Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 25

Il y a vingt-cinq ans

Quatrième Internationale, n° 25 · juillet 1965 (3e trimestre) · p. 12-14 · 908 mots

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Le 20 août 1940, il y a un quart de siêcle, Léon Trotsky était assassiné par un agent de Staline. A l'époque, dans le fracas de la deuxième guerre mondiale, c'est presque comme un fait-divers que l'événement fut annoncé dans le monde. Et, pourtant, ce crime illustrait un des points culminants sinon le plus haut sommet de la vague réactionnaire qui submergea aussi bien le monde capitaliste que l'Etat ouvrier isolé de l'époque. Dans la société capitaliste, Hitler avait étendu sa puissance de la frontière soviétique à l'Atlantique. Il allait tourner ses feux contre I'U.R.S.S.. En Union soviétique même et dans le mouvement ouvrier communiste, le stalinisme l'avait emporté à travers les exterminations des vieux bolcheviks.

Dans la deuxième guerre mondiale, où des millions d'hommes allaient périr, la révolution reprit son souffle et sa marche en avant.

Staline, au lendemain de la victoire militaire sur le fascisme, voulut une fois encore exterminer par les mêmes moyens terroristes les aspirations révolutionnaires renaissantes en U.R.S.S. et dans les nouveaux Etats ouvriers. Les derniers mois de son existence laissaient déjà entrevoir l'échec de cette tentative.

Vingt-cinq ans nous séparent de l'assassinat de Trotsky. Quel chemin a été parcouru ! La vérité, certes, ne l'a pas encore emporte et de rudes épreuves restent à franchir pour qu'il en soit ainsi. Mais qui, aujourd'hui, pourrait douter de l'issue? Les « déstalinisateurs » qui président à présent aux destinées de l'Union soviétique craignent tout autant que Staline que l'activité et l'œuvre de Trotsky soient vraiment connues des jeunes générations de l'U.R.S.S. et des autres Etats ouvriers. Dans le monde colonial, une conception est aujourd'hui dominante, celle de la révolution permanente, qu'aucune argutie ne peut détacher du nom de Trotsky. Dans le monde capitaliste, les jeunes générations qui n'ont vécu ni la réaction d'avant la deuxième guerre mondiale ni les illusions de la Libération, qui vomissent les vieilles directions réformistes et staliniennes, que le welfare state laisse pour le moins indifférentes, se précipitent sur les œuvres de Trotsky qui, a present, connaissent des tirages impressionnants et elles y trouvent le marxisme révolutionnaire plus jeune, plus rayonnant, plus éblouissant que jamais. Le mur auquel nous nous sommes heurtés des années durant paraît avoir soudainement disparu.

Il reste bien sûr encore nombre de pourfendeurs de Trotsky et du trotskysme. Mais qui trouve-t-on dans ce lot? En dehors de dirigeants éduqués à l'école stalinienne qui agissent par défense d'intérêts bureaucratiques, les antitrotskystes d'aujourd'hui, ce sont ou bien ceux qui, chaque année, viennent mettre leur nom sur la longue liste des gens qui démontrent « l'erreur», la « faillite » du marxisme, ou bien ceux qui, après avoir emboîté fidèlement le pas à Staline prétendent qu'on ne les y reprendra plus, et qui, pour cela, abandonnent tout ce qui était dans leurs bagages idéologiques, tout sauf un article • l'antitrotskysme. Ils avaient suivi Staline comme le représentant d'une révolution assagie respectueuse du statu quo, il

One peut être question pour eux de retrouver la voie de la révolution. Ils sont pour les voies parlementaires et pacifiques, les « voies nouvelles que Bernstein avait préconisées et d'autres avant lui. Tous ces antitrotskystes d'aujourd'hui, autant de morts qui s'enterrent réciproquement.

L'œuvre de Trotsky, ses apports théoriques et politiques chaque jour font de nouveaux progrès. Pourtant, ce qu'il considérait comme le plus décisif dans les dernières années de son activité, se heurte encore aux résistances les plus grandes, y compris parmi pas mal de ceux qui

Léon Trotsky et Natalia Sedova. se déclarent attachés aux idées qu'il défendit: la Quatrième Internationale, tout en faisant des progrès sensibles, n'est encore qu'une force par ses idées non une force sur le plan de l'action des masses.

Les obstacles à la reconstruction d'une Internationale marxiste révolutionnaire de masse se sont montrés beaucoup plus grands qu'on pouvait le supposer il y a un quart de siècle. La longue période de stalinisme avec ses profonds ravages de cadres du mouvement ouvrier, le cours imprévu de la révolution mondiale passant par les pays écono- miquement les moins développés, le retard de la révolution prolétarienne en Europe, tout cela a créé au sein même du mouvement des masses des obstacles inattendus à la reconstruction d'une véritable Internationale ouvrière.

Les difficultés que rencontre aujourd'hui la Quatrième Internationale sont avant tout l'expression du poids que le passé fait encore peser sur le mouvement ouvrier tel qu'il est organisé. Mais les difficultés des directions bureaucratiques sont infiniment plus grandes que celles du mouvement trotskyste. Et c'est cela qui est essentiel. Car la décomposition du monolithisme stalinien n'est pas un obstacle, c'est une précondition au déblayement du passé, à la clarification, à l'élaboration, au regroupement sur un programme rénové à la lumière des grandes expériences. Les rythmes ne sont pas ceux que Trotsky prévoyait, les formes ne sont pas celles que la société telle qu'elle était il y a un quart de siècle permettait d'envisager, mais ses idées, parce qu'elles étaient dans la lignée des maîtres de la révolution socialiste, sont celles sur lesquelles la classe ouvrière connaîtra la victoire finale sur le capitalisme et assurera son émancipation et celle de l'humanité tout entière.

En commémorant le vingt-cinquième anniversaire de la mort de Léon Trotsky, la Quatrième Internationale exprimera que les années qui se sont écoulées lui font partager plus fortement que jamais la conviction protonde que Trotsky, frappé à mort, exprimait dans dernières paroles : « Je suis sûr de la victoire de la Quatrième Internationale ».

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