(Section ceylanaise de la IVe Internationale)
20-22 Juillet 1962
LA POLITIQUE DE LA
Le trait principal de la situation politique à Ceylan est que les problèmes économiques tendent à prendre le dessus sur les problèmes des « communautés ». Des questions telles que les finances du gouvernement, les prix, l'expansion, -le chômage, les impôts et la politique budgétaire sont maintenant sur le devant de la scène politique. Diles y resteront indubitablement dans la prochaine période.
Les problèmes qui sont ainsi passés au premier rang posent l'alternative entre la classe capitaliste et la classe ouvrière, le capitalisme ou le socialisme, plus directement et plus durement que des problèmes tels que « le cinghalais seulement », le système scolaire et autres. Dans ce sens, ils aident aussi à clarifier le caractère de classe gouvernement S.L.F.P. et le contenu classe de la politique de la « troisième voie ».
Les changements sociaux de 1956-62, malgré leur nature très étendue, n'ont pas affecté matériellement la structure de classe de la société à Ceylan. Le cadre de la société et de l'économie de Ceylan demeure capitaliste. L'emprise du capital étranger sur l'économie ceylanaise continue. La production de thé et de caoutchouc, le financement et l'orientation des exportations et importations ceylanaises, les transports maritimes sont, de façon prédominante ou totale, aux mains du capital étranger. Une grande partie de « l'industrialisation » qui s'est récemment accomplie à Ceylan, excepté là où l'Etat luimême est l'entrepreneur, a été faite en assoavec le capital étranger. Le capital ceylanais continue à être en très grande partie l'associé mineur du capital étranger.
Le gouvernement du M.E.P. a effectué la nationalisation des transports par autobus et du port de Colombo. Le gouvernement du
S.L.F.P. a réalisé deux nationalisations qui l'introduisent dans les domaines importants de la banque et de l'assurance. L'assurance sur la vie est devenue un monopole gouvernemental, tandis que la nationalisation de la banque de Ceylan a mis le gouvernement en concurrence avec les intérêts bancaires étrangers. La nouvelle Ceylon Petroleum
Corporation met le gouvernement en concurrence avec les compagnies pétrolières étrangères. Quelque 17 autres sociétés portent le gouvernement directement dans le domaine de la production, dans certains cas en tant que monopoliste (ciment, sucre, etc...). La
« TROISIEME VOIE » sphère des entreprises gouvernementales s'est certainement accrue.
Néanmoins, l'axe directeur de la politique tant du gouvernement du M.D.P. que du gouvernement S.L.F.P. a été le développement capitaliste de l'économie ceylanaise. Les principaux moyens de production à Ceylan, les plantations, restent garanties contre la nationalisation. C'est au capital privé, a la fois local et étranger, qu'est assignée tâche du développement industriel, le gouvernement assurant la protection des tarifs et des quota, exerçant un certain contrôle de la concurrence et ordonnant des détaxations considérables, Le développement agricole effectué par l'Etat lui-même, sauf dans le cas de la State Plantation Corporation, s'effectue au travers du lotissement de petites propriétés. La nationalisation et l'entreprise étatique sont toujours considérées comme exceptionnelles et aussi « coûteuses ».
Ainsi, les politiques des gouvernements M.E.P. et S.L.F.P., malgré toutes les déclarations sur le « socialisme démocratique», se sont totalement exercées dans les limites du capitalisme. Aucune mesure n'a été prise tendant à attaquer les fondements capitalistes de Ceylan. Même les mesures les plus « draconiennes » (c'est-à-dire les nationalisations) ont gardé le caractère de réforme capitaliste.
Dans ces limites, néanmoins, l'accent dans ces politiques a été mis sur le « bien-être ». Le prix du riz rationné a été diminué; le prix d'achat garanti pour le paddy a été maintenu à 12 roupies, malgré une baisse du prix mondial du riz; la distribution des terres a été accélérée; les écoles ont été multipliées ; l'assistance publique a été répandue plus largement, etc... Néanmoins, le gouvernement de Sirimavo Bandaranaike a été contraint, par ses difficultés financières, à crier halte à la politique de bien-être. Il a commencé à réduire les services sociaux fournis auparavant, malgré le fait que la population s'accroisse plus vite que jamais.
Il met de façon courante l'accent sur I' « austérité ». La justification en est le besoin de financer le développement économique.
La façon d'aborder les réformes capitalistes est, elle aussi, caractéristique de l'attitude des gouvernements du M.E.P. et du
S.L.F.P. vis-à-vis du mouvement ouvrier organisé. Le gouvernement de S. Bandaranaike a • essayé de vivre avec le mouvement syndical, c'est-à-dire qu'il a essayé de s'accommoder consciemment au fait d'un puissant mouvement syndical' fonctionnant indépendamment de l'Etat. En fait, le gouvernement de S. Bandaranaike, se souvenant que le mouvement ouvrier constituait une partie importante des forces politiques qui s'étaient réunies pour amener le M.E.P. au pouvoir, a résolument essayé de conserver l'appui politique du mouvement syndical. L'attitude du gouvernement de S. Bandaranaike a consisté de plus en plus à maintenir le mouvement syndical à bout de bras et à le considérer comme un ennemi, sinon déjà effectif, du moins potentiel. Certes, il s'est systématiquement adressé à la classe ouvrière comme à une catégorie privilégiée et a cherché à confiner le mouvement syndical aux positions qu'il avait conquises auparavant. Une des armes principales qu'il a utlisées dans ce but est d'opposer aux revendications du mouvement syndical les besoins et les intérêts des « masses rurales défavorisées ». Le gouvernement de S. Bandaranaike, bien qu'il possède encore une accumulation de réserves financières, et agisse dans le contexte de la rentabilité toujours considérable du capitalisme ceylanais, n'a fait de concessions de salaires et autres à la classe ouvrière que lorsque celle-ci a exercé sur lui sa pression. Le gouvernement de S. Bandaranaike, fonctionnant sous la pression d'une situation financière aiguë et dans le contexte d'une baisse des marchés étrangers pour les principaux produits de Ceylan, a instauré un blocage de salaires et, au travers de la taxe nationale d'expansion et d'autres impôts, a commencé à reprendre
La fin prochaine de la politique de bienétre par le S.L.F.P. a été annoncée par plusieurs mesures du gouvernement de S. Bandaranaike. Parmi ces mesures, la principale est le blocage des salaires ; et comme ce blocage des salaires survient dans une situation de dépréciation de la monnaie et d'inflation des prix, c'est en réalité un processus de diminution indirecte ou dissimulée des salaires qui se poursuit.
D'autres mesures peuvent être énumérées. En dépit de l'augmentation continuel de la population et du chômage croissant, on a décrété un arrêt de l'expansion des services sociaux et de toute nouvelle augmentation des dépenses de services sociaux (pas de nouveaux hôpitaux, réduction de l'assistance publique ; pas de nouvelles écoles ; l'augmentation des dépenses provient de la prise en charge des écoles subventionnées). Les dépenses d'entretien ont été réduites (pas de réparation des routes et bâtiments; réduction de dix pour cent dans les dépenses départementales, etc...). Des « économies » ont été introduites dans le système de la les concessions faites auparavant. Incontestablement, les besoins du gouvernement et de la classe capitaliste expliquent l'attitude « ferme » du gouvernement envers les puissantes grèves de la période de décembre 1961-mars 1962. Les premiers actes de contre attaque du gouvernement contre les syndicats du secteur public ont aussi eu lieu.
Ainsi, la politique de la « troisième voie » a essentiellement consisté dans un effort vers la collaboratiun de classe dans le cadre d'une réforme au capitalisme et de la politique de bien-être Le coût de cette politique pour l'Etat a evé assuré de deux façons. Les réserves monétaires et de crédit du gouvernement ont été lourdement entamées (épuisement de la balance du commerce extérieur ; augmentation des emprunts intérieurs et extérieurs). La taxation de la classe capitaliste a été accrue (augmentation des impôts sur le revenu, sur les sociétés, des impôts fonciers ; taxe sur les dépenses ; élévation des droits d'exportation, etc...). Les dépenses des capitalistes ont été également élevées au moyen d'augmentations de salaires et autres mesures de cet ordre.
Le drainage des profits capitalistes s'est poursuivi dans le cours de la dernière année dans des conditions générales de déclin des profits. A tel point que le problème s'est posé pour la classe capitaliste ceylanaise de savoir si elle peut continuer à supporter les « sacrifices » qui sont exigés d'elle. Quant au gouvernement, ses réserves et ses ressources ont diminué à tel point que la question même de la politique de bien-être a commencé à être mise en question. En d'autres termes, il y a peu ou pas de possibilité de continuation de la «troisième voie». Elle s'approche d'une impasse. colonisation paysanne (réduction des subsides accondés au défrichement et à la construction). Les dépenses d'expansion dans les secteurs autres que celui de la production ont été diminuées et même stoppées (pas de bureaux de poste, de routes, etc...). De nouveaux impôts contre le standard de vie de larges masses ont été introduits (sur la farine, le sucre, le tabac et les allumettes). De nouveaux impôts ont aussi été instaurés contre les catégories de travailleurs les mieux payés, les employés, et les propriétaires (taxe de développement national, nouvelle taxe d'enregistrement du commerce, taxe d'extension de la terre touchant jusqu'aux propriétaires de 20 acres, abaissement de la limite d'exemption de l'impôt sur le revenu, taxe sur la carte de rationnement).
Tout ceci représente plus qu'un arrêt dans la politique de bien-être: cela représente le commencement d'une retraite importante sur le front du « bien-être ». Des développements futurs de la situation financière et économique dépendra la mesure de la continuation de cette voie de retraite du gouvernement du S.L.F.P.
LA RETRAITE COMMENCE SUR LE FRONT DU BIEN-ETRE
LA RETRAITE COMMENCE SUR LE FRONT DU BIEN-ETRE
LA SITUATION
Le gouvernement du M.E.P. et le gouvernement du S.L.E.P. ont jusqu'a présent tinancé leur politique de bien-être par déficits budgétaires annuels croissant depuis 1956 totalisant à ce jour 1.073,9 millions de roupies et il est bien connu que le déficit 1961-62 dépasse considérablement celui qui était prévu dans le budget présenté l'année dernière. Il est improbable que le déficit ordinaire puisse être comblé par l'impôt seulement, Les dépenses devront être loundement diminuées.
Le financement par déficit de la politique de bien-être a amené les gouvernements du M.E.P. et du S.L.E.P. à drainer toutes les réserves. On a lourdement puisé dans les actifs se trouvant à l'étranger. La dette publique a été lourdement accrue et le gouvernement a été obligé de faire face à ses dépenses quotidiennes en empruntant loundement par des Bons du Trésor qui ont été acceptés en grande partie par la Banque Centrale, c'est-à-dire par le gouvernement lui-même. En d'autres termes, le gouvernement a dû vivre davantage sur le crédit que sur les rentrées courantes.
La réduction simultanée des actifs à l'étranger et le recours accru à l'emprunt pour les dépenses courantes ont abouti à une menace pour la monnaie. Le gouvernement actuel s'est donc orienté vers une réduction massive des importations, qu'il a en fait menée à bien. Mais cela a été réalisé d'une part à un prix coûteux, du fait de la diminution du revenu provenant de la perte des taxes d'importation et, d'autre part, au prix d'une considérable hausse des prix intérieurs (c'est-à-dire d'une baisse du standard de vie du peuple).
Le déclin des revenus provenant des taxes à l'importation est survenu à un moment où les revenus provenant des taxes d'exportation avaient diminué du fait de la chute des prix de nos principaux produits exportés. Ainsi les finances du gouvernement ont subi une nouvelle tension qui a requis un nouvel emprunt.
La solution choisie par le gouvernement pour sortir de cette impasse est la réduction dissimulée des dépenses. La diminution an-
LA PREPARATION
Etant donné la situation et son développement, il ne peut y avoir de doute qu'une nouvelle attaque contre les masses se prépare. La situation financière du gouvernement et la situation des profits de la classe capitaliste sont telles qu'un gouvernement fonctionnant dans le cadre capitaliste sera forcé d'attaquer de diverses façons le standard de vie des masses. Les standards de salaires et traitements de la classe ouvrière, les standands de revenus de la paysannerie et des * petites gens » sont tous menacés
DE L'ECONOMIE nuelle des dépenses inscrites au budget a été considérable et, de plus, et surtout dans les derniers mois, on a décidé encore 10 % de réduction des dépenses. Le gouvernement essaie subrepticement de tailler son vêtement à la mesure de son tissu,
Entre temps, d'autres conséquences apparaissent sur le plan économique général. La réduction des importations a pour résultat une baisse importante du travail des maisons d'importation et une chute de leurs profits. La baisse des prix à l'exportation signifie une baisse des profits des producteurs en dépit d'une augmentation de la production. Ni la source de profit pour la classe capitaliste, ni celle du revenu pour l'Etat n'ont été remplacées par de nouvelles entreprises protégées contre les restrictions d'importations. Et, au lieu d'épargner le mouton tondu, le gouvernement a été obligé d'augmenter les taxes sur la classe capitaliste au même moment qu'il accroissait les taxes d'une facon générale dans sa recherche désespérée de nouveaux revenus.
En conséquence, les investissements privés ont également diminué au moment où les investissements du gouvernement eux-mêmes diminuaient. (Les augmentations courantes du produit national brut n'ont été en réalité que le résultat d'investissements opérés bien antérieurement.) Et cette baisse des investissements privés survient juste au moment où le gouvernement compte presque entièrement sur le secteur privé pour l'industrialisation.
Tout ce processus se poursuit sur le fond d'un accroissement du taux de population, ce qui exige une énorme augmentation des investissements et de la production. Les • économies », qui sont socialement nécessaires, doivent venir, étant les conditions capitalistes, du renouveau et de l'augmentation de la rentabilité des entreprises privées. Cela nécessite de prendre relativement moins à la classe capitaliste, ce qui, dans les. conditions décrites ci-dessus signifie une lounde réduction des dépenses publiques * non rentables ». Et cela veut dire, en premier lieu, une coupe dans les dépenses des services dits sociaux. A LA RESISTANCE d'attaque directe et indirecte. La taxe sur le carnet de rationnement, la taxe d'enregistrement, la taxe d'achat (dont la dernière tombera lourdement sur les grandes masses), déjà appauvries par la loi, vont être maintenant effectivement perçues. En ce qui concerne d'autres mesures de taxation ilest possible que le gouvernement ne puisse se contenter seulement de taxation indirecte. Il est également vraisemblable que les travailleurs du secteur gouvernemental ou public seront directement attaqués, ceci ou- vrant la voie à un processus similaire dans le secteur privé.
La tâche principale du Parti sera d'avertir la classe ouvrière et les masses en général de l'attaque qui vient et de les préparer à lui résister de toutes les manières. La lutte ne peut et ne doit pas être confinée au cadre du Parlement car, à la lumière des difficultés même du capitalisme, l'issue de la lutte ne sera pas seulement le problème de telle ou telle taxe ou série de taxes, mais T'ensemble de la politique budgétaire, c'està-dire le fait de savoir si les masses seront pressurées et ligottées par le capitalisme ou si elles en finiront avec le système capitaliste lui-même. Le programme du Parti pour la transition du capitalisme au socialisme à Ceylan viendra naturellement au premier plan quand la situation sera mûre.
Il est essentiel de saisir le rôle décisif et vital de la classe ouvrière dans la direction de la résistance de masse à une attaque du standard de vie du peuple. La classe ouvrière a déjà la force organisée et, dans certaines conditions données, la détermination de mener une telle lutte a déjà été montrée dans la période de décembre 1961 -mars 1962. Les puissantes grèves, qui ont eu lieu dans cette période, n'étaient pas sans signification politique puisqu'elles ont mis en question la politique du gouvernement concernant le mouvement syndical militant et aussi la politique de blocage des salaires du gouvernement. La grève générale du 5 janvier avait aussi une signification politique car son but général était d'obliger le gouvernement à abandonner sa politique de refus de négocier pendant une grève et son utilisation des forces armées pour briser les grèves sous prétexte de faire fonctionner les services essentiels. Il est de la plus haute importance que, malgré ces buts et implications politiques, d'une part, les grévistes de la C.T.B., du port et banques purent, chacun dans leur secdes teur, réaliser une complète unité pour et dans la lutte, et, d'autre part, le C.C.T.U.O. et le P.S.L. purent entraîner le C.T.U.F., le P.S.W.T.U.F. et le C.C.T.U. dans la grève du 5 janvier. Il ne peut y avoir aucun doute concernant le grand élan donné à toutes ces luttes dans ce cadre d'unité syndicale et il est à noter que ces exemples d'unité dans laction militante ont soulevé un nouveau regain d'espoir de l'unité de la gauche. n'y a pas non plus de doute que dans le cas des grèves du C.T.B. et du port, le cadre d'unité syndicale pour et dans la lutte a joué un grand rôle pour encourager la volonté de lutte des grévistes.
Néanmoins, la lutte de décembre 1961mars 1962 a révélé aussi un autre aspect de la situation. Il y a une inégalité très grande et même extrême dans le développement du mécontentement actif et la température de lutte parmi les différents secteurs des masses. En premier lieu, les larges masses rurales n'ont montré dans aucun de leurs secteurs ou couches aucune disposition pour entrer en lutte. Même les sentiments de frustration et d'insatisfaction parmi elles sont inégalement développés, et dans des secteurs considérables il existe ce qu'on peut nommer de l'inertie. En second lieu, il y a une inégalité considérable de développement en ce qui concerne la lutte à l'intérieur de la classe ouvrière elle-même. Les sections inorganisées n'ont pas du tout réagi à l'atmosphère de la période décembre 1961-mars 1962. Même dans le secteur organisé de la classe ouvrière, il y avait et il y a une inégalité marquée dans la situation. Par exemple, il y a une nette disparité entre la température qui régne dans les syndicats du secteur privé et celle des syndicats du secteur public. En gros, la situation a été calme dans le secteur privé et la réponse de ce secteur, en dehors des plantations, à la grève du 5 janvier, a été inégale. De plus, la réponse dans les plantations a été d'abord le résultat d'un sens de discipline et non d'un enthousiasme pour la lutte. Dans le secteur public lui-même, il y a eu un plus grand enthousiasme pour la lutte dans le secteur des employés où en fait quelques forces nouvelles importantes sont entrées en lutte. Les secteurs de travailleurs ont bougé plus difficilement.
Il faudra donner une grande attention à ces différences de rythme dans le développement de la situation pour que le Parti puisse remplir de façon satisfaisante la tache d'avertissement de la classe ouvrière et des grandes masses sur les dangers de la présente situation et de préparation à la résistance. Le Parti s'appuiera naturellement sur les réalisations de la période décembre 1961-mars 1962 tont en s'inspirant des leçons de cette période qui ont été décrites cidessus.
En même temps le Parti tient compte du fait que, bien qu'il y ait eu une détérioration de la situation du gouvernement S.L.F.P. dans les masses, particulièrement parmi les couches de travailleurs et petites bourgeoises dans la période qui a immédiatement précédé janvier de cette année, le ressentiment des masses contre la tentative de coup réactionnaire a dans une certaine mesure, tourné au profit du gouvernement S.L.F.P. La durée de cet accès de popularité dépendra du fardeau qui sera imposé aux masses comme résultat de la politique gouvernementale et de la rapidité avee laquelle la conscience des masses mûrira contre cette politique.
Si le fardeau résultant de la crise financière et de l'état critique de l'économie stagnante est infligé aux masses d'une manière indirecte et dissimulée, le développement de la conscience des massses pourrait être un processus relativement plus long. Dans une telle éventualité, l'agitation de masse sur les revendications partielles intéressant l'ensemble ou des secteurs des masses et résultant des problèmes immédiats de masses urbaines et rurales pourra devenir plus nécessaire, bien que devant se faire dans le cadre de la propagande découlant des tâches principales décrites ici. Une telle agitation servira comme moyen d'empêcher le développement de sentiments réactionnaires découlant d'une détérioration lente et constante du standard de vie. Cela servira également a faire le pont entre la conscience des masses et la sombre réalité de la situation objective.
LA CONSPIRATION,
La nouvelle attaque de la classe capitaliste contre les masses ne sera pas nécessairement limitée à une attaque au moyen du gouvernement S.L.F.P. et par lui. La classe capitaliste peut chercher d'autres voies. En la classe capitaliste, impatiente de la politique de « troisième voie » a déjà cherché d'autres voies. Elle a eu recours à la méthode du coup d'Etat.
Non seulement les causes et les buts de la conspiration pour un coup d'Etat découverte le 27 janvier sont importants, mais également le contexte dans lequel cette tentative a été préparée. Les causes politiques et sociales de la conspiration remontent au tournant électoral de 1956 et à tout le cours politique suivi par les gouvernements du M.E.P. et du S.L.F.P. Elles remontent également aux deux élections générales de 1960 dans lesquelles la classe capitaliste exerca toute sa pression pour remettre 1U.N.P. au pouvoir et échoua. Au contraire, ce fut le S.L.F.P. qui revint au pouvoir avee une majorité indépendante et le soutien de la gauche.
Toute politique du gouvernement S.L.F.P. pour le financement de la politique de bien-être et toute sa politique dans les domaines raciaux et religieux, qui furent menées aux dépens du développement économique, furent considérées par la classe capitaliste comme ruineuses pour ses profits et destructives pour ses intérêts. Le début de retraite à la fois sur le plan de la politique de bien-être et sur celui plus général de la politique de « troisième voie » (incluant la collaboration de classe), soit n'a pas été remarqué, soit a été considéré comme n'étant ni suffisant, ni rapide. Ce que la classe capitaliste voulait ce n'était pas seulement une retraite dans la politique de bien-être mais un abandon total de la politique fondamentalement de collaboration de classe de la « troisième voie ».
Les capitalistes n'ont pas vu la possibilité d'un tel abandon par le S.L.F.P. et n'ont pas envisagé un remplacement rapide du gouvernement S.L.F.P. par un gouvernement U.N.P. Ils se sont donc tournés vers d'autres moyens que les moyens parlementaires. Ils se sont tournés vers un coup d'Etat militaro-policier qui était devenu si habituel dans les pays sous-développés dans les derniers temps.
Le but de la conspiration était de remplacer la démocratie parlementaire elle-même à Ceylan par une dictature militaro-policière qui aurait avant tout détruit la force organisée politique et syndicale de la classe ouvrière. Cela démontre pleinement le contenu de classe hautement réactionnaire de cette conspiration. Le programme que se proposaient de suivre les conspirateurs par la suite n'est pas connu: mais il est clair qu'ils pensaient fonctionner sous la protection de l'impérialisme et en association avec les forces unies de la réaction. Le fait que ces buts aient été instinctivement acceptés par la grande et la moyenne bourgeoisie plus particulièrement, a été montré par la rapidité avec laquelle leurs cercles ont ac- condé leur sympathie politique aux conspirateurs.
Le contexte dans lequel la conspiration fut préparée (à la différence de ses causes) est de la plus haute signification. Pour commencer, elle s'est préparée dans les conditions d'un état d'urgence. Dans ces conditions le pouvoir civil repose directement sur l'appareil militaro-policier et a continuellement recours à lui dans le cours du fonctionnement journalier; d'autre part, les organisations de masse du peuple étaient entravées et bloquées dans leur fonctionnement normal. En d'autres termes, les opérations de l'état d'urgence donnent à l'armée et à la police une position particulierement avantageuse pour un coup d'Etat. En second lieu, cette préparation du coup se fit dans des conditions d'insatisfaction des masses, de mécontentement de la minorité et de soulèvement syndical. Cela ne signifie pas que les conspirateurs pêchaient seulement en eaux troubles. Ils comptaient sur la situation des masses pour rendre le gouvernement incapable d'appeller celles-ci avec succès à sa défense contre le coup d'Etat. Leur calcul n'a pas pu être mis à l'épreuve. Il est également probable que les conspirateurs comptaient prendre le gouvernement au dépourvu et les masses par surprise. Il est bien connu qu'ils y étaient presque parvenus.
L'avortement du coup le 27 janvier et les mesures prises par le gouvernement S.L.F.P. par la suite n'annulent pas en fait le danger d'autres conspirations. Au contraire, les moyens mêmes que choisit le gouvernement pour combattre les forces du coup d'Etat, recréent le danger de nouvelles conspirations. Pour commencer, le gouvernement refuse de se tourner vers les masses autrement que verbalement. Il refuse d'organiser les masses pour la défense du gouvernement lui-même.
Le gouvernement compte principalement sur les éléments loyalistes dans la police et l'armée et, d'une façon générale, sur l'administration civile. C'est ce qu'il appelle la réorganisation des forces armées et de l'administration civile. Le gouvernement compte aussi sur l'influence modératrice sur la classe capitaliste de sa politique accrue d'abandon de la collaboration de classe et de la politique de bien-être. L'accent mis couramment sur le développement capitaliste en association avec le grand capital ne peut qu'amollir d'importantes sections de classe capitaliste.
Néanmoins l'armée dans l'Etat bourgeois n'est pas seulement tributaire du gouvernement du moment mais aussi du milieu politique et social. Particulièrement, dans les plus hauts échelons et dans les sections techniques, les militaires ont des liens sociaux étroits avec les cercles bourgeois et, dans des circonstances appropriées, ils sont sensibles aux pressions politiques de ces cercles en dépit de leur éducation particulière. • La venue d'un autre coup d'Etat dépend du degré d'insatisfaction régnant dans les cercles bourgeois et de loccasion
QUA qui peut se présenter. Une telle occasion peut être donnée par un gouvernement entrant en collision sur le plan économique avec les forces de masses qui l'ont ellesmêmes porté au pouvoir.
De toutes manières, la conspiration a montré , la faiblesse des bases sur lesquelles repose la démocratie parlementaire à Ceylan.
Elle a également montré la volonté de la classe capitaliste de jeter par-dessus bord la démocratie parlementaire lorsque celle-ci entre en conflit ou même gêne sérieusement les intérêts de classe bourgeois. Dans ces conditions, la défense des institutions démocratiques contre les attaques bourgeoises devient un intérêt des masses ayant droit de vote en particulier et en fait des masses en général. La tâche est de préparer et d'organiser cette défense sur une base de masse et par des méthodes de masse; c'est-à-dire au moyen d'une action directe de masse sur le front le plus large. C'est, bien entendu, également une tâche qui fait partie de celle qui consiste à préparer et à organiser les masses pour résister et contreattaquer à tout nouvel assaut contre leur standard de vie.
Il existe une autre variante de la menace de dictature qui doit être notée à ce sujet. Le coup d'Etat de l'extrême-droite n'est pas la seule forme de menace dictatoriale qu'affronte aujourd'hui le peuple de Ceylan. Une menace dictatoriale moins dramatique mais non moins dangereuse provient du gouver-
Le L.S.S.P., ayant aidé non seulement électoralement mais aussi politiquement à amener le gouvernement S.L.F.P. au pouvoir, a élaboré un cours tactique par rapport à ce gouvernement qui a été résumé en une assurance en trois points aux masses. Le L.S.S.P. s'est engagé : a) à soutenir toute action progressive du gouvernement S.L.F.P., b) à défendre le gouvernement S.L.F.P. contre le sabotage par l'U.N.P. et les forces de la réaction ; c) à résister de façon intransigeante à tout effort de quelque secteur que ce soit pour arracher aux masses les positions qu'elles avaient conquises. Aux termes de cette tactique, le groupe L.S.S.P. au parlement a refusé de se mettre au Parlement soit aux côtés du gouvernement, soit dans l'opposition, mais s'est situé et a fonctionné comme un groupe indépendant de la ligne standard tracée entre le gouvernement et l'opposition au Parlement.
Dans les huit premiers mois environ de l'existence du gouvernement S.L.F.P., l'accent du L.S.S.P. a été mis sur le premier aspect de la tactique. C'était pendant cette période que le Parti a voté pour le discours du Trône et pour le budget. A l'occasion du Discours du Trône, néanmoins, le groupe parlementaire a proposé contre le gouvernement un amendement appelant à la nationalisation des plantations.
L'application de la tactique a changé avec la campagne Satyagraha et l'état d'urgence.
nement S.L.F.P. lui-même. C'est une dictature rampante qui est mise en avant suivant les occasions sur un front ou sur l'autre de la politique gouvernementale. Le premier et plus vaste aspect de cette menace est le maintien prolongé de l'état d'urgence de plus en plus strictement. Sur les 48 mois qui se sont écoulés depuis la proclamation de l'état d'urgence à la fin mai 1958, mois entiers ont été passés en régime d'urgence. Les règlements promulgués sous ces régimes ont été de plus en plus stricts et draconiens ; à tel point que le cadre législatif ainsi créé suffirait amplement pour le fonctionnement d'un régime totalement dictatorial fonctionnant sur la base même qu'envisageaient les tenants du coup d'Etat.
La seule différence concernant la légalité aurait été que le Parlement devait être maintenu en vie et se réunir au moins une fois par mois. Un aspect non moins sérieux de cette forme de menace dictatoriale est la mise en place dans la législation permanente du pays de pouvoirs dictatoriaux innombrables pour le gouvernement. Les amendements à la loi de Trahison et les amendel'aviation sont des exemples récents de cetments aux lois sur l'armée, la marine te tendance. Le projet de loi sur la presse en est un autre. Une large dénonciation de cette forme de menace dictatoriale est une partie importante de la préparation des masses pour la lutte. C'est aussi un problème démocratique de grande portée exigeant une propagande et une agitation soutenues. Le parti a voté contre la déclaration de l'urgence tandis que tous les autres partis (le Parti fédéral était proscrit) ont voté pour. Etant donné la situation qui en résulta, le parti prit une attitude plus strictement critique et accentua son opposition à des actions spécifiques en leur opposant les mesures concrètes qui s'imposaient.
Avec le budget 1961 et ses attaques contre les masses, le parti a élaboré une attaque plus généralisée, en commençant par un vote de rejet du budget. Le troisième aspect de la tactique prenait nettement le dessus en comparaison avec le premier.
Avec la vague de grèves commençant en décembre 1961, l'utilisation de l'armée, la continuation de l'état d'urgence, le refus de négocier, la répression du 5 janvier, etc., le Parti fut réellement engagé dans une attaque contre le gouvernement avec des perspectives qui nécessitaient en fait une concrète définition d'un mot d'ordre gouvernemental. Le troisième aspect de la tactique était venu de façon décisive au premier plan.
Les événements du 27 janvier ont changé la situation en ce sens que, pour la première fois, le deuxième aspect de la tactique vint au premier plan, tandis que le troisième se maintenait néanmoins de façon importante.
Aujourd'hui, c'est indubitablement le troisième aspect qui occupe le premier plan, et le premier non seulement est peu important mais pourrait bien devenir négligeable avec
NOTRE TACTIQUE
NOTRE TACTIQUE
INPERNATIONALE le prochain budget. Dans toute éventualité, le parti a comme tâche principale la perspective et l'organisation des masses pour leur défense et, lorsque l'occasion se présentera, pour la contre-attaque, et la réalisation de cette tâche amènera les conditions d'un conflit si direct qu'il n'y aura plus de sens à parler en termes de « soutien critique » ou autres phrases de cet ordre et même peut-être en termes de la tactique élaborée au lendemain des élections générales de juillet 1960.
Le rythme de ces développements dépendra principalement du poids ressenti du fardeau imposé aux masses. Que les événements évoluent à un rythme lent ou rapide, la perspective sera une collision finale entre le gouvernement S.L.F.P. et les masses. Le succès du L.S.S.P. dans la préparation des masses et sa propre préparation pour la lutte peut être déterminant pour l'issue de la lutte.
Perspectives des luttes qui viennent
Les luttes qui viennent ne se feront pas simplement contre telle ou telle mesure du gouvernement S.L.F.P. mais contre toute la politique du gouvernement S.L.F.P., particulièrement dans le domaine des salaires et des impôts. Ce sera une lutte qui, même si elle a au début l'apparence d'avoir pour but de forcer le gouvernement S.L.F.P. à abandonner diverses mesures, aboutira rapidement dans son développement à la nécessité de remplacer le gouvernement S.L.F.P. lui-même par un gouvernement qui réponde aux revendications des masses. En d'autres termes, la lutte tendra dès le début à poser le problème du pouvoir.
Le Parti, en préparant les masses pour la lutte directe, ne peut mettre en avant un mot d'ordre qui envisage une solution du problème du gouvernement à imposer essentiellement au travers d'un processus parlementaire et sur le plan parlementaire. Tout mot d'ordre de cet ordre entraverait l'initiative des masses et tendrait à dévier les forces de masse elles-mêmes de la perspective d'action directe.
Le mot d'ordre doit aussi aider à unir dans l'action les plus larges forces progressives, incluant particulièrement les secteurs des masses qui sont encore attachés au gouvernement S.L.F.P. et vers lesquels était spécialement orientée notre tactique depuis juillet 1960.
Le mot d'ordre le plus approprié dans les circonstances actuelles serait « En avant pour un gouvernement véritablement socialiste ».
Ce mot d'ordre n'a pas seulement l'avantage d'appeler à l'action les plus larges forces progressives mais aussi celui de pouvoir prendre un contenu approprié suivant les forces et les organisations en action. De plus, si les circonstances obligeaient à poser une telle solution ou variante dans l'évolution de la situation, c'est aussi un mot d'ordre qui peut convenir à une mobilisation des forces progressives dans le parlement lui-même, bien que naturellement cela ne soit ni notre objectif, ni le sens dans lequel nous agissons.
En avant dans la lutte pour un véritable gouvernement socialiste !