I. - Avec l'élection de l'Assemblée Nationale Constituante et la désignation de Ben Sella comme Premier Ministre, à la suite de trois mois de crise, s'achevait la première étape de la lutte politique intérieure dans l'Algérie indépendante
La victoire était remportée par la tendance représentée par le Bureau Politique, sous la direction de Ben Bella, avec le soutien de la majorité de l'A.L.N. dirigée par Boumedienne. Le soutien de Boumedienne fut l'élément décisif qui porta Bella à la première place. L'alliance entre le Bureau Politique et la majorité de l'A.L.N., malgré des divergences qui se firent jour en diverses occasions, fit pen poussa à se rassembler autour de la direction actuelle. L'orientation « fanoniste balance pour la grande majorité des masses urbaines rurales, et les et même « castriste » de Boumedienne, ainsi que plusieurs déclarations de Ben Bella (malgré des contradictions, des faiblesses, et l'orientation de certains de ses alliés), ajoutées à des mesures significatives déjà prises par le nouveau gouvernement algé rien, montrent que le rapport de forces penche en faveur de tendances qui expriment, serait-ce que limitée, l'insistance des masses vouloir obtenir des changements sociaux fondamentaux, opposés au néo colonialisme.
Les forces qui furent battues au cours des diverses étapes de la crise, étaient très hétérogènes. On peut qualifier certaines tendances de conservatrices, en raison de leur perméabilité à l'influence du régionalisme, de conceptions confuses et dangereudes, ou même d'une pression directe et indirecte de la part bourgeois et de forces néo-colonialistes. D'autres tendances, d'éléments prowilaya 4, être caractérisées comme droitières, pro-bourgeoises ou pro-néocolonialistes. bien qu'incapables d'exprimer une orientation claire, comme celles ne pouvaient pas de la
La situation de l'Algérie indépendante était telle que des forces carrément probourgeoises et néocolonialistes ne pouvaient apparaître que difficilement. D'un point de vue subjectif, il était difficile à des cadres et à des dirigeants du F.L.N. d'en assu mer le rôle, étant donné leur approbation unanime du programme de Tripoli et la néussite d'une lutte dans laquelle les masses révolutionnaires avaient joué un rôle décisif. Le danger, dans une structure héritée de la période coloniale, résidait dans la confusion, le manque d'une orientation claire sur des questions spécifiques, contenu social réel et des objectifs potentiels des conflits er luttes
Bien sûr, certains cadres, parmi lesquels un petit nombre de dirigeants, et des groupes d'avant-garde à l'intérieur du F.L.N., avaient pu exprimer une ligne plus démocratique et plus foncièrement révolutionnaire que celle de Ben Bella et de ses collaborateurs. Il est également vrai que tendances plus à même parmi fauche apparurent gauche apparurent dans divers secteurs (syndicats, El Moudjahid, et willayas opposées au Bureau Politique). Mais les cadres et les groupes qui avaient pu exprimer une ligne politique claire, premièrement, agirent sur une base étroite, étant donné leur manque d'un soutien masse tangible; deuxièmement, firent preuve d'une trop faible cohésion pour être à même de jouer le rôle d'un catalyseur pendant la crise.
En conséquence, malgré des faiblesses et des vacillations, malgré des tendances bureaucratiques et même bonapartistes, la direction, autour du Bureau Politique, représentée principalement par Ben Bella et soutenue par la majorité de l'A.L.N., réussit à s'affirmer comme la tendance qui, dans la lutte pour le pouvoir, exprimait fidèlement que les autres à ce moment,les besoins intérieurs et internationaux de la révolution. Sur ce plan, répétons-nous, parmi les possibilités spécifiques, la victoire revint au rassemblement de forces le plus progressif.
II. - Après l'élection de l'Assemblée Nationale Constituante, une étape nouvelle s'ouvrait, tout aussi cruciale que la précédente. Tous les problèmes prennent maintenant une forme aiguë. développements importants et variés possibles, même dans le futur immédiat. C'est dans la période qui vient qu'auront lieu les batailles décisives contre toutes les tentatives de néocolonialisme.
Comme les événements récents en portent témoignage, la pression des masses, bien loin de diminuer, s'est accentuée, en particulier à la campagne. Les besoins immédiats pressants, de profonds sentiments révolutionnaires mûris dans les masses par la longue lutte héroïque, un refus chez les paysans et les couches urbaines pauvres de renoncer à l'espoir d'obtenir le fruit concret, social, de la victoire, tous ces facteurs tendent à favoriser de nouveaux progrès, de sorte que la possibilité d'une stagnation ou d'un recul de la Révolution se trouve actuellement éloignée. Parmi les indices les plus positifs des dernières semaines, on note la décision du gouvernement algérien au sujet de la gestion des propriétés abandonnées par leurs propriétaires, ce qui signifie un coup porté à la bourgeoisie nationale, en particulier à la campagne, aussi bien qu'aux colonialistes français; de même, la position courageuse de défense de Cuba.
Le manque de cohésion des divers groupes et tendances de gauche a rablement accru la confusion parmi de larges secteurs de militants, mais il devrait maintenant paraître clair que beaucoup de militants, cadres et dirigeants, ont tiné la leçon la plus fondamentale de la révolution coloniale, c'est-à-dire que, pour être réellement victorieuse, la révolution doit être « permanente »; elle doit se pour solonialisme des ee ents toueront en role de plus celes important. rejetant avec fermeté, dès le tout début, chaque essai d'introduire le néo-
En outre, soulignons que dans le climat actuel de la Révolution que les premiers débats de l'Assemblée Naitonale Constituante ont partiellement reflété, toute tendance à vouloir imposer une direction et les mesures qu'elle propose, par des méthodes bureaucratiques, paternalistes, au moyen du monolithisme d'un parti unique et des institutions d'Etat, trouvera de la résistance. Des méthodes démocratiques de direction seront de plus en plus fortement réclamées à tous les niveaux.
Comme nous l'avons déjà dit, un développement positif requiert une structure authentiquement révolutionnaire, démocratique, populaire, pour le nouvel Etat. Tant dans les villes qu'à la campagne, les masses doivent avoir les moyens d'exercer réellement leur propre pouvoir, d'exprimer librement leur propre volonté, et d'appliquer les mesures prises dans leur propre intérêt. Des organismes appropriés sous une forme embryonnaire, mais avec un réel contenu objectif, quelle que soit leur origine et pour discutables' que puissent être leurs façons d'agir. Il est nécessaire de commencer précisément à partir de ces formes embryonnaires, de façon à les transformer en des organes authentiques du pouvoir nouveau, et à développer la compréhension d'une telle nécessité, à partir de faibles minorités jusqu'à des secteurs de plus en plus larges des masses, dont la participation active dans ces organes d'Etat est une condition essentielle du développement et du progrès continu de la révolution.
Fondamentalement, demeure le problème de la construction d'un instrument politique adéquat. Ce n'est pas seulement de la question de la meilleure formule de gouvernement, ou du choix de l'équipe, qu'il s'agit, mais de reconstruire le F.L.N. en un partı revolutionnaire ayant une influence de masse. En bref, il s'agit du problème de la direction politique de la révolution, au sens le plus large, question qui exige une solution urgente. Des dangers sérieux menacent la révolution. Au cas où une direction politique adéquate tarderait longtemps à se créer, où les mesures essentielles seraient repoussées à plus tard à cause de formidables difficultés économiques et financières, alors, de dangereuses tendances néocolonialistes pourraient se faire jour, et, sous prétexte « d'en finir avec la confusion et le chaos », tenter d'imposer des « assistance » symbolique provenant de sources impérialistes. Par ces voies tortueuses, mesures en apparence détendables, à base, peut-être, de promesses ou même d'une le néo-colonialisme pourrait espérer emporter quelques succès et ralentir, ne fut-ce que pour un temps, la développement de la révolution vers son issue fondamentalement sociale.
III. — La IV* Internationale, qui a soutenu la lutte héroïque du F.L.N. dès ses débuts, et qui continue à appeler au soutien inconditionnel de la Révolution algérienne, offre son soutien critique au gouvernement actuel de l'Algérie indépendante. exprimant ses critiques, basées sur ses propres positions, la IV• Internationale soutient et soutiendra toutes les décisions révolutionnaires et progressistes que le gouvernemen algérien a prises et qu'il prendra.
Les marxistes révolutionnaires algériens sont convaincus de l'urgence qu'il y a à donner une structure nouvelle au F.L.N., structure qui doit être adoptée par un congrès national, après une discussion pleinement démocratique à tous les niveaux. Le F.L.N devrait adopter un programme politique fondamental et s'organiser d'après les principes du centralisme démocratique.
Les marxistes révolutionnaires ne sont pas pour une unité tout court sans distinc tions. Nous proposons instamment une unité révolutionnaire entre toutes les tendances et les forces révolutionnaires et nous suggérons que cette unité soit cimentée par la mise en chantier du programme de Tripoli. Sur cette base politique claire, il possible de vérifier quelles forces se battent réellement pour une solution révolutionsera naire et quelles forces, au contraire, sont prêtes a jouer un rôle conservateur, pro bourgeois. De cette taçon, il sera possible de surmonter les divisions actuelles parmi les diverses tendances de gauche, de rassembler d'autres forces encore hésitantes ou efrayées, et de construire une véritable tendance révolutionnaire, moteur essentiel de la révolution permanente algérienne.
En même temps, les marxistes révolutionnaires combattront pour la création de comites populaires démocratiques, élus par la base, et véritables organes du pouvoir. Comme nous l'avons indiqué, il est nécessaire de partir des formes embryonnaires qui existent déjà, ainsi que des expériences concrètes à la portée de la compréhension des masses.
Plus généralement, les marxistes révolutionnaires proposeront un programme à contenu socialiste, en insistant sur la nécessité absolue et l'urgence d'une réforme agraire radicale, d'une nationalisation des secteurs industriels fondamentaux, des banques et des transports, de l'introduction d'une planification économique, du monopole du commerce extérieur et de la nationalisation des entreprises commerciales étrangères.
Dans l'immédiat, les mesures suivantes sont proposées:
1) annulation des dettes paysannes et suspension du paiement de la rente foncière.
2) gestion par les ouvriers et les paysans de toutes les fermes et entreprises abandonnées par les propriétaires.
3) Instauration du contrôle ouvrier dans toutes les banques et industries.
4) contrôle populaire de tous les stocks de nourriture, des logements, des loyers, etc...
Des mesures concrètes telles que celles-ci, prises dans le cadre de l'orientation générale que nous avons indiquée, donneront à la Révolution la possibilité d'effectuer de nouveaux progrès importants et de surmonter tous les obstacles dont l'impérialisme espère se servir pour éviter la répétition de la magnifique expérience cubaine sur les côtes de la Méditerranée. 4 novembre 1962.