Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 22

L'Algérie à l'heure du premier Congrès du F.L.N.

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 22 · juillet 1964 · p. 30-38 · 6 564 mots

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Le congrès du F.L.N. algérien, dont on parlait depuis longtemps et qu'on n'avait pas voulu convoquer dans l'incertitude et dans la confusion, a été précédé par toute une série de développements capitaux pour la révolution au cours de l'année 1963, des décrets de mars sur l'autogestion jusqu'aux mesures d'expropriation d'octobre en passant par la différenciation au sein du Bureau Politique issu de la crise de juillet 1962 et par l'adoption de la constitution de la Répu-

LE NOUVEAU

Le programme, proposé par la commission de préparation et adopté avec des amendements (dont certains assez intéressants), représente sans aucun doute lacquis le plus important des premières assises libres du F.L.N. Il est en réalité une synthèse et un parachèvement d'une élaboration politique et théorique qui s'était développée constamment à partir du lendemain même de l'indépendance et qui s'était exprimée dans de nombreux textes, documents, discours, déclarations, articles, etc (1). Notre mouvement & d'ailleurs déjà souligné à plusieurs reprises que, de la même façon que la révolution cubaine, la révolution algérienne a progressé rapidement et empiriquement, inspirée par des critères très généraux. Déterminée au fond par la dynamique des forces sociales et par la capacité des dirigeants les plus aptes à se lier aux forces motrices du processus révolutionnaire et à une élaboration de plus en plus systématique et approfondie. Cette théorisation - du moins dans le domaine plus strictement économique et social a tendance à s'identifier aux conceptions du marxisme, même du marxisme révo-

(1) Cf. plusieurs numéros de Quatrième Internationale et de World Outlook, a labor press service (en langue anglaise). L'auteur de cet article a d'ailleurs publié les textes les plus importants de la première année de la révolution en langue italienne (cf. L'Algeria e il socialismo, Rome septembre 1963, ed. Samonà e Savelli).

blique Démocratique et Populaire. Les tâches du congrès étaient donc exceptionnellement importantes et multiples : élaborer un nouveau programme, faire le point de la situation du parti et lui assurer une structuration plus efficace, dresser un bilan des expériences passées et exprimer une direction plus large, fixer une orientation claire sur les problèmes politiques et économiques essentiels qui se posent à ce stade. PROGRAMME lutionnaire sous certains aspects. Elle a tenu d'ailleurs largement compte des expériences - aussi bien positives que négatives — d'autres pays et d'autres mouvements et l'osmose des idées est désormais tout à fait tangible, de telle façon qu'il ne serait pas difficile de la préciser, même dans des termes philologiques, plus spécialement dans le programme nouvellement adopté.

Toutefois, l'approche des problèmes s'avère originale et le rappel aux caractères spécifiques du pays et de la révolution est le plus souvent objectivement justifié, c'est-à-dire qu'il n'a pas le but bien connu de camoufler des capitulations ou des louvoiements opportunistes. La nature révolutionnaire du mouvement, l'audace politique et intellectuelle d'un certain nombre de ses dirigeants, l'absence de cristallisations bureaucratiques à l'étape actuelle, ont en même temps facilité l'expérience exaltante de la première année de la révolution après l'indépendance, et poussé à une élaboration programmatique très avancée. Si l'on tient compte que pendant plusieurs décades les conceptiens marxistes furent diffusées et assimilées surtout dans les versions édulcorées, mutilées, sclérosées propres aux grandes organisations social-démocrates ou staliniennes, on comprend que la relative ignorance idéologique de certains mouvements et de certaines équipes de direction se soit avérée être un avantage, en facilitant en réalité, non seulement l'adoption pratique d'une orientation révolutionnaire mais aussi, à une phase ultérieure, l'aboutissement à des généralisations théoriques qui s'efforcent de correspondre aux besoin impérieux du processus révolutionnaire en cours. (2)

La première partie du programme est consacrée à une analyse historique et à un examen autocritique de l'expérience même du F.L.N. pendant la guerre antiimpérialiste. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est la volonté nette de ne pas faire l'éloge de l'empirisme et de ne pas justifier sous une forme quelconque la carence et la confusion politique et théorique (comme ont tendance à le faire, soit dit en passant, des intellectuels et des « révolutionnaires » frustrés et complexés, qui considèrent désormais comme insignifiantes et négligeables les questions d'orientation politique et programmatique). Le texte souligne en effet que le manque de clarté au départ quant aux buts de la lutte engagée et l'absence d'une direction révolutionnaire eurent des conséquences graves, même si dans le contexte national et international donné, cela n'a pas abouti à une défaite ou à l'instauration d'un régime néocolonialiste. (3)

En même temps, la partie historique du programme développe une critique aussi bien de l'orientation des différents courants politiques algériens, notamment des courants dits réformistes (parmi lesquels est inclus explicitement le Parti communiste algérien), que de l'attitude de la S.F.I.O. et « des autres courants de gauche » en France. Elle n'oublie pas non plus de rappeler que « pour des motifs d'ordre diplomatique, l'attitude des pays socialistes à l'égard de la Révolution algérienne ne s'est pas toujours exprimée clairement. La naissance du G.P.R.A. voit les pays socialistes d'Asie s'engager dans la voie d'un appui inconditionnel à l'Algérie. Les pays socialistes d'Europe les

(2) Le Programme de Tripoli avalt sou ligné dans sa première partle les conséquences négatives du « mimétisme idéologique ».

(3) Dans le programme on lit, entre au. tre : « La question fondamentale de l'ex ploitation de la victoire et de l'organisa tion sociale de l'Algérle indépendante dont dépendalent le style de guerre, les alliances et la nature de la direction, n'a pas été clairement posée au départ ». « Une des faiblesses de la direction du F.L.N. est de n'avoir pas compris à temps que la trotsième force était un phénomène social qui avait ses prolongements à l'intérieur des organismes dirigeants de la révolution »... « La révolution a souffert dans son évo. lution de l'absence d'une direction révolutionnaire et d'un programme reflétant les intérêts des masses les plus opprimées ».

NALE 31 suivirent plus tard, bien que sur le plan humanitaire leur aide ait été constante ».

Quant aux conceptions stratégiques plus générales, le programme exprime les points fondamentaux suivants :

1) Le processus révolutionnaire algérien est conçu comme un « développement ininterrompu de la révolution nationale populaire en Révolution socialiste ». La paysannerie pauvre et les classes populaires urbaines sont considérées comme les forces motrices de la lutte anti-impérialiste, tandis qu'au stade actuel « le rôle des travailleurs urbains, à côté des travailleurs agricoles du secteur autogéré, va devenir de plus en plus décisif » (4).

2) La nature du pouvoir révolutionnaire est « d'être le défenseur des intérêts des couches laborieuses qui constituent ses assises sociales », (Dans son discours du premier novembre 1963, Ben Bella avait saluée « la dictature des pauvres, des fellahs et des ouvriers »).

3) La phase actuelle est conçue comme une phase de transition vers le socialisme, dans laquelle le secteur socialiste et étatique s'élargira progressivement au détriment du secteur capitaliste privé.

Insistons un peu sur le dernier point sur lequel les dirigeants algériens reviennent fréquemment (5). Il est clair que l'orientation fondamentale est de se baser avant tout sur certains secteurs-clés déjà fonctionnant - en premier lieu le secteur agricole d'autogestion — et de faire progressivement du secteur socialiste « le véritable moteur de la vie politique et économique », en lui confiant « dans une seconde étape » « les leviers principaux ». Cela implique en même temps « lorientation et la transformation progressive du secteur industriel privé » et « la création par l'Etat d'entreprises industrielles nouvelles. » (6) Quant aux richesses minérales et énergétiques, leur nationalisation est considérée comme « un but à long terme » pour des raisons qui n'échappent à personne.

Ce processus sera accompagné et rendu possible par la nationalisation des banques, la « prise en main du commerce extérieur par l'Etat », la création de

(4) Dans le très remarquable discours du 30 décembre 1963, auquel nous ferons d'autres fois référence, le ministre de l'économie Boumaza a dit: « Le socialisme ne triomphera que s'il assure lui-même les tâches de la révolution démocratique et populalre, Taltes dans d'autres pays par la classe bourgeoise, mais que nous ferons ici en soumettant leur réalisation au contrôle politique des représentants du peuple, des classes les plus défavorisées. »

(5) Cf. aussi le discours cité de Boumaza.

(6) Cf. surtout le chapitre du programme sur les tâches économiques.

réseaux de distribution et de commercialisation indispensables à la commercialisation et au développement du secteur socialiste (dont les Magasins Pilotes Socialistes représentent une première expérience, en fait limitée) et, last but not least, par une nouvelle réforme agraire largement basée sur « l'organisation d'un système coopératif. »

Quant aux forces sociales — si on laisse de côté certaines expressions équivoques comme la distinction « entre propriété privée exploiteuse et propriété privée non exploiteuse » — le tableau est dressé clairement : la lutte doit être engagée contre le capitalisme national (qui « se situe essentiellement dans deux secteurs : les grandes propriétés privées et les grandes entreprises commerciales ») par les forces révolutionnaires déjà mentionnées, tandis qu'une politique de neutralisation s'impose « envers les couches petites bourgeoises du secteur tertiaire et la paysannerie moyenne.»

Comme il fallait s'y attendre, le programme réserve une place de choix aux problèmes de la bureaucratisation et aux moyens de la combattre. Lorsqu'un groupe dirigeant fait inscrire un passage qui dit explicitement : « Le problème de la rémunération et des avantages sociaux consentis aux couches dirigeantes et aux appareils de l'Etat est très important. Il serait illégitime que soit instaurée une caste privilégiée tant par les satisfactions de prestige que par le statut financier », cela indique sans équivoque possible qu'on a réfléchi beaucoup sur les expériences de dégénérescence bureaucratique des Etats ouvriers et qu'on est averti du fait que ces dangers existent en Algérie aussi (7). C'est avant tout par l'autogestion - dont l'introduction fut objectivement facilitée par les circonstances connues -que les dirigeants algériens envisagent la lutte sur ce plan. Mais ils soulignent en même temps la nécessité de renouveler la structure de l'Etat et d'éviter l'identification et la confusion de l'appareil de l'Etat et de l'appareil du parti. « La réfonte administrative radicale » devrait

(7) Le programme écrit aussi: « Depuis l'indépendance, une nouvelle couche sociale en formation accélérée risque d'intervenir du côté de la poussée instinctive antisocialiste de la bourgeoisie bureaucratique qui se forme dans les appareils de l'administration, de l'Etat et de l'économie, grâce au sentiment de puissance que lui accorde l'exercice du pouvoir...

Cette force, par sa position dans la machine de l'Etat et de l'économie, peut s'avérer considérablement plus dangereuse pour lévolution socialiste et démocratique que n'importe quelle autre force sociale actuelle du pays »

INTERNATIONALE « faire de la commune la base de l'organisation politique, économique et sociale du pays » (il s'agit d'une commune organisée beaucoup plus à la manière yougoslave qu'à la manière chinoise) et la distinction de l'Etat et du parti devrait se concrétiser dans des normes précises (8).

Toutefois, sur le terrain de la structure politique, le programme avance l'idée du parti unique que notre mouvement ne saurait accepter. Nous partageons en gros la critique des limites intrinsèques et des contradictions du multipartisme de la démocratie bourgeoise (tout en n'oubliant pas, comme le programme semble le faire, que le multipartisme, dans certains pays et à des époques données, a objectivement facilité aussi le processus de maturation et d'organisation du mouvement ouvrier) et nous ne contestons pas que « le multipartisme n'est pas un critère en soi de la démocratie ni de la liberté. » (9) Nous prenons acte aussi que les auteurs du programme ne se cachent pas que « l'option pour le parti unique ne suffit pas à engendrer un pouvoir d'essence révolutionnaire immunisé contre toutes les déformations ». Mais le programme oublie que le parti unique dans une phase de transition du capitalisme au socialisme s'est avéré être en même temps le véhicule et le produit d'une dégénérescence bureaucratique. Selon notre conception, le droit d'organisation de partis autres que le parti dominant — pourvu qu'ils se placent sur le terrain de la nouvelle légalité révolutionnaire et qu'ils soient par conséquent expression d'interêts ouvriers et paysans - est une garantie contre la bureaucratisation, de même qu'est une garantie le droit de constituer des tendances au sein du parti (ce qui n'est pas prévu dans les nouveaux statuts du F.L.N.). Il ne s'agit pas de se faire des fétiches et encore moins de croire qu'il sera toujours nécessaire d'avoir une pluralité de partis dans la pratique, mais tout simplement de tirer toutes les leçons d'expériences du passé et d'avoir une conception globale des moyens d'éviter les méfaits de la bureaucratisation et de défendre les intérêts et les droits fondamentaux des masses. (10)

(8) Le programme prévoit notamment que « la majorité des cadres du parti, au niveau des différentes sections, devront être en dehors des organismes de l'Etat ».

En même temps cependant on affirme que

« le chef du gouvernement doit être également la tête du parti ».

(9) Nous citons ici le texte amendé par le congrès.

(10) Les passages qui concernent les syndicats et leur rôle ne sont pas assez précis et exigeraient des précisions ultérieures.

LE RAPPORT BEN BELLA ET LE DEROULEMENT DU CONGRES

Les thèmes principaux et les aspects plus progressistes du programme ont été repris et parfois clarifiés dans le remarquable rapport de Ben Bella qui a ouvert les travaux du Congrès. Après avoir confirmé ce qu'on appelle 1'« option socialiste » de l'Algérie, en d'autres termes la volonté de progresser vers l'instauration d'un Etat ouvrier, et après avoir précisé encore une fois la conception du développement croissant du secteur socialiste et étatique par rapport au secteur privé, Ben Bella a parlé de la nécessité que l'Etat prenne en main « rapidement l'ensemble du commerce extérieur » et a souligné l'exigence d'une nouvelle réforme agraire visant « les gros propriétaires et certains propriétaires moyens » par une limitation la propriété. D'après ses propres chiffres, il y a toujours dans le pays 8.500 exploitations privées de plus de 100 hectares et 15.000 exploitations de plus de 50 hectares, pour un total de 4 millions et demi d'hectares contre 7 millions répartis entre plus de 600.000 exploitants (11). •Mais le rapport a confirmé surtout le choix d'une voie d'édification du socialisme basée sur des formes démocratiques ouvrières et paysannes et le refus des conceptions autoritaires bureaucratiques. Tout en n'oubliant pas les difficultés multiples qui existent dans la pratique, la direction benbelliste est toujours favorable à l'expérience d'autogestion et hostile à toute forme de « révolution par procuration », pour utiliser les propres mots du président algérien. La lutte contre la bureaucratisation, contre ce qu'on définit explicitement comme la dégénérescence possible et l'embourgeoisement du parti, doit être menée aussi bien en renforçant l'autogestion qu'en prenant d'autres mesures importantes. L'une de ces mesures vise à sauvegarder la composition sociale du parti: pendant l'année en cours ne seront admis au F.L.N. comme nouveaux membres que des ouvriers et des paysans pauvres. Une autre prévoit la fixation d'un maximum de traitement pour les militants et les cadres du parti et de l'Etat, et une déclaration de la part de tous les cadres sur les biens possédés ou acquis depuis novembre 1954 (12).

, De façon plus générale, le rapporteur a posé le problème de la structure de 1411) Il faut toujours tenir compte que les données statistiques sont en général trés approximatives. (12) A en juger par les applaudissements qui ont salué dans la salle ce passage du rapport, 1l s'agit d'un polnt très senl'Etat et de la refonte de l'appareil administratif. « Dans notre tâche de construction de l'Etat - a-t-il dit notamment -notre but essentiel doit être de diminuer au maximum la distance entre les gouvernants et les gouvernés, d'associer au maximum les citoyens, et particulièrement les producteurs aux tâches de direction et de conception ». Dans ce but, trois tâches sont considérées comme urgentes :

« 1) Entamer une première réorganisation des communes par l'intégration des comités d'animation socialiste aux conseils populaires communaux et faire procéder aussitôt que possible aux élections communales.

2) Exercer un contrôle rigoureux à l'égard des organismes de l'Etat.

3) Installer au niveau du Bureau politique un service dont le rôle serait de recueillir toute suggestion ou critique émanant des militants ou du peuple... »

Comme on pouvait le prévoir, ni les lignes générales du programme ni l'orientation du rapport n'ont provoqué des oppositions intégrales ou des critiques ouvertes au sein du Congrès ou de ses commissions. Sous cet angle, le congrès ne pouvait qu'être sans surprise : aussi bien le programme que les résolutions proposées par les commissions furent adoptés unanimement. Les amendements, auxquels nous avons déjà fait allusion, n'ont impliqué aucune modification substantielle.

Au fond, cela est le reflet de deux éléments de fait. Primo : I« option socialiste » correspond en réalité aux aspiratiens les plus profondes des larges masses et tout opposant ou critique qui oserait la remettre en question, serait frappé du jugement le plus sévère et de l'isolement le plus dur. Secundo : sur le terrain de l'élaboration programmatique et théorique, la gauche se trouve tout à fait avantagée et en fait, les conservateurs ne se soucient pas beaucoup des textes et des programmes, préférant placer leur action sur le terrain de l'application pratique,

Les voix unanimes ne doivent pas toutefois amener à la conclusion qu'il y avait une homogénéité politique complète ni, d'autre part, que le congrès était préfabriqué comme le prétendent certains irréductibles. Certes, les normes du règlement du congrès comportaient des limitations graves et ne facilitatent pas un débat ouvert, surtout de la part des cadres moyens et des militants du rang (13).

(13) Pouvaient prendre la parole en séance pléniére les membres du B.P. les rapporteurs des fédérations, les rapporteurs des organisations natlonales. Les membres

Mais en fait, parmi ceux qui avaient droit à la parole en assemblée plénière il y avait des représentants de différentes orientations et groupements, de sorte que tout de même le congrès a été un reflet assez fidèle de ce qui existe aujourd'hui aussi bien dans le parti que dans le pays. (13 bis)

En effet, le déroulement des travaux a mis en lumière, sous des formes particulières, si l'on veut indirectes et camouflées, des divergences assez profondes et il n'y a pas de doute que Ben Bella et son équipe plus restreinte se sont trouvés soumis à des pressions très fortes, probablement plus fortes qu'ils ne l'avaient escompté. Il est difficile de saisir des courants, des tendances politiques précises lorsque la situation est caractérisée par ia fluidité et l'approximation (le fait que les travaux ont eu lieu à huis-clos et que jusqu'ici aucun compte rendu détaillé n'a été publié, n'a pas facilité la tâche des commentateurs, même s'il n'était pas difficile à Alger d'avoir des informations). Les débats, souvent animes, ont fait ressortir plutôt l'existence ou la survivance de groupes et de « clans » dont l'origine remonte au passé, y compris aux crises de l'été 1962 et d'octobre 1963. Les arguments avancés et les thèmes controversés peuvent même apparaitre secondaires et parfois concernant plus le passé que le présent, mais ils sont au fond l'expression de différenciations et d'oppositions politiques assez nettes. En fait, le congrès a reflété assez fldèlement la situation actuelle et les résistances conservatrices qui sont réelles et, malgré tout, assez puissantes, se sont manifestées ouvertement, parfois par des propositions et des déclarations outrancières (14). Comme couverture idéologique de l'ancien G.P.R.A., les chefs des anciennes willayas et les membres du gouvernement actuel pouvaient parler sur des questions concernant leur activité. Quant aux autres congressistes, ils avaient le droit d'intervenir dans les commissions, soit s'ils y étaient invités soit s'ils en faisaient demande.

(13 bis) Parmi les gens qui s'étaient retirés à différents moments, seuls Belkacem Krim, Boussouf et Ben Tobbal participèrent au congrès; le premier d'allleurs y prit la parole. Les autres - dont Khider, Bitat, Boudlaf, Ben Khedda — ont préféré maintenir une attitude qui les a coupés et Isolés, Quant à Alt Ahmed, il persiste dans son aventure irresponsable qui, tout en ayant une certalne influence locale, est vouée à un échec certain sur le plan national. (14) Par exemple, des propositions concernant les mœurs des femmes et leur façon de s'habiller.

de leurs tendances et de leurs intérêts, ces secteurs ont avancé surtout les thèmes religieux islamiques (n'étant pas satisfaits, évidemment, des concessions que pourtant Ben Bella avait faites à ce sujet dans son rapport).

La polémique sur les militaires et parmi les militaires a aussi attiré l'attention du congrès. Les vieilles rivalités entre l'Armée de l'intérieur et l'Armée des frontières ne sont pas complètement épuisées et elles se nourrissent de motifs nouveaux et de récriminations nouvelles. A Boumedienne, dont le rôle parait déclinant, on va, par exemple, reprocher l'utilisation d'un certain nombre de cadres algériens provenant de l'armée française (où ils étaient restés jusqu'à la fin) et il a répondu en invoquant des raisons techniques et en se déclarant prêt à renoncer à ces cadres, à condition qu'on tienne compte autrement des exigences techniques qui existent.

La lutte est devenue plus serrée, surtout à l'occasion de l'élection du Comité central. Il est clair que, lorsqu'on ne peut ou ne veut pas mettre en question explicitement le programme ou l'orientation générale, l'enjeu véritable devient le contrôle des postes dans les organismes de direction (ce qui vaut d'ailleurs, non seulement pour le parti, mais aussl et encore plus pour l'Etat, pour l'administration, pour l'appareil économique, etc.). Des heurts très durs se sont produits, sinon dans les assemblées plénières, dans des réunions officieuses, à un tel point qu'un écho assez direct est présent dans le discours de clôture de Ben Bella: « Il est de mon devoir de vous dire que depuis trois ou quatre jours, à la suite d'un surmenage, je suis en proie à une dépression nerveuse. Si j'ai offensé quelques frères en paroles, je leur demande du plus profond du cœur pardon. »

La composition du Comité central est, en dernière analyse, l'une des indications les plus significatives du congrès. En gros, il y a une trentaine de membres de tendance benbelliste, une trentaine de membres provenant de l'Armée de l'intérieur, une quinzaine de l'Armée des frontières (Boumedienne) et d'autres représentants des organisations des Algériens en France et en Europe (au total, 80 membres et 23 suppléants). Ainsi, sont entrés en force au Comité central les hommes des anciennes willayas, y compris ceux qui avaient lutté contre Ben Bella en juilletaoût 1962 - dont Youcef Khatib (Si Hassan) de la willaya 4 - et même des hommes comme Mohand ou El Hadj qui en octobre 1963 s'était rallié à la rébellion armée de Ait Ahmed. Des hommes hostiles pour toute une période à Ben Bella et favorables aux tendances oppositionnelles sont inclus aussi parmi les anciens de la Fédération de France. Il ne faut pas oublier d'autre part que la tendance benbelliste proprement dite comprend aussi bien des éléments de gauche, plus proches des conceptions marxistes et plus favorables à l'autogestion, que des éléments plus enclins à des solutions autoritaires et bureaucratiques.

Tout cela signifie que le Comité central exprime un certain équilibre de forces et que Ben Bella aura plus que jamais un rôle d'arbitre. Sa position personnelle est donc ultérieurement renforcée et même l'un des amendements approuvés par le congrès a agi dans le même sens : tandis que le projet prévoyait l'élection du secrétaire général par le Comité central, il a été ensuite décidé qu'il soit élu directement par le Congrès. Le Bureau politique aussi réflète l'existence de différents groupes ou tendances, qui sont tous, plus ou moins, représentés, y compris des éléments conservateurs et des hommes aux évolutions surprenantes comme le sus-mentionné Mohand Ou El Hadj.

PROBLEMES • L'analyse des textes et du déroulement du congrès aide à comprendre le contexte économique, social et politique de l'Algérie d'aujourd'hui, les problèmes les plus importants qui se posent, les difficultés et les contradictions qui existent.

Nous avons à peine besoin de rappeler les problèmes énormes qu'implique le développement économique nécessaire. Un pays qui sort d'une colonisation de cent trente années et qui a subi toutes sortes de pillage, d'exploitations et de distorsions ne peut pas se redresser sans une période assez longue d'efforts et de sacrifices, sans payer pour un certain temps un prix très lourd, sans recevoir une aide substantielle du dehors (16). Cela comporte en tout cas la survivance de déséquilibres mêmes aigus, la stagnation persistante de certains secteurs, des difficultés énormes pour faire sortir de très larges masses du pays de leur misère tra•ditionnelle, Cela comporte aussi la prolongation de l'emprise de l'impérialisme, surtout français, dans des domaines importants et cruciaux (finances, commerce extérieur, ressources énergétiques). Dans la situation concrète qui existe, personne ne saurait responsablement reprocher aux dirigeants algériens d'avancer avec une prudence extrême dans la question du pétrole saharien et il va absolument de soi qu'on ne peut pas changer radicalement (16) Tandis que nous écrivons, on annonce un nouvel accord de l'Algérle avec l'Union Soviétique qui impliquera une aide importante. 151.i

Une autre indication significative c'est que les deux résolutions approuvées par le congrès et le discours de Ben Bella le jour après la clôture ont marqué un certain repli ou coup d'arrêt sur des questions importantes comme la préparation de la nouvelle réforme agraire, l'introduction du contrôle de l'Etat sur le commerce extérieur ou la conception et le rôle de l'Islam (15).

(15) Ainsi la résolution politique parle d'une politique placée « sous le double signe du socialisme et de l'attachement à notre personnalité arabo-islamique », formule sensiblement différente de celle du programme et l'allusion aux échéances du contrôle sur le commerce extérieur est assez nuancée et vague. Sur la réforme agraire, Ben Bella dans son discours après le congrès a dit: « Nous ne passerons pas à la seconde phase de la réforme agratre sans l'avoir préparée sérieusement ». CRUCIAUX du jour au lendemain une structure du commerce extérieur orienté encore vers la France dans la proportion de 80 %. I] faut toutefois ne pas oublier un seul instant que cette situation de fait existe, et qu'elle pèse lourdement sur le processus en cours en Algérie.

Comme nous l'avons déjà souligné, le groupe dirigeant benbelliste mise avant tout sur le succès du secteur socialiste d'autogestion. D'après les données et les informations dont on dispose, on peut en effet tirer jusqu'ici la conclusion que l'expérience a connu un succès remarquable, notamment dans le secteur agricole (il est encore trop tôt pour dresser un bilan d'ensemble du secteur industriel). Mais, même en laissant de côté les problèmes très délicats qui se posent à l'intérieur même de ce secteur et qui ont donné lieu à des controverses aussi bien dans le congrès des fellahs que dans celui des ouvriers industriels (dont avant tout la question dite du reliquat), le fait est que l'autogestion couvre un secteur largement minoritaire non seulement dans l'industrie, mais aussi dans l'agriculture (on peut considérer que le secteur industriel autogéré englobe 12.000 à 15.000 ouvriers au maximum, et le secteur agricole autour de 200.000 travailleurs). D'où des différenciations inévitables au sein même de la masse des travailleurs avec des déséquilibres frappants et des conflits objectivement possibles.

Prenons le secteur agricole. Avant tout dans le secteur d'autogestion lui-même, il y a une condition différenciée des tra-

QUAT vailleurs stables qui jouissent pleinement des droits fixés par les décrets de mars 1963 et des travailleurs saisonniers ou temporaires, qui touchent leur salaire mais sans jouir des mêmes droits, sans taire partie en réalité du collectif d'autogestion. Nous ne posons pas ici la question de savoir si cela est juste ou non, nécessaire on non ; nous nous limitons à souligner qu'une telle distinction risque de créer à la longue un certain hiatus, de provoquer des frictions.

Mais ce qui pèse surtout, c'est le fait que la masse de loin la plus nombreuse des paysans — et très souvent des paysans pauvres qui ont donné la contribution la plus lourde à la guerre contre l'impérialisme — n'a tiré jusqu'ici aucun bénéfice de la réforme agraire réalisée, se trouvant dans des régions où, en géla propriété française, n'existait pas (17). Ces paysans des régions les plus déshéritées continuent à louer leur force de travail pendant un nombre limité de jours par an (étant en fait victimes d'un sous-emploi chronique), ou bien peinent sur de petits lopins incapables de leur assurer même la subsistance la plus parcimonieuse.

Pour compléter le tableau, le chômage reste imposant. Les statistiques sont défaillantes et, comme toujours, controversées. Mais même les calculs officiels les plus prudents (un travailleur sur deux est en chômage dans les villes) ne sous-estiment aucunement la gravité du problème.

Si nous considérons, d'autre part, le contexte social dans son ensemble, nous constatons, comme le programme du F.L. N. l'affirme explicitement, que subsistent des couches conservatrices importantes, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, et plus précisément des grands et moyens propriétaires terriens et des grands et moyens commerçants, D'autres couches inférieures - comme les petits commerçants, certaines catégories de fonctionnaires et d'employés, surtout parmi ceux qui avaient gagné leur place pendant la colonisation — exercent aussi une pression conservatrice accentuée en opposition au gouvernement Ben Bella (18). Toutes ces forces ne s'adonnent pas à une lutte ouverte, et préfèrent une résistance sourde, une action d'obstruction et de sabotage à des niveaux différents,

(17) Dans certains cas, le secteur socialiste a commencé à aider un peu les petits fellahs sous forme de prêts de semences, d'aide en matériel agricole, de consells techniques. etc.

(18) L'organisation des commerçants représente partiellement une opposition légale, qui parfois distribue des tracts de style poujadiste.

un noyautage de l'administration et même du parti. Mais elles représentent un réservoir réactionnaire dangereux et elles pourraient exploiter des situations difficiles en entrainant même derrière elle des masses désespérées. Des incidents comme ceux qui se sont vérifiés à Oran il y a quelques mois sont un exemple de la possibilité d'une exploitation réactionnaire du mécontentement en soi justifié de certains secteurs des masses.

Sur le plan idéologique, le ciment des forces conservatrices et réactionnaires et le véhicule de l'influence de ces forces sur des couches populaires, surtout dans les campagnes, c'est la religion, c'est l'Islam. Sous l'angle tactique, l'attitude des éléments de gauche qui contestent le caractère intrinsèquement conservateur de l'Islam dans le but de contrecarrer l'action de ceux qui veulent se servir de l'Islam pour s'opposer au socialisme est plausible et personne ne saurait demander aux dirigeants algériens de se lancer dans une campagne qui risquerait d'avoir des effets absolument négatifs. Mais, encore une fois, s'il faut tenir compte de la réalité, il faut aussi voir clairement la portée réelle du problème.

Tout d'abord, la religion islamique, comme toute autre religion, est par sa propre nature conservatrice, c'est-à-dire qu'elle représente un obstacle majeur à une émancipation effective et complète des masses et plus généralement de l'homme. Deuxièmement, l'hommage qu'on rend à l'Islam n'est pas purement verbal : il a des implications pratiques sérieuses. Même si on ne veut pas mettre en épingle le fait qu'il est tout de même déconcertant de voir bâtir des mosquées dans un pays où les écoles et les hôpitaux font tragiquement défaut, le rôle néfaste, paralysant des hommes de la religion surtout dans les campagnes est visible, incontestable. C'est dans une large mesure l'influence religieuse traditionnelle qui a déterminé et détermine la stagnation et même le recul dans l'évolution des mœurs et qui a bloqué et bloque toujours l'émancipation de la femme, même dans ses manifestations extérieures les plus limitées (19).

(19) Les nouvelles mosquées sont bâties par les efforts des fidèles, mais il y a aussi des contributions officielles assez importantes. Dans un interview à l'Unità (5 juin 1964) le ministre des Habous, a déclaré : « Vous aurez lu que J'ai inauguré beaucoup de mosquées ces derniers temps : C'est notre ministère qui, non plus par les fonds des habous, mais par les ressources du budget de l'Etat, pale des indemnités aussi: bien aux Imans des mosquées qu'aux prêtres catholiques, aux pasteurs protestants, aux rabbins israélites. »

En ce qui concerne finalement l'Etat et le parti, les carences et les contradictions que notre mouvement a indiquées à plusieurs reprises et qui sont d'ailleurs admises par les dirigeants et les cadres algériens les plus conscients, sont loin d'être éliminées ou surmontées. L'appareil de l'Etat reste ce qu'il était et il représente un obstacle majeur à l'application effective des mesures les plus révolutionnaires, à une participation démocratique effective des masses à la gestion économique et politique du nouveau régime. Le parti, malgré le nombre de membres déclarés (plus de 150.000) et malgré le travail développé en vue du congrès et immédiatement après, n'est pas structuré, ne trument capital dont parle le programme : en réalité, surtout en dehors des grandes villes, le parti représente une poignée de militants actifs, qui parfois, s'ils ont une maturité révolutionnaire, ont le sentiment d'être isolés dans un milieu froid et hostile, subissent parfois fortement l'influence des forces conservatrices et s'adaptent bon gré mal gré à une situation stagnante. Faut-il rappeler d'autre part que les normes fixées dans le programme concernant la séparation des fonctions dirigeantes de l'Etat et du parti ne se traduisent pas jusqu'ici dans la pratique ?

Tout cela a évidemment des conséquences. La poussée de la bureaucratie ne s'ar-

LES PERSPECTIVES

Un bilan d'ensemble des deux premières années de l'Algérie indépendante ne peut que convaincre davantage les marxistes révolutionnaires de la justesse de leur analyse de base de la révolution en cours dans le pays et de la justesse de leur soutien critique au gouvernement ouvrier et paysan dirigé par Ben Bella. Toutes les limites et les contradictions qui existent, toutes les critiques qu'on peut légitimement faire, ne mettent aucunement en question notre jugement sur l'acquis énorme de la révolution.

Dans la phase actuelle, la direction de la révolution doit avant tout se soucier d'établir progressivement les prémisses d'une autonomie réelle de l'Algérie par rapport à l'impérialisme et à son emprise économique, ce qui implique une politique étrangère basée sur des rapports étroits et solides avec les Etats ouvriers et un recours large à leur aide économique (bien entendu, des rapports avec tous les Etats ouvriers, en faisant abstraction des divisions qui existent maintenant dans le mouvement communiste international). En même temps le monopole étatique du commerce extérieur devra être assuré dans les plus courts délais.

NALE 37 rête pas et il s'agit d'un phénomène social très dangereux, même si les privilèges dont jouissent les bureaucrates, surtout les petits, sont encore limités et souvent minimes : c'est surtout une mentalité qui tend à se cristalliser, c'est une distance qui se crée entre des cadres et les masses. D'autre part, la composition et le fonctionnement actuel des organismes de direction au niveau le plus élevé — aussi bien du parti que de l'Etat — ne favorisent pas la formation d'un cadre plus large et surtout la création d'un système structuré qui lierait la base au sommet et rendrait possible une circulation, une osmose démocratique réelle et constante. A cause de son orientation avancée et de son audace politique aux moments cruciaux, et en considérant les résistances très fortes que le congrès a visiblement confirmées, même les éléments les plus gauchissants considèrent avantageux que Ben Bella joue un rôle prépondérant en disposant d'une concentration de pouvoirs très grande. C'est un fait d'ailleurs que les progrès décisif de la révolution jusqu'ici ont été possibles grâce à la liaison directe avec les masses mobilisées d'une équipe très restreinte dont Ben Bella était le porte-parole et le tribun. Toutefois, continuer à miser surtout sur ce facteur, sur ce « mécanisme », signifierait inévitablement entraver l'élargissement et la consolidation des assises du régime. A L'ETAPE ACTUELLE

A l'intérieur, les marxistes révolutionnaires considèrent qu'il est vital d'accélérer la nouvelle réforme agraire qui devrait intéresser les larges secteurs paysans jusqu'ici restés en dehors des chan. gements révolutionnaires radicaux. Il ne s'agit pas seulement d'un impératif économique, mais aussi et surtout d'un impératif social et politique : il faut faire le maximum pour éviter que des différenciations s'approfondissent entre différents secteurs des masses. La nationalisation des banques ne doit pas non plus être remise à un avenir éloigné.

Quant à l'Etat, il faut que toutes les mesures avancées dans le programme et dans le rapport de Ben Bella soient appliquées rapidement. Il faut que l'appareil soit radicalement renouvelé par la création d'organismes administratifs et politiques qui permettent une participation directe et constante des masses. La lutte contre les privilèges bureaucratiques de toutes sortes doit être menée sans hésitation et sans répit et il ne faut pas que l'appareil de l'Etat et du parti tombent dans les mains de nantis dont l'aspiration est de prendre la relève politique et sociale, sinon économique, des

UAT anciens colonisateurs. Cela implique naturellement la nécessité d'une structuration ample du parti, de son fonctionnement démocratique effectif, de son éducation fondamentalement marxiste et marxiste révolutionnaire. Le climat général ne saurait d'autre part s'améliorer sensiblement sans un avancement constant sur le plan des mœurs, sans des progrès substantiels sur la voie de l'émancipation de la femme.

La libre expression et confrontation de toutes les orientations et tendances qui acceptent les assises révolutionnaires du nouveau régme et l'option socialiste, loin d'être un luxe ou un danger, est, nous

(10) Comme on le sait, la conception du parti unique n'a pas empêché que le P.C. - officiellement dissous - s'exprime librement surtout par le truchement d'un quotidien sous son influence (jusqu'à la décision du congrès du F.L.N. d'absorber Alger Républicain).

Le P.C.A. n'a pas surmonté le discrédit dû à sa politique du passé et nous avons déjà mentionné la critique du programme. Aujourd'hui, les dirigeants et cadres du P.C.A. soutiennent, en ligne générale, Ben Bella et ont approuvé les décisions du congrès. Toutefois, leur orientation est encore du moins équivoque sur des points importants, comme le démontrent une série d'articles publiés en brochure peu avant le Congrès, et précisant les conceptions du P.C.A. Ainsi, après avoir cité un passage en sommes profondément convaincus, une condition du développement conséquent et harmonieux de la révolution. Une révolution qui en moins de deux années a bouleversé si profondément les structures héritées du passé colonial, qui a compté aux tournants décisifs sur la mobilisation des masses, qu a misé sur l'autogestion contre les méthodes bureaucratiques autoritaires, qui n'a pas fusillé un seul homme, n'a rien à craindre et tout à gagner d'un plein épanouissement de lâ démocratie révolutionnaire dans les masses, parmi les cadres et les intellectuels d'avant-garde (20).

Mai 1964. de la résolution de la conférence des 81 sur l'Etat de démocratie nationale, la brochure affirme qu' : un exemple de tels Etats est l'Etat démocratique et populaire dont parle le programme de Tripoli, Etat qui a été instauré par notre constitution adoptée en septembre 1963 » (p. 40). L'alliance qui doit diriger l'Algérie actuelle est d'autre part conçue comme un « rassemblement de toutes les forces saines de la nation », y compris les « bourgeois non contrerévolutionnaires qui acceptent d'investir au bénéfice de l'économie nationale » (p. 60). Quant à l'Islam, dont l'ennemi serait « le capitalisme et non le socialisme », la brochure dit que « la croyance en l'Islam n'est pas incompatible avec l'instauration d'un régime socialiste, mais elle peut être pour nos masses un stimulant pour l'instauration d'un tel régime » (pp. 77-78).

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