Nous reproduisons ci-dessous la déclaration émise par l'organisation des trotskystes boliviens, le Parti Ouvrier Révolutionnaire, à la suite des événements de novembre 1964; elle a paru sous le titre « La Junte militaire usurpe la victoire du peuple afin de sauver la domination impérialiste ».
I. - LA LUTTE DES MASSES A DETERMINE LA CHUTE
DE PAZ ESTENSSORO
Le Parti Ouvrier Révolutionnaire (P.O.R.)
tient à déclarer que l'arrivée au pouvoir du général Barrientos et des forces militaires constitue une opération préventive, épaulée par l'impérialisme américain, destinée à arrêter puis à dévoyer un mouvement révolutionnaire et démocratique très important qui groupait le prolétariat, la petite bourgeoisie démocratique des villes et d'importants secteurs de la paysannerie.
Autrement dit, le coup des militaires et la chute de Paz Estenssoro trouvent leur explication fondamentale dans le développement croissant d'un processus révolutionnaire caractérisé par une mobilisation de plus en plus large des masses. Celle-ci avait dans la dernière période commencé par la grève des enseignants, s'était poursuivie par l'action combative des étudiants et atteignit son point culminant avec la participation des mineurs, minant d'importantes couches des ouvriers ainsi que des paysans avoisinant les centres miniers.
Cette mobilisation de masses contre le gouvernement Paz Estenssoro, survenue peu après que commença son troisième mandat présidentiel, eut pour effet de secouer les fondations du régime capitaliste et de mettre en grave danger le contrôle de la bourgeoisie et de l'impérialisme sur l'Etat. Travailleurs et étudiants, par leur action combative, réussirent même à saper le moral des soldats comme ce fut le cas lors des combats à
Sora-Sora, où, après quelques heurts sanglants avec les mineurs de Siglo Veinte et de Catavi, les soldats fuirent en désordre, abandonnant leurs armes, leurs blessés et quelques prisonniers.
La fermeté et la décision du prolétariat des mines mobilisé à l'échelle nationale mirent la classe dominante devant deux faits : l'extension irrésistible de la lutte des masses et l'effondrement du moral des soldats, Il était apparu clairement que les forces de répression constituées par les carabiniers, les mercenaires et l'armée se révélaient incapables de contenir les masses. Les chefs militaires, craignant de se voir impliqués dans la défaite certaine de Paz Estenssoro et voyant déjà l'ampleur que prendrait la chute de celui-ci en raison de la mobilisation des masses, décidèrent, sur l'intervention de l'ambassade américaine, d'un commun accord, de passer le pouvoir à une Junte militaire.
Il en résulta que les événements du 3 et du 4 novembre dont la conséquence immédiate fut la formation du nouveau gouvernement, ont un contenu et une signification contradictoires. D'une part, on enregistré une victoire des masses représentée par la défaite de leur principal ennemi, à savoir le régime bureaucratique et d'oppression de Paz Estenssoro; d'autre part, les masses ont été frustrées du fait de la formation de la Junte militaire qui siège aujourd'hui au Palais du Gouvernement, usurpant ainsi la victoire du peuple.
II. - LA NATURE DE CLASS
Le coup d'Etat militaire n'était pas dirigé contre Paz Estenssoro, mais contre la mobilisation populaire et ouvrière. Avant de s'en aller, Estenssoro avait tout réglé, il désigna ses successeurs, chargés de poursuivre, sous des formes nouvelles, le cours contre-révolutionnaire de son gouvernement.
La Junte militaire constitue donc une tentative réactionnaire pour faire échec aux perspectives ouvertes en Bolivie par la lutte des masses. Les déclarations des ministres militaires ne permettent aucun doute à ce sujet, pas plus que les mesures prises par eux, telle que la mesure dite « opération-désarmement », qui seront suivies par 1' « opération-dénationalisation », l' « opération-restitution de terres » contre les paysans, l' « opération-Code pénal militaire » contre les groupes armés des mineurs. De tout cela il faut conclure que la Junte militaire est la continuation du régime précédent, mais en accentuant
III. - COMMENT ONT ARRACHE AUX M
Pour l'avant-garde révolutionnaire et les ouvriers, il ne suffit pas de savoir que la lutte des masses mit bas le gouvernement Paz Estenssoro et que la Junte militaire a un caractère réactionnaire. Il faut encore préciser et comprendre les raisons qui rendirent possible l'accès des militaires au pouvoir, alors qu'était en cours une mobilisation combative et révolutionnaire des masses. Comment se fait-il que, dans ces conditions de lutte, la chute du gouvernement Estenssoro ait profité à la droite et non pas à la gauche? Telle est la question-clé pour fixer les responsabilités et assimiler les expériences au profit des prochaines luttes.
Les raisons sur lesquelles l'avant-garde révolutionnaire doit réfléchir sérieusement, le P.O.R. les résume comme suit :
a) L'absence d'une direction capable de centraliser les luttes, les mobilisations, les énergies des masses pour les conduire, unies, vers des buts précis, au-delà d'un simple affrontement avec le gouvernement Paz Estenssoro, et posant de façon correcte la question du pouvoir. Cette direction n'ayant pas existé, les instituteurs, les mineurs, les étudiants, les travailleurs en général sont sortis pour lutter courageusement, mais leurs actions n'ont pas trouvé un commandement capable de les planifier et de les orienter. En l'absence du but stratégique, la prise du pouvoir, tous ces secteurs sociaux se sont seulement attaqués à Paz Estenssoro et son gouvernement, sans avoir une idée claire de ce qui pourrait arriver après leur chute. La
E DE LA JUNTE MILITAIRE le cours droitier avec la collaboration des vieux oligarches et de la direction phalangiste.
En général, la Junte militaire, expression du coup d'Etat préventif, a atteint quelques-uns de ses buts: contenir les masses pour le moment, sauver l'appareil établi par le MNR, assurer la survie du régime capitaliste.
Les travailleurs et leur avant-garde ont pour devoir de démasquer la Junte militaire, de dénoncer toutes ses mesures. A la base des syndicats et dans les autres milieux ouvriers, des discussions doivent doivent s'ouvrir sur le danger que représente le nouveau gouvernement pour les conquêtes sociales, économiques et politiques des masses. Aucun travailleur ne doit oublier un seul instant que la Junte militaire est la continuation du régime Paz Estenssoro, et qu'elle est alliée à la vieille rosca aristocratique des anciens propriétaires fonciers et des anciens seigneurs des mines.
LES MILITAIRES ASSES LEUR VICTOIRE caractéristique essentielle de toutes les mobilisations a été la spontanéité. Elles ont été alimentées par l'initiative venant d'en bas, provenant de la force énorme et du dynamisme des masses. Les directions syndicales, éduquées par le MNR dans une politique de freinage et de compromissions, se virent écartées et débordées. Quant aux partis politiques de gauche, à la seule exception du POR, ils montrèrent leur incapacité de se mettre à la hauteur des événements, ainsi que leurs limitations pour comprendre les sentiments des masses et se placer à leur tête. Au contraire, ils ont constitué des obstacles, des facteurs de division, étant occupés à discuter des problèmes déjà dépassés par le cours des événements.
b) Le rôle de frein joué par la direction des ouvriers qui empêcha leur mobilisation massive dans les usines. Seuls les secteurs les plus avancés politiquement, sous l'orientation donnée par le POR, comme ce fut le cas chez les ouvriers de la Said, purent surmonter ce frein et participer courageusement dans les luttes de rues. Ce fait et la carence totale de la COB en tant que direction nationale des masses, firent qu'à La Paz, l'épicentre des mobilisations se trouvait pratiquement chez les universitaires, qui en raison de leur mentalité phalangiste, aussitôt le départ de Paz Estenssoro, s'allièrent aux militaires pour jouer le rôle d'une police contre les ouvriers. La responsabilité encourue par la direction syndicale, tant nationale que départementale, doit être jugée par la
QUAT base des organisations. Il est vrai qu'on ne saurait s'attendre à un autre comportement de la part de dirigeants élevés dans des conceptions bourgeoises, qui ont toujours cherché la conciliation et qui ont eu un pied dans l'opposition et un autre dans le MNR. Pour libérer la puissante force des ouvriers, il faut une autre direction.
c) La passivité montrée par la grande majorité de la paysannerie. La puissante force des paysans s'est maintenue en marge de la lutte. Les combattants des villes n'ont pas même pu faire appel aux paysans, et ce sont seulement les mineurs qui ont pu mobiliser ceux de leur périphérie. Le gouvernement non plus ne put mobiliser pour sa cause le gros de la paysannerie, mais seulement quelques groupes isolés, proches de la bureaucratie du MNR, comme à Sucre et à Cochabamba. La force de la paysannerie dans un pays semi-colonial est décisive pour faire pencher la balance politique, ce qui a été oublié par les directions syndicales du mouvement ouvrier. Dans les luttes prochaines, la grande force des paysans pourra jouer dans la perspective révolutionnaire si l'on sait apprendre de la dernière expérience et si l'on sait tirer profit du cours droitier de la Junte militaire qui encourage les anciens propriétaires fonciers à vouloir reprendre les terres dont ils furent expropriés.
La responsabilité de l'usurpation de la victoire des masses par la Junte militaire retombe, en dernière analyse, sur les partis politiques. De même, le cours de droite adopté par les militaires et leur alliance avec l'ancienne rosca ne sont rien de plus que les conséquences de la façon dont se sont conduits les partis qui étaient dans l'opposition. Seul le POR peut en être excepté. Le POR lutta avec ténacité pour ouvrir une voie différente de celle de la Junte militaire en face de la myopie des autres formations politiques soi-disant de gauche.
Il faut noter que, dans ce problème des responsabilités, nous nous référons à la soi-disant gauche, car les partis de l'extrême-droite ont joué le rôle qu'ils avaient entrepris de jouer. La perspective de la Phalange socialiste bolivienne (FSB), du Parti révolutionnaire authentique (PRA), des démocrates-chrétiens, des libéraux et des républicains hertzoguistes, était toujours celle d'une dictature militaire devant restaurer les vieux privilèges féodobourgeois et écraser ce qu'ils appellent la barbarie ouvrière et paysanne. Les dissidents de dernière heure du MNR, tels Siles Suazo et le Bloc de défense rejoi- d) Il faut encore signaler un facteur, se rapportant au fait que l'armée, ne s'étant pas compromise dans un affrontement avec les masses, parvint à conserver l'intégrité de sa propre force. Agissant avec rapidité à la suite de l'affaire révélatrice de Sora-Sora, le haut commandement mit en action cette force, la dirigeant apparemment contre Paz Estenssoro, soumettant ainsi à son contrôle les villes afin d'empêcher de nouvelles mobilisations des masses. Le rôle des universitaires, alliés aux militaires en ce moment, ainsi que l'absence d'une direction centralisatrice des luttes, déjà signalée, laissa les militaires maîtres des principales villes du pays.
Si toutes ces raisons expliquent l'accession des militaires au pouvoir, c'est-à-dire l'issue droitière de la crise ouverte par la chute de Paz Estenssoro, il est incontestable que cette issue n'était pas fatale et que les conditions devaient et pouvaient être modifiées pour arriver à des résultats tout autres. Le POR a lutté inlassablement pour remédier aux carences et faiblesses du processus révolutionnaire. Si, en dépit de tous ces efforts, les travailleurs ne sont pas allés plus loin, cela a été dû à l'hésitation et à l'obstruction provenant des tendances conciliatrices et défaitistes qui existent encore au sein des directions syndicales et politiques du mouvement ouvrier. gnirent ce camp. Des guérillas se trouvant à la périphérie de la Phalange jusqu'aux formations stipendiées du MNR et aux chefs de l'armée, tous étaient décidés à porter les militaires au pouvoir. Nous ne pouvons blâmer ceux qui ont agi conformément à leur idéologie et aux intérêts conservateurs et réactionnaires qu'ils servent.
La responsabilité doit être portée par ceux qui s'appellent de gauche, représentants de la classe ouvrière, de la paysannerie et des secteurs pauvres des classes moyennes, qui ont contribué au triomphe des militaires et qui sont par conséquent à blâmer pour les mesures réactionnaires actuelles de la Junte.
Les ouvriers doivent blâmer et tenir pour responsables de la victoire des milltaires le Parti révolutionnaire de la gauche nationaliste (PRIN), le PC bolivien et les directions syndicales de la COB et des fédérations nationales. Ces partis ont pratiquement empêché la formation d'un puissant front de la gauche et lié les directions syndicales à des activités orientées complètement vers la droite. Les principaux dirigeants du PRIN et du PCB préférérent constituer la queue du front
IV. - LA RESPONSABILITE DES PARTIS POLITIQUES
IV. - LA RESPONSABILITE DES PARTIS POLITIQUES
UATRIEME de la droite plutôt que de se joindre aux trotskystes et former la direction d'un grand front des ouvriers et du peuple.
Le POR lutta opiniâtrement pour un front de gauche, discutant avec les dirigeants ouvriers, exerçant une pression sur les membres du PRIN et du PC. Après de grands efforts, le POR réussit à faire accepter l'idée de ce front, des documents furent écrits, des plans élaborés pour une action armée en vue de vaincre Paz Estenssoro, mais les dirigeants de ces partis en empêchèrent la concrétisation. Le POR demanda une discussion sur la question du pouvoir après la chute de Paz Estenssoro et, mettant en garde contre le danger d'un nouveau 21 juillet, exigea l'unification de toute la gauche ouvrière et révolutionnaire. La direction du PRIN ne s'opposa à aucune proposition mais paralysa toute action sur cette voie, tout en poursuivant ses pactes et accords avec la droite. Les dirigeants syndicaux membres du PRIN,
Le POR avait longtemps défendu l'idée que l'armée serait la carte jouée par l'impérialisme. Cela se vérifia. Le MNR et son chef Paz Estenssoro étant usés, isolés, ayant perdu leur prestige, l'impérialisme avait besoin d'un remplaçant pour contrôler le pays. Les partis bourgeois, constamment en crises et déchirés par des contradictions, ne pouvaient offrir de garanties à l'impérialisme. Aussi l'armée, armée et préparée idéologiquement, devint la pièce maîtresse que l'ambassade américaine mit en jeu.
Néanmoins, la Junte militaire est loin d'avoir résolu les problèmes auxquels l'impérialisme et le régime capitaliste doivent faire face pour maintenir leur règne en Bolivie. Sa stabilité est limitée et précaire. En Bolivie, aucun gouvernement ne peut se stabiliser sans avoir répondu aux aspirations et besoins des masses et en même temps assuré un développement économique. Paz Estenssoro et le MNR tombèrent précisément parce qu'ils furent incapables de le faire. La Junte militaire est encore moins capable de résoudre ces problèmes, car son alliance avec la vieille rosca réduit sa marge de manœuvre.
Les illusions créées par la Junte commencent déjà à disparaître. Ceux qui espéraient que le général Barrientos. pourrait être un nouveau Busch ou un nouveau
Villaroel auront d'amères déceptions. A leur époque, les mesures de Busch, obligeant les anciennes compagnies minières à abandonner 1% de leurs profits, et celles de Villaroel qui organisa les paysans et mit fin à la servitude féodale par les décrets du 5 mai 1945, étaient hautement plus sensibles aux sentiments de la base, mieux orientés, approuvèrent les propositions du POR mais ne purent se libérer de l'emprise de la direction.
Les directions du PRIN et du PC restèrent prisonnières de leurs conceptions politiques démocratiques bourgeoises. Elles ne sont pas marxistes révolutionnaires. Elles ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur nez. Elles ne voyaient que la lutte contre Paz Estenssoro ; pour le combattre, elles s'allièrent à l'extrêmedroite, lui accordant même un rôle dirigeant, mais furent incapables d'élaborer une stratégie à la suite de la défaite de Paz Estenssoro.
De sorte que la défaite de Paz Estenssoro fut provoquée par l'action héroïque des ouvriers, tandis que les soi-disant partis de gauche restaient les mains vides et la tête vide, ne sachant que faire; en face de la Junte militaire, ils restèrent à nouveau dans le sillage de la droite. progressives. Dans la période actuelle, la révolution bourgeoise s'est terminée par la faillite du MNR; aucune mesure de cette sorte ne peut être maintenant réalisée. Après la faillite du programme bourgeois, il ne reste que des tâches socialistes. Le général Barrientos étant lié à l'impérialisme et prisonnier des forces droitières les plus extrêmes, ne peut entreprendre ce type de révolution. La révolution socialiste est l'héritage du prolétariat, alllé à la paysannerie et aux classes moyennes pauvres, et à son avant-garde, le POR.
La Junte militaire ne peut ni trouver une voie répondant aux besoins actuels des masses ni ouvrir la voie aux profondes transformations nécessaires pour pouvoir le faire demain. Aussi son maintien au pouvoir sera-t-il tout à fait transitoire et seulement un prélude aux grandes luttes qui décideront du sort de la Bolivie.
Le pouvoir militaire sera d'autant plus transitoire que l'armée bolivienne n'a pas la solidité de celles de l'Argentine ou du
Brésil par exemple. Déjà dans le peu de temps d'existence de son gouvernement, l'armée a subi l'impact de la question sociale. Le monolithisme apparent a déjà craqué. Des factions différentes et opposées se forment. L'armée se divisera entre ceux qui voudront maintenir Barrientos pour longtemps et ceux qui voudront se débarrasser de lui.
Comme dans le cas de Paz Estenssoro, les masses la rejetteront bientôt. Les mesures en vue de désarmer les masses, de reprendre les terres, de repousser les augmentations de salaires, etc., dissipent ra-
V. - LA STABILITE DE LA JUNTE
ET LE ROLE DES MILITAIRES
V. - LA STABILITE DE LA JUNTE
ET LE ROLE DES MILITAIRES
INTERNATIONALE pidement quelques-uns des espoirs qui ont accueilli la Junte. Ce processus accélérera la décomposition des rangs de l'armée.
La présente période, une période de calme, est par conséquent une trève momen-
En face de l'instabilité de la Junte militaire et de la décomposition de l'armée, les partis de l'extrême-droite, le centre droit et les soi-disant réformistes s'empressent de soumettre leurs solutions et perspectives. Il est nécessaire de les démasquer devant les masses. Tous expriment leurs espoirs en termes d'élections du type traditionnel et insistent auprès de la Junte pour fixer celles-ci au plus tôt.
Nous voyons les partis faire preuve d'un spectacle servile envers la Junte militaire. Groupés dans le Comité révolutionnaire du peuple, ils essayent d'obtenir les faveurs des militaires et offrent leurs services à leurs diverses ailes.
Il y a une renaissance verbale et journalistique des vieux partis vidés et enterrés par l'histoire. Les secteurs du MNR essayent désespérément de s'unir, Mais politiquement ils ne présentent rien de neuf. Les vieux partis veulent faire tourner en arrière la roue de l'histoire, et, comme l'ancien président Urriolagoitia l'a dit, «regagner leurs terres et leurs propriétés ». Les diverses ailes du MNR — le PRA, Siles, le PRIN, auxquelles 1l faut ajouter le Parti de la gauche révolutionnaire (PRIN) - jouent à nouveau avec la thèse d'une révolution nationale démocratique bourgeoise, c'est-à-dire une répétition de la politique, du programme et des plans du MNR. Ces groupes veulent tout recommencer à nouveau. Pour
Les ouvriers boliviens savent que la chute de Paz Estenssoro fut leur triomphe. L'usurpation de cette victoire par la Junte militaire n'a pas diminué ce sentiment de triomphe et de conscience de leur force.
Si, au début, dans certains secteurs, un espoir naquit dans le nouveau gouvernement, il disparut bientôt, faisant place à un manque de confiance et à une attitude critique. L'esprit de combat des ouvriers n'a en rien diminué. Tout le monde réagit rapidement à la Junte, lui soumettant les pétitions que l'ancien gouvernement avait refusé d'entendre. Puis, quand l'effort de désarmer les masses rendit les choses claires, une nette opposition apparut. Le prolétariat minier fut le premier à sortir avec le mot d'ordre « A bas la botte militaire!». Ce fut le cri qui tanée dans laquelle les deux camps, l'impérialisme et ses laquais d'une part, la classe ouvrière et la grande majorité de la nation d'autre part, s'arment pour le prochain combat. eux rien n'est arrivé dans les douze années de pouvoir du MNR. Le PRIN et le PIR n'ont rien appris en dépit du fait que les événements ont complètement démoli leurs théories. Coupables de la montée des militaires, ils s'empressent à présent de légaliser la remise du pouvoir à la vieille aristocratie oligarchique au moyen d'élections. On ne peut enseigner de nouveaux tours à un vieux chien.
Ainsi, toutes ces tendances ont un dénominateur commun, la soumission à l'impérialisme ainsi que la peur des masses et des voies révolutionnaires. Aucune d'elles ne pose la question d'une transformation radicale des structures économiques fondamentales du pays ou d'une solution radicale des problèmes de l'indépendance nationale. Dans le meilleur des cas, avec le PRIN et le PIR, elles apparaissent comme la prolongation des plans et de la politique de Paz Estenssoro sous l'ombre de l'impérialisme.
Toutes ces solutions, proposant différentes voies, signifient seulement la défaite pour les ouvriers, l'accentuation de la condition coloniale pour la Bolivie, la suppression des conquêtes sociales et la perpétuation de l'état arriéré de la Bolivie. Ces perspectives ont déjà été éprouvées et ont montré leur absence de valeur; c'est pourquoi elles ont été rejetées par les masses. salua Barrientos à Catavi et à Siglo XX. Le prolétariat dans les usines suivit la même ligne, bien que plus lentement.
La situation dans la paysannerie, initialement confuse, se précise comme opposition à la Junte, particulièrement sous le fouet des activités de la vieille rosca et des anciens latifundistes qui ont lancé une campagne pour reprendre la terre aux paysans.
La petite bourgeoisie urbaine qui savoure à présent les plaisirs de la liberté et d'une large démocratie, depuis que les instruments de répression de l'ancien gouvernement ont été détruits, est la couche qui conserve dans une certaine mesure des illusions dans la Junte. Mais des conflits naissants sont déjà évidents; les enseignants se mobilisent déjà derrière les pétitions repoussées par Paz Estenssoro.
VI. - LES SOLUTIONS BOURGEOISES A LA SITUATION
VII. - LA SITUATION DANS LE MOUVEMENT OUVRIER
VI. - LES SOLUTIONS BOURGEOISES A LA SITUATION
VII. - LA SITUATION DANS LE MOUVEMENT OUVRIER
En outre, les renvois massifs d'employés publics ajoutent un autre facteur de perturbation des classes moyennes.
Par conséquent, la classe ouvrière ainsi que la paysannerie, éperonnées par leurs problèmes, se meuvent vers une cristallisation de leur alliance. L'avant-garde révolutionnaire doit élever cette tendance qui se développe vers un niveau politique et la concrétiser dans un véritable front ouvrier et paysan qui pourrait immédiatement gagner la petite bourgeoisie mécontente.
Les luttes qui se dessinent et les tâches imposées dès maintenant exigent l'expulsion immédiate de tous les éléments défaitistes de la direction syndicale, de ceux
La situation dans le mouvement des ouvriers, des paysans et des classes moyennes, évoluant rapidement vers une confrontation avec la Junte militaire, réduit considérablement la possibilité pour l'impérialisme et la classe dirigeante bolivienne de court-circuiter le processus révolutionnaire initié pendant le régime de Paz Estenssoro. Il est certain, comme nous l'avons dit, que la Junte militaire fut le produit d'un coup d'Etat préventif visant à contenir la marche en avant des masses. Mais il est également vrai que cet objectif ne peut pas être atteint comme prévu, étant donné que les masses n'ont pas été mentalement désarmées. Après une confusion temporaire, elles tendent maintenant à poursuivre leur marche. Pour les masses, pour les ouvriers, les paysans et les secteurs paupérisés du peuple, il est évident que la Junte militaire n'est pas le gouvernement désiré; elle ne correspond pas à leurs aspirations ni ne satisfait leurs besoins.
C'est sur la base de cette situation dans les masses que le POR élève bien haus la bannière de la lutte pour un pouvoir populaire des ouvriers.
Contre la fausse alternative offerte par le centre droit et les directions réformistes d'un choix entre une dictature de type Paz Estenssoro et la démocratie bourgeoise, le POR déclare que la seule voie concrète pour sortir du chaos, de la misère et de la condition coloniale, c'est la lutte pour le socialisme. L'alternative est de rester sous la domination impérialiste, de souffrir la terreur et la faim, ou de construire une nouvelle société de liberté et de progrès. liberte et ae progres.
NALE 43 liés au MNR et aux tendances bourgeoises. Ce qu'il faut, c'est une direction syndicale ayant une perspective prolétarienne socialiste. Il faut mettre fin aux demi-mesures et aux tractations petites bourgeoises. Il est nécessaire de se tourner vers l'école révolutionnaire, prolétarienne de sacrifices et de lutte intransigeante contre l'ennemi de classe. La direction syndicale doit se tenir dans le camp de la révolution et non dans celui de la réaction. La polarisation des forces, la désintégration et la crise du régime dirigeant ne doivent plus permettre des demi-teintes. C'est ce à quoi doivent travailler les marxistes révolutionnaires afin de faire naître une véritable direction syndicale à la hauteur des tâches.
Il est nécessaire de répéter — pour ceux qui ont des illusions — qu'avec la chute de Paz Estenssoro, ce n'est pas seulement un parti, le MNR, qui a été brisé, mais toute une conception, tout un programme; il n'y a plus du tout de possibilité de progresser dans le cadre démocratique bourgeois. Contre les utopies et les illusions de la petite bourgeoisie, la seule chose qui soit effective, réelle et concrète, c'est un gouvernement ouvrier et paysan comme forme de gouvernement représentant les larges masses du pays.
Cette vole, la seule qui mène à la libération nationale et sociale, exige le renforcement du POR, le seul parti qui n'ait pas failli à sa ligne, le seul qui, pendant des années, ait mis en avant une correcte orientation pour les masses. C'est pourquoi les ouvriers qui ont fait l'essai des partis bourgeois et petits bourgeois et qui ont été escroqués et trahis trouveront un poste de combat dans les rangs du POR. En renforçant le POR, les ouvriers assureront leur propre victoire ainsi que la défaite de l'impérialisme et des exploiteurs indigènes.
La lutte pour le pouvoir ouvrier et le socialisme se déroule sur l'échelle mondiale. En Bolivie, l'étape de la révolution démocratique bourgeoise nationale s'est terminée avec le MNR, comme en Argentine avec la chute de Peron. La défaite des directions bourgeoises et petites bourgeoises ne signifie pas un échec pour les masses mais seulement une lutte pour placer les courants prolétariens socialistes à la direction du mouvement des masses.
VIII. - LA SOLUTION REVOLUTIONNAIRE
ET LE PARTI OUVRIER REVOLUTIONNAIRE
VIII. - LA SOLUTION REVOLUTIONNAIRE
ET LE PARTI OUVRIER REVOLUTIONNAIRE
INIERNATIONALE
IX. - LES TACHES IMMEDIATES
DE L'AVANT-GARDE
En préparant les prochaines luttes sur la voie révolutionnaire, comme cela a été indiqué, l'avant-garde marxiste, le POR, propose les tâches immédiates suivantes:
1) Aucun ouvrier ou paysan ne doit rendre ses armes. Au contraire, les syndicats doivent centraliser les armements en organisant une Armée prolétarienne, et fournir l'éducation et l'instruction en tactique militaire. Aucun ouvrier armé ne doit rester en dehors de l'Armée ouvrière ! C'est la meilleure manière de défendre vos armes.
2) Les ouvriers doivent chasser de leurs organisations les restes des bureaucrates MNR qui cherchent maintenant à se cacher sous le manteau du barrientisme. De nouvelles directions doivent naître exprimant la combativité des cadres qui ont participé à la lutte contre la dictature capitaliste de Paz Estenssoro.
3) Défense armée ouverte de la terre conquise par les paysans. Réorganisation des régiments paysans en vue de garantir la terre, de s'opposer aux impôts fonciers dans les campagnes et aux abus des vieux propriétaires terriens.
4) Le peuple de Bolivie dans son ensemble, tout en défendant jalousement les libertés démocratiques conquises au prix de son sang, doit exiger et élargir la principale liberté des Boliviens : LEUR LIBERTE COMME NATION. Sur cette voie, il est nécessaire de lutter pour répudier tous les pactes coloniaux signés par les anciens gouvernements avec les Etats-Unis
REVOLUTIONNAIRE et les grandes sociétés impérialistes. Il est nécessaire de lutter pour la nationalisation des monopoles yankee qui subsistent encore, pour la répudiation du traité de Rio de Janeiro et des pactes libéraux. Il est nécessaire de s'opposer à la participation de la Bolivie aux manœuvres militaires avec les armées des bouchers de l'Amérique latine ainsi que d'exiger le rétablissement des relations avec les Etats ouvriers et paysans de Cuba et de Tchécoslovaquie.
5) Lutte pour une augmentation générale des salaires par une mobilisation conjointe de tous les travailleurs.
6) Pour centraliser toutes ces tâches et surmonter le manque de direction centralisée des masses, qui fut l'élément principal expliquant la montée au pouvoir de la Junte militaire, le POR fait appel a tous les partis révolutionnaires de gauche des travailleurs, aux organisations d'ouvriers, de paysans et d'étudiants, pour former un front unique des ouvriers et du peuple afin d'offrir au pays une solution révolutionnaire socialiste en opposition aux diverses positions bourgeoises et réformistes.
La Paz, novembre 1964.
Pour le Comité Exécutif du POR : Hugo Gonzales Moscoso (secrétaire général), Eulogio Sanchez, Gabriel Guzman I. Alex Alcon, F. Mirabal, W. Aldana, Ello Vasquez, David Espada, V. Silva, Felipe Vasquez.