Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 16

L'Irian occidental et l'Indonésie

Tjokro · Quatrième Internationale, n° 16 · juillet 1962 · p. 29-32 · 3 673 mots

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Après la capitulation du vieil impérialisme japonais en 1945, impérialisme hollandais essaya d'écraser la révolution indonésienne, entre autre par des moyens militaires. La bourgeoisie put se rendre compte qu'il y avait des forces, dans la révolution nationaliste, qui constituaient une menace pour toute forme d'exploitation en Indonésie. La bourgeoisie indonésienne était et est encore extrèmement faible, n'ayant pas eu beaucoup de chance de se développer. La Hollande était un très petit pays, une petite puissance impérialiste, et tout récemment encore un pays capitaliste essentiellement commerçant sans grand secteur industriel. Les intérêts capitalistes coloniaux centrèrent leurs efforts sur l'extraction des minerais (pétrole, étain, etc.) et sur de grandes plantations (caoutctc.)., es pe duits teta entie traites en tabac, quinquina, Indonesie, mais envoyes, directement sur le marché mondial. Ainsi de larges et faciles profits furent réalisés, en particulier grâce à une main-d'œuvre nombreuse et bon marché. . Au début de ce siecle, certains secteurs du capital industriel hollandais (industrie textile de wente, entreprises commerciales d'Overijseland) tenterent de changer un peu l'orientation économique impérialiste indonesien. Peup cter le grandir ur- Ils voulaient exploiter le grand mar-

Oil fallait un certain renforcement limité du pouvoir d'achat des masses qui était excessivement bas, et la création d'une petite bourgeoisie moderne. L'expression politique de cette tendance capitaliste « éclairee » erait la « polique morale » (une certaine politique timide pour léducation et le « bien-être »). Toutes ces tentatives échouèrent. Le capital financier international et celui des plantations renforça son exploitation de d'œuvre indonésiennes, des ressources, et de la mainsans stimuler un développement industriel et capitaliste à l'intérieur de Indonésie. • De plus, en Indonésie, il existait une importante minorite coloniale réactionnaire d'Européens et d'Indo-Européens d'environ 250.000 personnes dans les années 30, dont une grande partie était des résidents permanents. Le groupe indo-européen, qui était une petite bourgeoisie coloniale privilégiée, pour la plupart travaillant dans les services gouvernementaux, se sentit de plus en plus menacé par le développement d'une classe moderne intellectuelle et semi-intellectuelle indoné sienne et chinoise. Cette minorité joua plus ou moins le même rôle que les coIons blancs en Afrique. Ranatriés fil en reste environ 20.000 en Indonésie) ils représentent une tendance réactionnaire, et même, dans une certaine mesure, éventuelle pépinière pour le fascisme.

La pression exercée par certains cercles capitalistes autour de P. Rijkens, direcautour de teur de l'Unilever, avec de gros intérêts dans le monde colonial et semi-colonial - en vue d'une politique coloniale plus intelligente, apparut très tard et

One fut pas surisamment forte pour faire une breche dans la politique traditionnelle

Seule la force de la révolution indonésienne après 1945 put contraindre la bourgeoisie hollandaise à essayer une politique nouvelle en remplacement de la vieille politique de nationaliste, a savoir la politique venerat Iste de diviser pour régner lancée par le général H. J . Van Hook à la conférence de Malino (16-24 juillet 1946).

Le but était d'encercler , d'isoler, d'atfaiblir et si possible de disloquer la République indonésienne dont le centre était en Moyenne-Java (Djakarta), par la création d'une série d'Etats fédéraux: Indonésie de l'Est, Sumatra de 1'Est, Pasundan, Java Est, Madura, Sumatra Sud, etc. Cest grâce à des teodaux, des bourgeois de droite et des éléments compradores, et en stimulant les, sentiments provinciaux et chauvins anti-javanais, que le gouvernement colonial hollandais réussit à construire cette façade. Cependant, ces groupes étaient trop faibles et trop discrédités pour être d'un grand secours. Au bout d'un an d'indépendance, l'impérialisme fut vaincu et ne put rien faire d'efficace contre la rapide liquidation de la structure fédérale coloniale. Sous la pression de T'aile droite de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie, on ne réussit qu'à séparer la Nouvelle-Guinée de l'Indonésie en 1949 : manœuvre visant à porter un coup à la révolution indonésienne, à l'unité indonésienne, puisque la révolution ne pouvait être écrasée de facon directe.

Qu'est-ce que Nouvelle Guinée ou Irian et quel rôle joue-t-elle ?

C'est une grande fle de 164.000 miles carrés, avec une population d'environ 800.000 Papous, dont la moitié sont encore plus ou moins à l'âge de pierre. vivant de facon précaire avec une alimentation très inégale de sagou. et quelauefois un peu de poisson et de porc. Ils marlent beancoup de langues locales, utilisant le Malais Cana internatede na mur e de l'Indonésie) comme ils doivent entrer en contact avec le monde extérieur à leurs villages et à leurs clans. et naturellement dans les villes. Te climat et le terrain sont extrêmement défavorahles: ce sont de grands marécages inhabitables surtout dans le sud et une grande chaîne de montagnes d'Fst en

Ouest, Il n'y a pratiquement aucune route ou d'autres voies de communication sauf la voie aérienne.

A Sorong la NNPGM (des capitaux hollandais, anglais et américains) a exploite les réserves de pétrole jusqu'en 1960. On a découvert dans l'île de Waigeo de grandes réserves de nickel et de cobalt, qui ne sont pas encore exploitées. Les seuls produits d'exportation sont maintenant : le copra, le copal, la noix de muscade et les peaux de crocodile.

La manœuvre pour séparer la Nouvelle Guinée de l'Indonésie n'était pas une sımple fantaisie. Après l'échec de la répression directe et de la politique de division l'impérialisme hollandais pour avait besoin d'un policier pour veiller, de manière directe ou indirecte, sur ses 4.000.000.000 de florins investis. La présence hollandaise dans une partie de l'Indonésie était et est une menace constante pour l'unité indonésienne, un stimulant permanent pour les tendances contre-révolutionnaires fédéralistes, les féodaux et l'aile droite de la bourgeoisie, et pour les tendances religieuses obscurantistes. Ceci s'applique tout d'abord à l'Indonésie de l'Est. Des groupes d'Amboinais, pour la plupart d'anciens soldats professionnels de l'armée coloniale hollandaise, il y a des années, proclamèrent la République Maluku Selatan (Moluques du sud) « indépendante », avec la bénédiction de l'impérialisme hollandais. La popula tion chrétienne amboinaise de cette région était une base traditionnelle de recrutement de mercenaires coloniaux. Après l'effondrement de la structure fédérale, des bandes amboinaises continuèrent à lutter contre la République d'Indonésie, contre la révolution indonésienne (on rapporte encore qu'il y a quelques luttes dans l'ile de Ceram).

Plusieurs milliers d'Amboinais cherchèrent asile en Hollande. L'aile anti-indoné sienne la plus fanatique est utilisée par l'organisation coloniale hollandaise extrê mement réactionnaire « door de eeuven trouw » (fidèle à travers les siècles) pour répandre la cause de l'Amboine, de la République inexistante des « Moluques du Sud », et la défense des positions impérialistes en NouvelleGuinée.

On ne peut prouver l'existence de relations directes entre la Nouvelle-Guinée, « Maluku Selatan » et les autres centres contre-révolutionnaires du centre de Sumatra et des Célèbes du Sud; mais si le « gouvernement révolutionnaire » de Bukit Tinggi avait réussi, avec ses soutiens américain, anglais, philippin, formosan, etc., l'impérialisme aurait eu un excellent tremplin en Nouvelle-Guinée.

En fait, la Nouvelle-Guinée a encore cette fonction de tête de pont contre la révolution du Sud-Est asiatique. A partir de 1954, l'impérialisme australien s'intéressa de plus en plus à la Nouvelle-Guinée. Son représentant à l'O.N.U., le 10 décembre 1954, dit que l'on ne pouvait sé parer la défense de l'Australie de celle de « la Nouvelle-Guinée de l'Ouest ». Après quoi, la coopération néerlando-australienne se renforça. L'accord néerlando-australien du 611-57 à propos de la NouvelleGuinée est significatif, visant indirectement à une fédération mélanésienne de la partie hollandaise et de la partie australienne de la Nouvelle-Guinée. Ce nouveau pays, très faible économiquement et politiquement, resterait le vassal des impérialismes hollandais, australien et américain.

En faveur de la politique hollandaise en Nouvelle-Guinée, on avança certains arguments, on développa certaines théories. La première considération - en 194749 — fut que l'on devait offrir un refuge sûr aux Indo-Européens pour lesquels il n'y aurait pas de place en Indonésie. La NouvelleGuinée devait devenir une nouvelle colonie pour blancs.

Plus tard, lorsque ce but impérialiste se révéla inapplicable, on avança une « theorie « ethno-culturelle (et même une « théorie » biologique) que la Nouvelle-Guinée était différente à tous points de vue; que les Papous n'étaient pas indonésiens (la flore et la faune étaient différentes, etc.).

Jusqu'à la période précédant le transfert de souveraineté, la Nouvelle-Guinée avait été considérée comme une partie de l'Indonésie. Dans tous les accords officiels néerlando-indonésiens (Lingadjati, Renville, Malino), il n'était pas question d'un territoire séparé de Nouvelle-Guinée. Il est vrai que le gouvernement hollandais inséra une clause cord de ne gaujet, ss va pe sanite de vague dans sécession de l'un des peuples d'Indonésie, mais, ensuite, Van Mook → à la confé rence de Den Pasar - exprima très clairement et de façon officielle que la Nouvelle-Guinée faisait partie de l'Indonésie de l'Est. Jusqu'à la guerre mondiale, son caractère « indépendant » ne s'était manifesté que dans le sens où c'était une région complètement négligée, connue exclusivement comme l'emplacement d'un camp de concentration pour les révolutionnaires indonésiens, dont beaucoup y périrent de malaria. Ce fut la défaite de l'impérialisme qui conduisit à une nouvelle évaluation de cette île.

Du point de vue ethnologique, les Papous ne peuvent être considérés comme absolument différents des autres peuples indonésiens. Les habitants de plusieurs iles de l'Indonésie du Sud-Ouest ont des traits communs avec les Papous; cependant, même si l'on pouvait prouver de façon parfaite la différence ethnologique des Papous, ce n'est pas le caractère ethnique, mais la volonté politique de la population qui doit être la base d'un nouvel Etat.

Jusqu'à maintenant cela signifiait, dans le monde capitaliste: la volonté de la bourgeoisie. Jusqu'ici, les masses n'ont pas pu s'exprimer pleinement.

La théorie « ethno-culturelle » récemment inventée devient encore plus SuSpecte à la lumière de la politique coloniale d'éducation: on s'efforce toujours de faire du hollandais la langue commune (alors que le malais, la langue nationale indonésienne, a déjà servi de langue in- termédiaire dans toute la Nouvelle-Guiplupart des écoles sont aux mains des née); et il y a toujours le tait missions, ce qui a divisé la NouvelleGuinée en Nord protestant et en Sud catholique. Le but est clair: éloigner systématiquement et absolument les Papous du milieu indonésien, de la révolution asiatique, de la révolution coloniale.

Il est un autre point de vue colonial selon lequel la Hollande peut faire davantage pour les Papous que ne le peut l'Indonésie misérable. Ce qui a été fait servait un but plus large: faire des Papous un instrument contre-révolutionnaire anti-indonésien; exploiter pour le capitalisme les réserves de minerai. Les résultats de l'exploitation ont pu être modestes, mais s'il n'y avait pas eu la révolution coloniale à cet endroit, avec le soutien de l'O.E.C.E., de l'Australie et des U.S.A., 1l y aurait eu d'importantes possibilités economiques dans l'avenir.

Jusqu'à présent, ce sont les intérêts stratégiques de l'impérialisme qui ont prédominé: à savoir, la formation d'un baston contre la révolution coloniale, Pour cela, il faut une petite bourgeoisie papoue digne de confiance. Il y a maintenant une couche de petits fonctionnaires, professeurs, personnel de mission, ete., qui dépend 'entièrement de l'impérialisme et de ses agents. Elle est en voie de devenir une classe, et comprend aussi maintenant quelques intellectuels et un petit groupe de commerçants.

L'exploitation capitaliste et le gouvernement colonial amenèrent le développement d'un prolétariat tôt accaparé par les syndicats protestants et catholiques. Cependant, ce fait ne put empêcher une série de grèves pour de meilleures conditions de vie (par exemple à Monokwari en 1959 et 1960). La précarité du modeste niveau de vie des ouvriers papous et indonésiens fut démontrée dans l'industrie pétrolière de Sorong. Lorsque les réserves de pétrole furent presque épuisées, la NNPGM (compagnie travaillant avec des capitaux hollandais, américains et glais) se retira et abandonna ses 50.000 ouvriers papous et indonésiens qui durent retourner dans leurs villages.

La Nouvelle-Guinée est incapable de se développer économiquement et politiquement de façon indépendante. L'impérialisme hollandais a rompu les liens économiques traditionnels de la Nouvelle-Guinée avec l'Indonésie et la maintient artificillement isolée et dépendante.

La solution la plus valable serait la réintégration à l'Indonésie; une économie socialiste planifiée réellement intégrée de l'Indonésie, avec un plan spécial pour les provinces arriérées telles que la Nouvelle-Guinée: la nationalisation de toutes les entreprises hollandaises en Nouvelle-Guinée; une campagne sur vaste échelle pour l'enseignement élémentaire, technique et secondaire dans cette région; le développement extensif des coopératives agricoles et des petites et moyennes entreprises coopératives; la coopération économique avec l'Asie et l'Asie du Sud-Est; un grand soutien économique par les pays ouvriers.

Sous la pression de la révolution coloniale, les slogans impérialistes de « colonies pour les Indo-Européens » devinrent « bien-etre pour les papous » et plus tard « autodétermination des Papous lorsqu'ils seront assez mürs pour s'exprimer euxmêmes ». En tant que marxistes révolutionnaires, nous sommes pour l'autodétermination des peuples. Cependant, nous ne définissons pas le peuple comme la bourgeoisie régnante ou l'appareil bureaucratique colonial. Nous pensons avant tout aux ouvriers et paysans; aux masses qui dans leur lutte sur la voie au socialisme représentent réellement les intérêts du peuple, y compris ses intérêts nationaux culturels. Une condition nécessaire pour la saine expression nationale d'un peuple, c'est de briser la domination économique, politique et culturelle de l'impérialisme.

En Nouvelle-Guinée, la domination coloniale autocratique sur une petite population faible et entièrement dépendante ne tolère même pas des droits démocratiques bourgeois limités. Tout est utilisé et orienté pour éduquer les Papous dans un sens anti-indonésien, dans l'hostilité à la révolution coloniale. Ainsi, sous la pression internationale croissante, on a eta bli « le Conseil de Nouvelle-Guinée ». Avec un grand nombre de membres hollandais et des représentants de la petite bourgeoisie papoue naissante (les élections étaient en partie directes, en partie indirectes au travers de groupes et d'organisations, etc.), il ne put devenir que l'ombre de Lombre d'un parlement bourgeois. gouvernement américain refusa d'être représenté à la cérémonie d'ouverture. Cela aurait été trop compromettant, vis-à-vis de toute la bourgeoisie coloniale.

Dans cette situation défavorable, un nationalisme papou petit bourgeois naissant exprima des opinions divergentes à l'intérieur et en dehors du Conseil de Nouvelle-Guinée. Parmi les nombreux petits partis eparpilles essentiellement lo caux, le PARNA (parti national, en malais, langue indonésienne) est le plus indépendant. Dans son programme, il demandait, entre autres choses, plus de facilités d'éducation pour les Papous, « papouanisation » de l'administration, l'abolition de toute discrimination raciale, l'indépendance en 1970. Beaucoup_ de Hollandais effrayés retournèrent en Hollande.

Deux dirigeants du PARNA étudiant en Hollande se rendirent à Anvers en décembre 1961, pour prendre contact avec des Indonésiens. Peu de temps après on apprit le fait que Frits Kirihio, étudiant papou à lUniversité de Leyde, était allé à Djakarta pour parler à Sukarno et voir la situation en Indonésie. Dans un meeting tenu dans les Célèbes du Sud il exprima sentiments pro-indonésiens (janvier 1960).

Les Papous du PARNA qui se trouvent en Hollande ont maintenant des contacts réguliers avec les Indonésiens. Jusqu'ici, ils évitent toute nouvelle publicité, expliquant qu'ils veulent donner à leurs parti- sans et aux autres Papous une réorientation progressive, et ne provoquer aucune scission avec les Papous qui sont encore fortement sous l'influence hollandaise.

En Indonésie, un groupe d'exilés papous travaille sous la direction de Silas Papare pour la réintégration de l'Irian occidental (Nouvelle Guinée) à l'Indonésie. Les guerrillas indonésiennes (des « infiltrateurs » selon le gouvernement hollandais) qui pénétrèrent dans cette ile ne furent pas toujours accueillies par la méfiance comme veut le faire croire l'agence de presse hollandaise. Des Papous participèrent à plusieurs actions clandestines. Dans l'Irian occidental, en particulier à l'intérieur et autour de Fak Fak, la majorité de la population islamique est pro-indonésienne.

De façon limitée et quelquefois déformée, la révolution coloniale perce à travers l'isolement de l'Irian, Cependant, jusqu'à présent, le gouvernement hollandais a pu se servir des Papous comme bouclier pour l'impérialisme, et faire étalage de « dirigeants » papous petits bourgeols comme « representants » du peuple. Les Papous d'extrême-droite organisent des « manifestations » et réclament « l'indépendance » papoue. Ces Papous ont été maintenant préparés à jouer le rôle des Amboinais, ces pilers traditionnels de l'impérialisme hollandais.

La seule solution, la véritable libération des masse papoues de leur rôle dégradant, de leur isolement humiliant est leur réintégration dans la révolution indonésienne. Dans leur milieu sud-asiatique, unies aux masses indonésiennes, elles peuvent ac. quérir une conscience de classe et lutter pour leur libération totale, En union avec les ouvriers et paysans indonesiens, les Papous doivent lutter pour le renversement de la bourgeoisie coloniale indonésienne et de son appareil bureaucratique et militaire pourri ; pour une Indonésie socialiste, pour une federation socialiste des provinces autonomes indonésiennes parmi lesquelles il y aura l'Irian.

La position correcte de la classe ouvrière hollandaise jusqu'en 1949 était la revendication : totale et immédiate indépendance de l'Indonésie «(«Indie los van Holland nu»). Maintenant, elle doit étre ‹ retour immédiat de l'Irian occidental à l'Indonésie».

Il est compréhensible que le transfert inconditionnel de l'Irian à l'Indonésie ne signifie pas livrer les lapous au regime bonapartiste pourri, corrompu, de Sukarno et de Nasution qui gouvernent l'Indonésie pour la bourgeoisie nationale. La libération des Papous ne peut se trouver en dehors de la révolution coloniale ; elle ne peut se réaliser qu'à l'intérieur de la révolution indonésienne, avec ses hauts et ses bas, avec sa stagnation relative actuelle (dûe à la trahison constante de la direction du P.K.I., le parti communiste d'Indonésie). La main dans la main avec les masses indonésiennes les ouvriers et paysans papous devront lutter à l'inté rieur des organisations de masses, du PKI, de la fédération syndicale commu niste SOBSI et du SARBUPRI (ouvriers agricoles et ouvriers des plantations, du mouvement de jeunes, pour une nouvelle direction révolutionnaire.

Les bourgeoisies occidentales et coloniales ont une compréhension plus intelligente de la révolution indonésienne que le gouvernement hollandais. Derrière la démagogie opportuniste de Sukarno, elles voient dans les masses indonésiennes la véritable menace pour le maintien des positions capitalistes et de leur influence en Indonésie. Elles se rendent compte que Sukarno et sa classe, l'armée et la bureaucratie sont les seuls moyens qui restent pour arrêter le courant des masses. L'armée ainsi que Sukarno révolutionnaire lui même, ont fait tout ce qu'ils ont pu pour empêcher la solution révolutionnaire des problèmes de l'Irian. La formation spontanée de comité d'ouvriers et de jeu nes pour l'Irian, en 1957, fut immédiatement neutralisée (du moins en partie) par la canalisation de toutes ces initiatives dans des organismes officiels contrôlés par les militaires. Ceci put se faire sans opposition de la direction du PKI qui soutient toujours le régime bonapartiste.

Sous la pression de la révolution coloniale, la bourgeoisie internationale dût changer progressivement de position visà-vis du problème de l'Irian ; L'ONU a eu pour tâche de résoudre ce problème pour l'impérialisme et pour la bourgeoisie indonésienne. Les pays de Bandung soutinrent plus ou moins les revendications indonésiennes. L'aile réactionnaire de la bourgeoisie africaine soutint la position hollandaise ; plus ou moins, à travers les propositions de Brazzaville et du Tanganyka. Des délégués du Dahomey et du Togo allèrent en Irian promettre leur soutien à la cause de «l'indépendance » papoue. Une délégation papoue est invitée à venir dans les pays de Brazzaville.

Le gouvernement américain exerce une pression sur la bourgeoisie hollandaise et indonésienne. En dehors de son aide économique, il donne maintenant des armes au gouvernement indonésien, pour renforcer le régime bonapartiste contre le mouvement ouvrier, et aussi pour éviter que ce régime ne devienne trop dépendant de l'Union Soviétique et des autres Etats Ouvriers. La Chine a offert son soutien dans la question de l'Irian. L'Union Soviétique accorde une aide militaire substantielle.

U. Thant et plus tard le «simple particulier» américain Bunker, essayèrent d'agir en médiateurs. Il y eut une série de conversations secrètes entre représentants indonésiens et hollandais aux USA. Washington et U Thant exercent une pression toujours plus grande pour faire accepter le plan Bunker par le gouvernement hollandais, c'est-à-dire une période transitoire de deux ans durant laquelle l'Irian occidental devra être cédée à l'Indonésie, avec la possibilité pour les Papous de faire connaître leurs désirs.

De plus en plus isolé, le gouvernement réactionnaire hollandais De Quay dût faire concession sur concession. Concessions rendues relativement faciles à cause de la volonté de la bourgeoisie indonésienne de venir à un compromis. Le Chef d'Etat-major de l'armée lui-même, Abdul Haris Nasution, ministre de la défense (représentant de l'aile droite de la bourgeoisie indonésienne) se rendit en Europe pour entrer en contact plus étroit avec des représentants de la bourgeoisie hollandaise. En fait, le groupe Rijkens avait déjà eu des contacts avec le gouvernement indonésien. Cependant sous la pression des réactionnaires, le gouvernement hollandais ne se servit pas des offres fréquentes de compromis. Il envoya des cargaisons d'armes en Irian. Il est en train de former un corps militaire papou. En avril il a envoyé deux bateaux de troupes nouvelles. Cela signifiait la guerre. Une guerre que la bourgeoisie indonésienne et les chefs militaires en particulier ont longtemps et énergiquement essayé d'éviter, à cause des dangers de radicalisation et d'influence explosive que cela pouvait avoir sur les masses : il fallait jouer une carte presque radicale avec des slogans anti-impérialistes et anti-hollandais. Cela servait en même temps l'autre but démagogique nationaliste chauvin qui consistait à détourner les masses des problèmes économiques intérieurs devenus insupportables.

La pression des masses étant forte, des actions pratiques concrètes ne pouvaient être éternellement ajournées. Le 14 décembre 1961, Sukarno proclama la mobilisation nationale. De nouvelles mesures suivirent (alternant avec des offres de compromis) : concentrations de troupes à l'Est de l'Indonésie ; changement dans le commandement de l'Irian, Sukarno nomma un officier plus à « gauche » que Nasution ; pénétration en Irian occidental de plus nombreux petits groupes de soldats ; enfin envoi de parachutistes. Le 22 mai commença l'évacuation de 500 à 600 Hollandais de l'Irian occidental. L'opération est mal dirigée, et il peut s'écouler un certain temps avant que le problème soit résolu, mais la fin est claire. Le colonialisme hollandais devra bientôt partir. Naturellement cela demandera du temps, des efforts, une lutte, avant que la majorité des Papous trompés ne soit réintégrée à l'Indonésie, avant que les ouvriers et les paysans papous aient trouvé leur voie vers le mouvement de masse indonésien.

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