Dans une note éditoriale, nous signalons le chemin parcouru depuis la Deuxième Déclaration de La Havane (parue dans notre revue, N° 15, avril 1962) jusqu'au discours de Fidel Castro au Congrès des femmes d'Amérique.
Femmes d'Amérique,
Déléguées fraternelles des pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique, qui sont venues nous voir,
Pour nous, pour notre pays, ce fut un très grand honneur que Cuba ait été le siège [de ce Congrès. Nous savons que ce fut un événement très positif et un événement sérieux.
Nous avons essayé de nous informer, de lire les divers rapports qui ont été présentés au Congrès et, en réalité notre impression a été qu'ils sont tous d'une grande valeur par leur sérieux, par leur vue correcte des problèmes, par la quantité impressionnante de renseignements qu'ils contiennent sur les réalités de notre Continent.
Il va sans dire que les thèmes du Congrès sont liés aux questions qui se rapportent aux intérêts des femmes, mais, en réalité qu'est-ce qui n'intéresse pas aujourd'hui la femme dans la société moderne ? Qu'est-ce qui n'intéresse nas la femme latino-américaine dans nos problèmes sociaux ?
Lorsqu'on discute des droits des femmes, des aspirations des femmes, on s'aperçoit qu'il ne peut y avoir de droits de la femme dans notre Amérique ni de droits des enfants, ni de droits des mères, ni des épouses, s'il n'y a pas de révolution (Applaudissements). C'est que dans le monde où vit la femme américaine, elle doit nécessairement être révolutionnaire (Applaudissements).
Pourquoi doit-elle être révolutionnaire ? Parce que la femme qui représente une part essentielle de chaque peuple est tout d'abord une travailleuse exploitée et une femme victime de la discrimination.
Qui sont les révolutionnaires dans la société humaine ? Qui l'ont été tout au long de l'Histoire ? Simplement les exploités et les victimes de la discrimination. Car non seulement la femme est exploitée en tant qu'ouvrière lorsqu'elle travaille pour un monopole exploiteur, pour une société de classes exploiteuses, mais aussi parce que, dans sa condition d'ouvrière, l'ouvrière est la plus exploitée ; c'est elle qui a les plus bas salaires, les conditions les plus mauvaises ; c'est elle qui est la plus sujette à des contradictions entre ses fonctions sociales, sa condition de femme et l'exploitation dont elle est l'objet.
C'est pour cela, logiquement que les femmes sont révolutionnaires. Et dans un continent comme celui-ci, elles doivent être révolutionnaires. C'est pour cela que dans notre pays les femmes sont révolutionnaires (Applaudissements) car dans notre pays bon nombre de femmes étaient des ouvrières exploitées, exploitées comme ouvrières qui travaillaient pour enrichir une classe, discriminées de plus parmi les ouvriers. Beaucoup de femmes n'avaient pas même accès au travail, la possibilité de travailler.
Dans le rapport de la camarade Vilma, on peut lire un récit des activités de la femme cubaine pendant la révolution et des bénéfices qu'elle en a tirés. Le rapport était long et même ainsi des omissions sont possibles étant donné que la révolution a fait encore plus pour la femme. Elle ne considère pas qu'elle a tout fait, loin de là, elle se propose de continuer de lutter pour la Temme.
La femme dans notre pays ne subit pas de discrimination, pas plus que le Noir. En réalité la révolution a beaucoup compté pour la femme cubaine.
Dans la révolution, la direction révolutionnaire s'efforce de donner de plus en plus d'occasions à la femme. Nous pouvons citer cet exemple : en nationalisant les moyennes et grandes entreprises de vente de chaussures, vêtements et quincaillerie on a donné pour orientation au Ministère du Commerce Intérieur de choisir des femmes pour administrer ces entreprises (Applaudissements). 4.000 administratrices ont été désignées et 90 % ou plus de ces administrateurs, je veux dire que sur les administrateurs de quelque 4.000 centres, 90 % sont actuellement des femmes (Applaudissements).
Un autre chiffre ne figurant pas non plus dans le rapport de la camarade Président de la Fédération : c'est une donnée administrative ayant trait à l'augmentation de la participation de la femme à des activités qui pratiquement lui étaient refusées ; pour certaines professions, telle que la médecine, par exemple, la proportion de femmes fréquentant l'Université n'atteignait pas 10 %.
Actuellement, la proportion des femmes est de 50 1% à l'Institut des Sciences de Base de l'Ecole de Médecine, c'est-à-dire, au premier cours de l'Ecole de Médecine (Applaudissements).
LA LIBERATION DE LA FEMME
Ces faits montrent comment - en quatre années de révolution - la femme s'est incorporée réellement à la vie sociale, à la vie de la société, à la vie de son pays, à la vie du milieu où elle vit et où elle évolue.
Les femmes aussi ont défilé aux côtés de nos soldats le 2 janvier; contingents de Bataillons militaires féminins. Dans notre armée, il existe une série de postes tenus par des femmes.
On a vu disparaître de notre pays la conception bourgeoise de la femme. Les conceptions de stigmatisation, de discrimination ont réellement disparu de notre pays et les masses de femmes ont saisi cette réalité Le préjugé fait place à une conception nouvelle qui met en valeur les qualités de la femme pour bon nombre d'activités sociales pour certaines desquelles elles font preuve d'aptitudes exceptionnelles. Un large champ d'action, d'activité, s'est ouvert devant elles.
Si vous comparez le rapport de la délégation cubaine avec les rapports des délégations d'Amérique latine, vous pourrez constater combien grande est la différence.
Les problèmes qui se posent ici sont de libérer la femme de l'esclavage domestique, de créer des conditions lui permettant de s'incorporer le mieux possible à la production, ce à quoi la femme et la révolution ont tout à gagner.
Car dans une société comme la société capitaliste, de chômage, de millions d'hommes sans travail, il est logique que l'on tende, bien souvent, à reléguer la femme à des activités économiques limitées ; dans une société comme la nôtre où, du fait du complet développement de toutes les ressources de la nation et de l'économie planifiée, il faut de plus en plus de bras pour la production, il est logique que la révolution se préoccupe de créer ces conditions. Ainsi, aujourd'hui, l'établissement d'un nombre aussi élevé que possible de jardins d'enfants, de cantines scolaires et la création de circonstances permettant à la femme de n'être pas une esclave de la cuisine, sont-elles parmi les préoccupations de la révolution (Applaudissements), ainsi que l'établissement de laveries (Applaudissements).
Naturellement, lo développement de certaines de ces institutions, comme par exemple celui des jardins d'enfants, est parfois limité par les ressources dont on dispose. Cette année on accorde beaucoup d'importance à la création de cantines ouvrières dans les principales usines du pays. L'année prochaine on mettra l'accent sur la création de cantines scolaires (Applaudissements).
Le développement de ces institutions permettra à la femme de s'incorporer de plus en plus au travail, à la production et à la vie de son pays, non seulement aux activités économiques, mais aussi aux activités politiques et sociales (Applaudissements).
Telles sont aujourd'hui nos préoccupations, d'autant que les femmes, dans notre pays sont en mesure de s'occuper de ces solutions.
La délégation cubaine a parlé également du gigantesque effort fait par la révolution sur le front de l'éducation. Point n'est besoin d'en parler, il suffit de le voir, car ce mouvement se palpe, se voit ; mouvement qui forge un grand avenir à ce pays, mouvement qui démontre l'engagement pris par la révolution, surtout en vue de l'avenir, qui a permis de doubler le nombre d'enfants dans les écoles secondaires et supérieures, l'extirpation de l'analphabétisme, et qui permettra à ce pays d'ailer de l'avant avec une magnifique jeunesse appelée à hériter des conditions que, pour cette jeunesse, crée la révolution.
Nos problèmes maintenant ne sont pas de gagner le droit de faire tout cela, mais de le faire le mieux et le plus parfaitement qu'il se peut.
Il y a une différence entre la situation des femmes d'Amérique représentées à ce Congrès et la représentation des femmes cubaines, c'est que les femmes cubaines ont la possibilité de faire tout cela et que les femmes américaines ont besoin de cette possibilité.
Nos problèmes sont différents dans ce sens que maintenant il s'agit de savoir comment nous le faisons, et dans quelle mesure nous le faisons bien. Pour nous, il ne s'agit plus de pouvoir obtenir, disons près de 100.000 etudiants, boursiers de l'Etat, mais de la façon de les organiser, de savoir comment faire pour que les écoles où ils étudient soient à chaque fois efficaces, comment préparer des instituteurs et comment bien réaliser cette tâche. Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas beaucoup de travail, au contraire : dans la révolution il y a de plus en plus de travail. Mais la révolution crée de plus en plus de ressources. Citons pour exemple le fait que récemment il a été nécessaire de recevoir dans notre capitale près de 10.000 jeunes paysannes venant de la province d'Oriente (Applaudissements). A qui confier cette tâche ? • La Fédération des Femmes avait été à la tête de ce travail, mais la Fédération des Femmes qui devait s'occuper de tous les centres de boursiers, ne disposait pas des cadres suffisants; cependant il y avait une école d'instituteurs, organisée avec une sélection de jeunes filles des Brigades, de celles qui participèrent en 1961 a la grande campagne d'alphabétisation, une école de 1.100 jeunes filles qui faisaient leurs études d'institutrices, qui est une bonne école ; la camarade qui la dirige est une grande pédagogue, elle sait former : c'est la camarade Elena Gil (Applaudissements). Elle a commencé avec un groupe de 300 institutrices révolutionnaires (Applaudissements), c'est-à-dire 300 institutrices formées parmi des noyaux de jeunes qui se sont offerts à enseigner dans les montagnes. Elle a commencé par former 300 institutri. ces révolutionnaires pour les cours du soir de jeunes domestiques.
VRAIMENT IMPRESSIONNANT
Ce fut la première école : tout d'abord 300 jeunes filles. Avec ces 300 jeunes filles on organisa les cours du soir, puis il y en eut 300 autres et on atteignit 600. Avec l'aide de ces jeunes filles on organisa l'Institut Pédagogique Makarenko (Applaudissements) et le chiffre s'éleva à 1.100 jeunes filles. De ces 1.100 jeunes filles, 300 furent selectionnées pour des cours spéciaux puis avec ces 300 et les autres, on organisa des écoles pour les 10.000 paysannes qui se présentèrent (Applaudissements).
Nous avions déjà des cadres, des jeunes filles qui alphabétisaient, des jeunes filles qui ont deja fait un an d'etudes, des jeunes filles qui ont déjà une discipline, un sens de la responsabilité. C'était quelque chose d'impressionnant que de rencontrer dans une de ces avenues où vivaient auparavant des millionnaires, des groupes de jeunes filles en uniforme ; de jeunes paysannes qui se rendaient d'un endroit à un autre, peut-être pour manger ou aller en classe : une jeune fille, en uniforme de boursière les accompagnait, jeune fille, bien souvent plus jeune que les paysannes, mais ces jeunes filles étaient les chefs, elles étaient à la tête du groupe, à la tête de la maison où elles vivent et où de plus elles sont leurs institutrices. Elles travaillent et elles étudient. Considérez la façon dont ces jeunes filles vont être éduquées, qui reçoivent déjà cette responsabilité, à qui des tâches séses snes, qu'elles accomplisrieuses sont assignées, qu'elles accomplie. sent, qui ont une méthode de travail et qui allient l'étude au travail ! Ceci signifie que le nombre de personnes préparées sera plus élevé chaque fois.
Nous devons maintenant organiser une mantenant organiser une école, une autre école d'instituteurs, en plus de l'école supérieure du fait que la révolution a changé les méthodes de formation des maîtres qui auparavant se recrutaient exclusivement parmi les citadins. La révolution a changé cela et a établi un système de sélection et de facilités pour tous les jeunes gens et jeunes filles qui désirent devenir instituteurs et l'on commence par les montagnes (Applaudissements).
Et ainsi, nous avons dans les montagnes actuellement 5.000 jeunes qui commencent leur première année d'études pour devenir instituteurs. De là ils se dirigent vers une autre école où ils resteront deux années ; ils passent ensuite à l'Institut Supérieur où ils demeureront deux autres années. Beaucoup de ces jeunes institutrices seront d'origine paysanne; jeunes filles familiarisées avec les montagnes et la campagne.
Nous préparons simultanément des cours pour des jeunes paysannes qui sont au 4e ou au 5 degré et veulent commencer leurs études d'institutrices. Parmi ces 10.000 paysannes, nous choisirons celles qui montrent le plus de vocation et nous les préparerons à entrer dans ces écoles.
D'ici peu, nous aurons notre Institut supérieur d'instituteurs avec 6.000 étudiants que nous pourrons mobiliser pour que, à leur tour ils puissent enseigner, allient l'étude au travail (Applaudissements).
Ceci se réalise par l'effort constant d'un certain nombre de personnes travaillant dans ce domaine. Les personnes tout à fait compétentes pour remplir cette tache sont-elles nombreuses ? Non, malheureusement ! Mais lorsqu'il se trouve une personne compétente à la tête d'une quelconque de ces activités, elle crée ce que nous pourrions appeler une école, c'est-à-dire un style de travail.
Nous n'avons pas beaucoup d'Elena, cependant, bientôt, nous en aurons des centaines car ce sont les jeunes filles qu'elle a formées (Applaudissements). Chaque jour le nombre d'écoles, d'écoles supérieures ira croissant et nous avons besoin de nombreux cadres dans le domaine de l'éducation pour organiser et diriger ces écoles.
Ainsi, avec sa jeunesse, la révolution avance. Elle peut le faire. Nous avons eu l'occasion de commencer à faire tout cela. Les camarades d'Amérique latine nous donnent une idée véritable de la situation du continent. C'est réellement surprenant ! Nous pensons que tous ces rapports doivent être repris dans un volume et diffusés ici et au-dehors (Applaudissements), etre diffusés ici et au-dehors, en Amérique latine !
Les renseignements que nous y trouvons quant au nombre d'enfants sans écoles, sans instituteurs, sous-alimentés, les tristes chiffres du pourcentage d'enfants qui peuvent arriver au 6° degré, qui peuvent effectuer des études supérieures, secondaires et le pourcentage d'enfants qui peuvent faire des études universitaires, ces chiffres sont véritablement accablants.
Les chiffres concernant la mortalité infantile, conséquence des conditions insalubres dans lesquelles ils vivent, du manque de nourriture, du manque de soins médicaux, situation qui, aujourd'hui, n'est plus la nôtre. Car nous pouvons dire aujourd'hui que pas un enfant ne reste invalide à cause de la poliomyélite (Applaudissements) ; nous pouvons dire que des dizaines de milliers d'enfants sont sauvés grâce à l'assistance médicale. Toujours plus de programmes de Santé publique voient le jour à l'échelle nationale : le nombre de lits dans nos hôpitaux a pratiquement triplé ; les ressources mises à la disposition de la Santé Publique ont quintuplé.
NOTRE TRAVAIL EST GRAND
Aujourd'hui, ces problèmes ne sont plus les nôtres, mais ce sont les problèmes de tout un continent, Aujourd'hui notre problème est de savoir comment nous allons créer tout ce dont nous avons besoin pour satisfaire tant et tant de nécessités afin de surmonter la misère que nous a laissée l'exploitation impérialiste. Ceci est notre probleme.
Notre travail est grand, ardu, dur, difficile et ce n'est pas chose aisée que d'avoir à réaliser cette œuvre avec les griffes menasantes de l'impérialisme sur nous, avec l'incessante hostilité de la nation impérialiste la plus puissante et la plus aggressive du monde. Comment mener à bien cette œuvre ? Tel est notre problème. Comment défendre la révolution et la souveraineté de ce pays et en même temps continuer d'aller de l'avant ? Tel est notre problème ; mais ce n'est pas le vôtre, femmes américaines.
Votre problème et celui des peuples que vous représentez est de savoir comment conquérir la possibilité de faire ce que nous sommes en train de faire (Applaudissements). Nous sommes certains que nous nous en sortirons, D'ici plus ou moins d'années, nous sommes sûrs que nous vaincrons nos difficultés, avec plus ou moins de sacrifices. Nous sommes sûrs que l'impérialisme • ne parviendra pas à nous mettre en déroute (Applaudissements) car dans ce pays il n'y aura jamais de vaincus (Applaudissements). Il pourra y avoir des blessés, des morts, mais non des vaincus ! (Applaudissements).
Si un jour les impérialistes yankees, utilisant toutes leurs forces et toutes leurs ressources, s'avisaient de détruire ce pays, le plus qu'ils pourraient dire serait : « Nous l'avons détruit, mais nous ne l'avons pas vaincu ! » (Applaudissements).
Nous savons que ce danger pèse sur nous ; mais nous savons également que tout un continent et tout un monde demeurent, car non seulement nous sommes Cubains, mais nous sommes Latino-américains | (Applaudissements et consignes révolutionnaires).
Nous sommes encore plus, car nous ne sommes pas uniquement des Latino-américains, nous sommes aussi des êtres humains qui vivons sur la planète Terre (Applaudissements) et ce qui est important c'est la victoire de l'humanité (Applaudissements).
Nous savons qu'en résistant aux impérialistes, en demeurant fermes vis-à-vis des impérialistes yankees, nous défendons les droits de l'humanité (Applaudissements).
C'est ainsi que pensent les Cubains. Le problème - je le répète - est pour nous aujourd'hui de travailler et de lutter, et votre problème est de lutter pour travailler ensuite (Applaudissements). Car les chiffres sont la : des chiffres froids, terribles ! Ces chiffres que trouve l'UNESCO ou la F.A.O., ou tout autre organisme des Nations Unies lorsqu'il établit des statistiques qui montrent tant de millions de ceci et tant de millions de cela, tant de millions de morts de faim, de maladie ou tant de millions d'enfants sans école, tant de millions de familles maisons, tant de millions gens sans nourriture, tel indice de vie qui est la moitié de la moyenne de vie des pays hautement industrialisés et des pays exploiteurs. Les chiffres sont là, y compris le chiffre des morts qui est plus élevé que celui de n'importe quelle révolution (Applaudissements).
Le nombre de ceux qui tous les ans meurent en Amérique latine, de faim et de maladie, sans assistance, est sans aucun doute supérieur au nombre de ceux qui disparaitraient en libérant les peuples de l'Amérique latine (Applaudissements).
Ici même, la lutte a coûté 20.000 vies humaines mais c'est aussi bien des fois 20.000 vies que nous avons pu sauver (Applaudissements).
Nous pouvons attendre mais alors le nombre des millions de malheureux, de désespérés, d'exploités et d'agonisants ne fera que grandir — les chiffres sont là —. C'est un résultat de l'exploitation féodale et impérialiste. Mais on ne doit pas se contenter de compulser les chiffres, de les inscrire sur un tableau ou de les introduire dans un article, il faut aussi penser à changer cet état de choses (Applaudissements).
Il existe des experts de la statistique mais ce dont le monde a besoin c'est de personnes capables de modifier cette situation, capables de conduire les peuples vers la révolution (Applaudissements). C'est là qu'est l'art des révolutionnaires, l'art qu'il est nécessaire d'apprendre et de développer : celui qui consiste à mener les masses à la lutte ! Car ce sont les masses qui construisent l'Histoire mais pour qu'elles soient à même de le faire, il faut mener les masses à la lutte ! (Applaudissements).
C'est là le devoir des dirigeants et des organisations révolutionnaires; faire avancer les masses et les conduire au combat. (Applaudissements). C'est ce que l'on a fait en Algérie (Applaudissements). C'est ce que les patriotes sont en train de faire au Vietnam du Sud (Applaudissements). Ils ont lancé les masses dans la lutte selon des méthodes correctes, une tactique adéquate. Et c'est le plus grand nombre possible qu'ils ont entraîné à la lutte. C'est ce que nous avons fait nous-mêmes. Ce ne sont pas les quatre, cing, six ou sept d'entre nous, dispersés un jour sur le territoire, qui ont conquis le pouvoir, c'est le mouvement de masses que la lutte contre la tyrannie a entrainé et qui s'est finalement terminé par la victoire populaire.
A ce sujet, il est un certain nombre de points que nous voudrions éclaircir car il y a eu des théoriciens assez « farfelus » pour affirmer que • le passage du capitalisme au socialisme s'est fait à Cuba par des moyens pacifiques. Cela revient à nier que des milliers et des miiliers de combattants soient tombés sur notre sol; cela revient à nier qu'une armée sortie du peuple ait pu vaincre une armée moderne, équipee et instruite par l'impérialisme yankee (Applaudissements) ; à nier que des bombes explosives et incendiaires « made in U.S.A. » se soient écrasées sur nos paysans, sur nos villes et sur nos villages ; à nier la lutte formidable de notre peuple ; à nier Playa Giron et ceux qui y ont laissé leur vie (Applaudissements).
Ce ne fut pas un passage pacifique : il nous a fallu combattre et sans cela, il n'y aurait pas eu de passage du tout dans notre pays. Sans cette lutte héroïque, sans la lutte armée du peuple cubain, nous compterions peut-être encore parmi nous M. Batista « made in U.S.A. ».
Voilà quelle est la vérité historique et nous croyons avoir le droit de dire au moins queile est notre vérité historique. Ce n'est pas à quelques théoriciens qui n'ont jamais mis les pieds à Cuba à nous dire ce qu'il s'y est passé (Applaudissements).
Il ne faut pas avoir honte de dire ces choses, ii ne faut pas les dire à voix basse, il faut les dire bien haut, de sorte que tout le monde les entende et les entende vraiment ! (Applaudissements). De sorte que les peuples ne les ignorent pas car ces fausses interprétations de l'Histoire tendent à créer ce conformisme qui est si agréable à l'impérialisme. Elles facilitent la résignation, le réformisme et la politique attentiste qui repousse « aux calendes grecques » les révolutions.
IL EXISTE DES CONDITIONS OBJECTIVES
Ces fausses interprétation de l'Histoire ne sauraient s'appliquer à l'immense majorité des pays d'Amérique latine où il existe des conditions objectives - les impérialistes s'en sont, eux, aperçus : les conditions objectives existent — mais où les conditions subjectives font défaut.
Et les conditions subjectives, il faut les créer. C'est d'ailleurs à l'aide de la vérité historique qu'on les crée et non pas en falsifiant l'Histoire. Les conditions subjectives, on ne les fait pas naître en affirmant qu'à Cuba s'est effectué, dans la béatitude, un changement politique. Ceux qui l'affirment ne sont pas des lâches : ce sont des gens qui font fausse route, ils se sont trompés dans leur analyse. Nous ne nions pas la possibilité d'un passage pacifique, encore que nous en attendions toujcurs le premier exemple. Nous ne le nions toutefois pas car nous ne sommes pas des dogmatiques.
Nous comprenons le changement incessant des conditions historiques et des circonstances historiques. Nous ne le nions pas mais ce que nous affirmons ici, c'est que, à Cuba, il n'y a pas eu de passage pacifique. Nous protestons contre le fait que l'on essaie d'utiliser l'exemple de Cuba pour induire en erreur les révolutionnaires d'autres pays, des pays où les conditions objectives d'une révolution existent, des pays où l'on peut faire la même chose qu'à Cuba (Applaudissements).
Que les théoriciens de l'impérialisme se préoccupent qu'il n'y ait pas de révolution, rien que de très logique. Aussi s'efforcentils de calomnier la Révolution cubaine, de semer les embüches et le mensonge, de dire les pires horreurs afin de faire naître dans le peuple la peur des révolutions. C'est absurde 1 Que les théoriciens de l'impérialisme prêchent le conformisme soit ! Mais que les théoriciens révolutionnaires n'aient pas peur d'appeler à la révolution ! (Applaudissements).
C'est là ce que nous pensons. Nous pensons, Nous l'avons dit dans la Déclaration de la Havane, Déclaration que certaines organisations révolutionnaires de pays frères ont mise aux oubliettes quand elle mérite d'être largement diffusée. C'est comme si nous enfermions sous clef maintenant tout ce dont vous avez discuté ici: c'est évidemment la meilleure solution : si nous ne voulons pas que les masses soient mises au courant. Mais si nous voulons que les masses sachent quelle es: la situation, nous devons aussi leur montrer le chemin. Il faut les amener à la lutte car le chemin à parcourir est beaucoup plus aisé pour de nombreux peuples d'Amérique latine qu'il ne Vétait à Cuba.
J'ajouterai, afin que les théoriciens ne se mettent pas en colère, que nous ne sommes pas en train de faire une généralisation abusive. Nous n'ignorons pas que chaque pays possède ses conditions propres : c'est d'ailleurs pourquoi nous ne généraliserons pas. Mais nous avons en vue la majorité. Nous n'ignorons pas qu'il existe des exceptions, nous savons qu'il y a des pays où ces conditions objectives n'existent pas, mais elles sont réalisées dans la majorité des pays d'Amérique latine.
Voilà quelle est notre opinion. Le dire ici c'est pour nous un devoir car nous espérons vivement que, dans quarante ans, les petites filles de nos déléguées n'auront pas à se réunir avec les vôtres pour traiter des mêmes problèmes (Applaudissements).
Notre pays affronte des difficultés sérieuses, de grands risques. Ce n'est pas le moment de faire comme l'autruche et de se cacher la tête dans le sable : il faut voir les choses comme elles sont. L'étape que traverse actuellement notre pays est pleine de risques, de graves dangers. D'un côté, l'impérialisme yankee, la puissance la plus agressive et la plus redoutable de l'impérialisme qui n'a pas d'autre but que de détruire notre révolution, De l'autre, des circonstances contraires et défavorables au mouvement révolutionnaire mondial.
J'entends d'abord affirmer que la crise des Caraibes n'est pas résolue pour nous. (Applaudissements). A notre avis et de l'avis de la direction révolutionnaire de notre pays, on a évité une guerre mais on n'a pas gagné la paix. Il ne faut pas confondre !
Les circonstances qui nous ont obligés à prendre les mesures que nous avons prises et à faire ce que nous avons fait ne se prolongent peut-être pas ? La politique d'hostilité et d'agression déclarée que mènent les impérialistes yankees ne se poursuit peutêtre pas ? Nous n'avons pas confiance dans les paroles de Kennedy : il n'a d'ailleurs pas donné sa parole. Et même s'il l'a donnée, il l'a déjà reprise.
C'est pourquoi nous avons soutenu qu'il n'est pas de garantie satisfaisante pour nous sans les cinq points que nous avons énoncés tout au début de cette crise (Applaudissements).
Il faut avoir les idées três claires au sujet de ces problèmes un peu difficiles, un peu controversés. Quand on affirme que nous sommes la - c'est-à-dire que nous n'avons pas pu être détruits - grâce à la solidarité du camp socialiste, on dit la vérité (Applaudissements). Mais quand on affirme que nous sommes là grâce à la parole de Kennedy, on se trompe.
Cette solidarité nous a permis de résister depuis quatre ans. Mais, que signifie pour nous le mot paix ?
La paix existe-t-elle pour nous ? Depuis que Kennedy a pris la parole à Orange Bowl, les agents de l'impérialisme ont commis quatre assassinats. Ils ont assassiné un paysan boursier alors qu'il allait en vacances à Trinidad. Ils ont assassiné — ils l'ont brûlé vif — un ouvrier dans la province de Las Villas, un ouvrier qui travaillait au reboisement. Ils ont assassiné enfin deux camarades de la C.O.R. dans la province de Matanzas. Les assassins étaient tous des agents yankees, armés par les yankees et obéissant à des ordres yankees : c'est la politique de subversion déclarée des impérialistes.
Qu'avons-nous répondu ? Ceci : comment pourrait-il y avoir une solution si les impérialistes s'arrogeaient le droit de faire mourir de faim notre peuple, d'isoler notre pays, de faire pression sur toutes les lignes navales et aériennes afin de nous priver des matières premières essentielles, et de faire naître la famine dans notre pays ? Si les impérialistes s'arrogeaient le droit de mener contre nous une politique de blocus et de dresser toutes sortes d'obstacles sur notre route, en marge du droit international et des principes qui régissent l'Organisation des Nations Unies ? Si les impérialistes s'arrogeaient le droit, encore, de tenter de fomenter la subversion interne, d'introduire des saboteurs armés sur notre sol, d'entraîner et de former des mercenaires ? S'ils s'arrogeaient le droit de violer nos eaux territoriales et notre espace aérien, d'organiser des bandes de pirates, de conserver un morceau de notre territoire et de l'utiliser contre nous ?
De quels droit les impérialistes exigentils que l'on retire de Cuba des armes amies alors qu'ils maintiennent sur le territoire de la patrie cubaine des armes ennemies ? De quel droit le font-ils, les impérialistes ?
M. Kennedy, au cours de trois déclarations faites immédiatement après la crise, a parlé un langage réticent, menaçant. Il maintenait sa politique de pressions économiques, politiques et autres contre Cuba. Il garantissait aussi qu'il ne nous envahirait pas si nous ne propagions pas la subversion.
LA PAIX N'EST PAS ENCORE GAGNEE
Mais aujourd'hui, nous sommes « faits » car pour Kennedy, un Congrès de Femmes qui parle de la faim, de la misère épouvantable que connaît l'Amérique latine, c'est de la subversion.
Lorsqu'il s'est adressé aux mercenaires à Orange Bowl, il leur a dit qu'il leur remettrait lui-même à La Havane le drapeau mercenaire. M. Dean Rusk — Secrétaire d'Etat yankee - a affirmé récemment que les EtatsUnis ne s'étaient jamais engagés à ne pas envahir Cuba. Que, alors même qu'ils s'y seraient engagés, ils l'auraient fait seulement sous la pression des engagements pris antérieurement avec les autres pays d'Amérique latine. C'est ce qu'ils ont dit.
Où est l'engagement de ne pas envahir Cuba ? Mais il y a plus : C'est une insolence de la part du Secrétaire d'Etat yankee que d'affirmer qu'ils ne se sont pas engagés à ne pas envahir Cuba. Comme si les lois internationales, la Charte des Nations Unies et toutes les normes qui régissent les relations entre les nations ne les engageaient pas à ne pas envahir notre pays. Rien évidemment ne les y autorise.
En parlant ainsi, plus que la promesse de ne pas nous envahir, c'est l'obligation qu'ils ont vis-à-vis du droit international de ne pas le faire qu'ils dénient. Ils montrent par là l'âme de gangsters et de pirates qui est celle des gouvernants yankees ! (Applaudissements).
Point n'est besoin d'accumuler les preuves. Voilà les paroles et voilà les faits. C'est d'ailleurs pourquoi nous pouvons affirmer que si l'on a su éviter la guerre - ce qui est bon — on n'a pas pour autant gagné la paix - ce qui est mauvais —. Voilà où nous en sommes !
Les impérialistes sont optimistes : on le voit à leurs appréciations. Je ne crois pas qu'ils aient tant de raisons de l'être : ils sous-estiment les • réalités du monde et la force des peuples.
Ils veulent bien sûr que rien ne bouge en Amérique latine. Ils désirent que les peuples ne luttent pas. L'exemple - c'est un exemple - de l'héroïque peuple vénézuélien (Applaudissements) est un cauchemar pour eux, un cauchemar horrible, lls veulent qu'on les laisse libres d'établir des bases d'un vaste empire fondé sur une exploitation inhumaine. Car tous leurs programmes supposent toujours une soi-disante politique d'austérité qui se traduit par plus de privations pour les travailleurs, par plus de sacrifices pour les masses.
L'« Alliance pour le Progrès » ne progressera pas — que personne n'en doute — car ce n'est pas autre chose qu'une politique d'exploitation, une politique de force et de régression. Les membres de cette « Alliance », ce sont des individus du genre de Stroessner, de Guido, de Romulo Betancourt ou de Somoza. C'est la Junte de gorilles du Pérou. Voilà les « progressistes ».
C'est avec ces « progressistes » que l'empire yankee a établi son « Alliance ». Avec ce qu'il a • pu trouver de plus rétrograde, de plus antidiluvien dans toute l'Amérique latine.
Mais ça ne marchera pas. On aboutira à un échec. C'est une tentative désespérée de l'impérialisme pour tromper, pour confondre.
Dans l'un de ses discours, M. Kennedy a demandé de comparer Cuba avec l'« Alliance pour le Progrès ». Comparons donc. Tant pis pour M. Kennedy ! A Cuba - malgré toute la propagande impérialiste — chaque enfant est assuré de boire un litre de lait par jour (Applaudissements). Nous avons dü établir le rationnement parce que l'emploi a augmenté de façon extraordinaire : près d'un demi-million de personnes ont commencé à travailler, à toucher un salaire. En même temps, les paysans ont cessé de payer le fermage, les loyers ont été réduits de 50 %, l'enseignement est devenu entièrement gratuit, l'assistance médicale s'est trouvée muitipliée par cinq et le niveau de vie du peuple s'est incontestablement amélioré.
Il était normal dans ces conditions que nous adoptions des mesures qui garantissent à toutes les familles, à un prix équitable, les articles dont elles avaient besoin. Car il restait à Cuba un assez grand nombre de riches qui auraient pu spéculer de toutes les façons,
Les pays capitalistes s'en arrangent fort bien en jouanc sur les prix. Ils font monter le prix du lait à deux pesos aussi y a-t-ii assez de lait pour ceux qui peuvent dépenser deux pesos. Le riz se paie trois Pesos la livre, la viande cinq pesos et ceux qui peuvent les achètent. Il n'y a pas de rationnement ! Celui qui a de l'argent peut tout acheter. Celui qui en a moins doit se priver de tout. Mais ils essaient d'organiser la confusion autour de tous ces problèmes.
Je disais tout à l'heure que notre pays se trouve face à une situation difficile, commandée par une double circonstance. Premièrement nous sommes en ce moment l'objectif principal, immédiat, de l'impérialisme yankee. Et, deuxièmement, nous souffrons des divisions - ou du désaccord -(quelle que soit la terminologie plus ou moins optimiste qu'on veuille leur appliquer) à l'intérieur du camp socialiste.
Nous avons déjà précisé notre position : nous n'allons pas jeter de l'huile sur le feu pour alimenter ce désaccord. Qui le fait lèse gravement les intérêts du mouvement révolutionnaire mondial. (Applaudissements).
Face à l'impérialisme, cette réalité est amère, elle est dure. Nous avons dit quelle est notre position, quel est notre devoir et comment nous l'entendons : il ne s'agit pas d'alimenter ces discordes, il s'agit de lutter pour l'unité avec la méthode marxisteléniniste (Applaudissements).
Le marxisme-léninisme est suffisamment riche en ressources idéologiques et en expérience pour trouver les formes capables de surmonter ces difficultés et de tourner cet obstacle. Il suffit de se le proposer. Je suis persuadé que nous devons lutter pour cela, nous devons lutter pour l'unité et c'est ce que nous nous proposons de faire selon notre critère. Chauvinistes ? Non ! Marxistesléninistes | (Applaudissements). Parce que l'impérialisme existe. ! est là, dangereux, agressif. Le monde sous-développé existe aussi, Le mouvement de libération des peuples soumis par l'impérialisme et le colonialisme est là dans la lutte, que ce soit en Angola, au Vietnam, en Amérique latine ou dans le monde entier. Cette lutte a besoin des forces unies de tout le camp socialiste ! (Applaudissements).
LA POSITION DE NOTRE PARTI
Nous estimons lamentable, très lamentable, que ces différends aient pu surgir. Il faut lutter contre, car la premiere chose est d'unir. Marx a dit : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » (Applaudissements).
Marx et Engels ont lutté toute leur vie, inlassablement en faveur de cette union. C'est ce que nous demandons, ce que demandent notre direction politique, notre Parti et notre peuple : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » (Applaudissements). Unissez-vous, face aux ennemis de classe, aux ennemis impérialistes, face aux agresseurs, aux fauteurs de guerre.
Voilà quelle est la position de notre Parti et de notre peuple, voilà quel est le sentiment de notre direction nationale et de notre peuple qui est resté uni même dans les pires moments, dans ies circonstances les plus mauvaises. Car notre peuple est passé par de dures épreuves au cours de ces jours derniers : épreuve de courage face à la menace de Kennedy de nous detruire en lançant contre nous ses bombes atomiques. Et vous pouvez être sürs que les nerfs de ce peuple ont été moins touchés que ceux des généraux du Pentagone yankee !
Nous n'avons pas bien sûr échappé aux critiques isolées. De bonne ou de mauvaise foi, certains confusionnistes ne se sont pas fait faute d'adresser leurs critiques à la direction nationale des Organisations Révolutionnaires Intégrées au sujet de l'attitude de Cuba au moment de la crise, au sujet de l'inspection et des vols pirates. Nous aurions dû, si nous les en croyons, nous laisser inspecter et consacrer en quelque sorte le droit des impérialistes à décider de quelles armes nous pouvions ou non disposer. Nous aurions du ramener notre pays à l'époque de l'amendement Platt, époque où les Etats-Unis prenaient pour nous les décisions.
Accepter l'inspection, cela revenait à accepter l'idée de rendre des comptes à l'impérialisme yankee et à attendre de lui qu'il nous dise quelles armes nous pouvions ou non posséder sur notre territoire. C'était nous poser une questions de principes : on nous demandait de renoncer à notre souveraineté, d'accepter l'abaissement de notre pays par rapport aux autres nations du monde. Cela, nous ne l'accepterons jamais ! (Applaudissements).
Ceux qui pensent pouvoir l'accepter pensent aussi sans doute que si l'ennemi débarque, il ne faudra pas tirer. Car on peut en arriver là mais ce n'est pas par cette voie que la révolution a conquis le pouvoir, et qu'elle s'est défendue à Playa Giron. C'est en choisissant la fermeté et en menant une lutte sans faiblesse contre l'impérialisme.
Mais à ce qu'il paraît nous devions nous laisser bombarder et permettre aux avions yankees de piquer sur nos batteries antiaériennes sans même tirer un coup de feu. Que l'on n'attende jamais cela de nous Chaque fois que l'ennemi nous attaquera, nous nous défendrons, sans hésiter sur la conduite à adopter 1 (Applaudissements et cris de « Fidel, sois ferme, frappe dur les yankees ! »).
Quand nous avons combattu l'envahisseur à Playa Giron, quand nous avons combattu ceux qui nous ont bombardés, attaqués, personne n'a mis en doute que nous défendions la paix. Quand notre peuple s'est organisé et a pris la détermination de lutter jusqu'au dernier homme et jusqu'a la dernière femme contre les impérialistes, s'ils nous attaquaient, personne n'a pu nier que nous défendions la paix, car résister à l'agression, c'est lutter pour la paix. La reddition devant l'ennemi conduit à la guerre et à l'assujettissement des peuples. - Lorsque nous défendons notre souveraineté et nos droits, nous défendons la paix.
Quand nous nous adressons aux Latino. américains, que nous leur disons que les conditions objectives de la révolution existent, nous défendons la paix. Plus l'impérialisme sera faible, moins il sera dangereux. Plus il sera faible, moins il se montrera agressif. Et la libération des peuples affaiblit les impérialistes, les rend moins agressifs, moins redoutables. La lutte des peuples pour leur souveraineté et leur indépendance, c'est la lutte pour la paix.
Naus considérons la paix comme un objectif fondamental de l'humanité. Nous luttons pour elle en suivant la voie de la souveraineté nationale, de la libération face aux exploiteurs et aux impérialistes. En nous opposant à l'exploitation impérialiste, nous luttons pour la paix. (Applaudissements).
Nous haïssons la guerre. Ce sont les impérialistes qui l'imposent à l'humanité. Et ils seront d'autant plus dangereux qu'ils se sentiront plus forts. C'est pourquoi chaque peuple qui lutte pour sa souveraineté et son indépendance défend la paix.
C'est ce que pensent les révolutionnaires cubains étroitement unis. Ceux qui croient qu'ils vont pouvoir « pêcher en eau trouble » se trompent. Ceux qui, face à cette volonté d'union, à la fermeté et à la dignité de notre peuple, tenteraient de créer la confusion et de mettre en doute la raison de la direction révolutionnaire cubaine, se trompent lamentablement. Ils ne connaissent pas notre peuple, ils sous-estiment ses qualites. Ceux qui, profitant des circonstances difficiles qu'a dû et que doit encore traverser notre patrie fomentent la division, trahissent lamentablement revolution. Mais les masses barreront la route aux intrigants, aux divisionnistes. Elles suivront la ligne de notre parti, la ligne que leur a tracée la direction révolutionnaire ! Elles diront en effet : voilà la ligne que nous devons suivre, c'est celle que nous montrent nos dirigeants et nous avons foi en elle ! (Applaudissements).
Voila quelle sera la conduite de notre peuple, celle de nos militants révolutionnaires qui ne perdent pas courage, qui ne reculent pas devant la lutte et ne craignent pas d'affronter les circonstances difficiles, quelles qu'elles soient.
Que l'on n'espère pas trouver ici de division. Nous sommes tous unis parce qu'il nous faut l'étre, parce que l'ennemi imperialiste que nous avons en face de nous peut nous détruire. Si nous voulons lui résister, si nous voulons vaincre et aller de l'avant, il nous faut être unis plus que Jamais. C'est grâce à l'unité, grâce à notre fermeté, en suivant notre ligne que nous irons de l'avant, que nous pourrons affronter les difficultés et faire fi des inconvénients de toutes sortes. Nous userons de notre droit à penser par nous-mêmes et nous serons conséquents avec nous-mêmes (Applaudissements), avec notre pensée révolutionnaire. Notre pensée nous commande avant tout de résister à l'ennemi impérialiste, de le combattre, d'aller de l'avant, de ne pas reculer, ne serait-ce que d'un pas, sur le chemin de l'histoire nationale, de ne pas permettre au doute de s'installer dans nos rangs. Toujours de l'avant, face aux impérialistes !
Ils sont et seront toujours nos ennemis ! Ils sont et seront toujours les ennemis de l'Amérique !
Nous irons de l'avant sur le chemin de la révolution, du socialisme, sur le chemin du marxisme-léninisme ! La patrie ou la mort ! Nous vaincrons !