Le « socialisme arabe » est une création idéologique nouvelle, d'apparition récente, née il y a quelques années dans les cerveaux de quelques intellectuels petits bourgeois arabes, plus particulièrement Syriens. Il vient d'être élaboré et adopté comme idéologie officielle par le mouvement national arabe, dirigé par Abd el Nasser, en tant qu'« alternative » au communisme.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une série ininterrompue de mouvements de masse pour la libération nationale ont entraîné les colonies et les semicolonies, l'une après l'autre, dans un processus de révolution permanente. Les grands succès remportés par l'Union Soviétique et les autres Etats ouvriers, combinés à la victoire de la Révolution chinoise, ont éveillé les masses de ces pays à la conscience de leur misère matérielle, morale et culturelle; ils leur ont prouvé que la seule voie d'une réelle libération nationale est la voie d'une révolution prolétarienne, et que la seule voie pour surmonter leur misère, leur bas niveau de vie et leur bas niveau culturel est la voie du socialisme. Ainsi, le socialisme est-il devenu le slogan des masses et le mot d'ordre de tous les partis ou mouvements qui essaient de gagner les masses dans tous les pays sous-développés. Mais la polis le monde ante si a cos stalimiens politique incohérente des partis staliniens zigzagué selon les intérêts diplomatiques de la bureaucratie au pouvoir en Union Soviétique, notamment l'attitude de ces partis — prise dans le sillage du gouvernement soviétique - dans la guerre de Palestine, leur a aliéné les masses arabes, et plus spécialement les intellectuels socialistes qui étaient rassemblés autour de ces partis. Déçus par les partis staliniens et par l'Union Soviétique, ces intellectuels se sont mis en quête d'un « nouveau Dieu », d'une sorte de socialisme indépendant de la politique et de l'influence de l'Union Soviétique. Le résultat en fut une grande quantité d'idées connue sous le nom de « socialisme arabe ».
Le coup d'Etat de Nasser en 1952 fut le couronnement d'une grande montée révolutionnaire dans le monde arabe, particulièrement en Egypte. Une grande vague de grèves ouvrières. de révoltes et de soulèvements paysans, aısı que lintens ficaton de la guerilla contre les forces britanniques d'occupation dans la zone du Canal de Suez, ébranlèrent le pouvoir de Farouk jusque dans ses fondations. La monarchie ne pouvait plus maintenir son emprise sur le peuple. L'Egypte était au bord de la révolution sociale. Le dernier essai d'autodéfense du Palais fut l'incendie du Caire, le 24 janvier 1952. Mais cette tentative, qui voulait demoraliser le mouvement de masse et discréditer le gouvernement du Wafd, sensible à la pression des masses, ne rétablit pas la situation pour le trône et ses alliés féodaux. L'incendie du Caire fut bien le prétexte à renvoyer le gouvernement du Wafd. et à le remplacer par un nouveau gouvernement « qui ne se plierait pas aux sentiments nationaux » et à la pression des masses. Mais ce nouveau gouvernement naquit paralysé et, au lieu de restaurer « l'ordre et la loi », resta impuissant devant la montée de la vague révolutionnaire. La crise était aggravée. C'est dans ces circonstances que Nasser et ses collègues déclenchèrent leur coup d'Etat. Sans le moindre coup de feu le pouvoir de Farouk s'effondra comme un château de cartes.
Le putsch militaire de Nasser était en fait une tentative désespérée pour prévenir une véritable révolution populaire, qui aurait pu se poursuivre en une révolution prolétairienne; il devait écarter les masses et les empêcher d'influencer le développement des événements.
Les leaders du coup d'Etat. de par leur formation et leur mentalité militaires, n'ont jamais ses. Dès le peuple et en la prise du eu confiance dans les masdébut, ils se méfiaient du ont toujours eu peur. Après pouvoir, leur premier acte fut d'interdire les grèves et les manifestations. Lorsque, immediatement apres le coup d'Etat, les ouvriers du textile d'Alexandrie déclarèrent une grève, cette grève fut brisée par la police et les forces armées, et deux dirigeants furent mis à mort.
Dans son livre « La philosophie de la Révolution », Abd el Nasser écrit: « Tout le long de ma vie, j'ai cru au militarisme »; et ses collègues aussi. Ils voulaient «la discipline et la soumission aux or- dres », et l'action des masses les heurtait. Ils la brisèrent par les moyens brutaux d'une dictature militaire. Dans le même livre Abd el Nasser déclare: « Il nous fallait de la discipline, mais c'était le chaos à l'arrière. Il nous fallait l'unité, mais nous ne trouvions que dissensions. »
Il est exact qu'en déclenchant leur coup d'Etat, Abd el Nasser et ses collègues avaient un but. Mais ce n'était qu'un but très vague. Ils ressentaient le besoin de réformes politiques et sociales, mais n'avaient aucun programme. Après la prise du pouvoir, ils durent faire face à une masse de problemes politiques et sociaux complexes, auxquels ils n'avaient jamais pensé , et devant lesquels ils se trouverent dans la confusion et l'impuissance la plus totale. Ils commencèrent même à regretter leur « précipitation » et leur « sottise » au sujet de la prise du pouvoir. Dans le même livre, Abd el Nasser confesse " qu'après le 23 juillet, j'eus des accès où j'accusai moi-même, mes collègues et le reste de l'armée de la légèreté et de reconnaît que « la situation m'entraîna dans une profonde dépression psychologique. Mais la poursuite de l'expérience et de la réflexion, ainsi que la compréhension exacte que j'en tirai me permirent de surmonter la crise. » Ce n'est qu'alors qu'il parvint à la conclusion que « nous sommes actuellement au miliéu de deux révolutions et non d'une... L'une est politique, et par elle Ichaque nation] recouvre son droit à l'autogouvernement contre un despote imposé, ou une armée agressive qui occupe son territoire sans son consentement. La deuxième révolution est une revolution sociale, où les classes de la société luttent entre elles jusqu'à ce que la justice soit réalisée pour tous les citoyens, et que la situation soit stabilisée. »
En foi de quoi, la monarchie fut abolie, et une réforme agraire proclamée. Mais l'abolition de la monarchie n'apporta --: I'« autogouvernement » aux masses. Même les libertés et les droits bourgeois-dé macrațiques ne furent pas accordés. Au contraire une solide dictature militaire fut installée. Les partis politiques furent mis hors la loi, et les grèves et manifestations strictement interdites. La crainte des masses éprouvée par les nouveaux di rigeants ne disparut point. La réforme agraire eut lieu sur une échelle limitée et très étroite, mais elle améliora quelque peu le sort d'une fraction considérable de a pavsanneric . et permit de les gagner au nouveau régime. La compensation mo nétaire payée aux propriétaires terriens devait. dans l'esprit des nouveaux dirigeants, être investie dans l'industrie, et
Mais les propriétaires terriens, par la force de la tradition, leur manque d'expérience de l'industrie, et n'ayant aucun espoir de gros profits dans ce domaine, réinvestirent leur nouveau capital en biens fonciers. Cependant, la réforme agraire détruit l'épine dorsale de la féo dalité, et mis fin à son influence sur la vie politique et économique du pays.
Ayant échoué à attirer le capital privé dans l'industrie, le nouveau régime se re tourna vers les fonds d'Etat pour construire de nouvelles entreprises industriel-
Get une sorte de contrôle d'Etat et de planification furent mis sur pied.
En politique étrangère les nouveaux dirigeants tentèrent au début de parvenir à un accord et à un modus vivendi avec l'Angleterre et les Etats-Unis, et s'appuyèrent sur leur assistance. Mais le refus des Etats-Unis de fournir des armes à l'Egypte pour faire face aux raids continuels d'Israël, força Abd el Nasser à se tourner vers les Etats ouvriers pour avoir des armes. Ces nouvelles relations amicales avec les Etats ouvriers engendre rent la rage des impérialismes américain et anglais. Les Etats-Unis et l'Angleterre retirèrent leur offre d'aider l'Egypte à construire le haut barrage d'Assouan, en termes insultants. Abd el Nasser répliqua immédiatement par la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez. Ceci fut l'origine de la crise de Suez, qui se termina par l'attaque anglo-française contre l'Egypte, avec l'appui d'Israël. L'appui donné par l'Union soviétique à l'Egy pendant la crise augmenta le prestige de l'Union Soviétique et des partis communistes dans tout le monde arabe.
A ce moment, l'attaque des impérialistes contre l'Egypte stimula les sentiments nationaux arabes, ainsi que la solidarité des masses dans tous les pays arabes. L'unité arabe devint le slogan général
En Syrie, les communistes prenaient de la force et de l'influence. Cette influence communiste croissante réveilla la peur de la faible bourgeoisie syrienne, et des Baathistes petits bourgeois qui étaient pratiquement au pouvoir en Syrie à ce mo ment. Ils se hâtèrent de réaliser l'unité avec l'Egypte, afin d'obtenir l'aide de la puissante bourgeoisie égyptienne contre les communistes. Les communistes firent front et s'opposèrent à l'unité.
Puis arriva la révolution en Irak au moment où le prestige d'Abd el Nasser était à son point culminant. Il était reconnu comme le leader de tout le mouvement national arabe contre l'impérialispour l'unité nationale et la réforme sociale. Les Baathistes d'Irak dirigeaient le mouvement pour l'unité avec l'Egypte. Mais les communistes, qui formaient le plus puissant parti en Irak et contrô laient les syndicats les comités paysans, les organisations d'intellectuels et les milices. liceshistes et le mouvement dranite nas aidèrent Kassem à écraser les tionale.
Cette attitude des communistes contre l'unité nationale en Syrie et en Irak, fit naître l'opposition des masses contre eux, et ils commencèrent à perdre du terrain. En Irak , après l'écrasement des Baathistes, Kassem se retourna contre eux et les mit hors la loi. En Syrie, ils perdirent une grande partie de leur influence sur les travailleurs et beaucoup de leurs intellectuels quittèrent le parti pour coonérer avec Nasser. Lorsque les réformes sociales de Nasser s'opposèrent aux nropriétaires terriens et à une fraction de la bourgeoisie syrienne. les communistes réalisèrent un front avec les éléments locaux les plus réactionnaires. Nasser exploita cette situation favorable pour lancer une campagne générale avec tous les moyens de propagande et de terreur policière contre eux, en faisant en même temps un compromis avec ces éléments réactionnaires, même avec les agents impérialistes bien connus, pour avoir leur appui contre les communistes.
L'unité entre l'Egypte et la Syrie, fut naturellement à l'avantage de la bourgeoisie egyptienne, la plus puissante. Elle commença à s'étendre et à accroître ses profits aux dépens de la bourgeoisie syrienne. Ceci allait à l'encontre des inté rêts de la bourgeoisie nationale syrienne, tandis que les compromis et la coopération de Nasser avec les éléments réactionnaires ainsi que ses méthodes dictatoriales pour monopoliser le pouvoir menaient à une collision entre lui et les Baathistes.
Les mesures économiques et sociales prises par Nasser en Egypte et en Syrie se montrèrent insuffisantes. L'initiative privée n'apporta pas de contribution au développement de l'économie nationale. Les nouvelles réformes favorisèrent l'enrichissement nombreux bourgeois égyptiens. Le capital commença à se concentrer dans les mains d'une poignée de millionnaires. La part des capitalistes dans le revenu national monta de 68 % avant l'industrialisation à 72 % en 1961 Mais. T'industrie. mar tout, ils n'investissaient pas dans Ils se tournaient tous vers le commerce et les biens fonciers, ou de gros profits sont assurés. Les gros propriétaires terriens se servaient de tous les moyens pour tourner les lois de ré forme agraire.
Tout cela força Nasser à prendre de nouvelles mesures plus sévères. Le 20 juillet 1961. . il prit des décrets nationalisant les banques et les compagnies d'assurances. Il décréta également la participation de l'Etat dans plusieurs entreprises vees industrielles. Se maximum légal de propriété terrienne fut abaissé de 80 à 40 hectares.
Ces mesures atteignaient la bourgeoisie syrienne, qui s'était renforcée par les compromis et les concessions de Nasser et par sa coopération avec les communistes et une fraction des Baathistes. Ils se servirent de l'influence qu'ils avaient acquise dans l'armée pour déclencher un coup d'Etat contre le pouvoir nassérien, et ils séparèrent la Syrie de l'Egypte.
La rupture entre la Syrie et l'Egvpte fut un coup de tonnerre pour Nasser. Elle l'amena à réviser complètement sa politique passée. Elle lui ouvrit les yeux sur les intrigues et les conspirations des propriétaires terriens, de la grande bourgeoisie compradore, et des agents impérialistes contre son pouvoir. Il sentit le danger en Egypte même, et commença à chercher un soutien dans le peuple. Il se rendit compte que « des siècles de soufrance et d'espoir ont fini par donner une forme aux objectifs de la lutte arabe. Ces objectifs, qui sont la véritable expression de la conscience nationale arabe, sont la liberté, le socialisme, l'unité ». » Il re-
NAL P 59 connut que « la révolution n'est pas l'œuvre d'un individu et que « la valeur d'une révolution réside dans son degré de popularité , dans son caractère représenta tif de l'expression des larges masses, dans sa capacité à mobiliser leurs forces pour reconstruire l'avenir, et aussi dans sa capacité à permettre à ces masses d'imposer leur volonté sur la vie ». Il reconnut également que « l'action visani à élargir la base de la richesse nationale ne peut en aucun cas être laissée aux moyens aléatoires du capital privé exploiteur », et que « la solution socialiste est la seule voie du progrès économique et social ».
Sur ces bases, il intensifia ses mesures de nationalisation et appela à la réunion d'un « Congrès National des Forces Po pulaires », tenu le 21 mai 1962. A la session inaugurale de ce congrès, Abd el Nasser présenta une « Charte Nationa le scientifique » du « Socialisme Arabe », qui devait un programme « scientifique » et qui spécifiait questions economiques et sociates pa se posent actuellement à notre peuple doivent être résolues scientifiquement » et que « l'action révolutionnaire devrait être scientifique ». La Charte déclare aussi que:
Notre but immédiat est d'en finir avec l'exploitation, et de rendre possible lexercice du droit naturel d'avoir des chances égales, de dissoudre les distinctions de classe d'en finir avec la domination d'une classe, et par là de faire disparaître les heurts entre les classes qui sont une menace pour les libertés individuelles, et même pour la liberté d'un pays entier par la violation des droits du peuple; ce qui crée la possibilité d'exposer le pays aux dangers sournois de forces étrangères constamment aux aguets pour l'entraîner dans l'arène de la guerre froide et en faire un de leurs champs de bataille, et faire de son peuple de la chair pour leurs canons. La suppression de la lutte entre les classes, lutte d'inté rêts inconciliables entre les exploiteurs et les victimes de l'exploitation dans la societe d'antan, ne peut en un jour amener la dissolution de toutes les différences de classes, ni permettre la liberté sociale et la véritable démocratie.
« Cependant, la suppression de la lutte de classes rend possible, par l'élimination de la classe exploiteuse, la dissolution pacifique des différences de classes, et l'ouverture des portes de l'échange démocratique qui rapproche la société de l'âge de la liberté véritable. »
Voyons maintenant comment cet objectif « d'en finir avec l'exploitation » et de « mettre un terme à la domination d'une classe » peut être réalisé sur « une base scientifique » de la facon dont l'entendent les auteurs de la Charte.
Tout en admettant la nécessité « d'éliminer la classe exploiteuse », les auteurs de la Charte parlent de « dissoudre pacifiquement les différences de classe » et ajoutent que « les Egyptiens ont refusé la dictature d'une classe ». Mais .comment éliminer cette classe exploiteuse?
Les auteurs de la Charte croient-ils que cette classe renoncera volontairement l'exploitation au profit de cette société libre utopique envisagée par les auteurs de la Charte? Et s'ils refusent, au nom du peuple egypten, la dictature d une classe, à quoi servira donc leur Etat? Est-il nécessaire de prouver encore ce que l'histoire elle-meme a prouve, que l'Etat a toujours été le produit ce la lutte de classes, et que son role a ete, des sa création, de detendre les intérêts de la classe exploitante contre les classes exploitées? Tous les Etats ont été les instruments de la dictature d'une classe, et sans la dictature de classe du prolétariat. la classe exploiteuse ne peut être éliminée. Mais, dans un article sur « le Socialisme Arabe et le Communisme », dans un numéro spécial de la revue égyptienne « Le Scribe ». un commentateur de la Charte rejette entièrement la lutte de classe. Il dit: « Nous ne croyons pas dans la nécessité de la lutte de classes ou dans la domination d'une classe sur les autres ». Il croit « qu'on peut vraiment arrêter cette lutte de classes même dans les régires capitalistes du monde occidental » et que « l'ouvrier américain ou celui d'Europe occidentale ont réussi à acquérir une multitude de droits par des moyens plus ou moins pacifiques et ont atteint un niveau de vie qui s'améliore constamment », et de là, il en arrive à la conclusion que « la lutte de classes a cessé d'être une nécessité pour que le prolétariaț acquière ses droits et un niveau de vie décent et en progression constante ». Mais de quelle façon le prolétariat des pays capitalistes hautement développés atteint-il son « niveau de vie décent » sinon par la lutte de classe? La lutte de classe a-t-elie vraiment cessé d'être une nécessité dans ces pays? Que sont donc ces grèves déclenchées fréquement par la classe ouvrière aux EtatsUnis et dans les pays européens sinon une expression de la lutte de classes? L'exploitation de classe a-t-elle cessé en Occident? Le seul fait d'atteindre « un niveau de vie décent » est-il déjà le socialisme ? Cela met-il fin à l'exploitation de classe? D'après l'auteur de l'article, la repose sui portion il dans Ces pays. * D'après cela, on ne peut que tirer la conclusion que ce « socialisme arabe » que visent les auteurs et les commentateurs de la Charte n'est autre que le capitalisme moderne.
Cette conclusion est renforcée par le tait que la Charte reconnaît l'existence d'un secteur privé qui participerait, sans exploitation. au développement, dans le cadre du plan d'ensemble. Selon la Charte, la nationalisation « n'est pas un coup à l'initiative individuelle ». mais « plutôt une garantie de l'expansion de la sphère de l'intérêt général ». « La grande importance attribuée au rôle du secteur public, dit la Charte, ne peut pas faire disparaître l'existence du secteur privé. Le secteur privé a son rôle propre dans le plan de développement. Il faut le protéger pour qu'il remplisse ce rôle ». Tout ce qui est maintenant demandé « à ce secteur privé est de se rénover et d'ouvrir une nouvelle voie à l'effort créateur, sans dépendre, comme par le passé, de l'exploitation ».
Le loup devra manger de l'herbe! Le capital privé ne devra pas exploiter!
L'expérience des dix dernières années semble avoir prouvé aux leaders du « socialisme arabe » que les capitalistes
One produisent pas saut pour le profit. C'est pourquoi ils sont prêts à leur fournir « un profit raisonnable sans exploitaLion ». Mais d'où vient le profit, si ce n'est de l'exploitation?
De même, dans le domaine de l'agr.culture, la Charte déclare que « l'application arabe du socialisme dans le domaine de l'agriculture ne croit pas à la nationalisation de la terre, et à sa transtormation un domaine de propriété pubnque. Mais, d'après l'expérience et l'étude, elle croit à la propriété privée de la terre, dans des limites incompatibles avec le féodalisme ». D'après les auteurs de la Charte, « la solution révolutionnaire au problème de la terre en Egypte, est dans l'accroissement du nombre de propriétaires terriens ».
Les auteurs de la Charte semblent croire que « le cadre socialiste soigneusement mis en place par les lois de juillet a balayé l'exploitation et laissé le champ libre pour les investissements individuels qui serviraient l'intérêt général, dans le domaine du développement ».
On ne peut pas nier que toutes ces réformes et ces mesures de nationalisation, réalisées par le nouveau régime en Egypte, et celles envisagées par la Charte, soient d'un grand intérêt pour le développement du pays. Mais ce n'est pas du socialisme. Le socialisme n'est pas seulement la nationalisation; on ne peut réaliser le socialisme sans que d'abord, le prolétariat prenne le pouvoir et brise la Vieille machine d'Etat. La nationalisation, comprise comme une base économique de planification comporter d'indemnisation. Il est impossocialiste ne devrait pas sible de se débarrasser du pouvoir de la classe capitaliste en lui payant des demnisations pour ses biens nationalisés et en laissant la porte ouverte à ses investissements privés, et en leur garantissant un profit raisonnable.
Mais alors, quelle est la nature de classe du nouvel Etat égyptien? Quelle classe est au pouvoir là-bas ?
Le nouvel Etat égyptien est un Etat capitaliste et la classe au pouvoir est la bourgeoisie nationale. Mais on dira alors que le nouvel Etat nationalise la propriéte capitaliste, et même qu'il persécute des capıtalistes individuels. Tout à fait vrai. Mais toutes ces mesures contre des capitalistes individuels sont prises dans l'intérêt de leur classe dans son ensemble. Nasser les appelle « capitalistes exploiteurs », ce qui signifie qu'ils placent leur intérêt individuel au-dessus de l'intérêt global de leur classe, et que Nasser ne peut les intégrer dans son plan de développement de l'industrie et de l'économie capitaliste et d'affermissement des intérêts de la bourgeoisie nationale, prise comme classe dominante. L'Egypte est dirigée par une bureaucratie représentant les intérêts de la bourgeoisie nationale. Une bureaucratie au pouvoir est toujours la représentante et la servante d'une classe. Cette servante peut bien quelquefois monter sur le deside son maître et même lui cracher à la figure, elle n'en reste pas moins une servante. Hitler, en dépit de toutes les mesures violentes prises à l'encontre de capitalistes individuels allemands, en dépit de son sévère contrôle étatique sur T'économie allemande, demeura jusqu'à la fin le serviteur du capital financier allemand.
Mais Nasser n'est pas un nouvel Hitler, et le nouveau régime en Egypte n'est pas le fascisme. Hitler était le représentant du capital financier hautement développé dans son déclin, et il joua un rôle réactionnaire; tandis que une classe nationale-bourgeoise semi-coloniale, dans sa lutte contre l'impérialisme. et pour la réalisation d'une révolution bourgeoise démocratique, et par conséquent, il est progressiste. En fait nassérisme n'est pas quelque chose d'absolument original. C'est un mélange de kémalisme et de péronisme, placé dans des circonstances nouvelles, différentes. Au temps de Kemal Ataturk, l'impérialisme était en progression. De sorte qu'il ne put pas résister à la pression sur deux fronts. La crainte de la révolution prolétarienne le forca au compromis avec l'impérialisme, et mit fin à ses réformes. Péron fut la victime de la crise économique. Mais le nassérisme vit maintenant dans une période d'affaiblissement de l'impérialisme, de renforcement des Etats ouvriers et de montée de la révolution coloniale. L'impérialisme ne peut coloniale. montrer les dents et les griffes à la bourgeoisie coloniale semi-coloniale. crainte de la révolution prolétarienne aux colonies et la guerre froide avec les Etats ouvriers forcent l'impérialisme tous les efforts pour se gagner la bourgeoisie des pays sous-développés. Tandis qu'au même moment, l'Union soviétique fournit son aide maximum à cette même bourgeoisie dans l'espoir qu'elle reste neutre dans la guerre froide actuelle. Nasser, en jouant la carte du neutralisme. attire l'aide des deux blocs et se sert de cette aide pour renforcer son régime. En même temps, il n'existe pas d'autre direction que la sienne dans le monde arabe. Le prolétariat arabe n'a pas de direction compétente. Les partis communistes, avec leur politique incohérente, ont perdu presque toute influence sur le mouvement de libération. Au début, soutenu Nasser sans réserves. Mais, après l'unification de l'Egypte et de la et particulièrement • la révolution irakienne (1), ils ont fait de Nasser leur encomte lin avec des agents impere listes. nemi principal au point de faire front
Nasser reprend slogans principaux qui enflamment les masses, socialisme et unité nationale, ils s'opposent à l'ensemble. Ils disent « l'unité arabe doit être bâtie sur la libération de l'impérialisme ». Ils ne se ren-
ALE 61 dent pas compte que la lutte pour l'unité nationale est une part, un fragment de la lutte pour une « libération complète de l'impérialisme » et une part de la lutte pour la réalisation de la révolution bourgeoise democratique . u contraire ils appellent les masses à attendre l'achèvement de la libération de l'impérialisme, et ensuite à entreprendre la lutte pour l'unité. Quant au socialisme, ils pensent que le moment et les conditions objectives pour la révolution socialiste ne sont pas encore réalisées; ils appellent à la réalisation d'un Etat national démocratiparticulière, mais s'appuiera sur les grouque. « qui ne représentera pas une classe pes patriotiques démocratiques et ouvrira la voie d'un passage pacifique au socialisme adapté aux conditions et au caractère national de notre pays ».
Par leur attitude, les partis communistes du monde arabe se sont placés dehors du mouvement de libération et luttent contre le nassérisme du dehors. Les marxistes révolutionnaires ne doivent pas se placer en dehors de ce mouvement. Ils doivent s'y intégrer, et combattre son sein pour leurs propres mots d'ordre de socialisme et d'unité nationale. Leur lutte principale contre sa direction bourgeoise et pour la prépondérance du prolétariat devrait être une lutte idéologique. Ils devraient expliquer aux masses ce qu'est réellement le socialisme, et quel devrait être le rôle de la classe ouvrière dans un mouvement pour le socialisme. Ils devraient faire tous leurs efforts pour se gagner la classe ouvrière et l'aider à conquérir son indépendance.
Le nassérisme . dans sa forme actuelle, n'est pas durable. Il est rongé de contradictions. Il tâche de reposer à la fois sur la bourgeoisie nationale et sur les travailleurs. Mais les intérêts de ces deux classes sont inconciliables. En outre, les anciennes classes dominantes, propriétaires fonciers et bourgeoisie compradore, sont pas tout à fait écrasées. Elles attendent le moment favorable à une contreattaque. Une profonde crise économique de l'Occident forcerait limpérialisme montrer bec et griffes. L'arrêt de l'assistance étrangère l'Egypte aiguë. Les masses travailleuses intensifieraient leur action. La direction nassérienne serait forcée de choisir et de s'appuyer soit à l'intérieur sur la classe ouvrière et à l'extérieur sur les Etats ouvriers, soit sur la bourgeoisie à l'intérieur et l'impérialisme à l'extérieur. Il n'est pas difficile de prévoir quel sera son choix. Ce n'est que l'hégémonie du prolétariat sur le mouvement qui sauvera les conquêtes de la ré volution bourgeoise et la transformera en révolution prolétarienne. Ceci ne peut être réalisé que si les marxistes révolutionnaires réussissent à pénétrer dans le mouvement et à le conquérir de l'intérieur.
4 février 1963.
(1) Il s'agit du mouvement de juillet 1958, le présent article ayant été écrit avant le récent coup d'Etat (Note de la Rédaction).