Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 23

Dix ans de révolution algérienne

Quatrième Internationale, n° 23 · novembre 1964 · p. 18-19 · 714 mots

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Il y a dix ans — le ler novembre 1954 — se déclenchait la révolution algérienne. Il fallut près de huit années de luttes douloureuses pour arracher l'indépendance à l'impérialisme français, appauvri, ayant perdu près d'un million d'êtres humains, et d'où devaient encore se retirer presque tous ceux qui se trouvaient aux points vitaux de l'économie. C'est en tenant compte de cette situation de départ qu'il faut juger les résultats obtenus à présent.

Ces résultats ont été très appréciables. L'économie a redémarré en dépit du départ de près d'un million de Français. De nombreux travaux ont été entrepris. Dans les grandes fermes, dans de nombreuses usines, l'autogestion des masses a été introduite. Des mesures sont prises dans la question du pétrole, en vue d'en une source de richesses pour toute la nation, et non pour les grands trusts internationaux du pétrole.

Cependant, il n'y a pas que les aspects positifs et réjouissants. Le capitalisme et notamment le capitalisme français, n'a pas eu, du moins jusqu'à présent, une attitude comparable à celle des Etats-Unis envers Cuba. La « coopération » a ses avantages, mais aussi des inconvénients : le gouvernement français l'utilise pour freiner le développement de l'Algérie vers un Etat ouvrier et pour favoriser les éléments réactionnaires et corruptibles.

D'autre part, les premiers élans passés, les difficultés ont commencé à apparaitre et à peser sur la direction. Celle-ci, tout en restant axée sur la voie du socialisme, a au cours des derniers mois manqué de l'audace qu'elle avait manifestée au lendemain de l'accession à l'indépendance. Sans aucun doute, une des plus grandes faiblesses de la révolution algérienne qui s'est exprimée tout au long de cette révolution, c'était et c'est encore l'absence d'un parti révolutionnaire d'avant-garde. Le congrès du F.L.N. qui s'est tenu en avril dernier le soulignait lui-même, et nombreux étaient ceux qui espéraient que le Congrès d'Alger serait le point de départ d'une nouvelle étape dans ce domaine, le début de la formation de ce parti qui fait tant défaut. On ne peut constater un progrès dans ce domaine.

Un certain piétinement caractérise précisement la période qui a suivi le Congrès. La réforme agraire est promise pour l'année prochaine. Les masses ne répondent plus en aussi grand nombre aux réunions et manifestations. Une bureaucratie se développe et s'occupe surtout de ses intérêts propres. Pendant quelque temps, la contre-révolution a même fait preuve d'arrogance et tenté de passer à des actions armées.

Aucune révolution ne peut échapper à des moments difficiles. Mais les conditions objectives ne peuvent tout expliquer. Dans le cas de l'Algérie, la direction Ben Bella, à côté de démarches courageuses, a fait preuve de faiblesses dans ses rapports avec les masses, dans certaines de ses atitudes politiques. Cela s'est précisément manifeste à l'occasion du Congrès même du F.L.N. Alors que la Charte d'Alger était très largement positive, qu'elle pouvait redonner un élan à la révolution, que les opposants, non seulement ceux qui n'étaient pas venus au Congrès, mais aussi ceux qui y étaient présents, s'étaient abstenus de combattre ouvertement cette Charte, la nomination de la direction - loin de se faire sur cette base politique généralement valable - a été l'objet de négociations et de compromis dans la coulisse. Et qu'a-t-on vu ? En avril, on introduit de cette manière un Chaabani dans le Bureau politique ; en septembre on le fusille après un jugement à huis-clos. Il est impossible que les

; dans ces conditions comment peut-on espémasses y comprennent quelque chose rer les mobiliser pour des tâches données ?

Aucune révolution ne peut progresser à travers un appareil d'Etat, était doué de capacités qui en Algérie font, hélas, grandement défaut. C'est par les masses que se trouvera la solution. Il leur faut une avant-garde, surtout à présent où la paysannerie semble attendre qu'on lui montre la voie. Or, il ne manque pas en Algérie de forces d'avant-garde, d'éléments de gauche qui sont aujourd'hui faibles, uniquement parce qu'ils sont dépourvus d'axes de travail et de regroupement pour exercer une pression efficace sur leur direction. Il y en a dans les syndicats, il y en a dans les comités de gestion, comme un récent congrès paysan l'a encore montré. C'est d'eux qu'il dépend que la révolution algérienne cesse de piétiner et reprenne sa marche en avant.

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