Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 24

Les élections du Kerala

Quatrième Internationale, n° 24 · mars 1965 · p. 12-13 · 1 104 mots

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Les élections qui ont lieu dans l'état de Kerala, en Inde, le 6 mars auront des conséquences de grande portée tant pour l'Inde que pour le mouvement communiste.

Rappelons un peu d'histoire. Le PC indien avait, depuis l'accession de l'Inde à l'indépendance en 1948, pratiqué une politique réformiste. En 1957 il avait eu une majorité parlementaire au Kerala et constitué un gouvernement qui n'apporta pas de modifications fondamentales à la société dans cette partie de l'Inde. Les modestes réformes qu'il voulut réaliser se heurtèrent à une résistance farouche et en 1959 le « démocrate » Nehru destitua le gouvernement et prit en charge de New Delhi l'administration du Kerala. Cette expérience eut des conséquences dans le PC indien; une tendance gauche et une tendance centriste mirent en cause la politique suivie pendant dix ans et que poursuivait la direction droitière, notamment sous l'inspiration de

Survint le différend sino-soviétique. Il stimula la tendance gauche et le centre, tandis que la droite - animée par la politique de Khrouchtchev — emboitait de plus en plus le pas à Nehru et à la bourgeoisie indienne dans le conflit armé entre l'Inde et la Chine à la frontière de l'Himalaya. Soulignons bien que le différend sinosoviétique ne provoqua pas la crise du PC indien qui avait pour origine la faillie de la politique réformiste suivie pendant une dizaine d'années à la remorque de la bourgeoisie nationale.

La crise du PC indien aboutit dans la deuxième moitié de 1964 à une scission entre un PC de droite pro-Moscou, et un PC de gauche pro-Pékin (bien qu'il ne soit pas possible de dire que cette formation s'aligne inconditionnellement sur la politique chinoise). Tandis que le PC de droite avait pour lui la majorité de l'appareil, tous les observateurs avertis disaient que la base, dans les trois principaux bastions du PC, dont le Bengale occidental et le Kerala, était en majorité avec le PC de gauche.

A la fin de l'année 1964 le PC de droite fit un gros effort de publicité, à Poccasion de la tenue de son congrès à Bombay, pendant dix jours (13-23 décembre). Dange dépensa beaucoup d'argent pour faire du congrès un grand spectacle. Boris Ponomarev, secrétaire du comité central du P.C.U.S., conduisait une grande délégation qui participa au congrès et on murmura qu'elle était restée jusqu'à la fin pour veiller à la réélection de Dange comme président, ceci afin de n'avoir pas l'air de capituler devant le P.C. de gauche. Ponomarev refusa également de rencontrer une délégation officieuse du P.C. de gauche,

Les délégués fraternels de vingt-quatre partis communistes, tous connus pour leur sympathie en faveur de Moscou, assistaient au congrès et trente-cinq partis pro-soviétiques envoyèrent des messages. Corées Noral avaient pas été invites pour dos raisons evidentes en order Les partis pro-chinois (Ceylan, Indonésie, Japon, Albanie, Vietnam du Nord et P.U.R.S. (Cuba) ait été invité, il n'envoya ni délégué ni message.

C'était vraiment un spectacle « impressionnant », destiné à donner le change sur l'absence de ferveur révolutionnaire chez les participants aux débats, qui contrastait avec ce qu'on avait vu au Congrès du P.C. de gauche à Calcutta. Dange et ses acolytes avaient aussi soigneusement veillé au choix des délégués et des observateurs, afin d'éviter des remous.

Des statistiques intéressantes furent données par la commission des mandats du congrès. Sur les 581 délégués, 443 étaient des « permanents à plein temps ». Naturelle- ment on pouvait être sûr de leurs votes, car ils n'allaient pas s'opposer à la direction qui les employait.

D'autre part, le 30 décembre, la police sur ordre du ministre de l'Intérieur, Nanda, et sans ouvrir la moindre procédure judiciaire, arrêta environ un millier de dirigeants et de militants du PC de gauche. Sur les neuf membres du BP, tous se trouvèrent en prison à l'exception de E.M.S. Namboodiripad et Jyoti Basu. Plus de la moitié des membres du CC furent arrêtés. Les arrestations ont été faites en vertu de dispositions héritées du temps du règne de l'impérialisme britannique, de ces dispositions grâce auxquelles Nehru et beaucoup d'autres avaient été arrêtés jadis. C'est seulement le 18 février que le ministre de l'Intérieur publia un long document pour « justifier » ces actes arbitraires de la « démocratie » indienne. Dans ce document, il n'y avait rien d'autre que les textes publiés par le PC de gauche, aucune accusation d'un début d'action violente ou subversive. Même les plus grands journaux bourgeois du pays reconnurent que le dossier du ministre de l'intérieur était vide.

Peu avant les élections du Kerala, ce même ministre, Nanda, venu visiter cet état, fit savoir qu'il n'avait pas l'intention de libérer les communistes, même ceux qui seraient élus. Il se vanta même de « permettre aux communistes pro-Pékin » de se présenter aux élections afin que « le peuple ait une chance de les désavouer » !

Ces élections ont fait du PC de gauche le plus important parti dans l'état de Kerala, avec 40 élus sur 133 sièges. (Sur ces 40 élus, 28 sont en prison). Le PC de droite n'a eu que 2 élus sur les 78 candidats qu'il a présentés.

Les résultats électoraux créent une situation extrêmement confuse pour la formaNew Delhi écartera le Parlement élu et administrera lui-même l'état. Mais, six ans tion d'un gouvernement au Kerala. Il est probabie que le gouvernement central de ont passé depuis que Nehru procéda à une telle opération, Nehru n'est plus, et le parti du congrès est entré dans une crise qui est aussi celle de la soi-disant démocratie indienne, une crise du régime de la bourgeoisie indienne. La situation ainsi créée au Kerala peut entraîner dans des délais relativement courts une crise majeure dans tout le pays. élections du Kerala auront aussi de grandes répercussions dans les partis communiste d'Asie et, à un degré moindre, dans les autres partis communistes. Mais ces Car les affirmations les plus mensongères quant aux rapports de force en Inde s'effondrent devant ces résultats écrasants. La direction de Dange sera particulièrement atteinte, notamment la personne même de Dange qui avait été fortement attaquée. Dans les pays asiatiques, les partis pro-Pékin et les courants pro-chinois seront renforcés par ces résultats. Ceux-ci attestent que, dans cette partie du monde, de larges masses préfèrent la « ligne chinoise » de lutte contre l'impérialisme à la « coexistence pacifique » telle que la pratique le Kremlin.

Même dans d'autres partis communistes, les militants seront amenés à manifester un esprit plus critique à l'égard des directions pro-Moscou. Et ces résultats sont survenus au moment où, à Moscou, la conférence « consultative » convoquée par le P.C.U.S. ne pouvait aboutir qu'à une déclaration creuse.

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