Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 21

La scission du Parti socialiste italien

Quatrième Internationale, n° 21 · février-mars 1964 · p. 10-11 · 885 mots

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Après une vingtaine d'années de régime fasciste, le mouvement ouvrier italien, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, se reconstitua au grand jour. A la suite de crises affectant principalement pendant une courte période le mouvement socialiste, une configuration s'établit qui resta stable pendant une qunzaine d'années, tout en comportant certaines fluctuations numériques. Elle était composée du Parti communiste, du Parti socialiste italien et du Parti social-démocrate nier, nettement petit bourgeois, était adhérent à la Ile Internationale. Le P.S.I. était italien. Ce derle véritable héritier du vieux parti socialiste. Imprégné de maximalisme, portant dans le PC sans la moindre anicroche jusqu'au XXe Congrès du P.C.U.S. A partir de là, ses armes la faucille et le marteau, il resta uni par un pacte de front unique avec Nenni commença à lui faire prendre ses distances d'avec le PC dirigé par Togliatti qui suit pourtant un cours droitier trisant le révisionnisme, et l'amena à la collaboration avec la démocratie-chrétienne.

Cette configuration est désormais bouleversée, sans qu'on puisse d'ores et déjà définir avec précision quand et comment un nouvel équilibre se reconstituera.

C'est avant tout sous l'impulsion de transformations de la société italienne, d'une industrialisation et d'une concentration accentuées, que le capitalisme italien a été contraint de rechercher - avec la bénédiction du Vatican d'ailleurs - une assise du pouvoir qui ne soit pas axée essentiellement sur la démocratie-chrétienne mais qui englobe dans une certaine mesure les partis ouvriers. Dans le prochain numéro de notre revue, nous publierons un article qui étudiera cette question de « l'ouverture à gauche » en tant que solution capitaliste qui, si sous la forme qu'elle vient de prendre, est spécifique à l'Italie, possède cependant certains traits généraux se dessinant aussi dans plusieurs pays d'Europe.

Que les ambitions gouvernementales du parti de Saragat trouvent satisfaction, cela était sans grande conséquence pour le mouvement ouvrier italien. Mais l'entrée au gouvernement du Parti socialiste, dirigé par le « prix Staline », qui non seulement a pratiqué le front unique avec le PC pendant de longues années, mais qui aujourd'hui encore se trouve étroitement associé avee lui à la direction de la plus grande centrale syndicale, la C.G.I.L., n'était pas une opération qui pouvait se faire sans douleur.

Le Parti communiste n'était pas et n'est pas fondamentalement opposé à « l'ouverture à gauche », c'est-à-dire à une combinaison gouvernementale des partis ouvriers avec la démocratie chrétienne, Togliatti prétendant que la Constitution itabourgeoise qu'elle paraisse, contient des dispositions qui permettent une évolution graduelle, sans douleur, vers le socialisme. Sa critique principale est que la présente opération ne donne pas les « garanties » nécessaires, c'est-à-dire se fait sans lui et, en fait, contre lui. Dans le cas présent, il ne fait même pas une opposition systématique. La direction du PC était très loin d'encourager l'opposition de gauche qui se manifestait dans le Parti socialiste contre la participation nementale, à rompre avec ce parti. Elle l'invitait plutôt à soutenir ses propres revendications dans « l'ouverture à gauche ». On sait qu'une partie des cadres de cette gauche socialiste est liée, pas seulement idéologiquement, au Parti communiste.

Mais, surtout du fait que l'entrée de membres du PS, Nenni en tête, au gouvernement se fait dans une période de difficultés économiques où ce gouvernement ne pourra pas ne pas prendre des mesures antiouvrières et aussi — ce qui n'était pas négligeable — sous de fortes provocations de la part de Nenni qui devait donner des gages à ses associés au gouvernement, la gauche du Parti Socialiste s'est vue contrainte par une poussée de base à rompre avec ce parti et à s'organiser indépendamment en tant que Parti Socialiste Italien d'Unité Prolétarienne (PSIUP).

Le nouveau parti dispose de forces au Parlement et surtout dans le mouvement syndical, qui en font un facteur qui pourrait avoir une influence non négligeable, bien qu'il soit possible qu'il ait une représentation parlementaire et syndicale supérieure à ses forces réelles dans le mouvement ouvrier.

La direction du Parti social-démocrate espère que cette rupture favorisera une réunification avec l'organisation de Nenni.

La direction du PC a été embarrassée par la formation de ce nouveau parti, elle a essayé de faire le silence à ce sujet autant que possible, afin — expliqua-t-elle

One pas interférer avec les affaires intérieures d'un autre parti ouvrier. Les bonnes âmes !

Il est encore trop tôt pour définir avec tant soit peu de précision les perspectives, car le nouveau parti est loin d'être homogène, d'avoir dès maintenant une claire. Une partie de ses dirigeants n'a pas de divergences essentielles avec l'orientation de Togliatti, et envisage de jouer plus ou moins le rôle d'agent de liaison entre le PC et le PS de Nenni. Une telle politique condamnerait inévitablement ce parti nouveau à végéter et à perdre de la substance au profit du PC. D'autre part, une aile de ce PSIUP réagit très fortement contre l'ancienne ligne du PS et tendrait à critiquer le PC sur la gauche.

Rien n'est encore cristallisé. Les évolutions ultérieures ne dépendent pas seulement des tendances actuelles dans ce parti, mais aussi du développement que connaîtra la lutte de classe dans la période qui vient.

De toute façon, dans l'immédiat, la nouvelle division apporte un élément de trouble aux habitudes des directions bureaucratiques et favorise la discussion au sein du mouvement ouvrier.

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