Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 25

Les « teach-in » des universités américaines

Quatrième Internationale, n° 25 · juillet 1965 (3e trimestre) · p. 11-11 · 606 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Le 24 mars dernier, plus de 3000 étudiants et des professeurs de facultés de l'Universités de Michigan s'engagèrent dans le premier « teach-in » qui consista en une série de douze heures de conférences, discussions, meetings, eté., au cours de laquelle ils examinèrent l'histoire honteuse de l'intervention américaine dans le sud-est asiatique. Le succès de cette initiative donna naissance à un Comité inter-universitaire pour une enquête publique sur le Vietnam, qui rassemble 150 groupes dans le pays. Des « teach-in » furent tenus dans 50 universités. Le 15 mai, il y eut à Washington un « teach-in » national auquel participèrent, par le truchement de la radio et de la télévision, plus de cent universités dans 35 états rassemblant une centaine de milliers de personnes dans des meetings locaux. Ce « teach-in » reçut une très grande publicité dans la presse et dans de nombreuses émissions de radio et de télévision.

Au meeting de Washington où furent invitées des personnalités célèbres des milieux universitaires ainsi qu'une personnalité étrangère, Isaac Deutscher, l'assistant particulier de Johnson, Me George Bundy qui devait y participer se déroba en envoyant une lettre à la dernière minute.

Il est certain que, d'un point de vue abstrait, on pourrait relever bien des faiblesses dans le mouvement qui s'est ainsi produit, mais il faut, pour le juger correctement, le placer dans la situation générale aux Etats-Unis où les directions des syndicats ouvriers emboitent le pas au pouvoir, où la vie politique est très primitive. Ce mouvement dans l'immédiat gêna énormément le State Department.

Présent à un débat organisé à l'Université de Berkeley, en Californie, I. Deutscher écrit :

« Pendant trente-six heures, en plein air, discours, exposés, satires politiques, chansons kolkloriques se succédèrent... Je suis monté à la tribune bien après minuit. Quinze mille étudiants, sagement assis sur une pelouse du campus, se trouvaient rassemblés. La nuit était fraiche. Le vent soufflait. Les organisateurs proposèrent de tenir la réunion dans une salle voisine. Mais les étudiants, drapés dans des couvertures, bravant le souffle froid du Pacifique, concentrés sur les problèmes exposés, ne voulaient pas bouger. Il se passait, à quelques mètres de là, quelque chose d'extraordinaire : des volontaires donnaient leur sang pour les victimes des bombardements américains au Vietnam. Cent litres furent recueillis sur le thème « Johnson envoie du napalm, nous leur enverrons du sang. ». Quelqu'un suggéra même de former une brigade provietcong sur le modèle des brigades internationales de la guerre d'Espagne. »

Mais le phénomène a une signification qui dépasse ses effets immédiats. Les universitaires et les étudiants ne constituent qu'une faible partie de la société américaine, mais ils sont le symptôme témoignant pour l'avenir, d'un réveil de l'esprit critique dans le domaine de la politique internationale et de la pensée sociale.

Cette jeunesse aborde les grands problèmes de l'humanité très sérieusement, très concrètement, et une importante partie d'entre elle se débarasse aisément clichés « anticommunistes », parvient à distinguer le stalinisme du marxisme, et par son exemple annonce une nouvelle période de la vie politique et sociale dans le plus puissant bastion du capitalisme dans le monde.

Il serait évidemment présomptueux de se prononcer sur les rythmes. Mais l'entrée en lice de la jeunesse universitaire dans les pays capitalistes développés (car ce qui aux Etats-Unis n'est pas circonscrit à ce pays, même s'il prend des formes spécifiques conditions de chaque pays dans lequel il se manifeste), en même temps que la jeunesse des Etats ouvriers, et plus particulièrement de l'Union sovié. tique, réagit contre le conformisme hérité du stalinisme, annoncent que la marche du monde vers le socialisme ne tardera pas à s'accélérer.

Une erreur sur cette page ?