Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 23

L'élection de Johnson

Quatrième Internationale, n° 23 · novembre 1964 · p. 14-15 · 958 mots

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Johnson a obtenu une ample victoire grâce à l'assistance que lui donna Goldwater, en réussissant à jouer le rôle de plus grand mal. Entre eux il n'y avait pas grande différence en matière de guerre nucléaire. Mais, tandis que Goldwater présenta l'image de quelqu'un qui menaçait le monde avec la bombe nucléaire, Johnson qui, en pleine campagne électorale, ordonna le bombardement du Vietnam-Nord, parvint à passer pour l'homme de la « paix ».

Goldwater ne put modifier ce tableau parce qu'il était engagé vis-à-vis des éléplus belliqueux, les plus arriérés société américaine, dont le mot d'ordre est « Better dead than red » (mieux vaut périr que devenir « rouge »).

Ainsi, d'une façon particulière, cette campagne montra que la volonté de paix était forte et profonde dans le peuple américain. Dans un de ses derniers discours, le 2 novembre, à Houston dans le Texas, Johnson fit dix promesses à l'électorat, dont la première soufflant le chaud et le froid était : « Je veux diminuer la menace de la guerre nucléaire, maintenir l'autorité présidentielle sur nos armements nucléaires, renforcer nos alliances et faire progresser la cause de la liberté dans le monde. »

Rarement campagne électorale ne fournit un spectacle aussi lamentable. Le doyen de la cathédrale de Washington, Francis B. Sayre, déclara que les tactiques et les éthiques des deux candidats offraient un choix stérile au peuple américain. James Reston, un des éditeurs du NEW YORK TIMES écrit : « Il serait difficile de sous-estimer le nombre de gens qui voteront la semaine prochaine pour le Président avec un profond sentiment de malaise, non pas parce qu'il a dissipé leurs doutes ou qu'il les ait convaincus ou exaltés, mais simplement parce qu'il est la seule alternative à Goldwater. »

Au début de la campagne, on accorda une grande importance à un possible « white backiash », c'est-à-dire à éventuel courant de blancs votant pour Goldwater par préjugé contre les droits civiques accordés aux Noirs. Ce facteur s'avéra très faible, cette campagne, sans aucune comparaison avec la question de la paix ou de la guerre. Mais, en contre-partie, la position de Goldwater sur les droits civiques lui coûta presque toutes les voix noires ; ce vote eut un effet décisif dans les villes et nord et acquit une importance croissante dans le sud. Dans les questions sociales, les positions de Goldwater servirent surtout à conso lider l'alliance entre les démocrates et le mouvement syndical ouvrier.

L'élection présidentielle a montré que le macarthysme n'occupe pas une position dominante, mais cela ne signifie pas qu'il y ait eu un déplacement vers la Une combinaison de forces diverses a provoqué l'écrasement de Goldwater, mais rien n'indique que des évolutions soit à droite soit à gauche se produisent déjà. seule chose qui ait eu lieu, c'est la capture du parti républicain par des forces réactionnaires, puissantes, pourvues de riches moyens.

Que va faire à présent Johnson ? Sur le plan international, il poursuivra sans doute la même ligne vis-à-vis du Kremlin où il trouvera des interlocuteurs ayant les mêmes dispositions que Khrouchtchev. Il aura aussi à résoudre les difficultés que connaît à présent la coalition atlanainsi que celles des rapports économiques dans le monde capitaliste. Mais il aura surtout à faire face aux problèmes dont la solution n'est pas aisée : Cuba, rap ports avec la Chine, situation au Sud-Vietnam. Certains exigeront des décisions à brève êchéance.

Sur le plan intérieur, il se trouvera toujours en présence du problème noir qui n'a pas été réglé par les mesures législatives adoptées dans les récents mois. La situation économique présente a servi Johnson. Mais qu'adviendra-t-il de la « guerre contre la pauvreté » et qui sait comment la conjoncture évoluera d'ici un an ou deux ?

L'élection qui vient d'avoir lieu a soulevé une question de la plus grande importance pour l'avenir politique des Etats-Unis, plus spécifiquement pour l'avenir du système des deux partis, tel qu'il existait depuis des décennies. Jusqu'alors, chacun de ces partis groupait des forces locales, contradictoires d'un état à l'autre, de sorte qu'à Washington, les différences sociales étaient défigurées, déformées au travers de combinaisons, de marchandages, de compromis ; les clivages politiques rencontraient des difficultés à se manifester nationalement dans un tel système. Goldwater s'est emparé de la direction du parti républicain et, apparemment, pour le moment, il a réduit considérablement la force, le prestige, les positions de l'aile libérale de ce parti, entraînée dans la débâcle qui vient de se produire. Si l'aile réactionnaire, dont Goldwater fut le porte-parole, conserve, avec ou sans lui, la haute main sur ce parti, si de ce fait elle met en cause l'ancien système dans lequel les deux partis groupaient chacun et des libéraux et des réactionnaires, un tel développement ne manquerait pas de provoquer à plus ou moins longue échéance une sorte de développement symétrique vers la gauche. Le mouvement syndical, les organisations noires qui ont donné la plus grande contribution dans la victoire de Johnson, qui verront les démocrates racistes du sud passer au parti républicain, ne pourront pas ne pas subir une pression vers la gauche. On n'en est pas encore là mais il faut noter que certains des observateurs bourgeois les plus avertis de la scène politique américaine ont d'ores danger d'une telle situation pour l'équilibre capitaliste dans le Dans ce pays si « démocratique » et disposant de moyens techniques si développés, il sera cette fois encore impossible de connaître avant plusieurs semaines les votes obtenus par les formations minoritaires. Nous ne savons donc pas pour le bien de voix ont recueilli le Socialist Workers Party, qui a fait connaître le gramme du marxisme révolutionnaire et défendu la révolution cubaine, et le Freedom Now Party qui a mené campagne dans l'Etat du Michigan.

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