Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 21

Nouvelles tâches de la révolution algérienne

Quatrième Internationale, n° 21 · février-mars 1964 · p. 8-10 · 1 313 mots

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Voici bientôt un an que furent pris les décrets qui établirent l'autogestion en Algérie. Un premier bilan vient d'être fait. L'expérience lancée dans une mesure sous la pression des circonstances, l'abandon de la plupart des entreprises industrielles et agricoles par ceux qui en avaient eu la charge jusqu'à l'indépendance, et dans des conditions à tous égards difficiles, cette expérience a donné en des résultats remarquables.

Ainsi, comme chaque fois où l'on a fait confiance aux masses, où celles-ci savent qu'elles font leur propre sort, a été fournie la preuve que les masses même les plus misérables, meme les moins éduquées, sont capables des plus grandes choses. Ainsi sont balayés les mensonges des possédants et de leurs laquais selon lesquels sans eux le monde ne pourrait fonctionner. En vérité, c'est libérée de leur exploitation que Thumanite pourra parvenir à un développement prodigieux.

Mais cette leçon inoubliable n'élimine pas le fait que l'Algérie nouvelle, si elle a démarré, se trouve placée devant des problèmes extrêmement graves, car le colonialisme lui a laissé un héritage de misères et d'un bas niveau culturel qui ne peuvent disparaitre d'un coup. Dans ces conditions pénibles, il était inévitable que certains cherchent à satisfaire leurs besoins personnels aux dépens de la collectivité. Mais, comme dans toute période d'élan populaire, ce phénomène s'est montré limité. Ce qui a pris le dessus, c'est la solidarité collective. Le pouvoir en Algérie a contribué pour beaucoup à cet état d'esprit. Dans un discours radiodiffusé le 7 février, Ben Bella s'est adressé aux travailleurs dans des termes dont nous reproduisons ci-après de larges extraits :

« Travailleurs,

* L'apurement des comptes décidé lors du congrès des paysans est prêt.

L'heure est venue de faire un premier bilan de l'autogestion dans le secteur agricole. Ce bilan confirme la justesse des positions du Parti et du Gouvernement qui ont, contre vents et marées, décidé de faire confiance aux travailleurs en leur remettant la gestion des moyens de production.

Vos efforts ont donné des résultats éloquents. L'importance des bénéfices réalisés constitue le démenti le plus cinglant aux détracteurs du socialisme, dans notre pays, et à ceux qui ont toujours vécu du travail d'autrui.

« Travailleurs,

Jusqu'à ce jour, notre objectif principal était de réactiver la production, de donner au secteur socialiste le moyen d'assurer un rôle pilote dans la construction de la société nouvelle.

Grâce à vos sacrifices, à votre sens des responsabilités, l'autogestion a réussi. Votre succès est la preuve que vous avez fait vôtres les principes généraux de la gestion collective du patrimoine national...

C'est à partir de vous que se réalisera la transformation socialiste de notre pays et c'est à partir du secteur autogéré que notre économie se développera...

...Les progrès accomplis depuis nous permettent de passer à une seconde phase me tonole de semanda on prévue par les décrets de mars à savoir l'application de l'article 4 du décret 63-98 du 28 mars 1963, qui prévoit une échelle de rémunération par poste et sur la base de normes de productivité.

Aussi, nous pouvons répondre à l'une des exigences fondamentales du socialisme qui veut que chacun reçoive selon son travail.

L'apurement des comptes a laissé apparaitre globalement des bénéfices substantiels. Nous disons bien « globalement » car si la grande majorité des exploitations ont un bilan positif, un nombre d'exploitations minime n'a pu, pour des raisons diverses, être bénéficiaire.

Les ennemis du socialisme ne vont pas manquer d'attribuer les déficits de certaines exploitations aux malversations des travailleurs. Je me dois de rétablir la Halite qui et en rome de vérité : Il y a eu des malversations mais en nombre très limité. Ce sont là des survivances de l'esprit individualiste qui est le propre de toutes les sociétés d'exploitation.

Il faut combattre sans répit l'arrivisme, ceux qui cherchent à acquérir ou à conserver des privilèges particuliers, ceux qui veulent assurer leur propre tranquillité, sans égard aux ilots de misère qui subsistent dans le pays.

Cependant, il y a un travers dans lequel il ne faut pas tomber. Les mentalités négatives ne doivent pas nous faire perdre de vue l'essentiel : la gestion de l'année écoulée a été faite dans des conditions difficiles et un grand nombre de travailleurs a fait face à des conditions pénibles pour organiser la vie quotidienne.

Le déficit n'implique donc pas que les travailleurs des exploitations déficitaires n'ont pas fourni l'effort nécessaire. Ne pas leur attribuer des primes serait faire fi des conditions dans lesquelles ils ont pris les exploitations en charge.

Nous n'avons pas le droit de les pénaliser. Tenant compte de ces considérations, nous avons décidé que pour l'année 1963, une prime de 230 nouveaux franes sera accordée aux travailleurs des exploitations bénéficiaires, et qu'une prime de 110 nouveaux francs sera accordée aux travailleurs des exploitations dont le bilan a été, provisoirement, nous en sommes convaincus, négatif.

« Vous n'ignorez pas les conditions encore difficiles que traverse notre pays. « Vous n'ignorez pas qu'il y a des travailleurs comme vous qui sont encore réduits au chômage par suite du manque d'emploi.

« Les sommes prélevées sur les bénéfices de l'autogestion pour la reconstruction du pays et pour la création de nouveaux emplois dans les régions déshéritées, sont l'expression de la solidarité des travailleurs et de l'unité nationale, des Aurès à l'Oranie et de la Kabylie aux Oasis.

« Cette solidarité est le gage du développement harmonieux de l'ensemble de la nation et constitue la preuve de la supériorité du système socialiste sur tous les autres régimes.

« La distribution des bénéfices est un événement capital.

« Quel meilleur hommage rendre à ceux qui produisent que celui de leur remettre, entre leurs mains, le fruit de leur travail, après en avoir été privés par leurs exploiteurs d'hier.

« L'événement d'aujourd'hui est capital parce qu'il constitue le premier fruit de notre action dans un secteur vital pour l'économie de notre pays. Il constitue par là même le gage le plus certain pour les futures moissons socialistes.

« Travailleurs algériens, en avant pour de nouvelles victoires de l'autogestion. Vive le socialisme. »

L'Algérie va passer à une phase nouvelle. Le démarrage assuré, il faut établir élever le niveau économique et culturel de l'ensemble de la population à une planification qui connaîtra aucun doute bien des aléas mais qui doit de la population. Les problèmes nouveaux que les Algériens commencent à aborder que les pays capitalistes ne connaissent pas pour une petite minorité exigeront d'eux encore bien des sacrifices, encore des efforts gigantesques qui, on peut en être certain, ne seront pas refusés. N'oublions pas qu'à côté d'un secteur socialiste, il reste une énorme masse de paysans très pauvres et qu'il n'est pas aisé d'apporter des changements importants rapides dans ce domaine.

Mais le problème des problèmes, dont la solution est des plus difficiles, celui les animer les persuader, vers lequel convergent tous les du parti d'avant-garde, qui incarne la conscience, la volonté les mobiliser. Cette difficulté n'est d'ailleurs pas spéciproblèmes posés à la nouvelle société, c'est celui des masses, qui sache fique à l'Algérie, elle existe à Cuba et ailleurs, et aucun appareil d'Etat, si efficace puisse-t-il être, ne peut vraiment remplacer un tel parti. Au contraire, on sait que l'appareil d'Etat, si nécessaire soit-il, est un terrain de prédilection pour le loppement de la bureaucratie, d'aspirants bourgeois, de profiteurs et privilégiés de toute sorte.

Depuis plusieurs semaines, les militants algériens se préparent pour la tenue du Congrès du FLN, celui-ci n'étant plus cette organisation composite et souvent informe qui encadra la lutte pour l'indépendance mais s'effondra lorsque celle-ci fut acquise, celui-ci étant le parti d'avant-garde auquel ces militants aspirent. Le programme de travail que s'est fixée la commission préparatoire du Congrès est ambitieux, vise à faire le bilan de la révolution et à tracer les tâches de l'avenir. Les révolutionnaires du monde entier suivront avec passion la préparation et la tenue de ce Congrès.

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