Le Labour Party a obtenu une victoire électorale, mais sa majorité est seulement de 5 sièges sur tous les autres partis, avec 317 élus, contre 303 tories et 9 libéraux.
Au lendemain des élections, la direction du Labour Party a fait savoir qu'en dépit de cette faible majorité, elle entendait réaliser son programme, qui comprend la nationalisation de l'industrie de l'acier (dénationalisée par les conservateurs au lendemain de leur victoire en 1951) et d'autres industries de moindre importance, une sérieuse réforme en matière de propriété foncière, l'annulation de la loi sur les loyers et des réformes importantes en matière de services sociaux, etc.
Etant donné que la situation économique est précaire (on sait que la balance des paiements est fortement déficitaire), il reste à voir si la direction du Labour mettra ses actes en accord avec ses paroles. Sans aucun doute, de très fortes pressions seront exercées sur le gouvernement de la part des capitalistes. Toutefois, la situation se présente de façon nouvelle pour le mouvement ouvrier.
Le gouvernement travailliste est, dans une certaine mesure, à gauche par rapport au passé, par suite d'une lente évolution qui s'est produite au sein du L.P. D'autre part, c'est pour la première fois depuis que s'est produit le boom économique d'aprèsguerre dans l'Europe capitaliste que s'installe un gouvernement appuyé sur la classe ouvrière, avec un tel programme, et ce, tandis que le plein emploi est encore largement existant, que la radicalisation de la classe ouvrière n'a pas atteint un essor de masse, et avant que le boom n'ait disparu.
Les élections britanniques ont surtout montré l'abandon du parti conservateur par de larges couches des classes moyennes et par des couches ouvrières qui avaient été éblouies momentanément par la bonne conjoncture. Les principaux bénéficiaires de cet abandon ont été les libéraux, qui en obtenant trois millions de voix, ont doublé
Les travaillistes ont pratiquement eu le même nombre de voix qu'en 1959. Mais des déplacements qualitativement importants se sont produits. Comme il y a eu un accroissement important de suffrages dans les districts industriels fortement affectés pendant l'hiver 1963, où le nombre des chômeurs s'éleva jusqu'au million, il est probable que pas mal de petits bourgeois sont passés aux libéraux, tandis que le L.P.
Men voix ouvriers, notamment de la part de jeunes qui votaient pour la première
En résumé, le Labour a vu sa base essentielle renforcée par de nouvelles couches ouvrières. La petite bourgeoisie rassemblée autour des libéraux. Mais le parti conservateur a aussi montré sa capacité de garder le gros de ses électeurs.
A examiner la stratégie des deux principaux partis dans la campagne électorale, on constate que les capitalistes, en accordant la direction à un membre de l'aristocratie, avaient calculé correctement qu'en faisant appel aux vieilles traditions arriérées sévissait lors de la démission de Macmillan, de « lovauté » incarnees par un tel personnage, ils enrayeraient la démoralisation qui éviteraient une débacle et gagneraient ainsi le temps nécessaire pour manœuvrer.
La stratégie de Wilson était avant tout d'un caractère négatif : il refusa, différence de Gaitskell, d'effacer l'image « socialiste » du L.P. Dans son agitation pour la planification et la modernisation de l'économie, pour sa rationalisation scientifique, elle lui servit à conserver l'allégeance de la classe ouvrière qui a des inquiétudes en ce qui concerne l'avenir économique.
Il est tout à fait clair que le gouvernement de Wilson sera dès le début soumis pressions capitalistes à l'échelle internationale. On se souvient qu'en 1931, le gouvernement de MacDonald qui n'avait de majorité que grâce à l'apport de voix libérales, placé dans des circonstances similaires, sombra dans la trahison et porta un coup dont le L.P. se ressentit pendant de longues années. Que fera Wilson à présent ? Sans aucun doute, c'est un social-démocrate, ce n'est pas un révolutionnaire, et un tel gouvernement sa nature même contient potentiellement les germes de la trahison. Mais les circonstances ne sont plus celles de 1931. La classe ouvrière britannique ne se trouve plus au lendemain d'une défaite comme ce fut le cas après la grève générale de 1926 ; les rapports de force entre classes à l'échelle internationale sont également très différents, étant aux dépens du capitalisme ; le développement mouvement ouvrier britannique, au lieu de diminuer, tend à se renforcer et à se faire sentir sur la direction du L.P.
Le gouvernement de Wilson n'a d'autres points d'appui dans le pays classe ouvrière organisée. La tâche principale de la gauche du L.P. est tout d'abord de forcer le gouvernement à résister aux attaques inévitables de la classe dirigeante, de mobiliser les travailleurs pour toute mesure progressive, et contre toute tentative de mesures qui seraient à leurs dépens.
Une première revendication est l'ouverture d'une grande enquête sur le pillage, années, des richesses de la nation par les conservateurs, sur les dividendes qui ont doublé et quadruplé tandis que les salaires étaient gelés et les pensions de vieillesse tombaient au-dessous du minimum vital, sur le désordre qui fut introduit dans les industries nationalisées pour le profit de la « libre entreprise ». kage capitalites et des contrôles bureaucratiques ne suffiront pas à empêcher le saboles évasion de capitaux, etc. C'est avant tout dans la mise en œuvre du contrôle ouvrier, dans une mobilisation des masses pour imposer de grandes mesures, et pour les mettre en application, que l'aile gauche du Labour Party va se trouver soumise à l'épreuve, à une épreuve qui aura aussi une importance capitale pour le mouvement ouvrier de l'Europe occidentale.