Les événements du Vietnam illustrent de façon irréfutable ce que la IVe Internationale n'a cessé de souligner : à savoir qu'en face de progrès décisifs de la révolution dans le monde, l'impérialisme américain serait tenté de s'engager sur la voie qui peut mener au déclenchement d'une troisième guerre mondiale. Washington est maintenant en train d'opérer des « escalades » dangereuses. Ces escalades ne visent pas seulement le Nord-Vietnam mais aussi la Chine contre laquelle un certain nombre de stratèges américains poussent à une guerre préventive, avant que ce pays n'ait développé son armement atomique.
La solidarité envers le Vietnam et la Chine est le plus impérieux des devoirs. La solidarité envers le Vietnam et la Chine impose de nous dissocier d'une publication dont le Secrétariat Unifié a déjà plusieurs fois indiqué qu'elle se revendiquait abusivement de la IV• Internationale. Dans le numéro de février 1965 de Sous le drapeau du socialisme, on peut dans l'éditorial qui prétend que la Chine « affaiblit le front unique nécessaire devant l'impérialisme », lire ce qui suit :
« Dans le cadre d'une situation internationale où l'impérialisme recule mais n'est pas encore désarmé, où il possède encore des forces destructives immenses qu'il peut tenter d'utiliser, coincé dans une situation aussi désespérée qu'au Vietnam, en Malaisie ou demain ailleurs, le rôle de la Chine, faisant cavalier seul, peut contribuer à précipité une catastrophe mondiale. » (souligné par nous).
« La Chine faisant cavalier seul » est une vision un peu singulière au moment où la très grande majorité des peuples d'Afrique et d'Asie ressent une solidarité profonde avec le Vietnam et la Chine, où ces peuples s'étonnent des hésitations, de la mollesse des dirigeants soviétiques.
Mais, bien pis encore est l'idée renfermée dans cette phrase que la Chine doit en fait s'aligner sur le gouvernement soviétique sinon elle contribuerait au déclenchement d'une guerre mondiale. Le mouvement trotskyste a toujours défendu l'idée que la politique de « coexistence pacifique » du Kremlin, loin d'apaiser l'impérialisme, le rendait plus agressif (la fermeté envers lui ne voulant évidemment pas dire qu'il faille se lancer dans des aventures, ce que jusqu'à présent personne ne peut reprocher aux dirigeants chinois). Cette politique de fermeté, nous sommes heureux de l'avoir vu exprimer récemment de la meilleure manière.
Fidel Castro, regrettant que Cuba ne puisse envoyer au Nord-Vietnam des canons antiaériens et des avions avec leurs pilotes, a exprimé la stratégie qui s'imposait : « Quand on ne leur [les impérialistes] résiste pas, ils continuent, mais quand on leur résiste ils s'arrêtent.»
La prise de position de l'éditorial de Sous le drapeau du socialisme a pour seule valeur de montrer la source politique de l'indiscipline persistante de ceux qui éditent cette publication; il ne s'agit pas de divergences tactiques, mais de la rupture avec les positions les plus longtemps établies de celle-ci, avec la grande majorité de l'Internationale, avec tout le passé et le programme de la IV° Internationale. 7 mars 1965
Pierre FRANK.