Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 25

Crise de régime au Maroc

M. Loufti · Quatrième Internationale, n° 25 · juillet 1965 (3e trimestre) · p. 26-31 · 3 673 mots

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Ce n'est pas seulement l'Algérie, mais l'ensemble du Maghreb qui est actuellement secoué par une profonde crise sociale et politique. Au même moment où le colonel Boumedienne renversait Ben Bella à Alger, Bourguiba ouvrait à Tunis une épreuve de force avec les syndicats tunisiens, pourtant plusieurs fois mis et remis au pas, auxquels il veut imposer un régime corporatiste, entrepreneurs et salariés devant être rassemblés dans la même organisation syndicale. Quelques semaines plus tôt, Hassan II, par un coup d'Etat caractérisé, dissout à Rabat le parlement et prend lui-même la tête du gouvernement, sa tentative de constituer un «gouvernement d'union nationale » ayant échoué.

Nous analysons dans ce numéro de Quatrième Internationale la crise que traversent la révolution algérienne et le Maroc néo-colonialiste. Nous traiterons ultérieurement de l'épreuve de force entre le régime bourguibiste et Y'U.G.T.T.

LA FAILLITE DU NEO-COLONIALISME

Dix années après son accession à l'indépendance, le Maroc constitue un cas typique d'échec des expériences néocolonialistes: le maintien au pouvoir d'une alliance de bourgeoisie commerçante et de propriétaires fonciers, collaborant intimement avec les impérialismes français et américain, empêche la solution d'une quelconque des tâches nationales démocratiques que le peuple marocain visait à résoudre à travers sa lutte pour l'indépendance.

Le bilan d'échec et de répression économique et social est surtout patent pour la dernière période, celle qui vit les représentants de la gauche modérée expulsés du gouvernement, et qui fut placée de plus en plus directement sous le signe de la dictature du Palais.

La production intérieure brute est passée, d'après les calculs officiels, de 820 milliards de dirhams en 1960 à 910 milliards de dirhams en 1964, soit une augmentation de 11 %. Pendant la même période, la population a augmenté de 17%. Le revenu par tête d'habitant a donc baissé de 6% au cours des quatre dernières années! Il s'établit en-dessous de 150 dollars par an et par tête.

Comme les revenus du secteur moderne de l'économie (qui occupe quelque 5 à

600.000 personnes) ont régulièrement augmenté, c'est le revenu par tête d'habitant de la population occupée dans le secteur dit traditionnel (qui concerne plus de 12 millions de Marocains !) qui a été particulièrement touché; la régression y a été au moins de l'ordre de 7,5 % !

Pour comprendre ce que signifie cette régression, il faut avoir idée de la misère du paysan marocain moyen, qui ne vit en grande partie que de la consommation de ce qu'il produit sur son lopin miséreux. Ses «revenus » monétaires sont dépensés à concurrence de 58% en achat de sucre et de 14% en achat de thé. Boire du thé à la menthe sucré, c'est le moyen traditionnel du Marocain de tromper la faim. Mais ces chiffres en disent long sur son niveau de vie...

La situation des ouvriers n'est guère meilleure. Bien que les syndicats aient arraché l'échelle mobile, les salaires se trouvent en fait bloqués depuis deux ans, que les prix ne cessent de monter. On a évalué la perte de pouvoir d'achat des salariés pendant cette période biennale à près de 30 %.

Le plan triennal présenté au Parlement au printemps de l'année 1965 maintient d'ailleurs cet état de régression de l'éco- nomie marocaine, puisqu'il ne prévoit qu'un lamentable taux de croissance moyen de 3,5 %, qui sera tout entier résorbé par la croissance démographique.

Mais alors qu'il y a un énorme sousemploi à la campagne, le plan triennal ne compte créer que 60.000 emplois nouveaux par an, d'ailleurs temporaires.

Le taux des investissements productifs de l'économie marocaine est le plus bas du monde : 13 %. Il n'y a que la Jordanie qui connaisse un taux analogue. Ces taux sont à comparer avec ceux de quelques autres pays sous-développés : Pérou 17 %,

Syrie 17 %, Ghana 18 %, Nyassaland (Malawi) avant l'indépendance 18 %, Colombie 19% - et il ne s'agit certainement pas là de pays-modèles du point de vue du développement économique. En fait, les investissements en matériel et en outillage ne représentent que 5% de la production nationale et n'ont même pas couvert les annuités d'amortissement du matériel existant en 1960, ainsi que l'a affirmé le député U.N.F.P. Lahbabi devant la Chambre des Représentants. Ce que ces chiffres révèlent en fait, c'est une constante évasion des capitaux depuis l'indépendance.

Cette faillite du régime néo-colonialiste est surtout le résultat de l'échec de toute réforme agraire. Les modestes velléités qui avaient été manifestées dans le sens de cette réforme au lendemain de l'oetroi de l'indépendance furent progressivement liquidées par la suite. Sur les

Comment a-t-on pu en arriver à ce régime typiquement néo-colonialiste, qui maintient même des structures typiquement semi-féodales à la campagne, alors que les masses marocaines avaient combattu avec courage lors de la lutte pour l'indépendance ?

Pour comprendre les causes politiques du processus de régression que connait le Maroc depuis plusieurs années, il faut rappeler quelques faits de base.

Si le Maroc n'a pas eu une indépendance octroyée par l'impérialisme comme la plupart des pays de l'ancienne « Union française » en Afrique, il n'a pas non plus arraché cette indépendance à l'impérialisme français par une lutte révolutionnaire. Il s'agit d'un cas spécial, à mi-chemin entre l'indépendance conquise par la voie révolutionnaire et l'indépendance octroyée.

Avant que l'indépendance ne fut proclamée, la lutte «légale », mise en fait

NALE 27 terres devant être reprises aux colons français par exemple, un pour cent (nous disons bien : un pour cent...) a été jusqu'ici distribué aux paysans; la majeure partie reste entre les mains des colons, dix années après l'indépendance. Mais une bonne partie des terres récupérées a été accaparée en fait par la bourgeoisie rurale, par de gros notables locaux, par les anciens gérants, sinon par d'autres

Européens. Or, 90% des paysans marocains possèdent moins de 2 hectares ou ne possèdent rien, alors que 6.000 colons détiennent plus d'un million d'hectares de bonnes terres...

L'Office National des Irrigations, créé au lendemain de l'indépendance, ainsi que d'autres organismes pour promouvoir une politique de développement des forces productives et de relèvement du niveau de vie des paysans, ne pouvait réaliser sa tâche qu'a condition qu'une réelle réforme agraire soit réalisée. A défaut de sa réalisation, le régime néo-colonialiste vient de liquider l'Office National des Irrigations.

L'Union Nationale des Forces Populaires avait élaboré un projet modeste de réforme agraire, prévoyant la distribution de toutes les terres de colonisation, et de celles de tous les propriétaires marocains semi-féodaux dépassant 40 ha de terres irriguées et 200 ha de terres non-irriguées. Ce projet n'a reçu aucune prise en considération de la part du régime. en veilleuse à partir de la déportation du sultan Mohamed V par les autorités colonialistes, dut céder de plus en plus le pas devant la lutte armée de guérilla, dirigée par l'Armée de Libération Nationale. Le réseau de révolutionnaires issu de l'Armée de Libération Nationale a fourni et fournira sans doute encore les cadres les plus trempés et les mieux expérimentés de l'extrême-gauche marocaine.

Effrayée par l'ampleur de cette lutte révolutionnaire, la classe possédante marocaine chercha et trouva un compromis avec l'impérialisme français. L'indépendance politique fut acquise, mais en échange d'un maintien et d'une protection des intérêts des capitaux étrangers. Les militants de l'Armée de Libération Nationale devaient être intégrés dans l'Armée royale marocaine, contrôlée dès le départ par le prince Hassan, le futur roi Hassan II.

UNE LENTE POLARISATION POLITIQUE

UNE LENTE POLARISATION POLITIQUE

Les dirigeants de la gauche marocaine, de tendance libérale petite-bourgeoise ou social-démocrate modérée, représentant à la fois la petite bourgeoisie industrielle dite «nationale » et les couches privilégiées de la classe ouvrière urbaine, restèrent en fait passifs devant cette politique de liquidation de l'Armée de Libération Nationale. Ils assistèrent aussi passivement - y compris au gouvernement ! - à l'effort du Palais de renforcer avant tout l'armée et l'appareil de répression. Ils permirent ainsi la création d'un appareil d'Etat ultra-réactionnaire, centré sur le Palais royal, le roi gouvernant directement le pays au moyen de ses propres hommes-lige, surtout à partir de 1960.

Ils entrèrent en opposition, mais trop tard : l'acquis essentiel de la montée révolutionnaire précédant l'indépendance avait été liquidé. Le roi Hassan II, à la fin de 1962, « octroie » une Constitution qui laisse en fait intactes les prérogatives d'une monarchie absolue. C'est en vain que les partis d'opposition appellent au boycott; un référendum accepte la Constitution. Puis, en mai 1963, des élections largement truquées à la campagne donnent aux forces liées au Palais une confortable majorité à la Chambre. Cependant, dans les grandes villes, notamment à Casablanca, Rabat, Kénitra, l'U.N.F.P. remporte presque tous les sièges, ce qui constitua une surprise désagréable pour le pouvoir.

L'opposition de gauche au régime néocolonialiste souffrit aussi d'une forte dispersion et d'une démoralisation, encore accentuées par le fait que les dirigeants

La première provocation de grande envergure dirigée contre la gauche marocaine fut l'affaire dite «du complot».

Elle éclata en été 1963. De nombreux dirigeants de l'U.N.F.P., y compris des parlementaires, furent arrêtés, en même temps qu'un grand nombre de cadres moyens, sous prétexte qu'ils avaient préparé un attentat contre la vie du roi

Hassan II.

Le but véritable de cette provocation était double: démanteler le réseau urbain, dirigé par Mohamed Basri, qui subsistait de l'époque de l'Armée de Libération ; amener les dirigeants réformistes de l'U.N.F.P. à rompre publiquement et définitivement avec les cadres moyens et inférieurs de leur propre parti partisans d'une action révolutionnaire.

de la puissante centrale syndicale, l'Union Marocaine du Travail (U.M.T.), se séparèrent pendant toute une période (fin (fin 1963-début 1965) du principal parti politique de la gauche, l'Union Nationale des Forces Populaires (U.N.F.P.), et que la direction de l'U.N.F.P. tomba de plus en plus entre les mains d'éléments réformistes comme Ben Barka.

La situation évolua cependant à partir de 1963, surtout sous l'influence d'une prise de conscience dans l'avant-garde marocaine, favorisée par la victoire de la révolution algérienne sur l'impérialisme français.

Les anciens cadres de l'A.L.N. se regroupèrent lentement et nouèrent des contacts avec les militants syndicaux et politiques de l'opposition. De jeunes cadres montèrent, surtout dans les rangs de l'Union Nationale des Etudiants Marocains (U.N.E.M.), qui furent inspirés surtout par l'aile gauche du F.L.N. algérien. Ainsi commencèrent à être mis en place les éléments pour la constitution d'une nouvelle direction révolutionnaire, qui aurait pu conduire la deuxième vague de la révolution marocaine à la victoire.

C'est ce que comprit le Palais, et c'est pourquoi il s'acharna à détruire ce regroupement révolutionnaire par des provocations et par une répression systématique, dès le lendemain des élections législatives de mai 1963. Mais loin d'arriver à sa fin, cette politique de répression de la réaction contribua à accélérer le regroupement des éléments d'avant-garde des masses laborieuses marocaines.

Un grand nombre de militants arrêtés furent soumis à des sévices inqualifiables, isolés, torturés, obligés par tous les moyens à passer aux aveux. Forts de ces aveux - seules « preuves » de l'existence du complot - les autorités judiciaires lièrent ensuite des dirigeants politiques à l'affaire comme « complices » de « tentative d'assassinat ».

La riposte de l'opinion internationale fut très vive. La plupart des « preuves» et des «aveux » s'avérèrent manifestement faux. Le procès qui suivit ne fit que discréditer davantage le régime marocain devant l'opinion internationale ouvrière et même auprès des bourgeois libéraux. La popularité des principaux inculpés s'accrut, surtout dans les villes.

La provocation avait manqué son but.

DU «COMPLOT » A LA REPRESSION CONTRE L'U.N.E.M.

DU «COMPLOT » A LA REPRESSION CONTRE L'U.N.E.M.

Le Palais avait fait détruire par des bandes armées l'imprimerie de l'U.N.F.P.; les locaux étaient occupés; l'U.N.F.P.

était mise dans l'impossibilité de fonctionner normalement, en dehors du groupe parlementaire. Afin de paralyser l'opposition, le pouvoir se retourna alors contre l'organisation qui incarnait de plus en plus la volonté révolutionnaire de l'avant-garde marocaine: l'organisation estudiantine U.N.E.M.

Celle-ci tint son ge congrès à Rabat, du 4 au 8 septembre 1964. Malgré le ton modéré des résolutions, celles-ci demandaient la réforme agraire, un « changement radical des structures politiques, administratives et financières», dénonçait « le pouvoir réactionnaire » qui avait instauré un régime de «coup d'Etat permanent » au service des « forces réactionnaires et féodales». Elles réclamaient «l'élection d'une Assemblée Nationale Constituante et la constitution d'un gouvernement populaire représentatif des couches ouvrières et paysannes».

LA SEMAINE

C'est le lundi 23 mars 1965 qu'éclate une manifestation d'étudiants de 13 lycées de Casablanca, protestant contre des décisions prises par le Ministère de l'Education Nationale, limitant notamment le droit au brevet et le droit d'entrer dans l'enseignement secondaire (un tiers des enfants ne trouve pas de place dans les écoles ; sur 210.000 candidats à la première année secondaire, seuls 51.000 ont reçu accès à cet enseignement !). Trois mille garçons et filles sont arrêtés.

Le lendemain, leurs parents, des ouvriers, des chômeurs, des artisans et des petits commerçants descendent dans la rue. La répression est féroce. La police tire sur les manifestants, tuant des centaines de personnes, dont des enfants en bas âge. Des arrestations massives ont lieu à Rabat et à Casablanca. Le soir, la fureur populaire éclate: des milliers de manifestants descendent dans la rue, attaquent la prison, incendient des camions.

Le mercredi 26 mars, alors que l'opposition obtient à la Chambre le vote à l'unanimité d'une motion réclamant la libération immédiate de tous les élèves arrêtés, l'U.M.T. déclenche la grève générale à Casablanca, et de grandes manifestations s'étendent à toutes les grandes villes. Le 27 mars, ces manifestations se déroulent dans des villes plus petites : à Fez, à Safi, à Kénitra, à Beni-Mellal,

La réaction ne se fit pas attendre.

Moins d'une semaine après le congrès de TU.N.E.M., le 14 septembre, son président Mohamed Haloui était arrêté; le

15 septembre, les locaux de Y'U.N.E.M.

étaient occupés par la police.

Prétexte de l'inculpation : Haloui aurait été en correspondance avec l'ancien président de l'U.N.E.M., Hamid Berrada, inculpé de haute trahison et condamné à la peine de mort par contumace, pour avoir appelé à la défaite de l'armée réactionnaire marocaine et à la victoire de l'armée algérienne lors du conflit armé algéro-marocain. Il aurait été un

«complice » après les faits «du crime» de Berrada.

L'U.N.E.M. elle-même était menacée de dissolution et soumise à des tracasseries incessantes. Elle se défendit par des grèves et des manifestations d'étudiants, qui allaient brusquement modifier la situation politique du pays. SANGLANTE à Taza, à Settat, etc. De nouveau, les forces de répression tirent sur les manifestants. On déplore des dizaines de morts. A Fez, un élève de 12 ans et un étudiant de 16 ans sont tués.

Le 29 mars, le roi Hassan II parle à la radiotélévision. Il reconnait qu'il y a eu des dizaines de morts et explique la violence des manifestations par la conjonction entre le mécontentement des élèves et la situation économique qui s'était détériorée. Bien loin de «calmer » le peuple, ce discours déclenche de nouvelles manifestations imposantes, notamment à Fez et à Sefrou. Les manifestants demandent la démission du gouvernement et la libération des emprisonnés. A Fez, l'armée occupe les points stratégiques et se substitue à la police.

La violence de la répression - on mentionnera un total de 2.500 victimes ! — met fin à la «neutralité politique» de 1U.M.T., qui s'était rapprochée du Palais en 1964. Lopposition unifiée demande la chute du gouvernement. La pression est si puissante que le Palais commence à céder. Une amnistie est proclamée. Les prisonniers politiques sont libérés - non seulement ceux qui avaient été arrêtés durant la semaine sanglante, mais aussi ceux qui étaient emprisonnés au moment du «complot». Les manifestations puissantes, enthousiastes et unitaires du ler mai 1965 expriment la joie de l'unité

QUAT retrouvée entre ouvriers, paysans pauvres et étudiants. Les dirigeants de l'U.N.E.M. sont portés en triomphe; on leur doit cette revanche éclatante sur la réaction.

En même temps, le roi Hassan II fait mine de céder également sur le plan gouvernemental. Il ouvre des négociations avec l'opposition. Il offre à l'Istiqlal

LE NOUVEAU

Sous prétexte qu'il n'est pas parvenu à un résultat, le roi Hassan II, dans un message du début de juin 1965, proclame l'état d'exception, suspend la Constitution qui, dit-il, doit être revisée, dissout le Parlement et annonce de nouvelles élections après la révision constitutionnelle (qui devra être approuvée par voie de référendum). Entre-temps, c'est le roi lui-même qui assume tous les pouvoirs législatifs et exécutifs, et prend la tête du gouvernement.

Les dirigeants de l'U.N.F.P. croient habile d'approuver cette proclamation royale (voir l'éditorial du journal Libération du 10 juin 1965) en mettant l'accent sur le fait qu'elle reconnait les imperfections de la Constitution octroyée en 1962 (l'opposition avait demandé à l'époque le boycott du référendum qui devait approuver cette Constitution). Ils soulignent aussi l'aspect « progressiste » de certaines promesses royales (ainsi le message royal contient la phrase: « La décision que je viens d'annoncer est l'expression de notre volonté de nous engager résolument dans une ère de transformations radicales que je voudrais bénéfiques pour mon peuple et mon pays»). Ce faisant, ils commettent une erreur parallèle à celle commise par les dirigeants de l'U.M.T. lorsque ceux-ci se rapprochèrent temporairement du Palais pour des raisons tactiques.

La phrase-clé du discours royal n'est pas cette promesse démagogique de « justice sociale » ; elle est représentée par la phrase : «Le pays réclame un pouvoir fort, un pouvoir juste, un pouvoir stable». En d'autres termes: le nouveau coup d'Etat de Hassan II s'inscrit dans le cadre de ce que l'U.N.E.M. a justement

Ce dont le Maroc a besoin, c'est d'une véritable révolution qui accomplit l'œuvre qui a été sabotée par la « révolution manquée » des années 50 : une réforme agrai-

(opposition traditionnaliste, de droite) et à l'U.N.F.P. de participer au gouvernement. Il veut constituer un gouvernement d'«union nationale». Mais il se heurte au refus des partis d'opposition, dont les uns (lIstiqlal) réclament des élections immédiates, tandis que les autres (l'U.N. F.P.) réclament une position prépondé rante au sein du gouvernement. COUP D'ETAT appelé le «régime des coups d'Etat permanents». Il confirme la constance de la politique des classes possédantes depuis l'indépendance : renforcer le pouvoir absolu du Palais, faire du roi un melange de monarque absolu et de Bonaparte moderne, pour assurer la défense de la propriété privée.

Le roi Hassan II est directement au service des classes possédantes. Des membres de sa famille sont personnellement liés aux familles les plus riches de la bourgeoisie commerçante (tel le mari de sa sœur Lala Aïsha, qui vient d'être nommée ambassadrice à Londres) et des propriétaires fonciers féodaux, Il dirige personnellement l'armée et les forces centrales de répression. Croire que le renforcement d'un tel pouvoir pourrait aboutir... à la destruction des privilèges de classe de la bourgeoisie compradore et des grands féodaux, c'est croire au père Noël et se duper soi-même de manière impardonnable.

Il est vrai qu'il est un représentant des intérêts collectifs de ces classes possédantes et que, dans cette qualité, il peut sacrifier à tel ou tel moment tel ou tel «secteur» ou individu particulièrement discrédité, pour sauver l'ensemble des privilèges de classe. D'où son rôle «bonapartiste », ses manœuvres politiques habiles, oscillant périodiquement de la droite à la gauche. Mais aucun révolutionnaire ne peut accorder le moindre crédit aux « ouvertures de gauche » qu'il multiplie de temps en temps, dans le seul but de prendre des otages de gauche et de consolider ainsi son pouvoir et celui des classes possédantes.

re radicale; la suppression de toutes les survivances féodales et semi-féodales; la mise au travail des centaines de milliers de chômeurs et des millions d'habitants

CONCLUSIONS

CONCLUSIONS des campagnes qui souffrent du sousemploi; la modernisation générale du pays; l'industrialisation planifiée; la suppression de l'analphabétisme et la scolarisation générale; l'extension dans tout le pays d'un service médico-hospitaller moderne.

Cette tâche est irréalisable sans la destruction de l'appareil d'Etat réactionnaire érigé autour du Palais royal depuis l'indépendance, sans l'expropriation non seulement des capitalistes et des grands colons étrangers, mais encore de la grande bourgeoisie et des gros propriétaires fonciers marocains, sans la nationalisation de la grande industrie, du commerce extérieur, du commerce de gros, du système bancaire et du système des transports, sans la construction d'une économie socialiste.

Les forces motrices d'une telle révolution sont le prolétariat des villes et les masses déshéritées (ouvriers agricoles, chômeurs, paysans sans terre, petits métayers) à la campagne, sous la direction d'une force authentiquement révolutionnaire qu'il reste à construire, et dont les éléments principaux se trouvent parmi les cadres de l'U.N.E.M., les cadres de la gauche de l'U.N.F.P. et les cadres moyens de l'U.M.T.

Comme mot d'ordre transitoire, la formule « Que l'UNFP. et TUM.T. prennent tout le pouvoir» est acceptable. Mais encore faut-il bien préciser qu'il s'agit d'une formule transitoire. En réalité, aussi longtemps que le pouvoir royal

NALE 31 et l'appareil d'Etat qu'il a construit restent en place et sont intacts, c'est leurrer les masses que de leur promettre une mise en application d'un programme révolutionnaire. Et sans cette mise en application, aucun des problèmes-clés du Maroc d'aujourd'hui ne pourra recevoir un début d'application.

Les masses des villes ont encore en grande partie confiance dans les organisations officielles de la gauche marocaine, I'U.N.F.P. et l'U.M.T., bien que leurs dirigeants se soient à plusieurs reprises démasqués comme d'incurables opportunistes, prêts à flirter avec le Palais à la première occasion. A la campagne, le Palais conserve malgré tout un prestige encore très important (bien qu'inférieur à celui de feu Mohamed V), et les organisations politiques y sont encore peu implantées. C'est à travers l'agitation et le début de réalisation de la réforme agraire par une véritable révolution paysanne, par une véritable levée en masse des pauvres, que cette masse endormie depuis des siècles se réveillera et dégagera une énergie révolutionnaire indomptable qui, canalisée et dirigée par les forces révolutionnaires prolétariennes, se dirigera non seulement contre les féodaux et les colons, mais encore contre les bourgeois, gros commerçants, exploiteurs et affameurs, contre les profiteurs de l'indépendance, et pourra ainsi renverser la domination vermoulue et corrompue des classes possédantes marocaines, en s'engageant résolument dans la voie de la révolution socialiste.

15 juin 1965.

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