Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 18

Révolution montante en Afrique du Sud

D. Anderson · Quatrième Internationale, n° 18 · mars 1963 · p. 64-65 · 892 mots

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1962 a été une année décisive pour l'Afrique du Sud : 1963 le sera plus encore. En 1962, il y a eu plus de quarante actes de sabotage à travers l'Afrique du Sud. La Loi sur le Sabotage prévoit la peine de mort pour sabotage... et pour collage d'affiches. Cependant, le gouvernement raciste accélère ses plans de « Bantoustan», en premier lieu au Transkei où l' « indépendance » doit être octroyée, et un « Premier ministre noir » élu. Inutile de dire que tout cela n'est que tromperie évidente et reonnue comme telle par les masses. Déja, le « Premier ministre élu », Kaiser Ma tanzima, vit sous la terreur de la vengeance de son « peuple ». L'esprit de révolte qui s'était temporairement assoupi après l'écrasement du sonlèvement au Pondoland est de nouveau en plein essor au Transkei.

La surface de la vie politique sud-africaine recouvre une fermentation formidable. Ce n'est rien moins que la naissance d'une conscience révolutionnaire dans toutes les organisations de masses et la formation de la direction de la révolution sud-africaine. Il y a quantité de groupes et d'organisations révolutionnaires clandestines. En fait, depuis une courte période d'un an et quelques mois, le problème n'est plus de savoir si la période est prérévolutionnaire et si une révolution ou la « violence » doivent être nécessaires, mais comment, de quelle façon, la révolution va éclater. C'est une période de débats passionnés, de préparation active, de stratégie militaire révolutionnaire. Il y a probablement peu de pays où les écrits de Mao Tsé Toung et de Guevara sont aussi assidument étudiés qu'en Afrique du Sud. Partout il y a un sentiment de nécessité, étant données les énormes contradictions accumulées dans la société raciste d'Afrique du sud. Il ne faudrait pas s'étonner que quelque chose y arrive dans les mois prochains.

Les bulles de cette fermentation apparaissent de plusieurs façons : sabotage, principalement dans les villes, meurtres de chefs (certainement pas un phénomène récent), incendies de barrières, et récemment meurtres d'Européens venus construire une route sur territoire africain. Tout cela est un symptôme du bouillonnement qui atteint rapidement son point critique. L'assassinat d'Européens à Paarl par des Africains illustre le fait que, particulièrement à l'Ouest du Cap, les idées racistes du Pan African Congress ont conduit à la formation de POQO (« Tous seuls »), qui part de l'idée raciste de rejeter les Blancs à la mer. POQO manque avant tout d'une stratégie révolutionnaire et se fonde sur des attaques de groupes d'Africains exaltés contre les Blancs... sans aucun sens de la lutte militaire.

Il reste peu d'illusions parmi les révolutionnaires sud-africains sur les succès que le seul sabotage peut remporter, même si au début, il y en a eu, et c'est précisément vers la tâche bien plus difficile de lancer une lutte révolutionnaire et de survivre aux représailles gouvernementales que les attentions se tournent. Voici les commentaires du Communiste Africain (janviermars 1963) sur les opérations de sabotage de Umkonto We Sizwe (Le javelot de la nation) : « Si ces opérations actuelles font partie d'un plan d'entraînement et de préparation a la construction d'une formidable force militaire, elles acquierent une signification toute nouvelle, dont il ne faudrait en aucun cas sous-estimer l'importance. En fait, la Révolution sud-africaine approche de la période la plus décisive : la construction d'une Armée du Peuple, dans le pays, se renforçant en vue du combat final contre l'Armée blanche. Presque par définition, il s'agit d'une armée de guerrilla, et par suite, d'une armée largement basée sur la paysannerie. Dans la construction d'une telle armée, aucun groupe n'a de monopole. La technique aura certainement son importance, mais aussi la capacité à rallier les masses paysannes africaines. De plus en plus le besoin se fera sentir d'un front révolutionnaire uni de libération. Certainement, les gens qui ont une conscience socialiste et marxiste claire doivent chercher à avoir la direction de ce Front. Mais cette direction se forgera par la participation la plus totale et la meilleure à la lutte à venir.

Le dernier congrès du Parti Communiste sud-africain, tenu dans l'illégalité en Afrique du sud, et le nouveau programme qui y a été adopté méritent l'étude attentive de tous ceux que la Révolution sud-africaine intéresse. Bien que ce P.C. soit faible numériquement, sa force dans l'action et son influence sont considérables. D'une position précédemment opportuniste, il se tourne résolument vers la révolution. Le programme également indique de nets progrès idéologiques qui doivent être analysés

NALE 65 et étudiés publiquement. En dépit des carences évidentes et des faillites passées du P.C., les marxistes ne peuvent pas se permettre de ne pas tenir compte de sa nouvelle orientation vers la lutte révolutionnaire.

Le mouvement ouvrier mondial et son avant-garde marxiste révolutionnaire ont le devoir d'assurer l'aide maximum au développement de la Révolution sud-africaine: La Révolution algérienne a montré la voie par son soutien total à la Révolution sudafricaine. Il est du devoir absolu de tous les révolutionnaires africains de s'assurer que les gouvernements des pays devenus récemment indépendants d'Afrique centrale et orientale apportent toute l'aide possible à la Révolution sud-africaine. Le besoin d'un front révolutionnaire unifié de toute l'Afrique du sud contre l'impérialisme et la réaction raciste sera de plus en plus pressant. Il n'y a pas de divergences d'intérêts à l'intérieur de la Révolution en Afrique du sud.

10 février 1963.

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