiale. En 1921, au congrès de Livourne, il fut parmi les fondateurs du Parti communiste italien. Il fut élu au Comité central de ce parti en 1925 et ensuite au Bureau politique. En 1930, il fut exclu du parti ainsi que deux autres membres du Bureau politique. La direction du P.C. italien se trouvait en exil en France. Les exclus, Blasco, Feroci, Santini, qui vivaient alors à Paris, rejoignirent l'Opposition de gauche, Blasco participa à la Conférence de Copenhague en 1932 lors du séjour de Trotsky dans cette ville, et à la Conférence de fondation de la IVe Internationale en: 1938. Pendant la guerre, il prit part à la lutte clandestine des trotskystes en France, fut arrêté en 1942 et condamné à dix ans de travaux forcés par le tribunal militaire de Marseille pour activité illégale en militant pour la IVe Internationale. Enfermé à la prison du Puy, il fut libéré avec tous les détenus de cette prison par le maquis en octobre 1943. Ceux-ci restèrent dans le maquis. Mais, peu après cette libération de prison, on n'eut plus de nouvelles de Blasco et des quatre autres trotskystes libérés dans les mêmes conditions. On n'a jamais retrouvé leurs corps. Les quelques indications recueillies immédiatement à la fin de la guerre permettent de penser avec beaucoup de certitude que les dirigeants staliniens du maquis de la Haute-Loire, en exécution d'ordres, éliminèrent physiquement les trotskystes.

Voici brièvement résumée la vie de Blasco. Je ne puis évoquer celle-ci sans rappeler qu'il joua un rôle important dans la vie de l'organisation trotskyste en France où il vécut dans les années d'émigration, et qu'il contribua de manière très sensible à son travail et, surtout, à la formation de ses militants, en premier lieu de ses dirigeants. Le mouvement trotskyste en France, par suite de tout un concours de circonstances, ne conserva guère de vieux dirigeants communistes, il fut pris en mains par des jeunes qui n'avaient jamais occupé de fonctions même à un niveau moyen dans le mouvement de masse. Cette inexpérience vint s'ajouter aux multiples difficultés que connaissait l'Opposition de gauche sous la répression stalinienne. Dans ces conditions, Blasco qui, autant que les dures conditions matérielles auxquelles il était soumis pour gagner sa vie le permettaient dans ces années de misère, de chômage, de répression, participa au travail de direction dans notre mouvement, apporta la plus précieuse des contributions à la formation politique des jeunes militants qui en assumaient la direction. Sans comparaison, certes, avec l'apport immense de Trotsky, sa contribution avait cependant pour elle cet avantage d'être sous la forme d'une présence personnelle, presque quoti- dienne, et qu'elle aida souvent à faire ce passage, si malaisé pour les hommes encore inexpérimentés, de la ligne théoriquement définie à son application pratique.

Blasco fut un des peu nombreux cadres dirigeants de l'Internationale communiste (il participa à des congrès de celle-ci ainsi qu'à des congrès de l'internationale syndicale rouge) que la dégénérescence stalinienne ni ne corrompit en bureaucrate ni ne détruișit comme communiste et qui, fidèle à l'appel de la Révolution d'Octobre, poursuivit la lutte dans les rangs du mouvement trotkyste jusqu'à son dernier souffle de vie.

La personnalité de Blasco ne pouvait pas ne pas ressurgir à la lumière dans cette période où la vérité historique perce l'énorme croûte de mensonges staliniens.

La « Commission pour la vérité sur les crimes de Staline » vient de publier comme numéro spécial de son Bulletin un livre d'environ 200 pages. L'essentiel est constitué par un ouvrage d'un auteur italien, Azzaroni, consacré à la vie de Blasco ; il s'y trouve une préface de Silone et un avant-propos de P. Naville. Enfin, quelques articles et des lettres de prison adressées par Blasco à sa compagne Barbara y sont publiés. lade de ament de leco, de top peu nombres, dentuent a doner une Les documents de Blasco, hélas trop peu nombreux, contribuent à donner une

Malheureusement, les pages d'Azzaroni et la préface de Silone, quelles que puissent avoir été les intentions de ceux qui les ont écrites, ne donnent pas un portrait véridique de Blasco, de sa pensée. Et les événements sont passablement escamotés. Azzaroni n'est pas un marxiste et n'a pas de compréhension du mouvement communiste en général et plus particulièrement du trotskysme pour lequel Blasco a vécu et mourut. Silone, quant à lui, a renié le marxisme depuis assez longtemps (dans cet ouvrage on oublie même qu'il vota avec Ercoli (Togliatti) au Comité Central du P.C. italien l'exclusion de Blasco, quelques mois avant d'être lui-même exclu comme opposant de droite). De sorte que cet ouvrage ne donne pas l'image du révolutionnaire, du trotskyste Blasco. membre de la IV* Internationale, mais plutôt celle d'un « honnête » homme, dans le sens petit bourgeois du terme, imbu du « mythe du parti de Lénine ». L'ensemble a le ton dominant de l'activité de la « commission pour la vérité sur les crimes de Staline ». c'est-à-dire un ton anticommuniste, absolument opposé à ce que fut le combat de Blasco.

Signalons que, par ailleurs, un professeur, Franzin, membre du P.C. italien, a commencé une étude du rôle de Blasco dans le mouvement ouvrier italien, qu'il a publié récemment en Italie des documents relatifs aux positions adoptées par Blasco au cours des premières années lorsque la direction passa de Bordiga à Gramsci, Nous verrons comment il traitera des années ultérieures et comment il cherchera à faire la lumière sur la fin de Blasco.

Des matériaux sont ainsi ajoutés à ceux qui existent en partie dans le livre d'Azzaroni. La vérité historique finira malgré tout par triompher. La mémoire de Blasco qui appartient au mouvement ouvrier italien et à la IV= Internationale participera de plus en plus puissamment aux combats pour la rénovation du mouvement communiste italien et international, pour le triomphe mondial du communisme.

P. F.

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