Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 26

Blackpool 1965

C. Bivanche · Quatrième Internationale, n° 26 · novembre 1965 (4e trimestre) · p. 13-15 · 2 138 mots

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La conférence annuelle du Labour Party britannique n'a pas d'équivalent ailleurs dans le mouvement ouvrier. C'est une sorte de parlement ouvrier, reflétant largement les positions, les craintes, les déceptions et les espérances des ouvriers et des ouvrières de Grande-Bretagne. Bien que numériquement dominée par les syndicats, le ton politique y est cependant donné par les sections territoriales du parti. Bureaucratiquement contrôlée par la présidence, la voix du socialisme se fait cependant entendre de la tribune et trouve un écho dans les applaudissements des délégués et des visiteurs.

Réunis à Blackpool du 27 septembre au Ier octobre, les délégués faisaient face à un réel dilemme. Pour la première fois depuis treize ans, ils se réunissaient sous un gouvernement travailliste. C'est un gouvernement qui ne vit que par la plus précaire des majorités, un gouvernement dont l'existence même fut menacée presque dès sa naissance par une erise economique héritée des tories. Le gouvernement, ainsi qu'à de sombres menaces de la part du capital financier international, y a survécu. Mais à quel prix? Il a jeté s'assura que le point de vue de l'aile gauche n'aurait que le minimum de chances d'être présenté.

Une des principales questions que la conférence devait considérer était celle des rapports entre le parti et le gouvernement. Pendant treize années, le mouvement n'avait pas eu à y répondre de manière urgente bien qu'il y fut fait mention pendant les grands débats sur le désarmement nucléaire unilatéral, lorsque feu Hugh Gaitskell revendiqua l'autonomie pour la fraction parlementaire travailliste et insista que celle-ci n'était pas liée par les décisions de la conférence. Ceci fut contesté à l'époque et par personne d'autre que l'actuel Premier ministre qui lutta contre Gaitskell pour la direction du Parti précisément sur cette question même.

Le président Gunter donna le ton quand il insista que s'il pouvait y avoir des critiques et qu'il « les saluait » même, il était tout à fait clair que le parti ne pouvait dire au gouvernement ce qu'il devait faire.

Toutes les implications de cette chose se voient à l'examen de la composition du Comité National Exécutif. Onze membres du nouvel organisme soit sont des membres du Cabinet soit occupent des postes gouvernementaux. En raison des particularités de la Constitution britannique qui est autant régie par la tradition que par la loi, la règle de l'unanimité des membres du gouvernement est sacrosainte. Bien qu'élus par la conférence comme représentants de la base à l'organisme suprême du parti, ces onze membres y siégeront en fait comme un bloc compact défendant toute action du gouvernement, si contraire qu'elle puisse être à la volonté de la conférence.

Le danger en est que, si le Labour Party reste longtemps au pouvoir, la Conférence sera transformée d'un parlement ouvrier en une réunion d'approbation des positions du gouvernement. Les délégués ne viendront que pour applaudir. La conférence annuelle sera simplement un rallye national massif des fideles au par dessus bord une programme sur lequel élections. A Blackpool, des syndicats et des avaient a donner leur lan du gouvernement.

grande partie du il avait gagné les les délégués réunis sections du parti verdict sur le biIl leur fallait approuver ou désapprouver. Une forte dé. sapprobation aurait signifié un vote de méfiance à l'égard du gouvernement travailliste. Cela aurait pu précipiter une électien générale, la défaite du Labour Party et le retour au pouvoir des tories hais. Tel était le dilemme auquel avaient à faire face les délégués.

Wilson et ses collègues à la présidence en étaient tout à fait avertis et exploitèrent à fond la situation pour consolider leur emprise sur la conférence. Dés le premier jour, le président Ray Gunter fit appel au loyalisme traditionnel, avec la certitude d'obtenir la réponse qu'il désirait. La présidence déterminant le temps de parole et faisant une judicieuse sélection des orateurs à la tribune, Gunter lieu d'être un forum où la politique est forgée et débattue.

Quatre des sept membres élus au Comité Exécutif National par les sections du parti doivent leur place davantage au TeS passé qu'au présent. Anthony Greenwood à présent Secrétaire aux colonies prési dant à la répression brutale du mouve ment de libération nationale à Aden, Barbara Castle accordant des secours aux pays sous-développés comme Ministre du développement d'outre-mer, Richard Crossman et Wedgewood Benn, tous regurent un grand soutien des sections parce qu'ils avaient été traditionnellement associés à la gauche.

Dans les sections, il existait une crainte réelle que si elles ne votaient pas pour ces individus faisant figure de gauche, des droitiers plus endurcis passeraient.

Il est significatif que le député Frank Allaun, un critique courageux de la direction, candidat pour la première fois au Comité National Exécutif recueillit 239.000 voix.

La plupart des délégués vinrent à la Conférence avec des mandats impératifs de leurs sections pour cette élection. Si le vote eut été libre, les résultats auraient été quelque peu diftérents.

Les trois débats les plus importants à la conférence, impliquant des questions hau tement principielles, portèrent sur la politique des revenus du gouvernement, l'immigration et le Vietnam. Une question qui ne fut pas discutée à la Conférence mais qui préoccupa les esprits des délégués fut celle de la renationalisation de l'industrie de l'acier Promise dans le programme électoral et à nouveau dans le discours du trône à l'ouverture de la précédente session du Parlement, elle fut singulièrement omise dans le discours de 70 minutes pendant lequel Wilson présenta le bilan du gouvernement.

Sur la politique des revenus du gouvernement, la discussion principale se fit autour d'une résolution présentée par Clive Jenkins au nom du syndicat ASSOT (maitrise, personnel exécutif et techniciens) ainsi rédigée :

* Cette conférence désapprouve la légistation proposée pour imposer une no tification obligatoire préalable des revenciton ne sautres co treme is et des dications syndicales concernant | l'amélio conditions de travail. »

Une résolution beaucoup plus fondamentale présentée par la section de Nottingham-ouest ne fut pas soumise à la conférence par suite des manœuvres de la présidence. Elle présente l'intérêt de refléter des positions de l'aile gauche du Labour Party. Elle disait :

« Cette conférence ne peut effectivement soutenir la présente politique des revenus du gouvernement pour les ratsons suivantes:

a) elle ne prévoit pas de garanties adequates pour les secteurs mai payés de la communauté et ne sert qu'à geler les injustices existantes. Avant que rien ne soit commencé en matière de planification des revenus, il jaut appliquer certains principes fondamentaux, notamment ceur « à travail égal salaire égal » pour les femmes et les jeunes et l'etablissement d'un salaire minimum garanti; b) elle ne prévoit pas de redistribution entre les secteurs sociaux de revenus. Une précondition d'une politique des revenus acceptable est qu'elle prélève sur secteur des revenus des capitaux et ajoute à celui des salaires et traitements ; c) elle n'est pas étayée par un nombre adéquat de dispositions assurant le bienêtre social. Les pensions doivent encore être considérablement augmentées, en dépit des récentes augmentations; d) elle ne contrôle pas de façon adéquate les revenus des propriétés. La taxation est une arme insuffisante pour empêcher la fraude par les patrons. Seule la responsabilité comptable totale de chaque firme envers ses employés peut fournir les vérifications et contrôles nécessaires au moyen desquels les syndicats peuvent vérifier que la politique se trouve appliquée aux revenus des propriétés. Les travailleurs doivent, de droit, avoir accès à tous les liures de compte des employeurs et pouvoir disposer de l'aide professionnelle nécessaire pour interpréter les données fournies. Les salaires sont déjà publiquement connus et administrés par les patrons et l'administration des Finances, l'équité exige que les profits soient mis dans une situation correspondante; e): elle ne contrôle pas adéquatement les prix. La Conférence est d'avis qu'it faut instituer un mécanisme pour déterminer les prix, en opposition à la politique actuelle du Bureau des Priz et Revenus qui examine les décisions déjà prises unilatéralement par le capital. Un tel mécanisme doit assurer une participation effective des ouvriers et des consommateurs à la détermination des prix;

I) la Conférence est préoccupée du fait que la politique des revenus n'est pas basée sur un plan stratégique national pour le développement de l'industrie planifiée, nationalisée et démocratiquement gèrée. Elle tendra de ce fait à profiter aux intérêts privés plutôt qu'a mettre en avant et à défendre des priorités d'ordre public.

En repoussant la politique des revenus telle qu'elle est, la Conférence presse le gouvernement d'ouvrir des négociations immédiates avec les syndicats de façon à tenir compte de ces objections. Si cela est effectué rapidement, cela pourra sauver le gouvernement d'une défaite cuisante et démoralisante, et contribuer à rassembler le mouvement ouvrier autour des objectifs socialistes formulés dans la clause IV des statuts du Parti. »

La résolution soumise par l'ASSET fut présentée comme une résolution d'urgence en réponse à la menace du gouvernement de faire voter une législation qui obligerait les syndicats à donner une notification préalable des revendications de salaires. Comme Clive Jenkins le souligna, il n'était pas fait mention des dividendes dans les propositions. C'était une tentative d'enchainer les syndicats à la machine étatique.

Bien que la Conférence ait rejeté la résolution d'urgence par 3.645.000 voix contre 2.540.000 voix, le fait que le plus grand syndicat britannique, le Transport General Union fort d'un effectif d'un million trois quarts, et la Fédération des Métaux (Amalgamated Engineering Union), votèrent contre le gouvernement sur cette question fera penser celui-ci deux fois avant de faire adopter une telle législation. Cela pourrait amener un conflit entre l'aile syndicale et l'aile politique du mouvement.

Mais l'approbation de la politique des revenus de Wilson servira à l'avenir à un gouvernement tory qui n'hésitera pas à utiliser ce précédent pour désarmer les syndicats.

La gauche a fortement combattu la nouvelle politique du gouvernement sur l'immigration, une politique qui imposerait des restrictions sur l'immigration d'hommes de couleur en Grande-Bretagne en opposition directe à la politique traditionnelle du Labour Party sur cette question. Bien que la Conférence ait donné son approbation à la politique du gouvernement, ce piétinement des principes socialistes les plus fondamentaux n'est pas accepté à la légère par la gauche.

Au cours du débat, au moins un membre du gouvernement, Bob Mellish, n'hésita pas à jouer sur les préjugés les plus bas ; même certains soutiens de cette politique d'immigration raciste étaient honteux de cette exposition nue de leurs honteux de cette exposition nue de leurs motifs cachés. Immédiatement aprés la discussion, un groupe de parlementaires, dirigés par Reginald Freeson, député de Willesden-est, une circonscription qui une large population d'immigrants, publié une déclaration selon laquelle ils continueront à lutter pour empêcher que

NALE 15 cette honteuse proposition de loi ne soit adoptée.

De même, sur le Vietnam, la présidence sarrangea pour obtenir une majorité substantielle en faveur de son alignement sur l'Amérique, Mais 2.284.000 voix se prononcèrent contre la politique étrangère du gouvernement (4.065.000 voix) et pour le soutien des combattants de la libération dans les jungles du Vietnam. Une position de combat fut prise sur cette question par les délégués de gauche, Ben Coates, de Nottingham, faisant une déclaration particulièrement vigoureuse. L'ampleur du vote anti-impérialiste témoigne d'une force potentielle avec laquelle il faudra compter au sein du Labour Party. Cette Conférence fut en fait le terrain d'une longue bataille pour une politique extérieure socialiste, qui allierait le grand mouvement ouvrier britannique aux mouvements de libération d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine et non à la machine de guerre du Pentagone.

Nombre de délégués quittèrent Blackpool avec un sentiment de frustration. Leurs vieux guides Greenwood, Castle, Wilson lui-mêrne, avaient - ils le ressentaient - conduit à une acceptation remplie de stupeur en faveur des choses auxquelles ils ne croyaient pas. Ils ont un gouvernement travailliste qui poursuit, sur de nombreuses questions, une politique identique à celle des gouvernements tories qui l'ont précédé. Ce n'était pas pour cela qu'ils avaient travaillé dans leurs sections au cours des treize années de domination tory.

Cette Conférence a mis en lumière la faiblesse de la gauche. Elle se trouvait fragmentée, désorientée, dispersée. Mais le choc même des défaites lui a montré qu'il était plus que jamais impérieusement nécessaire de se réorienter. Les forces de gauche sont faibles parce que, dans les sections, les syndicats, le parlemetn et les cercles intellectuels elles n'ont pas de contact entre elles. Elles mènent des batailles différentes et de manières différentes, Maintenant, la gauche doit s'unir, choisir les questions sur lesquelles elle se battra, et organiser la lutte sur une échelle nationale dans tout le Labour Party et dans les syndicats.

Wilson et ses collègues du gouvernement veulent continuer à agir comme le comité exécutif de la classe dirigeante. La gauche n'a pas d'autre choix que de les remplacer par de nouveaux dirigeants qui conduiront le parti sur la voie du socialisme. Pour ce faire, la gauche doit maintenant s'organiser afin d'être représentée fortement lorsque la Conférence du Labour se réunira à nouveau l'an prochain.

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