Adam Schaff ‚professeur de philosophie à l'Université de Varsovie et membre du Comité Central du parti ouvrier polonais a exposé «une philosophie de l'homme » ; ce livre récemment traduit en anglais est apparu comme une nouvelle phase critique de déstalinisation en Europe de l'Est, qui se reflète dans les conflits croissants entre les régimes communistes et les intellectuels dissidents. Ce développement donne une actualité toute particulière aux problèmes politicophilosophiques discutés par Schaff dans son importante collection d'essais. "Le philosophe polonais traite des problèmes tels que les conditions de la responsabilité, de la liberté et du bonheur humain. De tels problèmes moraux ont été remis à l'ordre du jour par l'effondrement de la morale et de l'idéologie du communisme officiel depuis la mort de Staline. Une déstalinisation partielle parallèlement au refus d'une plus ample libéralisation a provoqué une crise profonde parmi les intellectuels d'Europe orientale. La révélation des crimes de Staline les a profondément traumatisés et leurs sentiments antibureaucratiques qui se manifestèrent dans les révoltes hongroises et polonaises de 1956 persistent jusqu'a présent sous des formes moins violentes.
En quoi pouvaient-ils avoir confiance après avoir perdu la foi en l'infaillibilité stalinienne ? Aucun dirigeant communiste de Khrouchtchev à Tito n'a proposé de système d'idées cohérent en remplacement de l'idéologie stalinienne, si ce n'est un mélange d'improvisations pragmatiques ne servant qu'à justifier l'opportunisme du jour. Les dirigeants du parti n'ont donné aucune explication marxiste à la montée et la nature du stalinisme. Pour les communistes conscients, leurs mesures partielles de déstalinisation ont soulevé plus de problèmes qu'elles n'en ont résolus. S'ils ne pouvaient revenir à l'Eglise catholique ni aller de l'avant avec le marxisme classique soutenu par les trotskystes, que devaient-ils penser ? Vers quoi devaient-ils se diriger ?
Un jeune philosophe, professeur dans la capitale lithuanienne de Vilnius, qui avait charge de clarifier certaines contradictions du processus de déstalinisation, a exprimé récemment le malaise provoqué par cette situation idéologique restée sans solution.
A la fin de son exposé il fondit en larmes. « Mais on doit avoir une vue universelle (?) » murmura-t-il, « Si le matérialisme dialectique est faux, doiton croire à nouveau en Dieu ? »
Certains intellectuels communistes déçus, tant à Varsovie qu'à Budapest, à Belgrade, et même à Moscou, ont cru voir une lueur d'espoir du côté de Paris et ont cherché dans lexistentialisme de J.-P. Sartre une issue à l'échec du stalinisme. Les idées, autrefois illicites, du penseur français avaient le merveilleux attrait du fruit défendu et s'accordaient parfaitement à leur propre angoisse, leur désespoir et leur sens de l'échec.
En même temps, la philosophie de Sartre sembla donner une réponse à leurs dilemmes moraux. L'insistance existentialiste sur la liberté comme essence de l'homme, son accent sur les responsabilités personnelles des actes politiques et sociaux; son souci des droits et des revendications de l'individu contre l'Etat ultracoercitif et le parti totalitaire, exercèrent une forte influence sur leur état d'esprit rebelle et leur besoin d'une nouvelle philosophie de la vie.
Certains, comme Lesek Kolakowski, le jeune penseur polonais, collègue de Schaff à l'Université de Varsovie, prirent l'existentialisme comme un supplément au marxisme, d'autres ladoptèrent en remplacement du marxisme. Ces « révisionnistes » se tournaient vers le jeune Marx qui s'intéressait particulièrement aux problèmes de l'aliénation de l'être humain dans la société de classes; et ils en firent le précurseur de la vue existentialiste de la vie. Ils s'accrochaient à ce que Marx écrivit dans les premières an- nées de 1840, quand il abordait l'élaboration du socialisme scientifique, le faisant au détriment de l'ensemble de son œuvre dont les mûres conclusions se trouvent dans ses ouvrages ultérieurs.
Ceci les a conduits à couper le mouvement socialiste de ses racines matéria-
« Une philosophie de l'homme » est née de la crise spirituelle et idéologique provoquée par les « chocs moraux et politiques de 1956-1957 ». En tant que premier porte-parole intellectuel de la Pologne de Gomulka, Schaff s'est chargé - ou a été chargé -— de répondre aux révisionnistes littéraires et philosophiques, au nom de l'aile centriste libérale du parti communiste.
L'attitude de Schaff est conciliatrice. Il dirige un courant intermédiaire entre les vieux dogmatistes de l'école Jdanov et les tout nouveaux « révisionnistes ». Il condamne les réactionnaires staliniens comme des «imbéciles et des ignares» qui critiquent des points de vue « que nous n'avons pas pris la peine d'étudier, les dénaturent et sont incapables de comprendre les problèmes qu'ils soulèvent » - et il les accuse de repousser les points de vue de leurs opposants en leur collant simplement l'étiquette de « bourgeois » ou d' « idéalistes ». « Leur critique nihiliste et leur sociologie vulgaire », dit-il, ont été néfastes non seulement au progrès de la pensée marxiste, mais aussi dans le domaine des mathématiques, de la cybernétique, de l'investigation sociologique et la considération des problèmes de l'individu posés par l'existentialisme.
Schaff s'adresse ensuite aux révisionnistes et leur reproche de ne pas comprendre et de dénaturer le jeune Marx lorsqu'ils tentent d'en faire le prophète de l'existentialisme. En fait, même dans sa première période, la pensée de Marx se détournait de l'individualisme absolu et de conceptions non historiques et non matérialistes qui constituent les prémisses de l'existentialisme à l'égard du conditionnement historique et social de l'individu.
Schaff s'en prend particulièrement à l'assemblage éclectique de marxisme et d'existentialisme chez Sartre. Paradoxalement, alors que les révisionnistes d'Europe de l'Est s'éloignent du matérialisme dialectique pour flirter avec l'existentialisme, son promoteur s'est, du moins en paroles, rapproché de Marx. Dans son dernier ouvrage philosophique le plus important, Critique de la raison dialec listes, de sa base ouvrière et de la nécessité historique, pour les réinstaller sur des impératifs éthiques et un libre choix individuel. En répudiant le stalinisme, ils sont inconsciemment retombés dans les prémisses idéalistes et moralistes du socialisme avant Marx. tique, Sartre dit que le matérialisme historique fournit la seule interprétation valable de l'histoire.
Bien sûr, Sartre donne une version très particulière, ou plutôt une perversion, du matérialisme dialectique en le réduisant à la mesure de ses doctrines existentialistes. Il affirme que depuis Marx, le marxisme n'a fait aucun progrès et a dégénéré en un dogme stérile. Il se propose de rajeunir le marxisme moribond au moyen d'injections d'hormones existentialistes.
Il cherche à sauver et revivifier le marxisme en lui donnant une base théorique différente. Au lieu de commencer par les faits de la vie collective engendrés par le processus de production, Sartre part de l'individu isolé et ensuite examine comment lui et ses semblables deviennent des êtres sociaux. Marx a appelé ce mode de pensée sociologique à la Robinson Crusoë, « une illusion insipide de l'idéologie bourgeoise ».
Pour important que soit l'individu aux yeux de lui-même et des autres, il est un produit de ses conditions de vie historiques et sociales et non le créateur indépendant de sa destinée. La priorité du social sur l'individu peut se voir dans les émotions mêmes choisies par les existentialistes comme clé de la nature de la vie humaine. Le fait que les conditions de la vie capitaliste soient enracinées dans l'isolement et l'aliénation des êtres humains entre eux, engendre les sentiments de solitude et d'angoisse dans un univers absurde qui forment le thème central des ouvrages existentialistes.
Schaff montre avec raison que Sartre s'engage à nier plutôt qu'à « compléter » et améliorer le marxisme en introduisant les idées existentialistes. Une philosophie basée sur la liberté absolue de l'individu souverain agissant dans un monde dépourvu de raison et de nécessité logique, est incompatible avec le matérialisme dialectique qui procède de l'opération logique des forces naturelles et sociales au cours du développement universel. L'union de ces deux points de vue ne peut former un ensemble cohérent. Toute tentative de le faire ne peut produire que des avortons ou des hybrides.
LA CONTRIBUTION DE SCHAFF
LA CONTRIBUTION DE SCHAFF
LA MORALE A-T-ELLE UNE BASE SCIENTIFIQUE?
'Néanmoins, Schaff admet que les existentialistes ont soulevé des problèmes auxquels le marxisme doit répondre. Quelle est la signification de la vie ? L'homme est-il libre de choisir entre différents modes d'action ? Que signifie pour l'homme d'être libre, de prendre des décisions ? En quoi consiste la responsabilité d'un individu dans ses décisions particulières au cours de conflits ? Que faire dans le cas où toute décision conduit à des résultats considérés justes d'un certain point de vue, et faux d'un autre ? De quoi dépend l'évaluation de nos actes, et de telles évaluations sontelles bien fondées ? Comment vivre pour que nos actes soient évalués de façon positive ? Quelle est la situation de l'individu dans le monde et de la société qui l'entoure ?
Concernant de tels problèmes moraux posés aux révolutionnaires de notre époque, Schaff fait de très valables observations. Ceci implique une première question théorique que Schaff n'explicite pas entièrement : peut-on donner une base scientifique à la morale comme réflexion rationnelle sur la conduite humaine ? C'est ce que nient les existentialistes pour qui la préférence personnelle arbitraire est le pivot de la morale.
Le matérialisme historique répond de façon affirmative à cette question, selon les lignes suivantes : 1) la morale a une base objective dans les conditions, les relations, les besoins et le développement de la société. Son caractère rationnel vient de sa correspondance avec des réalités historiques données et des nécessités sociales et aussi d'une compréhension de ces phénomènes. 2) La morale a un contenu variable et un caractère relatif, qui dépendent des changements des circonstances sociales. 3) Dans la civilisation connue à ce jour, la morale prend inévitablement un caractère de classe. Il n'y a pas de modèle absolu de conduite et de jugement moral. Les actes humains ne sont ni bons ni mauvais, ni louables ni criminels en eux-mêmes. Tous les codes moraux et toutes les conduites doivent se juger par rapport aux conditions données et aux besoins sociaux concrets, aux intérêts de classe et aux buts historiques qu'ils servent.
Les controverses sur les questions morales ont le même caractère historique
DE VAGUES
Dans ces circonstances, il était évident pour les intellectuels polonais révoltés que Schaff ne leur offrait que l'apaisement des beaux principes d'un humanisme socialiste abstrait au lieu d'un proconcret que la morale elle-même. Elles apparaissent dans des situations spéciales et répondent à des problèmes précis Les différends qu'elles manifestent sont le reflet d'intérêts sociaux divergents, En quoi cela s'applique-t-il à la discussion de Schaff avec les révisionnistes?
Schaff intervient dans le déroulement de la crise du stalinisme au cours duquel des millions de gens trahis et de nombreux communistes déçus demandent : Le marxisme est-il aussi scientifique qu'on nous l'a dit, ou est-ce une fausse prophétie, une nouvelle utopie ? Est-ce que la liberté qu'on nous avait promise est une illusion ou devons-nous rester les pantins et les victimes de forces oppressives incontrôlables ?
Peut-on atteindre les nobles objectifs humanistes par les méthodes de Marx et de Lénine ? Est-ce que le stalinisme est la conséquence logique du bolchevisme ?
Mêmes accompagnées d'erreurs et de défauts de doctrine, ces questions, ces doutes étaient inévitables et justifiés. La première réaction des victimes et des critiques de Staline ne pouvait qu'être une révolte morale incontrôlable contre ces crimes intolérables. Il leur faudra encore un certain temps pour arriver à un véritable programme d'action et un total éclaircissement sur ce qui est arrivé
Bien que Schaff aille dans le sens où le poussent les rafales anti-staliniennes et s'oppose aux intellectuels déçus qui tendent à mettre dans le même sac les saines idées de Marx et les falsifications de Staline, il ne donne cependant pas assez d'importance à leur sens aigu de l'injustice flagrante. Encore moins répond-il à leur besoin d'être assurés contre le retour des horreurs et des déceptions.
Il admet par exemple que les « fonctions et l'appareil de force » aient perdu toute discipline dans les années qui précédèrent Gomulka. Il poursuit en faisant remarquer qu'il n'existe aucune garantie absolue contre de tels dangers, et en apparence, s'oppose « aux garanties institutionnelles » contre les violations de la démocratie au moyen d'organismes du limitée ». Il déclare « qu'aucune garantie institutionnelle ne peut résister à la pression des besoins de la vie et de la pouvoir d'Etat tels que la police, du fait que ces derniers n'ont qu'une « valeur politique ». ALLUSIONS gramme de lutte contre l'actuelle oppression et répression bureaucratiques. Ils ne demandaient pas des garanties absolues impossibles, mais de véritables réformes qui élimineraient les dernières traces de
Q r UAT terreur et empêcheraient tout retour au contrôle de la pensée. La récente utilisation de mesures policières et de repré sailles officielles contre des intellectuels dissidents prouve que leurs appréhensions n'étaient pas infondées. Ils ne pouvaient s'empêcher de considérer le repli de Schaff derrière des généralités historiques comme une fuite méprisable de: vant le véritable problème.
Défenseur du statu quo en Pologne et habile apologue du courant Gomulka, Schaff n'offre ni au peuple offensé ni aux intellectuels qui s'interrogent,
June explication franche et correcte des crimes contre lesquels ils se sont révoltés. Bien qu'il fasse allusion aux « erreurs et aux distorsions » liées au culte de la personnalité, pas une seule fois il n'appelle le stalinisme par son nom. Ce refus d'appeler les choses par leur vrai nom contredit de façon frappante les principes de sa propre « philosophie de l'homme ».
L'humanisme marxiste, dit-il, est matérialiste, et procède de conditions historiques spécifiques. Cependant, il se garde bien d'analyser les causes matérielles responsables de la profonde bureaucratisation des Etats ouvriers. Ceci donne un
On peut juger de sa propre liberté de pensée et d'expression en tant que premier philosophe de la Pologne officielle, hon seulement à son refus de mentionner Staline, mais à son omission de toute référence à Trotsky. Le pamphlet de ce dernier, leur Morale et la nôtre, est l'étude la plus approfondie de la conception marxiste de la morale depuis l'exposé classique d'Engels dans l'AntiDühring. De plus, il correspond exactement à la situation politique de son propre pays et aux problèmes politiques qu'il discute. Est-il possible que ce professeur de philosophie ne soit pas au courant de son existence ? Dans ce cas qu'il se renseigne dans le troisième volume de la biographie de Trotsky par Deutscher.
Selon Schaff, l'épreuve décisive de la morale révolutionnaire surgit lorsque la conscience d'une personne se dresse contre l'Etat dont il est citoyen ou entre en conflit avec la politique et la direction du parti auquel il appartient, et qui, à son avis, s'est écarté des buts avoués du mouvement. Que faire dans un tel cas ? Le problème éternel de l'hérésie contre l'orthodoxie ou la « raison d'Etat », de la conviction individuelle contre la loi officielle est devenu particulièrement caractère abstrait à sa discussion sur la morale. Ses préceptes sur l'humanisme socialiste paraissent excellents mais ils restent détachés des causes fondamentales et des problèmes pratiques brûlants qui les ont suscités.
Schaff affirme qu'aujourd'hui les deux camps principaux du monde ent des morales opposées, mais il ne va pas audelà. Cependant cette distinction élémentaire ne s'attaque pas du tout au véritable problème qui intéresse les courants opposés pro-staliniens et anti-staliniens à l'intérieur de la classe ouvrière et des Etats ouvriers. Lequel de ces deux courants aide ou freine le progrès ? Quelles positions servent le mieux la cause du socialisme?
Schaff dit que l'humanisme socialiste est militant, concret, matérialiste et révolutionnaire, et non passif, abstrait, idéaliste et réformiste. Mais quand il en vient à rechercher les raisons profondes des crimes de Staline, il oublie de montrer ces mêmes qualités. De même que le parti communiste et le régime auquel il appartient, il se refuse à exposer et à déraciner complètement le stalinisme. aigu. dans les Etats communistes à parti unique, où l'enrégimentation ne permet pas une pleine et libre expression de divergences, aussi bien à l'intérieur du parti que du pays.
Ici, dit Schaff, les prescriptions générales ne sont pas d'un grand secours, et nous sommes d'accord avec lui. Pris dans la lutte d'idées, de politiques, de tendances et d'intérêts opposés, chaque individu doit décider tout seul où se trouvent le vrai et le juste. Aucun degré de conditionnement social ne peut empêcher l'individu de prendre des décisions personneiles et des responsabilités. En ce sens, les existentialistes ont raison. Mais cela ne signifie pas qu'il n'existe aucun critère objectif pour déterminer si une décision est juste. Pour un marxiste, la base de jugement doit être la distinction entre les forces sociales et les intérêts en présence, dans une situation donnée. Les intellectuels, les jeunes et les ouvriers qui rompirent la discipline du parti pour renverser le régime Rakosi-Geroe, le tirent pour des raisons qui répondaient parfaitement aux intérêts de la nation hongroise et de l'avenir socialiste de sa classe buvrière. Quand Gomulka défia, les ordres de Moscou en 1956, il donna une plus grande liberté et une plus large démocratie à la Pologne.
LES CONDITIONS
LES CONDITIONS
UN ACTE HAUTEMENT MORAL
Depuis lors, cependant, son régime s'est montré fort timide pour rejeter l'héritage stalinien et il a peu avancé dans la démocratie socialiste; il a même reculé par rapport à l'atmosphère de liberté de 1956-57. Cette politique de déstalinisation partielle a maintenant conduit le gouvernement polonais à s'opposer à une plus ample libéralisation dans son pays. En mars dernier, 34 intellectuels polonais des plus éminents, qui participèrent à la révolte de 1954-56 contre le stalinisme, ont envoyé une lettre au Premier ministre Cyrankiewicz pour protester contre la réduction des alloca tions de papier destiné à la publication de livres et de périodiques, et aussi contre le durcissement de la censure de la presse.
Ils demandaient au gouvernement qu'il reconnaisse « l'existence de l'opinion publique, le droit à la critique, la liberté de discussion et de l'information honnête comme des éléments nécessaires au progrès ». L'hebdomadaire Kultura, patronné par le gouvernement, répondit qu'en Pologne il n'y a pas de place pour des livres ou des pièces « dont le contenu moral et idéologique est anti-socialiste ». Il faisait remarquer que les libertés n'ont cessé d'être réprimées depuis la Grèce antique - « et il en est de même pour nous ». Les signataires de la pétition représentent la fine fleur de l'intelligentzia polonaise. Parmi eux, Léopold Infeld, la personnalité la plus importante dans la physique nucléaire ; le professeur Tadecisz Kotarbinski, l'un des tout premiers philosophes et, jusqu'à l'an dernier le doyen de l'Académie des Sciences de Pologne : Antonin Slominski, le plus grand poète du pays; Adam Wazyk, dont «les poèmes pour adultes » firent le tour du monde, durant les événements de 1956 ; et Maria Dobrowska, prix littéraire de l'Etat polonais et présidente du Club des écrivains polonais.
En dépit des pressions énormes, ils ont refusé de revenir sur leurs idées. Ceci met Schaff devant un grave dilemme politique et moral. Se rangera-t-il du côté des écrivains, des artistes et des savants qui se sont élevés en faveur d'une plus grande liberté; et aussi des 300 étudiants de sa propre université à Varsovie qui organisèrent une manifestation de soutien contre les restrictions gouvernementales ? - Ou bien se taira-t-il pour soutenir le régime ?
Dans ce conflit moral, la cause de la démocratie, de l'humanisme et de la liberté dont il discute dans son livre, devrait logiquement le conduire à se ranger du côté des intellectuels rebelles. Ils sont une partie de cette lame de fond irréductible contre la tutelle bureaucratique qui secoue aujourd'hui le bloc soviétique. Il sera intéressant de voir si Schaff décide d'ajuster ses actes à la meilleure partie de ses ouvrages sur la démocratie socialiste.
10 mai 1964.