Ce qui est arrivé il y a quelques années en Egypte et ensuite en Irak, vient de se répéter au Yémen: une prise du pouvoir violente effectuée par des officiers de carrière; le renversement de la monarchie et la proclamation d'une république qui été rapidement reconnue par la Republique Arabe Unie, la Syrie et l'Union soviétique.
Le Yémen est le pays le plus arriéré ce l'Orient arabe et les conditions de vie de son peuple sous le joug de l'Iman avaient atteint un tel degré de dégradation que le peuple aspirait depuis des années à un changement et celui-ci, quel qu'il ait ete, aurait ete considére par lu comme une amélioration. En fait, il y eut deux tentatives d'effectuer un tel changement depuis 1940, mais ces tentatives Furent écrasées et la monarchie absolue restaurée.
Jusqu'à ces temps derniers, le Yémen était complètement isolé du monde entier. Les Imans, craignant toute lueur provenant du monde extérieur, avaient maintenu fermées toutes les fenêtres du pays. Mais il y a quelques années, pour un certain nombre de motifs politiques et stratégiques, ils furent contraints d'accepter une aide de la République Arabe Unie et de l'Union Soviétique, et de nombreux officiers de l'armée yémenite furent entraînés en Egypte. La petite armée yémenite de 5.000 hommes et officiers fut réorganisée sur une base moderne et équipée d'armes modernes, provenant en majeure partie d'Union soviétique.
Les personnalités et les caractéristiques politiques et sociales des officiers qui ont réalisé le coup d'Etat étaient virtuellement inconnues à l'extérieur du Yémen (1); mais leurs actions et le ferme appui qu'ils recueillirent rapidement, et sur ledu Caire, montre qu'ils sont inspirés par quel ils s appuient toujours, de la part Ics principes du nationalisme arabe et le soi-disant « socialisme arabe » du type nassérien. En d'autres termes, leur coup d'Etat peut être considéré comme une partie et un fragment du mouvement arabe pour l'unité nationale et la réforme sociale qui, par manque d'une véritable direction révolutionnaire prolétarienne, est dirigé par la bourgeoisie nationale représentée par Nasser et ses suiveurs et disciples du monde arabe. Entre temps, les dirigeants du coup d'Etat expropriaient la famille royale et confisquaient l'ensemble des propriétés de 17 monarchistes qui, dit-on, ont été mis
, mort par le nouveau régime. De nombreux observateurs des affaires arabes prévoient également pour bientôt un appel du nouveau gouvernement yémenite à l'unité avec la République Arabe Unie.
Les répercussions internationales, et plus spécialement inter-arabes de ce nouveau tour des événements au Yémen peuvent se révéler d'une grande importance, Le vent de changement affectera très vraisemblablement les voisins du Yémen, parmi lesquels l'Arabie Saoudite est le plus vulnérable, et changera ainsi le rapport des forces à l'intérieur du monde arabe entre le mouvement national nassérien pour l'unité arabe et le front formé récemment contre lui par les dirigeants actuels de Syrie et d'Irak et les agents impérialistes discrédités que sont Hussein de Jordanie et Seoud. Le premier symptôme de cette tendance, qui est notable, est la reconnaissance rapide du régime yémenite de la pant de la Syrie. Apparemment, le roi Seoud comprend le danger et se prépare à le conjurer en tuant l'ennemi dans le germe. Beaucoup de rapports de presse disent qu'il mobilise pour une intervention armée au Yémen. Mais son trône chancelle. L'opposition à son joug est forte et étendue dans le pays. Son frère lalal, qui dirige une fraction de l'opposition dans les cercles dirigeants et dont les tentatives pour introduire quelques réformes pacifiques afin d'éviter la vague de la révolution ont toujours été empêchées par le roi, s'est récemment enfui au Caire d'ou il appelle maintenant ouvertement au renversement de son frère. Dans le même temps les propres for-
(1) L'Economist du 6 octobre publie l'intéressant passage suivant :
«Le Premier Ministre et Ministre de l'Economie (du Yemen), Abdul Rahman Baidani, est né au Caire et a parlé fréquemment à la radio du Caire: il s'avère être maintenant le principal porte-parole du gouvernement de Sanaa. Il a promis des élections générales « en temps utile » et a demandé au gouvernement d'agir entre temps sous la direction du commandement révolutionnaire, suggérant ainsi que le présent Cabinet est provisoire. Le ministre des Affaires étrangères, Musin el-Eini, qui est allé cette semaine au Caire pour mobiliser l'appui au nouveau régime, était auparavant le représentant du T.U.C. d'Aden au Caire. Le ministre de l'Immigration est un ancien employé des docks d'Aden qui quitta le Yemen à lage de 5 ans et n'y est pas retourné depuis. Au moins quatre autres ministres ont été en exil pendant de longues périodes. L'armée a visiblement des difficultés pour trouver le matériel avec lequel on fait des ministres ».
INTERNATIONALE ces armées de Seoud ne sont plus considérées comme sûres car nombre de leurs officiers sont influencés par le mouvement national et attendent l'occasion de lement à Aden mais aussi dans tout le Golfe Persique, à la lumière du nouveau changement au Yemen. Koweit, Bahrein, Quatar, Muscat et Oman, les divers Etats (spécialement Abu Dhabi considéré maintenant comme ayant les plus vastes réserves de pétrole du Moyen-Orient) sont las du joug des monarques absolus, la révolution y gronde, et tous dépendent de la Grande-Bretagne. Entre temps des rapports d'Aden disent que les concentrations de troupes britanniques se forment à la frontière du Yemen.
En même temps des informations du Caire indiquent que la République Arabe unie a ellectué des déplacements de troupes terrestres, maritimes et aériennes dans la Mer Rouge, dans l'attente de tout appel à l'aide du gouvernement du Yemen. Des rapports • en provenance d'Arabie séoudite mentionnent des mouvements de troupes séoudites le long de la frontière yemenite, La presse syrienne parle de l'inévitabilité de la guerre civile au Yemen, avec l'Arabie séoudite intervenant en faveur de l'Iman et la République Arabe Unie donnant son appui armé au nouveau régime. Dans une telle situation il n'est pas improbable que les forces britanniques à Aden seront engagées dans une tentative de restauration des Imans.
Mais une telle guerre civile, avec une telle intervention, entlammerait ensemble du monde arabe, impliquerait tous les Etats arabes et pourrait être transformée dans une seule grande guerre civile dans tout l'Orient arabe. Le manque de toute autre force politique capable de transformer cette guerre civile en une véritable révolution socialiste prolétarienne, rallierait sans doute le gros des masses arabes autour de la bannière de Nasser et de ses slogans d'unité arabe et de « socialisme arabe ».
Néanmoins, les dirigeants réactionnaires arabes comprennent la situation, prévoient ses perspectives et, craignant un tel développement, des événements, ils peuvent hésiter à démarrer une telle guerre. De toute manière, ils sont perdus dans les deux cas. 10 octobre 1962.
se soulever (en une seoudites en route yemenite avec des tions se posèrent.
à semaine deux avions pour la frontière armes et des muni-
Assouan en Egypte où les cinq hommes de l'équipage demandèrent et obtinrent l'asile politique).
D'autre pant, les intérêts britanniques sont également concernés. Le plan britannique de formation d'une fédération qui doit relier Aden avec les onze protectorats d'Aden a rencontré une très forte résistance à Aden. La seule organisation populaire à Aden, le T.U.C. (Centrale Syndicale) d'Aden, ainsi que son aile politique, le People's Socialist Party, est très fortement opposée à ce projet et il est utile de noter que les Yéménites forment le gros des masses travailleuses d'Aden. Mais les Britanniques font toujours pression de toute leur force pour réaliser ce plan et une législation répressive antisyndicale a été mise récemment en vigueur. A la suite de cela les syndicats ont appelé Conseil legislatif. L'écrasante majorite des au boycott des élections pour le électeurs suivit cet appel et le pourcentage total des votants pour tout le territoire d'Aden atteignit seulement 23,8 % de l'électorat.
Les opposants de la fédération qui sont en fait l'écrasante majorité de la population d'Aden veulent l'unité avec le Yemen. D'autre part, le Yemen n'a jamais abandonné ses revendications sur la colonie d'Aden et le protectorat d'Aden. Mais beaucoup de gens d'Aden se refusaient à l'union avec le Yemen à cause du caractère arriéré et très réactionnaire du régime des Imans. Un nouveau régime nationaliste au Yemen, continuera sans aucun doute à poser avec une force accrue les revendications yemenites et les espoirs des réformes promises par le nouveau régime ainsi que les perspectives de l'unité arabe renforcées par le nouveau cours des événements encourageront sans nul doute et renforceront la lutte à Aden pour l'unité avec le Yemen. .