Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 17

Amérique latine 1962

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 17 · décembre 1962 · p. 15-26 · 10 117 mots

In English: Latin America 1962 (Fourth International No. 16, January–March 1963).

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A la base des bouleversements profonds qui secouent l'Amérique latine se trouve toujours la réalité économique du continent, même si le plus souvent ce sont plutôt des facteurs plus strictement politiques et sociaux qui donnent aux mouvements les impulsions les plus immédiates. Nous ne voulons pas dire par là qu'il y a, dans cette phase, de veritables crises economiques, ces phénomènes ne constituant pas la règle et ne se produisant en réalité, maintenant, que dans quelques pays ou secteurs. Ce sont en réalité les contradictions structurelles qui ne cessent d'opérer en profondeur dans le cadre continental et mondial donné.

On sait - et notre mouvement n'a pas manqué de le souligner dans les textes de sieurs pays de l'Amerique latine, le deeses Congrès Mondiaux - que, dans pluloppement économique et les progrès de lindustrialisation ont ete plus importants que dans la moyenne des pays d'Asie ou d'Afrique. Certains pays en particulier — parfois sur la base d'une structure déjà assez avancée - ont progressé sensiblement de sorte que cette avance, lee au rentorcement de couches de la bourgeoidie eut caracterisation spoil ee obtime sie nationale, a posé et pose le problème encore de pays semi-coloniaux ou de pays ayant atteint le stade capitaliste proprement dit? (1) Toutefois, ce développement économique n'a aucunement élimıne ni meme entamé les contradictions structurelles de base qui peuvent être synthétisées comme suit: sil) a) Le taux de progression économique, s'il existe, est partiellement ou totalement annulé du fait de l'accroissement tres sensible de la population; b) lindustrialisation reste concentrée dans certaines régions et limitée généralement à lement à certains secteurs, de sorte que dans la plus grande partie du territoire subsiste une economie agricole arrieree, c) le chômage et le sous-emploi ne cessent d'être une plaie saignante qui relègue aux marges de la vie économique et sociale littéralement des dizaines millions d'êtres humains; ide d) des secteurs très considérables de la population dans la majorité des pays se trouvent acculés à un choix dramatique: continuer à végéter à la campagne dans des conditions qui ne cessent de s'aggraver, ou bien se déplacer vers les centres urbains, avec la perspective sûre d'être obligés de vivre sans ressources stables dans ces affreux bidonvilles qui constituent une espèce d'auréole tragique autour de la plupart des grandes capitales latino-américaines; e) la structure sociale interne et l'emprise persistante de l'impérialisme sont l'obstacle numéro un à un progrès économique beaucoup plus ample et harmomieux du fait connu que, dans ces conditions, l'économie ne peut avoir qu'un développement inégal, unilatéral, en rapport avec les intérêts et les besoins des investisseurs étrangers et des couches restreintes de la classe dominante indigène, tandis que la soi-disant « libéralisation » du commerce, l'absence de contrôles des changes, etc., favorisent la concurrence impérialiste, les gaspillages des devises avec toutes les conséquences qu'on peut aisément imaginer; f) last but not least, le véritable talon d'Achille des pays latino-américains reste la structure de leur production et de leur commerce extérieur. Le draînage de la plusvalue en faveur du capitalisme étranger est extraordinairement accentué lévolution des prix des matières premiepar res, d'une part, et des produits industriels de l'autre, évolution qui, surtout à partir de la fin du boom coréen, ne cesse de se produire au désavantage des plus économiquement arriérés. De l'aveu même des sources officielles, le déclin des prix des matières premières est de nature à annuler les effets éventuels de toute « aide » économique dans le cadre de «Alliance pour le progrès ».

Toutes ces difficultés et contradictions, en elles-memes explosives, operent sous une forme d'autant plus aiguë que l'Amérique latine ne peut échapper à une confrontation internationale qui met en lumière le décalage croissant entre son développement économique et son niveau de le niveau de vie aussi bien des pays ca. d'une part, et le développement et pitalistes avancés que des Etats ouvriers, d'autre part.

Laissant de côté les aspects conjonctu-

(1) Ce problème est discuté, depuis un certain temps, surtout dans les milieux d'avant-garde des deux pays concernés, à savoir l'Argentine et le Mexique.

rels, pourtant inquiétants, de certains pays (paralysie économique en Argentine, difficultés financières et dévaluation de la monnale au chil et au Bresil, decomposition en Bolivie, où se poursuit un veritable démantèlement de l'industrie nationale), les perspectives à court et moyen terme assombrissent davantage le tableau. De toute évidence, si sans bouleversements révolutionnaires majeurs, il n'y a pas la moindre chance que les contradictions structurelles soient, sinon elımı"Amérique latine dans le commerce interdu moins atténuées, la place de national est destinée à se dégrader davantage, surtout à la suite du développemen progressif du Marché Commun euro. péen et des liaisons de celui-ci avec une série de pays africains.

Les données qui démontrent le déclin du commerce latino-américain dans le contexte du commerce mondial sont connues et incontestables (2). Les progrès du Marché Commun aussi sur le plan de la production agricole et la protection - aussi bien directe qu'indirecte — que la Communauté assure à ses produits, ont déjà obligé certains pays latino-américains à baisser les prix de certains produits, avec une chute inévitable des ren-

La prolongation et l'aggravation même des contradictions structurelles qui constuent desormais, dans la majorité des pays, une impasse à échéance courte, se traduisent sur le plan politique sous une forme pour ainsi dire sublimée dans une crise de direction qui atteint un stade de paroxysme. A quelques exceptions près, au cours des derniers mois, tous les pays ont connu des changements de gouvernement, le plus souvent brusques, avec des coups d'Etat, des revirements ou des dédramatiqusse tast-il besoin de rappeler la spectaculaires, des vicissitudes crise chronique du pouvoir en Argentine, dramatiques le départ de Quadros et la lutte serrée entre les différents clans au Brésil, les bouleversements en Equateur et à SaintDomingue, la précarité extrême du régime Bétancourt, le coup militaire au Pérou ?

L'élément le plus significatif et le plus gros de conséquences est, au fond, l'usure de plus en plus rapide des mouvements nationalistes et nationalistes révolutionnaires, qui, à une étape donnée, avaient polarisé la : majorité ou même la totalité du mouvement de masses. Le processus a atteint son point critique au Pérou, où l'APRA a perdu son influence majoritaire sur les deux tiers du pays et doit assister maintenant à la liquidation progressive de son rempart syndical. Au Venezuela, la répression de plus en plus âpre et une certaine démagogie réformiste rurale - dont l'escroquerie est évidente -ne réussissent plus à camoufler la banqueroute de l'Action Démocratique de Bétrées,ce qui leur crée des difficultés non seulement sur les marchés européens, mais aussi dans des pays tiers, où les pays européens s'efforcent et s'efforce ront de pénétrer même avec des produits agricoles (3).

D'autre part, les pays latino-americains risquent de se voir frappés sévèrement pourront jour sur le marché communaupar les conditions plus favorables taire des produits concurrentiels prove_ nant de pays africains liés à la France.

Dans cette perspective sombre, l'aide financière et technique que les pays du Marché Commun europeen se déclarent prêts à accorder, ne saurait représenter une compensation valable, la plupart des pays latino-américains se voyant ultérieurement menacés au point nevralgique de leur économie actuelle (4). Plus généralement, comme nous l'avons déja ligné, l'évolution défavorable du taux d'échange sur le marché mondial aux pays sous-développés — et a fortiori, si les difficultés nouvelles s'accentuent -enlève toute efficacité réelle à l'effort que l'impérialisme américain pourrait faire en direction de l'Amérique latine dans l'intérêt de la sauvegarde de l'un de ses remparts vitaux. tancourt, qui a déjà enregistré plusieurs scissions et départs. En Bolivie, ce n'est que l'absence de toute alternative concrè te à échéance courte qui permet de donner l'impression fausse d'une certaine stabild ds une large Inguere son prestige stabilité aux yeux des masses, comme l'ont démon-

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(2) Un rapport intéressant récent a été préparé par des experts invités à une réunion importante à Santiago du Chili par le Secrétariat de la C.E.P.A.L, Dans ce rapport même, on rappelle, par exemple, que, tandis que les exportations latino-américaines représentaient 10 % des exportations mondiales en 1937-1938, en 1961 elles étaient tombées à 6,5 % ; que, depuis 1953, l'Amérique latine a souffert une baisse de 15 % de la valeur unitaire de ses exportations ; qu'en 1934-1938,les pays de la Communauté européenne achetaient plus de 11 % des importations européennes d'Amérique latine contre 6 % en 1960, etc...

(3) Par exemple, des produits d'élevage provenant de la France et des Pays-Bas.

(4) Même en faisant abstraction des obstacles politiques et sociaux bien connus, même sous un angle purement économique, une intervention de Y'U.R.S.S. ne saurait être une solution majeure. L'U.R.S.S. ne pourrait évidemment pas constituer, pour la plupart des produits d'une grande partie des pays latino-américains, un marché de rechange à des prix convenables Il ne faut pas non plus oublier que, pour certains produits (pétrole), T'U.R.S.S. est elle-même vendeur sur le marché mondial.

LA CRISE POLITIQUE DES CLASSES DIRIGEANTES

LA CRISE POLITIQUE DES CLASSES DIRIGEANTES tré, entre autre, les élections de juin 1962, une véritable victoire à la Pyrrhus pour les movimientistas (5). Au fond, au Pouvoir de la part de ces mouvements c'est justement l'accès ou la collaboration au pouvoir de la part de ces mouvements les a acculés à des choix qu'ils n'étaient pas capables de faire et qui les a poussés à évoluer ouvertement vers le compromis avec l'impérialisme américain, qui désormais considère — à juste titre, de son point de vue — les Haya de la Torre, Bétancourt et Paz Estenssoro (avec son appendice "gauchiste », Lechin) comme ses alliés parmi les plus sûrs en Amérique latine.

De tous les mouvements nationalistes qui, au-delà de leurs traits specifiques, ont une matrice objective commune, seul le péronisme s'est sauvé jusqu'ici du dé clin, il maintient son emprise sur les masses et évolue même dans une direction différente. Il suffit de rappeler les difficultés inextricables devant lesquelles se trouvait placé Péron dans les années qui avaient immédiatement précédé sa chute et de saisir la passivité actuelle du même Péron et de son état-major devant la perspective d'un retour au pouvoir, pour comprendre que c'est justement l'éloignement du pouvoir — avec une certaine aureole de martyr - qui a sauvé le péro nisme de son déclin et qui lui permet de garder encore pour une étape des chances considérables.

En ce qui concerne le Chili, la direction actuelle autour d'Alessandri se base sur une coalition de forces qui peut rappeler davantage certaines expériences européennes que les expériences propres d'autres pays d'Amérique latine (ce qui est bien, naturellement, un reflet de la structure économique et de la composition sociale particulière du pays). Mais cette direction aussi est usée et il est improbable qu'elle puisse survivre comme telle aux épreuves difficiles qui l'attentdent dans les deux années à venir. Le pays est en réalité installé dans une phase transitoire très délicate, où toutes les forces se préparent pour l'échéance de 1964, qu'il serait superficiel de juger comme purement électorale, et dans cette pers la bourgeoisie chilienne et l'im périalisme peuvent difficilement miser sur un maintien pur et simple de la formule précaire actuelle, qui perd constamment du terrain même sur le plan électoral (6).

Dans l'orage latino-américain qui bat son plein, la situation relativement stable d'un grand pays comme le Mexique représente une exception importante. Il est toutefois assez clair qu'aux origines de cette situation se trouvent justement les bouleversements révolutionnaires que le Mexique a connus pendant trente années avant la deuxième guerre mondiale. Sous la pression de ces bouleversements et par nécessité d'auto-conservation, la bourgeoisie mexicaine est allée très loin sur la voie de cette révolution bourgeoise démocratique qui a fait presque totalement défaut dans le reste de l'Amérique latine, en développant même une lutte contre des positions importantes de l'impérialisme américain. La crise révolutionnaire des annees trente, avec sa mobilisation des masses, impliquait naturel. lement la possibilité objective d'une issue socialiste. Mais cette issue ne s'étant pas matérialisée à la suite de la carence des directions du prolétariat et de la paysannerie, la bourgeoisie en a tiré profit, en s'assurant large contrôle mouvement des masses, surtout dans les villes, en se créant une base économique assez considérable, en acquérant une clarté et une souplesse politique inconcetraditionnelles latino-américaines qui vivables chez les couches conservatrices vent timidement à l'ombre de l'impérialisme américain et se rassasient des miettes de son banquet. Il va de soi que les assises de la bourgeoisie mexicaine restent de toute taçon limitees, surtout dans les campagnes, où il y a des sources permanentes de conflits graves, même à l'étape actuelle. Mais il serait erroné d'ignorer ou de sous-estimer les traits très spécifiques de la situation mexicaine et surtout ne pas tenir compte que leur existence va déterminer dans une large mesure les formes de la nouvelle montée et la maturation du mouvement de masses dans le pays.

Si leur crise de direction représente pour les classes dominantes indigènes une menace extrêmement grave, l'impérialisme se trouve dans la situation peu confortable de celui qui, après avoir longuement hésité, a reconnu des alliés cuns fétape de leur décadence rapide, elces derniers étaient déjà entrés le a, d'autre part, pour effet de pousser vers des expériences nouvelles et relativement originales. Ces expériences méritent d'être d'autant plus mentionnées qu'elles impliquent une certaine évolution de secteurs de l'armée qui veulent rompre avec une tradition de conservatisme réactionnaire et routinier.

Ainsi, le coup militaire de juillet 1962 au Pérou ne fut pas, en effet, un coup de type réactionnaire et ne saurait être rapproché, par exemple, du coup des militaires argentins après les élections mars. La junta de Pérez Godoy a été installée plutôt contre l'oligarchie et contre les couches de la bourgeoisie compradore et avec l'hostilité manifeste — au moins au début - de l'impérialisme américain qui misait ouvertement sur Haya de la Torre. Il est d'ailleurs significatif que la junta a été soutenue par le candidat Belaunde, porteur d'un soutien de la part de secteurs plus « avancés » de la bourgeoisie nationale, intéressés à un certain développement industriel et à une certai-

(5) En réalité, les abstentions ont été très élevées, jusqu'à 60 %, d'après les chitfres officiels optimistes. Dans de gros centres miniers, il n'y a eu que quelques centaines de votants.

(6) Voir l'élection partielle de septembre 1962 à Santiago, où le candidat du gouvernement a reculé, tandis que le F.R.A.P., et surtout la démocratie-chrétienne, ont amélioré leurs positions.

ne amélioration du niveau de vie général (7).

En même temps, le gouvernement de Godoy est le résultat du renforcement de certaines tendances rénovatrices qui se font jour dans l'armée et qui sont stimulées avant tout par une certaine modernisation de l'armée elle-même en rappont avec l'évolution de la technique militaire. Elles expriment avant tout l'exigence d'une modernisation générale du pays, ne fût-ce que dans le but d'obtenir un minimum d'efficacité de l'instrument militout jeunes, se rendent compte des obsta- Un certain nombre d'officiers, surcles qui entravent toute réforme et sont disposés à lutter contre les secteurs réactionnaires les plus liés à l'impérialisme, qui rendent impossible tout progrès. De ce fait, chez les militaires existent des aspirations réformistes et se précisent des sentiments nationalistes non exempts d'un anti-impérialisme timoré: certains d'entre eux n'hésitent pas à souhaiter des nationalisations et une réforme agraire. Il faut ajouter que, du point de vue subjectif, il y a un nombre croissant d'officiers qui n'aiment pas du tout en être réduits au rôle de bouchers, à savoir d'être obligés de tirer les marrons du feu pour les conservateurs en étouffant dans la répression les bouleversements que l'impuissance et l'aveuglement de ces derniers précipitent (8). pays Janno-am, rias a esgs sse d'des Si l'on veut, nous assistons dans des Pendance mane tendance militaire nasseriste. Cette tendance s'est manifestée récemment aussi en Argentine, où le colonel Juan Francisco Guevara en a été jusqu'ici le plus bruyant porte-parole. Au Brésil, le phénomène est plus ancien et déjà plus important. Une aile de l'armée, concentrée surtout dans l'Etat de Rio Grande du Sud, a décidément des positions nationalistes de gauche et s'oppose ouvertement aux tendances pro-impérialistes outrancières aussi bien politiques que militaires (9).

Nous verrons plus loin les perspectives dans des cas concrets. Il va de soi qu'en général, toutes ces tentatives n'ont qu'une portée très limitée, la marge de manœuvre objective et même subjective étant

PAYSANNERIE, MASSES

Tandis que les classes dirigeantes sont secouées par leur crise, le mouvement de masses continue à progresser aussi bien sur le plan d'une mobilisation large que sur le plan de la maturation politique progressive et rapide d'une série de couches d'avant-garde. Il serait, bien entendu, erroné, naif même, de concevoir ce processus comme étant rectiligne: il peut y avoir et il y a effectivement, ici et là, des reculs conjoncturels, des zig-zags, des fermentations contuses qui ne trouvent aucune issue concrète, des ruptures prématurées qui, au-dela des ıntentions subJectves, ımpliquent une dispersion de forces dangereuse. Mais, en général, direstreinte. Dans un continent ou les perspectives economiques de base sont celles que nous avons esquissees, dans le cadre d'une situation où la révolution socialiste cubaine exerce de plus en plus son influence, où les forces dirigeantes sont divisées et usées en face des masses, il n'y a aucune chance pour que des formules « nouvelles » réussissent là où les vieilles formules ont échoué, notamment quand ces formules rêvent un bonapartisme militaire dans lequel les masses n'auraient qu'un rôle passif ou deviendraient fatalement l'objet de la répression si elles refusaient ce rôle.

Les vrais termes du problème se précisent sous une forme différente. La situation économique va se dégrader davantage, il n'y aura aucun équilibre social et politique. Mais les masses prolétariennes et paysannes pourront-elles trouver rapidement des directions révolutionaires etfectives, qui soient capables de les regrouper, de les organiser sur l'échelle nationale et de les diriger dans une lutte révolutionnaire décisive? Ou bien la carence d'une telle direction réelle, la stérilité et la paralysie prolongée des vieilles formations ne seront-elles pas un obstacle majeur pour toute une période? la format pre dier cas, la perspective de Dans le premier cas, la perspective de d'autres Etats ouvriers en Amérique latine, même à une échéance courte, serait parfaitement réaliste. Mais si la situation actuelle par rapport au facteur direction se poursuit, il pourrait y avoir dans certains pays un pourrissement prolongé de la situation, une véritable désagrégation économique, sociale et politique croissante. Ce qui s'est passé et se passe en Bolivie, où la situation éco_ nomique est pire qu'il y a dix ans, où la sont toujours prêtes à lutter et luttent crise sociale reste aigue, où les lutter et luttent masses coeces dent aute ne polvoir li sa des tent depuis plusieurs années, mais où, malgré tout, la bourgeoisie et l'impérialisme restent debout sans que les forces adverses soient capables de les renverser et de conquérir le pouvoir, est un exemple dramatique d'une variante qu'il serait osé de considérer comme tout à fait exceptionnelle et unique.

PAUVRES DES VILLES sons qu'au cours des deux dernières années, la marche s'est incontestablement

(7) Les camarades du P.O.R. (t) qui éditent El Obrero y campesino ont précisé cette analyse dans une déclaration diffusée dès le 18 juillet.

(8) Des « confidences » intéressantes sur ce plan auraient été faites par l'un des colonels qui ont participé au coup péruvien.

(9) D'après des passages d'un livre paru récemment au Brésil, il paraît qu'un dirigeant comme Juliao accorde un certain crédit aux militaires, voire aux généraux de tendance « nationale », « populaire » de l'armée brésilienne.

ET PETITE BOURGEOISIE INTELLECTUELLE

ET PETITE BOURGEOISIE INTELLECTUELLE poursuivie en avant, avec de nouveaux acquis qui pourraient s'avérer d'une importance très grande à une échéance même rapprochée.

Le facteur capital qui, dans le contexte objectif donné a accéléré tout le processus, , fut, naturellement, la Révolution cubaine - qui a représenté et représente pour l'Amérique latine, mutatis mutan dis, ce que la kevolution russe avait re présenté pour le mouvement ouvrier européen, Après la victoire de Castro et l'acheminement de Cuba sur la voie de l'édification socialiste, la ligne de démarcation sociale et politique dans le continent est devenue nette et profonde, non plus seulement aux yeux de l'avant-garde, mais aussi des larges masses.

Ainsi les sentiments d'hostilité envers l'impérialisme américain sont devenus plus conscients et plus implacables et, qui plus est, la conscience en a été acquise que la lutte anti-impérialiste peut s'achever déjà à cette étape avec la défaite du géant aux pieds d'argile. Ainsi la perspective du socialisme a cessé de paraître comme un but historique lointain, en se precisant comme une issue concrète, réalisable à une échéance courte: ce qui a balayé, même dans des couches d'avantgarde ou soi-disant telles, pas mal de confusion, d'équivoques, d'hésitations sur les étapes « nécessaires » de la révolution latino-américaine, sur le caractère « peu réaliste » d'une lutte pour le pouvoir ouvrier et paysan à cette étape dans cette partie du monde.

C'est notamment parmi les masses paysannes qu'opère l'influence de la Révo lution cubaine, en propulsant des processus de maturation qui avaient déjà des bases objectives propres. Si, comme nous l'avons rappelé, il y a eu un certain développement industriel et une certaine modernisation dans le secteur urbain, la campagne, à l'exception de rares zones bien délimitées reste le territoire immense de la stagnation de la misère, du désespoir. A la suite de processus à plusieurs aspects classiques, liés au développement du capitalisme, à sa pénétration bien que lente et inégale dans les campagnes ellesmêmes, à la suite plus précisément de la crise profonde et irréversible de l'agriculture paysaune traditionnelle qui, en dernière analyse, ne peut échapper aux conséquences des phénomènes propres à la production agricole mondiale en cette étape, à la suite même de l'accroissement de la population, aucun ancien « équilibre » n'est plus possible: la faim, loin de s'atténuer, devient une réalité plus directe pour un nombre croissant de paysans qui, d'une part, sont poussés à lutter sous une forme quelconque, d'autre part, quittent les villages pour s'entasser dans les bidonvilles urbains.

Par des canaux multiples - dont les gens qui vivent dans les villes mais maintiennent des rapports avec les parents et amis restés ami semestes au dallt les va les es dients foyers - les paysans d'Amérique latine, même des zones les plus reculées, reçoi vent des nouvelles sur Cuba, sur la revo lution qui y a eu lieu, sur la réforme agraire radicale, etc. Ainsi leur esprit de revolte traditionnel, stimulé puissamment par l'empirement relatif et souvent mê me absolu de leurs conditions matériel. les, a trouvé une expression idéologique claire: il faut faire comme à Cuba. Plus encore, dans des couches de plus en plus larges se précise la conscience des méthodes nécessaires pour atteindre le but « cubain »: la lutte révolutionnaire armée, la lutte de guérilla, La conviction qu'il faut recourir à de telles formes de lutte est couramment exprimée par les paysans surtout dans des pays où une situation pré-révolutionnaire existe ou mûrit rapidement (10).

Il faut ajouter que l'indigence matérielle extrême et la faim de terre ne sont pas les seuls facteurs qui nourrissent l'esprit de revolte des paysans. En dernière analyse, le reflet d'une maturation du mouvement se trouve dans le fait que, même dans des zones où ne se pose pas sous une forme aiguë le problème de la terre ou de la subsistance physiologique, les paysans se mobilisent, sont stimulés par l'exemple cubain, car ils aspirent à améliorer radicalement leur condition humaine, à savoir sortir de leur ignorance, à avoir des écoles, à ne plus être cou pés du progrès de la vie moderne, ce qui implique avant tout la diffusion moyens de communication adéquats. Il n'y a pas de doute qu'en Amérique laticites cest aspiration ebre cre aussi, l'un des stimulants vers cité, surtout parmi les briser l'isolement rural et à participer à la vie collective des villes, où le contact avec le progrès, ne fût-ce qu'avec ses miettes, ses sous-produits les plus malodorants, est, en dernière analyse, possible même pour les hôtes misérables des bidonvilles,

Dans les couches petites bourgeoises d'intellectuels et d'étudiants, l'influence de Cuba s'exerce également. Ces gens depuis longtemps cherchaient leur vole. Mécontents d'une société qui ne pouvait leur assurer un avenir digne, révoltés par tous les métaits qu'ils voient autour d'eux de l'impérialisme et des classes do minantes indigènes, après avoir fait souvent l'expérience des mouvements nationalistes et en avoir été déçus, ils hésitaient en l'absence d'organisations révolutionnaires prolétariennes capables d'exprimer une orientation claire. La Révolution cubaine a donné une réponse aussi étudiants et à ces intellectuels, qui sont devenus « castristes » en nombres considevenus et astrirent maintenant dorganiser dans leurs propres pays noyaux qui suivent l'exemple de Fidel et de ses compagnons. Malgré toutes les erreurs et limites possibles — nous reviendrons sur ce problème —, c'est dans ces cercles que se développent à l'heure

(10) L'auteur de cet article, sur la base d'informations directes, peut l'affirmer, par exemple en ce qui concerne le Pérou.

actuelle des discussions passionnées sur problèmes quePays latino-américains. Les les voies concrètes de la révolution dans les différents latino-américains. Les sont posés sont des problèmes réels, et les marxistes révolutionnaires ne sauraient ignorer, sans commettre une erreur grave, que ces couches pourront donner une contribution essentielle en cadres au mouvement révolutionnaire, Il ne faut pas oublier notamment que, comme nous venons de le mentionner, dans les écoles secondaires et les universités il y a des milliers de jeunes d'origine paysanne qui, tout en étudiant dans les villes, continuent à passer une partie de l'année au Village ou, du moins, a maintenir des contacts avec ceux qui y sont restés et représentent donc un véhicule capital pour la liaison avec le mouvement paysan, pour une pénétration, dans les campagnes, dans les communautés, etc., des idees et des orientations révolutionnaires (11).

Finalement, dans le cadre de la crise révolutionnaire d'Amérique latine,

.un cole na bouls a mora etre les dans dans non strictement proletariennes, mais plutôt déclassées ou plus généralement pauvres, qui se regroupent dans les quar. tiers misérables des grandes villes. Les dizaines et centaines de milliers d'êtres déshérités qui vivent une existence sous-

Un pronostic des perspectives à court et moyen terme, tout en partant des éléments de base que nous avons analysés, ne saurait faire abstraction d'un autre élément capital: l'état et l'orientation des organisations qui se réclament de la classe ouvrière et de la paysannerie, la situa_ tion au sein de l'avant-garde. Sur ce plan, s'il existe, d'une part, une termentation très grande avec des tendances et symptômes positifs, d'autre part, se précisent les éléments moins favorables pour une issue victorieuse à courte échéance des grandes luttes de masses.

Les partis traditionnels de la classe ouvrière à influence prépondérante dans d'autres parties du monde ne cessent de représenter, sauf les quelques exceptions connues (13), très limitées, souvent insignifiantes, dans les cas les plus favorables des forces d'appoint. S'ils ont parfois pu bénéficier relativement de la radicalisation de la situation et des répercussions de la révolution cubaine, ils n'ont pas été en condition de tirer les leçons essentielles de celle-ci et ce n'est pas autour d'eux que se polarisera à cette étape la majorité du mouvement de masses.

D'autre part, les mouvements ou organisations propres à toute une série de pays latino-américains se trouvent, et pour cause, dans une situation critique.

humaine dans les barriadas de Lima, les favelas de Rio de Janeiro ou même dans certains quartiers de santiago, ne sont pas coupés du courant de radicalisation qui emporte les inasses latino-américaines et, ellectivement, aussi dans les derniers mois ils ont fait entendre des grondements menaçants (12). Dans des situations données, ils pourraient représenter une force de rupture, les jeunes surtout pouvant devenir les meneurs du jeu dans des éclatements brusques de colère et de révolte. Le sous-emploi, qui n'a aucune chance de diminuer, le chômage chronique, les conditions misérables que l'arrivée de nouveaux contingents va empirer ultérieurement, etc., justifient l'hypothese que ce potentiel explosif sera encore • plus comprimé. Ne fût-ce que par la force numérique de ces secteurs, il serait erroné de les ignorer, de les considérer un peu traditionnellement comme un sousproduit social, un magma informe en marge de la société économiquement et politiquement active, de sous-estimer la possibilte quls puissent jouer comme un facteur dans une crise révolutionnaire, même si de toute évidence ce ne sera pas une force motrice essentielle. La compréhension de cette possibilité implique l'accomplissement de tâches de propagande, d'agitation et d'organisation spécifiques déjà à l'étape actuelle. Essentiellement, ces organisations ont re. présenté, à des stades et sous des formes différentes, un courant nationaliste révolutionnaire, composé à sa base par les masses urbaines et rurales et dirigé par des éléments petits bourgeois ou bourgeois, dont l'action revenait objectivement à mener une lutte anti-impérialiste limitée dans l'intérêt de certaines couches de la bourgeoisie industrielle. En face des développements cruciaux des dernières années et avant tout de la formation d'un

(11) Nous ne parlons pas ici des répercussions de la Révolution cubaine sur les classes dominantes, dont des secteurs ou des personnalités se sont adonnés à toute sorte d'évolutions tactiques et démagogiques. Nous parlerons plus loin des incidences sur le mouvement péroniste, dans ses deux composantes, la base prolétarienne et la direction bourgeoise et petite bourgeoise. On ne saurait, d'autre part, oublier que Cuba a provoqué des évolutions personnelles remarquables (par exemple, celle de l'ancien dirigeant de la C.U.T. chilienne, Clotario Blest, acquis désormais à une orientation généralement révolutionnaire, malgré sa fidélité à la conception chrétienne).

(12) Voir les émeutes d'il y a quelques mois à Rio de Janeiro.

(13) Le Chili et même, dans une mesure différente, l'Uruguay.

VIEILLES DIRECTIONS DANS L'IMPASSE

FERMENTATIONS NOUVELLES

ET

VIEILLES DIRECTIONS DANS L'IMPASSE

FERMENTATIONS NOUVELLES

Etat ouvrier aux Caraibes, toutes ces organisations se trouvent acculées à des choix péremptoires. Nous avons déjà vu que dans certains pays elles ont fait, plus ou moms ouvertement, un choix réactionnaire, en en payant le prix par une chute de leur influence. Dans d'autres, les conditions objectives différentes leur ont permis et leur permettent encore de louvoyer et de garder encore un contrôle sur les mases. C'est surtout le cas du péronisme en Argentine qui, n'étant pas au pouvoir, n'a pas été obligé de faire des choix concrets immediats et, au contraire, a pu se livrer, assez gratuitement pour le moment, a une veritable surenchère dé magogique. C'est, dans une mesure beaucoup plus limitée, le cas du Parti Travailliste au Bresil, dont le poids est resté considérable dans les vicissitudes des quinze derniers mois.

La conséquence en est que les masses, par exemple dans les deux grands pays somme 'oule cécisifs, se trouvent largement bloquees ou détournées par leurs organisations traditionnelles. Au Bresi, Si l'emprise est, répétons-le, beaucoup plus restreinte, il y a par ailleurs une frag mentation du mouvement, avec des influences différentes dans les différentes régions du pays, sans qu'il y ait encore une unité réelle du mouvement, une organisation qui puisse mobiliser nationalement la majorité ou une partie assez considérable des ouvriers et des paysans. Chacun, d'autre part, se rend compte aisément combien la carence au niveau de la direction, de l'instrument politique, a joué comme facteur négatif fondamental dans les crises que l'Argentine a traversées dans la période tout à fait récente.

Le plus negatil est que la crise de cer taines organisations nationalistes n'a pas encore eu comme conséquence la décantation de nouveaux mouvements, de nouvelles directions capables de réussir là où les autres ont fait faillite, en jouant à l'élape actuelle un rôle décisil. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples pour différentes variantes, les forces qui ont quitté l'APRA au Pérou en formant l'APRA rebelle (actuellement MIR), sont restées extrêmement faibles, avec des orientations contradictoires, sans une influence de masses réelle. En Bolivie, aucun pôle d'attraction nouveau, en condition de gagner la confiance des secteurs dégoûtés du MNR, s'est dessiné jusqu'ici. Au Venezuela, où pourtant le MIR avait connu un essor soudain, ce même parti, bloqué par des divisions et des scissions, par sa carence idéologique et politique aussi bien que par l'acceptation d'une tutelle de la part du P.C., a été aussi incapable de diriger effectivement les masses vers la prise du pouvoir, malgre la desagregation croissante du régime de Bétancourt.

Finalement, dans toute une série de pays foisonnent des groupes et des organisations qui rassemblent des éléments valables, subjectivement révolutionnaires, mais qui operent encore sur le plan des noyaux d'avant-garde, sans une intluence de masses et sans possibilité d'une incidence effective sur la réalité politique. Il faut ajouter qu'il y a souvent une dispersion de forces très préjudiciable, avec des séparations et des divisions qui n'ont pas la justification de divergences politiques fondamentales. Dans quelques pays au moins, un travail de regroupement pourrait représenter une première phase préparatoire utile.

Mais la faiblesse et la fragmentation de ces groupes ne doivent pas faire oublier qu'en dernière analyse ils sont un reflet de l'influence de la Révolution cubaine et provoquent dans des secteurs d'avantgarde une fermentation politique et idéologique prometteuse. Cela est d'autant plus appréciable que les discussions et les polémiques qui se développent n'ont rien d'académique, mais le plus souvent posent des problèmes réels de la lutte révolu tionnaire latino-américaine à cette étape ou à une échéance rapprochée.

Sur les traces de la Révolution cubaine, tous ces groupes ont tiré la conclusion que les directions traditionnelles, aussi bien celles liées aux expériences internationales que celles propres à l'Amérique latine, ont fait faillite et qu'il faut redémarrer sur une base nouvelle. Même des groupes restreints pourront jouer un rôle décisil, S'ils savent esquisser une orientation revolutionnaire et emplover des méthodes de lutte adéquates: ce qui revient, concrètement, à refuser toute perspective d'évolution « pacifique » ou « démocratique », à comprendre la nécessité d'une rupture révolutionnaire, à organiser plus précisément une lutte armée sur la base d'une guérilla paysanne avec la prolongation d'une lutte insurrectionnelle dans les villes.

De façon encore plus détaillée, dans ces groupes composés en général par des éléments très jeunes, mais qui partois inoluent aussi des militants qui ont lait et font encore l'expérience des partis traditionnels, on discute si dans la réalité spécifique de tel ou tel autre pays le rôle de la lutte armée paysanne sera tout à fait prépondérant ou, au contraire, s'il ne servira que d'appoint à la lutte déci sive des masses urbaines. Le plus souvent on estime que même là où la composition sociale du pays paraît exclure la première variante, des actions militaires dans les campagnes pourront représenter un stimulant nécesaire pour un mouvement urbain qu'on considère parfois comme enlisé dans la routine imposée par les directions traditionnelles. Dans des pays où les conditions objectives sont plus mûres, même ces discussions paraissent dépassées, les solutions générales étant escomptées. L'effort d'analyse s'oriente surtout vers les formes concrètes spécifiques dans lesquelles il sera possible de commencer effectivement la guérilla, non en agissant en équipes qui arrivent du dehors, mais en liaison étroite avec les luttes des paysans (14).

(14) C'est, par exemple, le cas du Pérou, où d'ailleurs des noyaux de guérilla sont en voie de formation.

Des groupes d'une telle composition et d'une telle nature sont tout naturellement exposés au danger de développement de tendances aventuristes et activistes à tout prix. Ce n'est pas nous qui contesterons la nécessité de se préparer dès maintenant à la lutte armée, surtout dans cerdes tendances de gauche au sein des orga nisations traditionnelles.

Sur ces organisations elles-mêmes, malgré les tentatives de plusieurs dirigeants de réduire plus ou moins l'affaire cubaine à une question de solidarité générale ou de propagande, l'influence du castrisme est très importante. En Argentine les différenciations au sein du péronisme s'en trouvent accentuées ; au Brésil le mouvement de Juliao en a reçu une impulsion supplémentaire ; au Chili les répercussions dans le P.S. et dans les syndicats sont réelles, pour ne pas parler d'autres pays comme le Vénézuela par exemple. culier, l'expériens corbaine a sja stimuti- Dans les Partis communistes, en partides groupes et des tendances de gauche qui parfois se sont séparés des partis officiels (16). Il est de toute façon clair que les directions bureaucratiques se trouvent placées devant une contradiction qu'exalter la Révolution cubaine, ses majeure : d'une part elles ne qu'exalter la Révolution dirigeants et des documents comme la Deuxième Déclaration de la Havane, d'autre part elles veulent imposer toujours une ligne politique qui est la négation même de l'orientation fidéliste, de l'orientation de base de la Déclaration de la Havane. Nous ne doutons pas de l'ha bilité manœuvrière des opportunistes che vronnés qui sont à la tête des P.C. ; mais, en persistant dans leur attitude, ils ne pourront éviter d'isoler et de stériliser leurs organisations (qui pourront tout au plus jouer les ralliés de la dernière heure, comme à Cuba) ou bien de les voir secouées par des crises graves dans lesquelles des tendances de gauche pourront se décanter. Si dans un pays comme le Chili un processus eventuel de celle nature aurait évidemment une importance très grande pour la formation du mouvement révolutionnaire, étant donné la force du P.C. chilien, même là où les partis communistes sont très petits, l'acquis de cadres et de militants dévoues et subjectivement révolutionnaires à une orientation correcte serait un apport qu'on ne saurait sous-estimer. choisis, un peu empiriquement, confirme ces vérités premières.

Au Pérou, la crise des classes dirigeantes a amené la solution Perez Godoy, dont nous avons déjà parlé. Il s'agit toutefois d'une solution éminemment transitoire, et des problèmes cruciaux de direction vont se poser de nouveau à

(15) Dans la première catégorie entrent certaines actions, en soi héroïques, au Pérou (le coup de Vallejos) ; dans la deuxième, certaines entreprises de groupes chiliens.

(16) Nous rappelons, par exemple,: le Parti Communiste do Brasil, qui a scissionné du parti de Prestes, et le Parti communiste-léniniste du Pérou.

tains pays, ce qui implique mesures possibles dès cette on ne saurait que critiquer tive artificielle, velléitaire, mouvement réel, et à plus toute la gamme d'actions une série de étape. Mais toute initiadétachée du forte raison prématurées qui vont des coups voués à l'échec et au sacrifice de leurs auteurs jusqu'aux entreprises d'amateurs ou même carrément burlesques (15). Les militants les plus mûrs semblent conscients de ces dangers et on peut entendre de leur part des critiques serrées de quelques actions même d'envergure commune, par exemple, les épisodes insurrectionnels assez récents au Vénézuela.

Ce n'est pas dans le cadre de cet article que pourrait être examinée la question complexe et délicate des rapports des orembryonnaires, avec les Cubains. Ce n'est ganisations révolutionnaires, formées ridesiste sinteresse se pes en aidi etion tement au développement du mouvement révolutionnaire latino-américain, et dirigeants plus dynamiques et mieux orientés n'ont aucune intention de se lier au P.C. et de miser surtout sur eux. Au contraire, ils ne ménagent pas leurs critiques aux dirigeants de ces partis, à leur ligne politique, en les attaquant ouvertement devant des délégations qui visitent Cuba. Suivant la ligne fondamentale de la Déclaration de la Havane, ils insistent sur l'idée de la nécessité d'une rupture révolutionnaire, sur le rôle de la paysannerie et de la lutte de guérilla, en rejetant les voies « pacifiques » et l'alliance avec la bourgeoisie nationale Cela ne signifie pas que les Cubains se lient maintenant à tel ou tel groupe : ils donnent plutôt l'impression de jouer encore sur différents tableaux, en propulsant aussi

Les traits généraux communs qu'on peut dégager de la situation actuelle ne doivent à aucun prix mener à une sousestimation des éléments spécifiques. En réalité, dans le cadre d'une évolution très generale commune, se précisent des situations nationales tout a fait diltérenciees, et ces différenciations deviennent essentielles quand il s'agit de comprendre la réalité concrète de cette étape, d'en dégager les perspectives à court et à moyen terme et. terme et, à plus forte raison, d'exprimer une orientation tactique efficace en rapport avec les processus de maturation donnés des différents secteurs du mouvement de masses. Un aperçu même très rapide des conditions de quelques pays,

REALITES ET PERSPECTIVES SPECIFIQUES

REALITES ET PERSPECTIVES SPECIFIQUES courte échéance (par exemple avant les élections, si elles auront effectivement lieu).

Mais l'intérêt principal réside dans les développements qui se sont produits et se produisent sein du mouvement masse, aussi bien dans les villes qu'aux villages. La crise de TAPRA, ouverte déja depuis un certain temps, s'est trouvée précipitée par lechec electoral et encore plus par l'échec lamentable de la grève générale proclamée en soutien de Haya de la Torre par la centrale syndicale. Ainsi l'APRA qui n'a plus d'influence majorilaire que dans le nord du pays, est en rain de perdre sa majorité sur le plan syndical, et en fait un certain nombre de syndicats importants se sont détachés de la C.T.P., pour constituer un embryon de centrale parallèle. La lutte pour une nouvelle centrale, à laquelle devront adhérer Progres le mossible pour eviter dats tous les syndicats ruptures verticales, est une tâche centrale du mouvement péruvien à cette étape. Cette centrale serait probablement dirigée par des gens sous l'influence du P.C. ou généralement « socialiste », avec une participation importante des trotskystes (17). Elle représenterait un tournant dans le sens surtout que le mouvement syndical s'émanciperait ainsi de la tutelle de tout secteur de la bourgeoisie et conquérrait finalement une autonomie de classe.

Dans les campagnes une situation révolutionnaire mûrit rapidement. Dans dif. férentes couches paysannes, surtout dans sil dant suivre la voie cesaire en se communautés, l'idée préparer à la lutte armée. Les occupations de terres ne sont pas rares et dans certains cas le pouvoir considère plus opportun de ne pas réagir. Dans d'autres, par contre, il y a des répressions glantes. Nous avons déjà cité l'épisode de Francisco Vallejos, un jeune militaire de la garde républicaine qui avait organisé un noyau d'étudiants et qui, un jour, avec ses étudiants, désarma la police locale et s'achemina vers la montagne. Les forces secours étant cependant arrivées avant le temps prévu, il y eut une bataille inégale avec le sacrifice de Vallejos et d'un dirigeant paysan (18). Il faut ajouter qu'un groupe de guérilla a été organisé depuis un certain temps par Hugo Blanco, dans la vallée de la Convention, et d'après des nouvelles non-confirmées, il aurait déjà appuyé des occupations de terre des paysans (19).

Il n'y a pas de doute que les développements dans la sierra et la selva seront décisifs pour la révolution péruvienne; il n'y a pas de doute que les conditions existent déjà pour entamer une structuration du mouvement révolutionnaire paysan avec des détachements de guérilleros. C'est fort probablement en liaison directe avec l'occupation des terres, comme , Tavant-garde péruvienne semble l'avoir compris, que la lutte armée pourra se développer, surtout dans sa première étape. Des couches d'étudiants et d'intellectuels d'origine paysanne auront un rôle décisif pour la formation d'une avant-garde consciente dans les villages et pour assurer en dernière analyse une liaison entre le mouvement urbain et le mouvement paysan. Les marxistes révolutionnaires ne sauraient épargner aucun effort pour gagner à leurs rangs les éléments de ce tissu conjonctif capital.

tu Chili, les contlits ne se posent pas sous une forme si aigue et, par rapporl à l'année 1960, il y a même un certain ralentissement du mouvement. Mais, comme nous l'avons déjà mentionné, le front conservateur jouit d'une marge de sécurité qui se restreint, tandis que la démo cratie chrétienne continue à jouer cavalier seul. En réalité, c'est justement ce parti qui se trouve au centre des préoccupations tactiques des classes dirigeantes. Tâcheront-elles d'organiser une nouvelle formule incluant les démocrates chretiens ou même, autour d'un candidat à eux, accepteront-elles la perspective d'une lutte dispersée aux élections de 1964? N'y aurait-il pas aussi des gens pour esquisser une manœuvre audacieuse misant sur une alliance démocratie chrétienneFRAP dans le but de vider une victoire éventuelle de ce dernier? Il nous paraît de toute façon que les deux dernières variantes impliquent un jeu un peu osé...

D'autre part, un facteur positif est représenté par l'activisation de certaines couches paysannes jusqu'ici sans poids politique réel. Cela a contribué à stimuler au Chili aussi des discussions sur le rôle révolutionnaire des paysans et d'une lutte de guérilla éventuelle. Mais, en général, dans un pays à la structure sociale chilienne, il n'est pas possible de prévoir un rôle prédominant des paysans : la bataille aura lieu essentiellement dans les villes. D'autre part, même si on voulait accepter la conception du rôle stimulant, du petit feu à allumer pour mettre en mouvement la situation — conception que les Cubains eux-mêmes semblent généraliser un peu trop — il est clair qu'à échéance courte, avant 1964, toute tentative de passer directement à la guérilla ou à la lutte armée en général se solderait inévitablement par un avortement lamentable.

En effet, il ne faut pas oublier que les organisations traditionnelles, socialistes et

(17) Le syndicat métallurgiste est dirigé par des militants connus du P.O.R. (t), qui d'ailleurs a une très bonne influence aussi dans le syndicat du bâtiment et dans quelques autres secteurs.

(18) Il s'agit de Mayta, qui est mort en criant : Vive la révolution I et dont le nom ne sera pas oublié par le mouvement révoIutionnaire. (19) Hugo Blanco, dans une conversation avec des journalistes, n'a pas caché son orientation favorable au trotskysme et à la IV* Internationale.

L'épisode même de l'assaut a El Banco de Credito, organisé par des militants d'une tendance trotskyste péruvienne, est aussi significatif du climat du pays, surtout du point de vue du soutien très large et enthousiaste qui s'est exprimé dans les milieux ouvriers et estudiantins en faveur des emprisonnés.

communistes, exercent encore une emprise très large sur le mouvement masses, ce qui ne saurait être éliminé par des actions velléitaires. Plus concrètement, il y a une echéance très précise qul polarise lattention de tout le monde, y compris des masses ouvrières et paysannes. En réalité, au Chili on connaît déjà l'attente des élections de 1964, qui pourront bien représenter un tournant crucial. Là-dessus il y a un accord presque unanime, y compris de la part de ceux qui considèrent déjà comme usées aux yeux des masses les organisations traditionnelles et qui se prononcent pour une orientation de travail indépendant. Ce qui est important, c'est que,. dans l'esprit des masses, 1964 signifie victoire de Allende, le candidat du FRAP, et à son tour cette victoire acquiert une signification nettement révolutionnaire, comme une espèce de règlement des comptes final. L'auteur de cet article a appris d'une source directe que, dans une région au moins, les paysans ont déjà fait sur le papier un partage des terres à être traduit en pratique au lendemain de la victoire d'Allende.

Il est donc assez clair que la majorité des masses doit encore faire des expé riences dans les organisations traditionnelles et qu'au sein de ces organisations vont se jouer des parties très importantes. Une polarisation à gauche beaucoup plus nette, des ruptures éventuelles, une nouvelle structuration des forces pourront être puissamment stimulées par les événements de 1964. Une victoire éventuelle du FRAP sur le terrain électoral déclencherait inévitablement des luttes très violentes dans le pays, mais même une défaite ne serait probablement pas acceptée passivement par les masses (20).

En Bolivie, le dixième anniversaire de la révolution suggère un bilan peu flat. teur pour le MNR, La situation économique est extrêmement grave, car la production de l'étain a baissé sérieusement, les exportations en valeur et en quantité sont réduites à près de la moitié, les mines sont, dans leur presque totalité, passives. Il n'y a pas eu de rénovation technique, ce qui ne permet pas d'escompter amélioration courte échéance (21). Les autres secteurs industriels ont ressenti lourdement la soi-disant libéralisation (à peu près 60 % des usines ont fermé dans les dernières années). D'autre part, les résultats de la réforme agraire ont été très modestes, voire nuls pour certains aspects.

L'usure du MNR augmente et son appareil se bureaucratise de plus en plus; la signilication des dernières élections a été deja soulignée, le congrès de la COB a été surtout l'affaire de l'appareil Lechin avec des infiltrations nombreuses du PC. Malgré une certaine lassitude, les masses luttent toujours, descendent meme dans les rues, tandis que les pavsans sont toujours capables de mettre échec les autorités par des mobilisations violentes. Des manifestations de dualité de pouvoir continuent effectivement à subsister

Malheureusement, comme on l'a déjà

MNR ne voient aucun pole d'attraction les masses désillusionnées envers le consistant. La COB elle-même parait largement vidée de son contenu, les milices n'existent que dans certaines zones et n'ont aucune coordination nationale. En conclusion, bien que du point de vue objectif il serait légitime d'envisager des développements révolutionnaires à courte échéance, la carence grave sur le plan de l'organisation et de la direction " révolutionnaire pèsent lourdement dans un sens contraire,

En ce qui concerne le Brésil, dont la situation est connue dans ses termes généraux et ne saurait être analysée plus en détail dans quelques paragraphes sommaires, nous nous limiterons ici à souligner deux aspects.

Le mouvement de masses est encore divisé, structuré sous une forme différenclée, qui varie beaucoup d'une région à nale fait toujours défaut. Ce qui est pire, et l'unification à l'échelle natioil est encore loin d'avoir échappé à l'em_ prise directe ou indirecte (par l'intermédiaire des syndicats) de couches de la bourgeoisie nationale. Pour ne donner que quelques exemples significatifs, dans certains secteurs c'est le Parti Travailliste (PTB) avec ses organisations syndicales qui contrôle le mouvement; dans une ville si importante que Sao Paulo la majorité des ouvriers suit le janisme (le mouvement de Quadros), au nord-est les paysans sont organisés par le socialiste de gauche Francisco Julião, considéré comme le castriste numéro un du Brésil Si nous considérons, d'autre part, les organisations politiques qui se réclament plus ou moins du marxisme, il y en a plusieurs, mais aucune n'a une influence de masse importante. Le PC brésilien (Prestes) a perdu beaucoup de force et il serait incapable d'une véritable action autonome, même sil voulait lenvisager (ce qui n'est pas le cas). Le P.C. do Brasil n'est, somme toute, qu'une organisation d'avant-garde restreinte. Le PS brésilien compte ici et là sur un certain sou tien, même dans les syndicats, mais il est absolument disparate ; il apparaît plutôt comme une espèce de confédération de groupes très différents que comme un parti unitaire opérant à l'échelle nationale (22).

Dans une telle situation, on comprend comment les masses et leurs organisations, malgré le caractère explosif de la situation et la combativité de larges sec teurs, peuvent être réduites souvent à un

(20) Il y a un sentiment diffus qu'une défaite d'Allende ne serait possible que par une fraude et qu'on pourrait réagir contre cette éventualité.

(21) La rénovation de l'équipement a été très sérieusement entravée par le fait que des compensations très lourdes ont été payées aux anciens propriétaires.

(22) Le P.S. inclut, d'une part, un bon nombre d'opportunistes chevronnés et même un ministre du gouvernement, H. Lima : d'autre part, des militants de gauche qui se rapprochent du marxisme révolutionnaire et un homme comme Francisco Juliáo.

QUATRIEME rôle d'appoint dans les grandes manœuvres des différentes couches et tendances bourgeoises nationales. Ce fut deux fois le cas au cours des quinze derniers mois, au moment de la succession de Quadros par Goulart, et dans la crise de septembre dernier. Le résultat a été que Goulart s'est imposé par le soutien des masses, a obtenu une consolidation de son pouvoir de la même manière et, finalement, a montré son vrai visage en concluant un un compromis avec la droite et surtout en s'accordant avec Kennedy dont il est maintenant l'un des alliés les pius valales en Amérique latine. Ce qui démontre que la bourgeoisie brésilienne possède encore des atouts pas du tout négligeables, même si elle ne peut rêver d'aucune stabilisation économique et sociale, fut-elle relative.

Tout cela implique, en conclusion, que les tâches des marxistes révolutionnaires brésiliens sont extrêmement difficiles et complexes, et que ce n'est que par des analyses scrupuleuses, sans préjugés, et constamment mises à jour, qu'ils pourront discerner les processus plus profonds du mouvement de masses et être en condition d'y jouer un rôle de propulsion (23).

L'Argentine a traversé cette année une crise exceptionnellement aigue avec l'affrontement de plusieurs tendances politiques et militaires. Nous n'insistons pas sur les faits connus, la fin du frondizisme, le choc entre les « gorilles » et les minaires « modérés », la poussée des tendances nasséristes, les manœuvres d'hommes comme Alsogaray et Aramburu. Au centre de la vie politique argentine se trouve en réalité le péronisme, qui, d'une que faisant abstraction de lui ou contre part, empêche toute stabilisation politilui, qui d'autre part influence dans une mesure encore décisive de mouvement de masses

En fait, on s'interroge à juste titre si, dans l'impossibilité d'assister sans rien faire à un véritable pourrissement de la situation, la bourgeoisie argentine et l'impérialisme yankee ne pourraient pas jouer à nouveau la carte du péronisme en ouvrant les portes à l'exilé de Madrid. Mais la difficulté réside dans le fait que, dans Amérique latine 1962, personne ne peut dire de quels événements une restauration de Peron pourrait être le prélude. Aux yeux des masses, Peron est plus que Jamais le porte-drapeau de la lutte antiimpérialiste, de la lutte contre l'oligar chie, de leur émancipation nationale et sociale. Son retour serait considéré par elles comme une grande victoire, accroitrait leur combativité et leur agressivité, et le mouvement pourrait aller rapidement bien au-delà des buts que se fixent Peron et son état-major. Au fond, c'est le general lui-même qui comprend tout cela et, outre les proclamations verbales, son action concrète indique assez clairement son intention de ne pas lutter effectivement pour un retour au pouvoir à une échéance immédiate. Le problème pourtant risque de rester toujours ouvert, la bourgeoisie oscillant entre la tendance à mettre le péronisme hors jeu et la nécessité de compter sur lui, soit par une intégration à froid dans le système (24), soit même en le rappelant au pouvoir en l'absence de toute autre solution.

Dans une pareille situation, le mouvement péroniste lui-même ne peut éviter les bouleversements intérieurs et se soustraire à des pressions multiples. Les différenciations dans son sein, au moment où la situation du pays est devenue dramatique et où, entre autre, l'influence de la Révolution cubaine se précise (25), se sont accentuées et s'accentuent davantage. Tandis que l'aile syndicaliste gauchiste, dont Framini est le principal représentant, accepte volontiers le tournant à gauche, dont Peron lui-même a compris la nécessité (26) et que le même Framini se range du côté de Cuba, par exemple dans une entrevue à un journal italien (27), le droitier Matera fait une ouverture aux militaires « modérés » et aux partisans de l'intégration à froid, en refusant le tournant et en se réclamant de l'Alliance pour le progrès (28).

De tout cela découle la conclusion évidente que, dans le cadre général du péropement de ta nate polie en seraine vont se produire des processus et plus particulièrement pour l'évolution du mouvement de masses. Les marxistes révolutionnaires ne sauraient l'ignorer ou le sous-estimer: les masses argentines ont toute une série d'expériences à faire avant de trouver d'autres formes d'organisation et d'autres instruments de lutte. Un peut envisager leur processus de ma turation avec un optimisme d'autant plus tonde que des fermentations fort intéressantes se sont dessinées récemment dans la jeunesse péroniste. Des secteurs de jeu-

(23) Au Brésil, la perspective de la lutte de guérilla se posera tôt ou tard concrètement. Il ne faut cependant pas ignorer que, dans des pays immenses comme le Brésil et le Mexique, des guérillas dans des zones reculées pourraient se prolonger pendant de longues périodes sans impliquer une chute rapide du pouvoir central.

(24) Cette tendance a marqué des points après la crise de la mi-septembre.

(25) Outre l'influence plus générale, un effet de la Révolution cubaine a été de stimuler des couches d'avant-garde à une réflexion et à une élaboration politique et théorique dont, avant, elles n'avaient pas l'habitude.

(26) Voir certaines déclarations de Peron sur la nécessité de mettre à jour sa doctrine. Les dix points de Framini comprennent : nationalisation de toutes les banques, contrôle étatique du commerce extérieur, nationalisation des secteurs-clés de l'économie, prohibition de l'exportation des capitaux, expropriation de l'oligarchie terrienne sans indemnisation, contrôle ouvrier sur la production, abolition du secret commercial, etc...

(27) Cf l'Unità, 18 août 1962.

(28) Voir ses déclarations du 17 octobre à l'Association de la presse étrangère.

INTERNATIONALE nes commencent à s'organiser avec une structure assez solide, même si ce n'est qu'à l'échelle locale, à organiser des commandos, à publier des feuilles clandestines, expression de leur volonté de lutte. Il y a ici en embryon une première cristallisation de la tendance prolétarienne du péronisme, d'où pourront émerger des cadres révolutionnaires destinés à jouer un rôle dans le développement du mouvement révolutionnaire de masses. Le but de cet article n'est pas de formuler les tâches et les orientations tactiques des forces marxistes révolutionnaires d'Amérique latine. Une telle formulation, d'ailleurs, ne pourra qu'être le résultat d'une élaboration collective des camarades directement engagés dans l'action et qu'être sanctionnée par une assise légitime de notre mouvement international. Toutetois, ce que nous venons de dire devrait indiquer combien la tache des marxistes révolutionnaires est difficile dans un contexte où des conditions prérévolutionnaires et même révolutionnaires existent déjà ou mûrissent rapidement, où les groupes et les militants d'avant garde ne constituent encore que des noyaux restreints souvent divisés et, même en faisant abstraction de l'action de l'impérialisme et de ses agents, où des appareils politiques et syndicaux se livrent ouvertement à une entreprise de dénigrement, d'isolement, sinon d'élimination des militants et des cadres les plus avancés. La réalité de l'Amérique latine, à l'intérieur même des différents pays - il suffit de penser au colosse brésilien — est très différenciée et mouvante : des changements, des bouleversements brusques sont toujours possibles, voire probables. Les marxistes révolutionnaires doivent rejeter tout schéma comme la peste et s'accrocher à la réalité, l'interpréter dialectiquement, en saisir à temps les tendances les plus dynamiques. Des gens qui ne seraient en condition que de répéter des slogans dans le vide, toujours les mêmes à chaque occasion, préférablement pour tous les pays du monde, qui ne comprennent pas que les organisations et les directions révolutionnaires nouvelles naîtront du développement propre du mouvement de masses et qu'il est absurde d'ériger en fétiches des petites organisations, quel que soit l'esprit de leurs militants (29), sont condamnés à la stérilité, à la reconnaissance après coup de ce que d'autres ont fait, au rôle prétentieux de donneurs de conseils.

Il faut donc avoir la plus grande largeur d'esprit et comprendre que les chemins de la révolution peuvent être innombrables et même inattendus. Ce qui signifie qu'il ne faut jamais se contenter de jugements sommaires, qui reviennent en substance à des pétitions de principe, mais pour chaque phénomène à développer une analyse concrète, détaillée, basée avant tout sur une connaissance scrupuleuse des faits. L'équivalent d'une pareille attitude d'investigation doit être, sur le plan de l'action, la plus grande souplesse, , le plus grand doigté et en même temps lesprit de decision politique, nostilité la plus nette envers tout tetichisme organisationnel. Les marxistes révolutionnaires devront être prêts soit à prendre eux-mêmes des initiatives audacieuses, où elles s'imposent en étant objectivement possibles, soit de s'intégrer dans des mouvements plus larges qui se développent indépendamment de leur action, de stimuler ces mouvements en tâchant d'y jouer le rôle d'avant-garde consciente. Ils devront aussi, si nécessaire, avoir le courage de rappeler les gens tenir compte de la réalité, à comprendre que le mouvement de masses a ses propres lois de développement, qui par rapport à nous, sont dans une large mesure un fait objectif qu'on ne saurait nier par de simples actes de volonté.

En Amérique latine aussi, les marxistes révolutionnaires jouissent de l'avantage capital de faire partie d'un courant revolutionnaire historique, d'une organisation communiste internationale, qui dispose de tout un patrimoine theorique et politique comme instrument irremplaçable de connaissance et de lutte. Mais ils ne sauraient se contenter de cet héritage qui, à la longue, pourrait se convertir dans .un handicap, s'ils n'étaient condition de l'enrichir et de le renouveler constamment. La Revolution cubaine a démontre, entre autre, combien de dimensions nouvelles de la réalité révolutionnaire peuvent être décelées par une révolution qui atteint un niveau élevé d'autoconscience. Il y a encore tout un continent comme terrain d'analyse et d'action pour ceux qui sauront être à la hauteur de l'époque extraordinaire où nous vivons. 20 octobre 1962.

.(29) Encore pire si, comme c'est le cas de certaines organisations qui se réclament désormais abusivement de la IVe Internationale, le niveau politique est en général primaire et la structure organisationnelle tout à fait bureaucratisée.

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