Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 24

Après les « cent jours » de Wilson

Quatrième Internationale, n° 24 · mars 1965 · p. 10-12 · 1 260 mots

In English: After Wilson's "Hundred Days" (World Outlook Vol. 3, No. 9, 5 March 1965).

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Les « cent jours d'action dynamique » très annoncés de Harold Wilson se sont terminés en queue de poisson à plus d'un point de vue dans les quatre vingt dix années d'apparat de Winston Churchill. Les démarches quasi-féodales au cours des semaines anticipant les funérailles furent une chute appropriée, se moquant du programme de modernisation proclamé par les marchands de science sociaux-démocrates.

L'équipe de Wilson qui, à sa formation, jouissait de plus d'appui et d'approbation du mouvement travailliste que toute direction antérieure, en raison de ses origines social-démocrates de gauche et de la teinte gauche de son programme politique, parfaitement désappointé, à presque tous les égards, à la fois son soutien de masse parmi les électeurs et sa base plus étroite parmi les militants du parti qui l'avaient poussée au pouvoir.

Au lieu de s'attaquer à la crise économique héritée du parti tory au moyen d'une enquête publique sur ses treize années de gouvernement au service des profiteurs, la direction Wilson fut anxieuse de ne pas provoquer de « perte internationale de confiance » dans la livre sterling et dans l'économie capitaliste britannique.

Au lieu de faire appel à une participation de masse de la classe ouvrière pour mener une telle enquête et prendre des mesures d'urgence en application des conclusions de celle-ci, Wilson et ses amis ont recouru à des manipulations économiques et financières « orthodoxes », telles que la taxe d'importation de 15 % et le taux bancaire de 7 %, dont le résultat net a été de rejeter le fardeau des remèdes sur le dos des ouvriers et de ces secteurs de la population le moins en état de le porter. Mais en dépit de toutes les mesures prises, la crise du sterling se poursuit de façon inquiétante et l'économie ne fait que boîter, l'aide massive apportée sous la direction des banques américaines entraînant une hypothèque toujours plus grande sur tout le programme du labour au profit des intérêts du capitalisme international.

Les patrons dans le pays, leurs amis tories dans la presse et au Parlement, ont rapidement saisi toute occasion d'entraver, d'embarrasser et d'exploiter la condition du gouvernement de Wilson. Ils n'ont pas hésité à inciter des « actions de masse quand cela convenait à leurs objectifs, non seulement comme la « révolte » des méde- » des restrictions dans l'industrie aéronautique. Comme le scandale Ferranti l'a montré, ils ont fait jouer « les nécessités de la défense de la cins mais aussi au sujet nation » auprès des nigauds. Tandis que le Labour se gardait d'appeler les métallos de l'industrie aéronautique à exiger sa nationalisation et le contrôle ouvrier de son avenir, d'autres se sont montrés prêts à utiliser toute dislocation temporaire d'emploi pour dresser les travailleurs contre le Labour sous des bannières ayant des paroles chauvines. Ceci fut montré par l'étrange spectacle des manifestations des ouvriers de l'industrie aéronautique à Hyde-Park par deux fois au cours d'un mois.

Mais, même sur le front purement électoral, la réaction social-démocrate timide et même lâche à l'offensive des banquiers a eu des leçons irréfutables. On ne peut augmenter le traitement des élus parlementaires, tout en retardant une promesse trés célébrée, d'augmenter les pensions de vieillesse, et espérer que les vieux pensionnés et leurs soutiens n'en soient pas dégoûtés. C'est une chose que les abstentions massives de votes travaillistes enseignèrent en partie lors de la défaite de Gordon Walker à l'élection partielle de Leyton que personne n'attendait. Un autre enseignement de cet événement est que jouer « respectueusement » à cache-cache avec le racisme ne fait qu'apporter de l'eau au moulin des racistes « respectables ».

Toutes sortes d'indications montrent que les tories feront de cette sorte de racisme (sous le masque du « contrôle de l'immigration ») un de leurs principaux atouts dans les lultes électorales à venir. En plus du manque de principe du Labour, revenant sur les engagements passés d'abroger la loi tory sur l'immigration votée récemment pour faire face au « problème de couleur », ce.te attitude est propre à nourrir la réaction, particulièrement sur le front électoral, comme l'expérience de Smethwick et maintenant celle de Leyton l'ont prouvé.

Pour obtenir une mesure complète de la nature honteuse du recul de Wilson sur de telles questions, il faut les voir dans le contexte de toute la politique extérieure et dite du « commonwealth multiracial » établie par lui, quand il était dans lopposition ou même dans les premiers jours de son accession au pouvoir. Car elles ne sont pas sans lien avec la misérable livraison des avions Bloodhound à l'Afrique du sud, l'escroquerie de la Grande Malaisie et la confrontation en résultant avec l'Indonésie et, finalement et surtout, le soutien des agressions impérialistes révoltantes de l'administration de Lyndon Johnson au Congo et particulièrement au Vietnam. Touie la tendance de cette politique a pour effet de marquer globalement le gouvernement du Labour comme un partie intégrante de l'impérialisme de domination blanche. Il est vrai que ce soutien de l'impérialisme américain, tout comme le recul à l'intérieur, est effectué honteusement, camouflé d'équivoques mielleuses et de rumeurs à propos de grands mouvements, soi-dis nt à l'encontre de la position publique prise par Wilson, Stewart et Co. Mais audacieux, opérés dans la coulisse et qui iraient en politique c'est sur les positions publiques que les partis et leurs porte-parole sont jugés. Au moment où il y a une opposition grandissante contre la sale guerre du Vietnam aux Etats-Unis mêmes, un gouvernement travailliste fournit une jus ification aux bellicistes du Pentagone et de la Maison Blanche !

Les apologistes de Wilson prétendent que, bien que la crise économique et finan-

Wait compromis et déformé la position publique de l'Angleterre travaillis.e, le cière dynamisme des cent jours aurait néanmoins son effet sur la machine intérieure du gouvernement et aurait pour résultat d'y apporter de Cependant personne n'en a eu publiquement le moindre soupçon. Il est vrai que le grands changements radicaux. projet de loi de nationalisation de l'industrie de l'acier est, notamment sous la pression des ouvriers de l'acier eux-mêmes, préparé en vue d'être soumis au Parlement, mais de toutes les indications connues, il résulte que cette mesure aussi sera ajustée dans l'esprit d'un compromis avec les profiteurs. Cela est également vrai pour la loi prévue sur les loyers et la terre, et pour les projets d'impôts du prochain budget.

Il faut cependant reconnaître que la Cité et toute la communauté des industriels restent hostiles, méfiantes, et craignent toujours le « radicalisme » de Wilson dépit des réassurances des « cent jours ». Mais elles craignent effectivement que les pressions de la classe ouvrière pourront malgré tout percer à travers la digue du faux

« intérêt national » que la social-démocratie défend ensemble avec elles. Vraiment, les ouvriers de Grande-Bretagne passent par une expérience qui devrait les convaincre que la social-démocratie, même du type le plus gauche, est incapable de résoudre la crise sociale et de conduire au socialisme, précisément parce que la social-démocratie ne rompt pas avec toute la conception d'un « intérêt national » commun avec les profiteurs, à la fois dans les problèmes extérieurs et intérieurs et parce qu'elle se contente de laisser intacte la machine étatique des oppresseurs, l'Etat capitaliste.

Pour les marxistes de Grande-Bretagne, la tâche reste d'être aux côtés vailleurs, de leur faire assimiler les leçons des expériences en cours et de trouver avec eux, dans le cours de l'action, la brêche à travers laquelle le mouvement ouvrier pourra surmonter les limites paralysantes et conduisant à la défaite que la socialdémocratie impose au géant du Labour.

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