Quelles conséquences auront l'assassinat de Kennedy et l'accession de Johnson à la Présidence ? Cette question a été universellement posée. La prochaine élection présidentielle, à l'automne 1964, provoque des manœuvres des candidats dans les conditions créées par la disparition de Kennedy et l'entrée à la Maison Blanche d'un sudiste. Mais, ce qui est déterminant, ce sont les grands problèmes qui se posent à l'impérialisme américain. Nous reproduisons ci-dessous l'article éditorial paru dans International Socialist Review (Vol 25 - N° 1), la revue théorique du Socialist Workers Party, l'organisation trotskyste des Etats-Unis,
On établit volontiers un rapprochement entre la fin tragique de Kennedy eux-mêmes ont blances. Tous deux portent le même nom et sout originaires du Sud. Mais il est un fait d'une plus grande portée politique, c'est que les deux Johnson ont hérité, avec la présidence, immenses problèmes débattus par leurs prédécesseurs, mais restés sans solution.
Malgré sa promesse d'une administration beaucoup plus efficace et vigoureuse, lors de son entrée à la Maison Blanche, en 1961, Kennedy n'avait pas réalisé de grands progrès à la fin de 1963. Comme l'écrivait Walter Lippmann après l'assassinat, le 4 décembre : « Les grands espoirs et les promesses de la Nouvelle Frontière sont maintenant au point mort. »
Dans ses premières semaines, le nouveau Président s'efforce lui aussi donner l'impression de régler définitivement travail inachevé. Mais devant lui se trouvent les mêmes obstacles qui ralentirent et firent échouer Kennedy.
Lyndon Johnson a hérité de quatre grands problèmes. L'ironie veut que le premier problème intérieur soit la suite, à un stade beaucoup plus avancé, problème crucial qui se posa à Andrew Johnson à la fin de la guerre civile, laissa dans l'impasse. Que faire en ce qui concerne les revendications de liberté par les Noirs, trop longtemps ajournées, mais toujours plus pressantes ? Andrew Johnson, du Tennessee, craignait d'offenser et de bouleverser le vieux Sud en donnant un pouvoir politique et des garanties économiques aux affranchis. Il recula devant les mesures énergiques qu'exigeaient pourtant de façon impérative les tâches de l'époque. Ses critiques dirent : « Il a agi en Pharaon plutôt qu'en Moïse ». Après avoir presque mis en accusation par les radicaux, on lui refusa une nouvelle candidature. Pour assurer des droits aux Noirs, on dut instituer des mesures révolutionnaires sur toute la ligne, depuis l'occupation militaire du Sud jusqu'à la suppression du droit de vote pour les chefs scissionnistes. Cette nouvelle liberté, comme l'on sait, ne dura pas longtemps. La réaction capitaliste fit bloc avec la restauration de la supré matie blanche pour balayer les réalisations de la Reconstruction Noire.
Actuellement, cent ans plus tard, un nouveau Johnson, celui-ci originaire Texas, affronte une révolte noire encore plus irrésistible. Lui aussi est un modéré aux prises avec une situation qui exige des solutions radicales. De plus, il est à la tête d'une structure à domination blanche, devenue plus rigide et plus réactionnaire qu'il y a un siècle. Dans ce cas, est-il réaliste de croire les dirigeants actuels plus capables et mieux disposés que leurs précurseurs du XIXe siècle, à redresser leurs torts et à satisfaire aux revendications des Noirs ?
Dans son premier message au Congrès, Johnsen a demandé le vote de la loi sur les droits civiques qui est restée toute l'année en attente dans une Commission. Ce hardi combattant n'a pas osé exiger une action rapide pour cette année. L'administration Kennedy avait t seriant a crois de sal on dios a rate d déjà accepté d'atténuer les dispositions de ce projet. Et même si une loi quelconque passe l'an prochain en vue des élections, elle ne prévoira pas un renforcement suffisant, à l'échelle fédérale, du statut des droits civiques, et encore moins tentera-t-elle de porter remède aux conditions intolérables contre lesquelles protestent les Noirs.
Des libéraux et certains dirigeants noirs, ont proposé un moratoire à la lutte pour les droits civiques afin de donner au nouveau président une occasion de montrer ce qu'il peut faire. Ils oublient deux choses. D'abord, que le projet en cours, insuffisant, concernant les droits civiques n'a obtenu aujourd'hui la priorité dans la politique nationale que grâce aux pressions exercées par les manifestations et les actions de masse. Ensuite, que l'ajournement d'autres actions de ce genre va à l'encontre de l'esprit et du dynamisme du mouvement « Freedom Now » qui s'oppose au gradualisme, aux promesses symboliques et à l'attentisme vigilant.
Il ne faut pas être prophète pour prévoir que le nouvel occupant de la Maison Blanche, comme l'ancien, trouvera les militants de « Freedom Now » non seulement dans les rues du Sud et du Nord, mais à sa porte, réclamant les emplois et la justice que Kennedy leur avait promis mais n'avait pas donnés.
Ceci nous amène au deuxième grand problème posé à la nouvelle administration. Il est inséparable du premier. En tant que premières victimes de l'insécurité économique, les masses noires veulent des emplois et la justice. D'où viendroutils ? Depuis vingt ans, l'économie des Etats-Unis n'a cessé de fonctionner grâce aux injections massives de dépenses militaires. Et pourtant, de tous les grands pays industriels, à l'exception du Canada, les Etats-Unis ont le pourcentage de chômage le plus élevé.
Comment se fait-il que dans le pays le plus riche et le plus productif du monde un individu puisse se trouver sans travail ? Simplement parce que le système, produisant pour le profit, produit aussi nécessairement le chômage, comme un sousproduit essentiel de ses opérations.
Le bilan de ces trois dernières années jette une ombre menaçante sur la prochaine décennie. Bien que le temps de sa présidence ait coïncidé avec une période de boom économique, tous les efforts de Kennedy pour réduire le chômage ont échoué. La raison principale de cette impuissance, c'est la marée de revolution technologique qui s'étend sur les usines, les bureaux, les fermes. Sous cette bannière, le chômage annuel dans le service commercial de l'automobile a augmenté de 10% à Michigan en février. 78 % des jeunes Noirs de Detroit sont sans travail — et chez Ford, Detroit, il faut dix-sept ans d'ancienneté pour être sûr de son emploi. Les mêmes processus de déplacement se poursuivent dans l'acier, le charbon, les docks, l'agriculture et dans d'autres secteurs économiques.
Tandis que l'automation supprime des millions d'emplois, dans les dix prochaines années, vingt-six millions de jeunes arriveront sur le marché du travail. Un flot de nouveaux travailleurs vient se heurter à des possibilités de travail toujours moins nombreuses - ce sont là les ingrédients explosifs de misère et de mécontentement croissant placés sur la Nouvelle Frontière spécialement parmi les Noirs et les jeunes blanes pauvres. Johnson a établi un objectif de cinq millions d'emplois nouveaux, mais tout comme Kennedy, il s'oppose à la réduction de la semaine travail qui pourrait compenser certains des effets les plus désastreux de l'automation. Il n'a pas de programme concernant le chômage, sinon de supprimer les taxes aux sociétés et aux riches dans l'espoir qu'ils réinvestissent dans de nouvelles installations équipées d'un outillage automatique qui supprimera d'autres emplois et d'autres travailleurs...
La défense des libertés de tout le peuple américain, et non seulement de celles de vingt millions de Noirs, est un troisième secteur lequel l'administration Kennedy-Johnson s'est trouvé en défaut. Selon certains historiens universitaires américains, le perfectionnement de la démocratie est la mission prédestinée de notre civilisation capitaliste. Cette affirmation se base sur des faits historiques de poids. Mais, hélas ! ces derniers appartiennent bien plus au passé qu'au présent.
Dans ses phases de progrès, l'Amérique capitaliste a favorisé et facilité le développement de la démocratie. Au cours des XVIII et XIX siècles, notre peuple créé et renforcé de nombreux droits et institutions démocratiques dont gous jouissons encore. Cette expansion de la liberté s'est arrêtée et s'est renversée lorsque, durant ce siècle, les monopolistes et les militaires ont été de plus en plus effrénés dans l'exercice du pouvoir.
Depuis le début de la deuxième guerre mondiale, sous l'administration de Répu-, blicains aussi bien que de Démocrates, il y a eu érosion et réduction constantes de nos libertés. Durant les vingt-cing dernières années, le Congrès n'a pas voté une seule loi visant à élargir nos libertés. Au contraire, il a décrété une liste, encore inachevée, de mesures d'oppression en commençant par la Loi Smith jusqu'à la loi LandrunGriffin, qui ont rogné les droits constitutionnels et les droits des travailleurs.
Au cas où ce jugement, venant d'une revue reconnue marxiste, ne soit rejeté omme trop partial, examinons cette citation d'un éminent philosophe anglais 'oppose au marxisme depuis plus de 40 ans. Bertrand Russell écrivait dans le numéro d'avril de « Frontier » :
« Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la voie pour parvenir au pouvoir politique aux Etats-Unis a été caractérisée par la persécution la plus brutale des opinions dissidentes. Le but de cette persécution est d'imposer aux Etats-Unis l'acceptation du capitalisme et du pouvoir de la grande industrie. Les sociétés anonymes financent les deux partis politiques, fournissent les millions necessaires aux candidats des deux partis aux élections sénatoriales, possèdent et contrôlent les moyens d'information et, en fait, ont le pouvoir de prendre les décisions. C'est pour cette raison que la démocratie politique formelle aux Etats-Unis est en grande partie un
Get la « liberté » un mythe commode à la disposition des bureauerates visage.
Il faut remarquer que le mouvement « Freedom Now » se trouve à l'avant-garde, non seulement de la lutte pour l'égalité sociale et la sécurité économique, aussi de la lutte contre l'usurpation de nos libertés économiques. Les quelques cès enregistrés ces dernières années contre les ennemis de la démocratie sont à la vigueur du mouvement des droits civiques.
Le Président Johnson était un ami sûr pour les gros intérêts des pétroles gaz naturel. Chaque fois que des tentatives ont été faites au Congrès pour tenter de réglementer au sujet du gaz naturel ou de toucher aux dividendes pétroliers, il a travaillé à les décapiter. Les politiciens et les politiques ont grand besoin fonds pour leurs campagnes électorales, n'est-ce pas ? Il ne s'est jamais montré aussi ardent défenseur des droits du peuple qui ne l'a fait pour les revenus des plutocrates.
Le plus grave de tous, c'est le quatrième problème resté sans solutico et légué chef exécutif. C'est le problème de la paix. Dès les premiers jours, Johnson s'est empressé de déclarer que la guerre du Sud-Vietnam continuerait et que la campagne anticubaine ne connaîtrait aucun relâchement. Par-dessus ces interventions inadmissibles contre les mouvements coloniaux de libération plane l'épouvantable menace de la guerre nucléaire.
L'une des raisons pour laquelle le monde a retenu son souffle et a tremblé à Manson e ae les des sett de tete vie siesta piposteite dévolue ad mer aire de de devolue au locataire de la presser sur le bouton qui peut tous nous condamner.
Kennedy s'était préparé au risque d'une belle décision, lors de sa confrontation avec le Kremlin en octobre 1962. A présent, la balle de l'assassin a donné pouvoir de vie et de mort à l'homme du Texas. Il est fort douteux que le monde s'en trouve plus rassuré pour cela.
Là aussi, ce n'est pas une affaire d'individus mais du fonctionnement d'un système social et politique. D'où vient cette suprême barbarie qui nous menace, d'où vient cette possibilité d'assassinat univezsel par des moyens nucléaires ? C'est le fruit mortel d'un système suranné qui, refoulé par les forces montantes d'indépendance nationale et du socialisme, ne veut pas céder davantage de son pouvoir, de possessions, de ses privilèges et de ses profits. Pour les protéger et les sauvegarder, en dernière extrémité, il ne reculera devant rien.
Cela seul suffirait à condamner ce système aux yeux de quiconque s'intéresse au salut du genre humain.