Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 17

Le Festival d'Helsinki de la Jeunesse et des Etudiants

F. Dennis · Quatrième Internationale, n° 17 · décembre 1962 · p. 33-39 · 5 248 mots

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Le Festival de la Jeunesse

Le huitième Festival mondial de la Jeunesse s'est tenu à Helsinki du 28 juillet au 6 août, avec la participation de délégués venus de presque tous les pays du monde. Ce Festival est peut-être le plus significatif de tous ceux qui se sont tenus jusqu'ici. Il a été significatif en ce sens qu'il a fourni la preuve éclatante de la grande poussée nouvelle dans la révolution mondiale à la suite de la victoire de la Révolution socialiste cubaine et la grande Révolution algérienne. Il a aussi témoigné des grandes

Le fait le plus significatif qui ait apparu au cours des dix jours de ce Festival, c'est que la délégation la plus populaire a été celle de Cuba. La grande majorité de la jeunesse au Festival était fidéliste, et beaucoup étaient conscients de ce que cela impliquait. Non seulement la jeunesse d'Amérique latine, mais aussi la jeunesse d'Afrique, même d'Europe orientale et de la péninsule ibérique, débordaient d'enthousiasme pour la Révolution cubaine, et à tous moments manifestaient spontanément et de façon très émouvante leur admiration pour ce qui avait été réalisé à Cuba.

Ce fut évident dès la cérémonie d'ouverture et la marche vers le stade olympique. A son entrée dans le stade, la délégation cubaine reçut, et de loin, les plus forts applaudissements, tandis que les cris de « Cuba! », « Castro! » et « Fidel! » ébranlaient le stade. A lopposé, la délégation soviétique, habituée à recevoir les plus forts applaudissements dans ce genre d'assemblée, trouva un accueil chaleureux bien sûr, mais inférieur à celui des Cubains.

A chaque discussion ou débat, quand il se levait ou s'asseyait, l'orateur cubain recevait une ovation tumultueuse, qui se prolongeait souvent durant quelques minutes. Durant la performance nationale cubaine — une manifestation culturelle — les spectateurs accueillirent chacun des numéros pleins de verve avec un enthousiasme proche du délire, et à la fin de la performance, il y eut une véritable fraternisation très émouvante.

Ces démonstrations étaient absolument inorganisées, spontanées, exprimant un bed'Helsinki et des Etudiants divergences et des tendances qui existent dans le mouvement communiste mondial. Car le vieux monolithisme stalinien ne s'est plus manifesté au cours des débats et des discussions ; au contraire, partout et constamment, il y avait des débats, non seulement officiels, mais dans les cafés, dans les restaurants et les pares. Au niveau même de la « Commission préparatoire internationale » (I.P.C.) qui dirigeait le Festival, on pouvait voir des orientations et des divergences claires. soin profondément ressenti par des délégués de tous les pays du monde. En quoi consistait cette attirance de Cuba ?

Certains vieux staliniens, les bureaucrates conservateurs, étaient quelque peu embarrassés par ces démonstrations. Ils s'efforcèrent de les réduire à de l'enthousiasme pour la nature « exotique » des Cubains qui, après tout, étaient tellement « latins ».

Il est vrai qu'ils doivent sembler « exotiques » à ces bureaucrates serviles qui semblent avoir une si grande influence sur certaines délégations européennes. Car ils sont totalement incapables de comprendre l'émotion réelle que ressentent les jeunes pour la Révolution cubaine, et sa direction, qui a desserré l'étreinte étouffante de ces mêmes bureaucrates conservateurs et conduit la révolution à sa conclusion socialiste.

Les jeunes d'Amérique latine et d'Afrique étaient naturellement les plus enthousiastes, car les leçons de Cuba deviennent maintenant très claires pour eux. Ils formaient « l'extrême-gauche » des délégués au Festival, comme les appelaient les bureaucrates eux-mêmes. Les Cubains se déclarèrent très clairement pour la voie révolutionnaire en Amérique latine, et aussi, bien que moins clairement que ne l'avait fait la Deuxième Déclaration de La Havane, ils affirmèrent que la révolution socialiste est nécessaire pour l'aboutissement victorieux de la lutte nationale libératrice.

La jeunesse d'Amérique latine était variée, la majorité faisant partie de différents Partis communistes, les autres appartenant à d'autres formations de gauche, y compris des forces spécifiquement castrig-

LE « FESTIVAL DE CUBA »

LE « FESTIVAL DE CUBA »

INTERNATIONALE tes. Les jeunes communistes, tout en étant extrêmement enthousiastes pour la Révolution cubaine, étaient confus lorsqu'il s'agissait de l'application de celle-ci à leur pays. (Certains camarades remarquerent qu'ils semblaient partisans d'une révolution à la Cuba dans tous les autres pays d'Amérique latine, sauf le leur !). Bien qu'il en soit ainsi, le fait que ces jeunes soient castristes au moins sentimentalement pose la possibilité pour eux de voir que les leçons cubaines s'appliquent aussi à leur propre pays.

Les jeunes d'Afrique noire, qui étaient pour la plupart des étudiants, avaient de l'importance, car ils formeront en partie les cadres de la future révolution socialiste africaine dans tout le continent. Leur réaction était un grand enthousiasme pour Cuba, bien que, souvent, ils ne voyaient pas très clairement les leçons que représente Cuba pour l'Afrique. (Bien entendu, nous ne parlons pas ici des représentants angolais et kamerunais qui les appliquent déjà !).

La jeunesse d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient était aussi pro-cubaine ; bien que naturellement tournée davantage vers la Révolution algérienne, elle était neanmoins particulièrement intéressée à lex pression socialiste de la Révolution cubaine et à son application. La jeunesse d'Irak, par exemple, semblait extrêmement consciente de cet aspect, et de même la jeunesse non-nassérienne d'Egypte. Comme ils étaient en grande partie attirés par les partis communistes de ces pays, ces jeunes auront certainement beaucoup de leçons à tirer.

Cependant la réaction la plus intéressante fut celle des jeunes d'Europe orientale. Les réactions variaient d'une délégation à l'autre, suivant leurs positions politiques et la composition de ces délégations. C'est la délégation tchécoslovaque qui fut la plus enthousiaste pour la Révolution cubaine. Ceci n'est pas extraordinaire car il y a un nombre considérable d'étudiants cubains en Tchécoslovaquie, qui ont contaminé les jeunes Tchèques par leur élan révolutionnaire. Mais ceci coïncide également avec un réveil de la jeunesse tehèque qui s'agite actuellement contre la vieille bureaucratie stalinienne. Ceci est extrêmement significatif, car en fait cela veut dire que la jeunesse tchèque au lieu de devenir « titiste » ou « neutraliste », comme cela est arrivé à la jeunesse polonaise et hongroise en 1956-57, devient « castriste », ce qui représente une différence importante. Les orateurs tehéques, dans l'ensemble, parlaient avec esprit et un véritable enthousiasme, contrairement au morne conservatisme de la plupart des délégations soviétiques et de l'Europe de l'Est. Une fois, durant la manifestation de solidarité envers les jeunes des pays coloniaux et des pays nouvellement indépendants, un groupe de délégués arabes et latino-américains se sont rassemblés en un groupe «indépendant » scandant des mots d'ordre à l'encontre des « officiels » (qui voulaient crier seulement « Paix et Festival >) et criaient continuellement ‹ Cuba ! » « Fidel ! », irrévérencieusement même vers la fin d'un discours ennuyeux. Cependant, leur réaction au discours plein de verve du représentant tchèque fut de scander longuement : « Tchécoslovaquie-Cuba ! » …..ce qui était une réaction réellement significative.

La délégation polonaise manifesta peu d'enthousiasme, exprimant ainsi le sens de la désorientation qui suivit les événements de 1956. Les Hongrois, très sélectionnés, furent eux aussi très conservateurs dans leur enthousiasme envers Cuba. La délégation soviétique, particulièrement la direction politique, était elle aussi composée d'éléments choisis. Les bureaucrates politiques au sommet étaient absolument déconcertés par l'accueil fait à Cuba. Ceci est particulièrement intéressant du fait qu'il existe des signes montrant que les jeunes Soviétiques, même ceux qui sont susceptibles d'être délégués aux conférences du Komsomol, sont castristes, du moins en partie dans leur orientation (1). Ce qu'est exactement l'ensemble de leur orientation n'est pas clair, mais l'existence même d'un tel sentiment est extrêmement significative.

Quant aux délégations bulgares et roumaines, elles montrèrent de l'enthousiasme et de l'intérêt pour Cuba. Dans leur façon de montrer un grand intérêt pour les autres tendances communistes, elles reflétaient de manière intéressante l'éveil amorcé dans leur pays.

Dans leurs interventions, les délégations chinoises et nord-coréennes, ainsi que les Vietnamiens, étaient plutôt soumis au Festival, mais du moins étaient-ils disposés à donner leur appui aux Cubains.

Les jeunes Espagnols étaient très « castristes », même ceux qui étaient membres du Parti communiste. Il était évident que l'expérience cubaine est très profonde en Espagne. qui son de pas en aux pects du festival Avant de passer aux aspects du Festival nous

(1) « La révolution cubaine. est un exemple d'un genre d'événements qui soulève un immense intérêt parmi les jeunes Soviétiques. A l'ouverture du Congrès du Komsomol, il y eut souvent les cris de « FIDEL ! cris FIDEL ! » et « CUBA ! CUBA ! »: et l'ovation faite aux délégués de la J.C. cubaine fut l'une des plus grandes...». (article paru dans World Student News - « La jeunesse soviétique : une génération perdue »).

QUATRIEME voudrions parler de la signification internationale de l'enthousiasme pour Cuba qui s'est manifesté au cours de ce Festival. Il est clair que nous devons maintenant considérer le castrisme comme un courant international dans le mouvement communiste mondial, et ceci grâce non pas à son appareil d'Etat mais à ses développements sur le plan pratique et idéologique. L'apparition d'un tel courant, quelles que soient sa confusion et pour une grande partie son manque de cohésion et d'organisation, est un fait très important pour les marxistes révolutionnaires.

Le fait qu'elle pose à l'échelle internationale l'apparition de telles directions dans toutes les parties du monde, qui, avec la victoire de chaque élan révolutionnaire de la révolution coloniale, et en premier lieu lapparition d'une tendance tendance socialiste révolutionnaire à la tête de la Révolution algérienne, renforceront cette tendance « castriste », l'approfondiront et même donneront une forme organisée internationale ; ce fait est d'une grande importance historique car il met à l'ordre du

En dehors, des Cubains, la jeunesse des pays coloniaux et semi-coloniaux constituait le groupe dominant au Festival./

Les jeunes du F.L.N. sont intervenus avec enthousiasme dans les débats et regurent un accueil enthousiaste de tous les délégués et naturellement de leurs frères du Maghreb et de toutes les nations arabes. La promesse très souvent répétée de délégués algériens était celle d'aider toutes les luttes révolutionnaires en Afrique par tous les moyens possibles, y compris Taide et l'entraînement militaire... et ils citèrent avec fierté leur aide à la Révolution angolaise.

Il apparut un grand fossé entre les délégués d'Asie et ceux venus d'Afrique et évi l'Amérique latine. Les délégations d'Asie souvent composées en grande partie de jeunes appartenant à des partis bourgeois, étaient en fait à la droite de la grande majorité des délégués du Festival. A ce propos, la Jeunesse communiste refléta

Timpasse dans laquelle se trouvent la plupart des Partis communistes asiatiques, en s'alignant tranquillement sur la ligne de leurs « alliés » féodaux et bourgeois. Ceci fut amplement démontré par le départ des délégués ceylanais qui soutenaient le parti gouvernemental, le S.L.F.P., et le M.E.P.; seuls restèrent nos camarades du L.S.S.P.

jour l'éviction des partis chinois et soviétique de leur position dominatrice, et l'élimination des derniers restes du stalinisme à l'échelle mondiale. Pour la Quatrième Internationale se pose la tâche de l'intégration, en renforçant et en approfondissant cette tendance, jusqu'au but final d'une nouvelle Internationale marxiste révolutionnaire de masse.

Le fait peut-être le plus significatif, c'est l'apparition d'éléments castristes parmi les jeunes des autres Etats ouvriers, car du point de vue historique c'est jusqu'ici le lien le plus clair entre la révolution socialiste coloniale et le développement de la révoution politique. Ce lien que le Parti Communiste chinois n'a pu forger, comme il aurait dû le faire dans son différend avec les khrouchtcheviens soviétiques, parce qu'il faisait bloc avec les « vieux staliniens », se forge maintenant par l'esprit et l'exemple de la Révolution cubaine, et il se renforcera et même s'approfondira si les tendances socialistes révolutionnaires triomphent en Algérie. et ceux du Parti communiste, les autres ayant été entraînés par l'Internationale des jeunes sociaux-démocrates.

La grande majorité de la jeunesse africaine était composée de militants anti-impérialistes. Ceux qui étaient marxistes comcomprenaient clairement la nécessité, pour la révolution nationale, de se transformer en révolution socialiste si elle voulait remplir ses objectifs, et ceci s'appliquait même à ceux qui se sentaient liés au mouvement communiste officiel. Ces derniers, qui se considéraient comme communistes, ne manifestaient aucune illusion dans les Etats ouest-africains et leurs directions, qu'ils qualifiaient de nationales bourgeoises.

Les jeunes du Kamerun, où se poursuit une dure guerrilla contre les Français et leurs agents, parlèrent longuement et furent bien accueillis. Il en fut de même des jeunes Angolais.

Si, en Afrique, certains parlaient encore en termes khrouchtchéviens, ils étaient en minorité ; ainsi, par exemple, le cas des jeunes du Soudan, où il y a un fort Parti communiste, qui parlaient de « coexistence pacifique'», sans un mot de la lutte révolutionnaire en fait nécessaire pour libérer leur pays de l'impitoyable dictature militaire qui l'opprime.

LA JEUNESSE DES PAYS COLONIAUX ET SEMI-COLONIAUX

DOMINE LE FESTIVAL

LA JEUNESSE DES PAYS COLONIAUX ET SEMI-COLONIAUX

DOMINE LE FESTIVAL

INTERVENTION DE LA

Ce fut dans cette atmosphère hautement intéressante que les jeunes trotskystes de huit pays firent leur intervention au Festival. Le fait qu'ils aient pu diffuser 3.000 tracts écrits en frangais et en anglais parmi les délégués, en ne se heurtant qu'aux staliniens finlandais, était un signe important du grand changement d'atmosphère intervenu ces dernières années, et même depuis le dernier Festival de la Jeunesse à Vienne.

Les jeunes trotskystes sont intervenus dans toutes les discussions importantes, sauf quand ils en furent empêchés par le président. Plusieurs camarades eurent la possibilité de parler.

L'accueil que nos camarades reçurent, a la fois individuellement dans la discussion et par leur tract, fut souvent amical, parfois d'un intérêt agressif, et seulement dans quelques cas très isolés franchement hostile.

Chaque fois que nous rencontrions des camarades algériens, nous étions accueillis par des poignées de mains et même des accolades. C'était une magnifique illustration pour nos jeunes camarades du fait que tous les jeunes Algériens connaissaient la IV* Internationale et savaient ce qu'elle avait fait pour la Révolution algérienne. Les manifestations de leur amitié pour la IV' Internationale, en dehors des salles et devant de nombreuses personnes venues du monde entier, fut un magnifique soutien pour nos camarades souvent rudoyés, particulièrement par les staliniens finlandais. Ce fut une expérience que nos camarades ne sont pas près d'oublier.

Mais naturellement, le plus intéressant, ce fut la réaction des jeunes des Etats ouvriers. Et ceci fut, pour nous, probablement le trait le plus significatif de tout le Festival. Leurs réactions furent particulièrement intéressantes lorsqu'on se rappelle que c'est la première fois depuis des dizaines d'années que les jeunes des Etats ouvriers avaient vu des trotskystes distribuant ouvertement du matériel trotskyste.

En fait, l'accueil du tract, et d'autant plus lors de discussions ouvertes et semi-publiques, fut amical et plein d'intérêt. Ce fait est encore illustré quand on sait que, sur les milliers de jeunes des Etats ouvriers qui le reçurent, seuls 3 ou 4 délégués soviétiques le déchirèrent ostensiblement. Naturellement, laccueil variait d'un pays à l'autre.

La délégation tchécoslovaque s'intéressa beaucoup au traet, fut amicale et montra une disposition surprenante à discuter d'une façon saine et honnête, même devant une foule de gens, et exprimant son accord avec certains arguments développés dans le tract. En fait, la seule question qui soule-

JEUNESSE TROTSKYSTE vait leurs objections était celle de la « coexistence pacifique », sur laquelle la plupart des délégués d'Europe de l'Est ont des illusions, sans doute à cause de leur désir sincère de paix et de leur conscience de la signification d'une guerre atomique. Il est évident, pour nous, que les jeunes Tchèques sont d'abord castristes, qu'ensuite ils atteignent une nouvelle montée, ce qui signifiera en fait qu'ils s'opposeront à la bureaucratie sur la gauche. car ils ne tomberont pas dans le désir illusoire d'une « neutralité » titiste qui a tant influencé les événements de 1956-57 en Pologne et en Hongrie, et feront pression non seulement pour une démocratie socialiste, mais aussi pour une politique étrangère mondiale plus révolutionnaire. Ce développement est favorisé par certaines autres conditions particulières au contexte tchèque : un prolétariat très développé (même avant la guerre), absence de tout sentiment « nationaliste » anti-russe, tel qu'il prévaut par exemple en Pologne, une tradition de démocratie bourgeoise, combinée à un haut niveau culturel, ete...

Si les jeunes Tehèques montrèrent des signes d'une forte agitation après avoir subi longtemps l'un des partis les plus staliniens de l'Europe orientale, il en fut de même des délégués de Bulgarie et de Roumanie qui, tout en n'étant pas préparés à discuter aussi librement, montrèrent un fort désir de lire notre littérature, témoignant de la volonté de ces délégués de connaître le point de vue trotskyste. Ceci aussi confirmait les rapports selon lesquels la jeunesse de ces pays bouge elle aussi.

Si, de la part de la jeunesse tchèque, bulgare et roumaine, il y avait un grand intérêt et même une sympathie, les Polonais, alors qu'ils étaient disposés à lire la litterature et a la garder, et naturellement à discuter d'une façon saine, semblaient totalement acquis à une position « titiste» et montraient même une tendance nationaliste anti-russe alarmante. Et ils se montrerent aussi plus khrouchtchéviens que Khrouchtchev sur la question de la coexistence pacifique.

Quant aux Hongrois, ils avaient été soigneusement triés et, tout en n'étant pas fortement hostiles, ils semblaient engagés envers le régime et son évolution libérale.

La délégation de l'Union Soviétique aussi était bien choisie. On peut en juger par le fait que, sur une délégation de 700 jeunes et étudiants, il y avait seulement 15 étediants ! (2). C'est particulièrement significatif puisqu'il est bien connu que les

(2) Rapporté dans la Komsomolskaïa Pravda.

étudiants, particulièrement à Moscou et à Leningrad, sont extrêmement anti-bureaucratiques et critiques à l'égard du régime politique dans son ensemble. Le fait que le régime n'ait pu trouver que si peu d'étudiants en qui il puisse avoir confiance politiquement, pour le testival de la jeunesse, est tres significatif. Ceci illustre le degré auquel les étudiants sont hostiles au régime politique.

Les Chinois, les Nord-Coréens et les Vietnamiens ne montrèrent aucune réaction quelle qu'elle soit, et n'étaient pas disposés à entrer dans des discussions.

Si la réaction de la jeunesse d'Europe orientale était très variée, il en était de même des membres des différents Partis communistes de l'Europe occidentale.

Le meilleur accueil fait à notre tract, parmi les délégués de l'Europe occidentale, a été celui de la délégation italienne, de la Jeunesse communiste comme de la tendance de la Jeunesse socialiste (Nenni). Les communistes et les jeunes socialistes italiens étaient sans exception amicaux, et même dans certains cas très amicaux. Ceci prouvait amplement l'importance que notre section et les idées trotskystes dans leur ensemble avaient eue dans la Jeunesse communiste d'Italie. Tandis que, naturellement, l'accueil par la Jeunesse communiste frangaise n'était pas tout à fait aussi amical, il y avait un vif intérêt et un honnête désir de découvrir nos idées. Ceci du moins pour les militants de base; les staliniens au sommet étaient extrêmement hostiles, et à PI.P.C. par exemple, ils constituèrent notre

Si l'on n'a rencontré aucune hostilité de la part de la grande majorité des participants, même des dirigeants de la plupart des délégations, dans la diffusion de nos tracts et dans les discussions particulières, il y en eut de la part des staliniens finlandais.

Le Parti communiste finlandais avait évidemment un grand rôle dans l'organisation et le déroulement du Festival, en particulier c'est dans ses rangs qu'avaient ete pris le service d'ordre et les portiers pour le Festival. La direction du Parti communiste finlandais reste une des plus staliniennes en Europe et a peu reculé. Récemment, des intellectuels groupés autour du nouveau magazine Tilanne (Situation) rompirent avec le Parti communiste, entraînant avec eux un ancien éditeur de leur journal, et quelques-uns des intellectuels de gauche les plus influents en FinJande, dont la plupart jouèrent un rôle plus grand obstacle. Les jeunes du P.S.U. étaient aussi extrêmement intéressés.

Chez les délégués du reste de l'Europe, nous avons rencontré un certain intérêt, mais rien de comparable à l'Italie ou à la France. Faisait exception la Jeunesse d'Espagne, la majorité appartenant au Parti communiste espagnol, qui, elle aussi, était très amicale et, dans certains cas, montrait qu'elle avait lu Trotsky au sujet de l'Espagne et était d'accord avec ses conclusions, Nous avons reçu un chaleureux accueil de la part des délégués japonais et particulierement des camarades du Zengakuren. Parmi les autres délégations asiatiques, sauf naturellement les Ceylanais, nous n'avons trouvé qu'un faible écho.

Nous avons déjà mentionné l'admirable accueil que nous avons reçu des camarades algériens ; nous pouvons dire aussi que nous avons été très bien reçus par toutes les délégations du monde arabe, et en particulier par les jeunes Marocains et Irakiens. Et si les Irakiens n'étaient pas disposés, dans la discussion, à approuver entièrement nos conclusions sur la lutte en Irak, ils étaient prêts à y réfléchir très attentivement.

Chez les Latino-américains, nous avons trouvé un grand intérêt, y compris parmi les délégués cubains, et s'il y eut quelque hostilité, elle venait des staliniens à tout crin.

Avec les Africains, il y avait de l'intérêt et absolument aucune hostilité.

Dans l'ensemble done, nous fûmes bien accueillis par de nombreuses délégations, et les autres ne nous furent pas hostiles. influent dans la lutte anti-fasciste durant la guerre. Ce magazine avait publié la lettre adressée par Natalia Trotsky à Khrouchtchev au moment du 22° Congrès du P.C.U.S., demandant la réhabilitation de Léon Trotsky. En même temps, dans le mouvement étudiant du Parti communiste finlandais, il y a maintenant plusieurs tendances.

Il est donc compréhensible que la direction stalinienne du P.C. finlandais n'ait pas très bien accueilli l'intervention des jeunes trotskystes et se soit montrée particulièrement hostile à la distribution de notre tract. Au début, nous avons pu faire notre diffusion librement ; ensuite, notre tract a été examiné à plusieurs reprises par le « service d'ordre » qui, pour la plupart, ne savait ni lire ni parler l'anglais ou le frangais. Soudain, dans les salles où nous avions distribué librement nos tracts pendant deux ou trois jours, le même « service d'ordre»

LES PROVOCATIONS STALINIENNES

LES PROVOCATIONS STALINIENNES nous interdit de poursuivre la diffusion. Le vendredi 3 août, le « service d'ordre» appela deux fois la police pour nous empêcher de distribuer les tracts, Les camarades s'adressèrent immédiatement à la Commission préparatoire internationale du Festival qui, tout d'abord, refusa de nous donner des précisions, sinon que nous ne pouvions distribuer à l'intérieur des salles elles-mêmes, mais qu'à l'extérieur, elle n'avait aucun droit de juridiction. Il est bon de rappeler que cet entretien avait lieu avee M. Garcia, le délégué français à TI.P.C. En conséquence, nous sommes retournés faire notre diffusion et, après de longues discussions, on nous autorisa à diffuser nos tracts, mais à 100 mètres de l'entrée ! Mais même cela n'était pas satisfaisant pour les staliniens finlandais. Le jour suivant, ils nous provoquèrent par des menaces, dans l'intention claire de semer le trouble. A la fin, ils firent à nouveau appel à la police finlandaise qui nous emmena alors même que nous distribuions à 100 mètres de l'entrée, comme il avait été convenu précédemment. Nous sommes retournés au bureau de la C.P.I. pour déposer une protestation. Cette fois, nous fûmes reçus par le membre polonais de la C.P.I. qui, après nous avoir entendus, fut d'accord pour trouver que notre tract n'était pas anti-Festival et accepta de soulever la question à la C.P.I. Le lendemain matin, il dit à nos camarades qu'on en avait discuté et que nous étions libres de diffuser en dehors des assemblées du Festival. Il « regrettait » toutefois de ne pouvoir avertir le service d'ordre finlandais de cette décision. Il promit de leur donner une déclaration écrite, mais en fait, cette dernière ne leur parvint jamais.

Les camarades décidèrent de diffuser le tract et de vendre Fourth International dans l'un des plus grands squares où devaient se rassembler les délégués pour la marche finale. Nos camarades arrivèrent immédiatement, et avant même qu'ils aient sorti leurs tracts, ils furent reconnus et encerclés. En fait, aucun de ces gardes ne nous avait vus avant, et il semble probable que quelqu'un leur avait dit que nous étions « anti-Festival». Il faut dire que, durant toute la semaine précédente, un certain nombre de photographes staliniens finlan-

Naturellement, à ce Festival, consacré comme il l'était à «la paix et l'amitié», le centre de toute discussion politique était la question du chemin vers la paix mondiale et celle de la lutte pour l'indépendance nationale.

dais avaient photographié les camarades qui faisaient des diffusions. Il est probable et même plus que probable, que ceci a été fait dans le but de distribuer nos photos à tous les « gardes » et, profitant de l'incapacité de ces derniers à lire le français ou l'anglais, de leur dire que les trotskystes étaient des « provocateurs » et étaient « anti-Festival ».

En tous cas, lorsque les camarades tentèrent de distribuer les tracts, ils en furent empêchés par les gardes qui appelèrent la police une fois de plus et nous firent expulser du square. La plupart des camarades restèrent avec les tracts dans un pare plus petit tout près de là, tandis que deux camarades retournèrent au square, sans tract, trouver un membre de la C.P.I. qui pourrait dire aux gardes de nous laisser distribuer. Nous avons trouvé le membre indonésien de la C.P.I. qui refusa néanmoins de faire quoi que ce soit et qui nous dit de nous adresser à M. Garcia, le membre français de la C.P.I. Nous étions en train de demander à la délégation française où il se trouvait lorsque nous fûmes saisis par deux policiers et deux « gardes». Du square, nous fûmes escortés, moi par deux policiers et le camarade ceylanais, , Marshall Perera, secrétaire du groupe L.S.S.P., par deux « gardes » finlandais qui prirent un véritable plaisir à lui tordre durement le bras et en général « à se servir de leurs bottes ». Nous fûmes emmenés à la voiture de police à la sortie du square, puis au poste de police d'où nous fûmes bientôt relâchés.

Après en avoir discuté, les camarades du Festival, d'accord avec des jeunes Américains, décidèrent de ne pas aller à la presse bourgeoise, mais de faire connaître l'affaire dans notre propre presse et dans l'ensemble de la presse de gauche.

La section ceylanaise a déjà envoyé une vive protestation à la C.P.I., tandis qu'une lettre a été adressée à l'éditeur de Talinne en Finlande, qui, nous l'espérons, sera publiée. Nous demandons aussi à toutes les sections de donner à cet événement le maximum de publicité.

Si nous ne sommes parvenus à rien d'autre au Festival, nous avons du moins établi notre droit, approuvé par la Commission Préparatoire Internationale, de distribuer notre tract à l'avenir durant les Festivals.

L'Union soviétique et ceux qui appartiennent à la tendance khrouchtchévienne exposèrent la politique habituelle de la « coexistence pacifique», basée, comme l'ont déclaré explicitement la plupart de ses défenseurs, sur la croyance selon laquelle

LA QUESTION DE LA « COEXISTENCE PACIFIQUE »

LA QUESTION DE LA « COEXISTENCE PACIFIQUE »

« Kennedy veut la paix » et qu'il est possible de trouver quelque arrangement. . En fait, c'est par exemple ceux qui étaient plus khrouchtchéviens que Khrouchtchev qui exposaient cette ligne (tels les Polonais), tandis que les délégués soviétiques, tout en attaquant la politique des U.S.A., s'alignaient sur cette même foi dans la bonne volonté de l'impérialisme américain.

Dès le début, il fut évident que les délégués des pays de la révolution coloniale ne suivaient pas cette ligne.

Les délégués de la révolution coloniale lancèrent de vives attaques contre l'impérialisme et le néo-colonialisme, et par ces attaques donnèrent le ton au Festival. Ils exposèrent clairement la position selon laquelle il ne peut y avoir de paix sans la disparition de l'impérialisme du monde colonial, et certains même comprirent que cela signifiait en fait que la révolution coloniale doit atteindre un développement socialiste à la cubaine. Ainsi, ils soulignaient qu'ils ne voulaient nullement s'inscrire dans une division quelconque du monde sur la base du stutu quo, qu'ils n'accepteraient aucun accord de « zone d'influence » qui les laisserait sous le joug colonial et celui de la pauvreté et de la dégradation. Il faut mentionner que les délégués soviétiques, eux aussi, adoptèrent cette formule générale : « pas de paix sans disparition du colonialisme », sous la pression de la révolution coloniale, mais ils donnaient à l'expression « disparition du colonialisme» une interprétation qui serait sans doute acceptable pour les « décolonisateurs » impérialistes et qui, naturellement, n'implique en aucune façon une décolonisation à la Cuba.

Ainsi, a cause de l'absence, chez tous les révolutionnaires des pays coloniaux, d'une compréhension totale de ce problème crucial, les khrouchtchéviens ont pu « trouver une formule » permettant tout au moins d'éviter une attaque de front (ce qui, en fait, est arrivé au cours de la résolution politique finale où on trouva un tel slogan malgré la méfiance de certaines délégations latino-américaines).

En un sens, les jeunes de la révolution coloniale voyaient ce problème dans la perspective de la révolution coloniale. Nous, trotskystes, avons essayé de le poser dans la perspective de la révolution mondiale dans son ensemble, voulant ainsi exposer une vue totalement intégrée, qui puisse éviter les erreurs de la position des camarades coloniaux.

Les jeunes trotskystes s'efforcèrent d'expliquer qu'il ne pouvait y avoir de monde pacifique qu'avec la victoire finale du socialisme dans les principaux pays impérialistes, les U.S.A. et la Grande-Bretagne. Nous avons montré qu'il était impossible d'envisager la défaite du colonialisme (c'est-à-dire une révolution de type cubain DANS LE MONDE ENTIER, la victoire du socialisme en Asie, en Afrique et en Amérique latine) sans la perspective presque inévitable que l'impérialisme déclenche une guerre nucléaire, à moins qu'il n'en soit empêché par les ouvriers de son propre pays, par les ouvriers américains.

Il faut dire qu'en posant la révolution mondiale comme seule solution au problème de la paix, nous eûmes peu de défenseurs. Ceci à cause du pessimisme de la jeunesse quant à la capacité de la classe ouvrière américaine à accomplir sa tâche historique. Ils étaient donc disposés à envisager les plans de « coexistence pacifique » et ce réel désir, si profondément ressenti, de trouver quelque possibilité de ce genre, devant l'extrême retard du prolétariat américain est une des principales forces de la politique de «coexistence pacifique » de la bureaucratie, et des plans khrouchtchéviens.

Il y avait deux propositions pour le lieu du prochain Festival : Sofia et La Havane. Tout en saluant la Jeunesse bulgare, qui commence à se réveiller de la longue nuit stalinienne, nous avons soutenu avec enthousiasme la tenue du prochain Festival à Cuba, territoire libre d'Amérique. Tenu dans trois ans, ce serait un grand progrès de la révolution mondiale, ayant à son centre la Révolution cubaine. Dans un certain sens, la « compétition » entre La Havane et Sofia symbolise la compétition entre la bureaucratie conservatrice de type khrouchtchévien et le courant révolutionnaire de type castriste pour le soutien de la jeunesse mondiale. Nous ne pouvons que soutenir de tout cœur le courant castriste.

Un point final : au Festival d'Helsinki, le film antifasciste italien « Allarmi siam fascisti » fut montré. C'est un documentaire sur la montée du fascisme, dans lequel on trouve des séquences sur la Révolution russe. Lenine et Trotsky apparaissent, puis plus tard Staline. Lenine fut le plus applaudi, Trotsky et Staline le furent autant, mais ceux pour Staline s'arrêtèrent rapidement quand ils s'aperçurent que c'était un film anti-Staline. 16 septembre 1962.

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