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La Deuxième Déclaration de La Havane

Quatrième Internationale, n° 15 · avril 1962 · p. 17-30 · 11 397 mots

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La Deuxième Déclaration de La Havane que nous reproduisons ici, en réponse à lappel qu'elle adresse à tous les amis de la Révolution cubaine dans le monde entier, est une preuve tangible de l'esprit révolutionnaire qui continue à animer les dirigeants. les cadres et les militants du mouvement fidéliste à Coha, ainsi que les masses révolutionnaires de toute File.

Les accents « trotskystes » de cette Déclaration sont incontestables. Pour la première fois depuis la Révolution d'Octobre, voici en effet une révolution socialiste qui, ayant triomphé dans un pays, ne se cantonne pas dans l'œuvre nationale de construction économique, qui ne transforme pas les compromis passagers inévitables avec l'impérialisme en une stratégie fondée sur la « coexistence pacifique » avec ce même impérialisme, une révolution dont le chef d'Etat n'hésite pas à appeler les travailleurs, les paysans pauvres des campagnes et les ouvriers des villes, a prendre les armes et à abattre le règne des classes dominantes par la voie insurreclionnelle, révolutionnaire.

Autant la Révolution yougoslave constituait un progrès par rapport à la pratique des partis staliniens dans les Etats ouvriers nés au lendemain de la deuxième guerre mondiale, autant la Révolution cubaine ouvre maintenant des perspectives hardies qu'aucun des nouveaux Etats ouvriers n'avait osé ouvrir jusqu'ici.

Ce progrès substantiel s'explique à la fois par des causes objectives et subjectives.

Objectivement, il découle du fait que le peuple de Caba a construit un Etat ouvrier au cœur même de la zone mondiale dominée par l'impérialisme, aux portes de la métropole impérialiste la plus puissante, celle des Etats-Unis. L'aide des autres Etats ouvriers lui a sans doute été vitale pour subsister jusqu'ici. Mais cette aide ne suffit pas, à elle seule, pour briser le blocus impérialiste, et les dirigeants de la Révolution cubaine ont absolument raison de ne pas se faire trop d'illusions quant à l'ampleur de l'assistance militaire qu'ils recevraient de la part de la bureaucratie soviétique, en cas de nouvelle agression impémaliste. Cest pourquoi la vie même les oblige à miser avant tout sur l'aide des masses laborieuses latino-américaines, à voir dans l'extension internationale la révolution en Amérique latine le meilleur moyen de défense de la Révolution cubaine, à voir dans la constitution d'un Second Front dans les Andes la meilleure riposte à une nouvelle intervention contre-révolutionnaire de la part de l'impérialisme américain.

Subjectivement, il découle du fait que Fidel Castro et son équipe n'ont jamais été staliniens, qu'ils sont venus au marxisme d'abord, au léninisme ensuite, sur la base de leur expérience propre, et que leur pensée doctrinale est infiniment plus souple, plus vivante, plus proche des sources du marxisme révolutionnaire que les dogmes pragmatiques (et de plus en plus révisionnistes) codifiés par les groupes successifs qui dirigent la bureaucratie soviétique.

La Deuxième Déclaration de La Havane inclut quelques lacunes, notamment concernant le caractère de l'Etat qui doit naître de la victoire de la révolution. dans tous les pays d'Amérique latine et qui, d'après nous, doit être un Etat prolétarien. Mais nous serions de très mauvais taires incorrigibles, si, devant une révolution aussi vivante, aussi large, aussi populaire et aussi radicale que la Révolution cubaine, nous prenions prétexte de ces lacunes → secondaires parce que la pratique fidéliste incite les masses latinoaméricaines à «faire comme Fidel», c'est-à-dire à couronner la révolution par la création d'Etats ouvriers ! - pour mettre au second plan notre tâche primordiale. qui est la défense inconditionnelle de la révolution et de l'Etat cubains prolétariens contre l'impérialisme.

ceux qui liront la Deuxième Déclaration de La Havane et qui assimileront le message éminemment révolutionnaire, ont le devoir de tout mettre en œuvre pour briser le blocus impérialiste, par lequel Wall Street s'efforce d'affamer le peuple cubain, avant de déclencher contre lui un nouvel attentat militaire.

Les marxistes révolutionnaires latino-américains doivent se battre aux premiers rangs des défenseurs de la Révolution cubaine, dresser les masses de leurs pays contre la politique honteuse des gouvernements réactionnaires qui, à Punta del Este, se sont fait les complices du blocus impérialiste, exiger des gouvernements apparemment plus « souples » à l'égard de la Révolution cubaine qu'ils mettent en pratique leurs déclamations anti-impérialistes en développant leurs relations commerciales avec Cuba, en assurant un large approvisionnement en vivres de l'héroïque peuple cubain. La meilleure aide qu'ils peuvent donner à Cuba, c'est en définitive le développement efficace de la lutte révolutionnaire sur le continent. s'acheminant vers la création d'autres Etats ouvriers.

Les marxistes révolutionnaires d'Asie et d'Afrique doivent expliquer aux masses de leurs pays et aux militants des mouvements de libération nationale que le blocus impérialiste contre Cuba est un précédent extrêmement dangereux, et que, si on permettait qu'il réussisse, n'importe quel autre peuple en train de conquérir son émancipation de l'impérialisme et du capitalisme serait demain menacé du même sort. C'est pourquoi tous les révolutionnaires du monde entier doivent lutter pour la défense de Cuba.

Les marxistes Les marxistes révolutionnaires des pays impérialistes doivent tout mettre en œuvre pour briser l'odieuse entreprise d'affamer Cuba socialiste. Ils doivent mobiliser le mouvement ouvrier, les partis et Is syndicats ouvriers de leurs pays pour qu'ils jettent tout leur poids dans la balance afin de faire échee Washington d'associer les pays de lO.T.A.N. et tous les pays impérialistes an blocus contre Cuba. Ils doivent exiger que des relations commerciales normales soient maintenues et élargies avec la République socialiste de Cuba, que le peuple un avenir meilleur.

Les marxistes révolutionnaires et toute la gauche communiste des Etats ouvriers doivent exiger de leurs gouvernements et avant tout du gouvernement soviétique, que celui-ci augmente considérablement l'aide accordée à Cuba. Ce serait une honte que ce gouvernement, qui prétend construire le communisme dans son pays, qui distribue une aide économique importante à des potentats féodaux comme le roi d'Afghanistan ou à des bourgeois réactionnaires comme assiste les bras croisés à la détérioration des conditions d'approvisionnement à Cuba, et cherche même à monnayer les difficultés économiques passagères de la Révolution cubaine pour.. faire pression sur le prix du sucre. Les travailleurs de l'Union soviétique doivent comprendre que la Révolution cubaine est pour eux un moyen de défense et de protection contre l'impérialisme plus efficace que de nombreuses divisions blindées, et qu'en manifestant leur solidarité avec Cuba, en exigeant une aide beaucoup plus ample pour la Révolution cubaine, ils ne font que défendre leurs propres intérêts.

Telle est la réponse de la IV° Internationale à l'appel lancé par la Deuxième Déclaration de La Havane. Elle appelle tous ses militants, ses sympathisants amis, à agir dans ce sens. Tous à l'action pour la défense de la Révolution cubaine !

DECIADTN

LCULAI

. Le 18 mai 1895, à la veille de mourir d'une balle espagnole dans le cœur, José marti, apôtre de notre indépendance, dans une lettre inachevée à son ami Manuel Mercado, disait :

« Maintenant je suis capable d'écrire... Je cours chaque jour le danger de donner ma vie pour mon pays et pour l'obligation ..d'empêcher à temps, grâce. à l'indépendance de Cuba, que les Etats-Unis etendent leur contrôle sur les Antilles et par conséquent assujettissent avec d'autant plus de force nos pays d'Amérique. Tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant et tout ce que je ferai l'a été dans ce but...

« Les personnes les plus vitalement intéressées à empêcher l'annexation impérialiste de Cuba, qui ferait de Cuba le point de départ de la course (qu'il faut bloquer et que nous bloquons de notre sang) à l'an-

Soixante-sept années so sont écoulées. Porto-Rico a été converti en une colonie et est toujours une colonie saturée de bases militaires. Cuba tomba aussi dans les griffes de l'impérialisme. Ses troupes occupèrent notre territoire. L'amendement Platt fut imposé à notre première Constitution, comme une clause humiliante sanctionnant l'odieux droit d'intervention étrangère. Nos richesses passèrent dans ses mains, notre histoire fut falsifiée, notre gouvernement et notre politique furent entièrement modelés dans les intérêts des contremaîtres, la nation fut soumise à 60 années d'étouffement politique, économique et culturel.

Mais Cuba se souleva. Cuba fut capable de s'arracher à la tutelle illégitime. Cuba brisa les chaînes qui liaient son sort à celui de son oppresseur impérialiste, récupéra ses richesses, régénéra son agriculture et déploya la bannière d'un Territoire et d'un Peuple Libre de l'Amérique.

Maintenant, les Etats-Unis ne seront plus iamais en état d'utiliser la force de Cuba jamais en etat d'utiliser la force de Cuba contre l'Amérique : mais, par contre, dominant la majorité des autres pays d'Amérique latine, les Etats-Unis s'efforcent d'utiliser la force de l'Amérique contre Cuba.

Qu'est l'histoire de Cuba si ce n'est celle de l'Amérique latine ? Et qu'est l'histoire de l'Amérique latine, si ce n'est celle de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie Et qu'est l'histoire de tous ces peuples si ce

LA SOIF

Une nouvelle classe (les marchands et les producteurs d'objets manufacturés pour le commerce) naquit au sein de la société féodale des nobles et des serfs, au déclin du Moyen Age.

La soif de l'or éperonna les efforts de cette nouvelle classe. Le désir du profit fut

CATION nexation de nos nations américaines par le Nord brutal et violent qui les méprise, sont empêchées par des engagements de donner un appui ouvert et franc au sacrifice qui est fait pour notre profit et pour le leur.

« J'ai vécu au sein du monstre et connais ses entrailles ; et ma fronde est la fronde de David. »

En 1895, Marti soulignait déjà le danger qui planait sur l'Amérique et appelait Pimpérialisme par son nom : impérialisme. || soulignait aux peuples de l'Amérique latine que, plus que quiconque, ils étaient intéressés à ce que Cuba ne succombe à la cupidité du Yankee méprisant les peuples d'Amérique latine. Et, de son propre sang, versé pour Cuba et l'Amérique, il écrivit les mots que, de façon posthume, pour rendre hommage à sa mémoire, le peuple de Cuba met en tête de cette déclaration. n'est celle de l'exploitation la plus cruelle et la plus impitoyable par l'impérialisme dans le monde ?

A la fin du siècle dernier et au début du siècle actuel, une poignée de nations économiquement développées avait terminé de partager le monde entre elles, soumettant à leur domination économique et politique les deux-tiers de l'humanité, forcés de travailler pour les classes dirigeantes des des pays capitalistes économiquement avancés.

Les circonstances historiques qui permirent à certains pays européens et aux EtatsUnis d'avoir un haut niveau de développement industriel les mirent en état de soumettre le reste du monde à leur domination et à leur exploitation.

Quels furent les mobiles de l'expansion des puissances industrielles ? Etaient-ce des raisons de moralité et de civilisation comme elles le prétendent ? Non, c'étaient des raisons économiques.

Depuis la découverte lança les conquérants les mers pour occuper

: de l'Amérique qui européens à travers et exploiter les terle désir de l'Amérique e recherche la l'Orient dont s'enrichir autres continents, le leur conduite a été

La découverte de cher en Europe.

DE L'OR le stimulant de sa conduite dans l'histoire.

La manufacture et le commerce grandissant, l'influence sociale de cette classe grandit aussi. Les nouvelles forces productives qui se développaient dans le sein de la société féodale se heurtèrent de plus en plus à ses lois, ses institutions, sa philosophie, sa mo-

HUMILIATION

HUMILIATION res et habitants des mobile fondamental de lle-même fut faite au cours de de routes plus courtes vers les produits étaient payés très

INTERNATIONALE rale, son art et son idéologie politique.

De nouvelles idées philosophiques et politiques, de nouvelles conceptions du droit et de l'Etat furent proclamées par les intellectuels représentant le classe bourgeoise ; parce qu'elles correspondaient aux nouvelles nécessités de la vie sociale, elles entrèrent graduellement dans la conscience des masses exploitées. C'étaient alors des idées révolutionnaires opposées aux idées surannées de la société féodale. Les paysans, les artisans, les ouvriers des manufactures, dirigés par la bourgeoisie, renversèrent l'ordre féodal, sa philosophie, ses idées, ses institutions, ses lois et les privilèges de la classe dirigeante, à savoir la noblesse héréditaire.

A cette époque la bourgeoisie considérait que la révolution était nécessaire et juste. Elle ne pensait pas que l'ordre féodal pouvait être éternel, comme elle le pense maintenant de l'ordre bourgeois.

Elle encouragea les paysans : se libérer de la servitude féodale, elle encouragea les artisans contre les guildes médiévales et exi. gea le droit au pouvoir politique. Les rois • absolus, la noblesse et le haut clergé défendirent opiniatrement leurs privilèges de classe, proclamant le droit divin des rois et l'immuabilité de l'ordre social. Etre libéral, avancer les idées de Voltaire, de Diderot ou de Jean-Jacques Rousseau, porte-parole de la philosophie bourgeoise, constituait alors aux yeux des classes dirigeants un crime aussi grave que l'est aux yeux de la bourgeoisie aujourd'hui d'être un socialiste et d'avancer les idées de Marx, d'Engels et de Lénine.

Quand la bourgeoisie prit le pouvoir politique et établit, sur les ruines de la société féodale, son mode de production capitaliste, elle érigea sur celui-ci son Etat, ses lois, ses idées et ses institutions. Ces institutions sanctifièrent en première instance l'essence de sa domination de classe : la propriété privée.

La nouvelle société basée sur la propriété privée des moyens de production et la libre concurrence était ainsi divisée en deux classes fondamentales : l'une, celle des possédants des moyens de production, toujours plus modernes et plus efficaces ; l'autre privée de toute richesse, possédant seulement sa force de travail vendue nécessairement sur le marché comme toute autre marchandise, simplement pour pouvoir vivre.

Le monde, de dimensions limitées, étant partagé jusqu'au dernier coin de la terre, un conflit s'ensuivit entre les différentes nations monopoleuses et des luttes surgirent pour de nouveaux partages, provenant de la

Les chaînes féodales brisées, les forces productives se développèrent extraordinairement. De grandes usines surgirent dans lesquelles se trouvèrent rassemblés les ouvriers en nombre toujours croissant.

Les usines les plus modernes et techniquement les plus efficaces éliminaient continuellement du marché les concurrents les moins efficaces. Le coût de l'équipement industriel s'élevait continuellement. Il fallait accumuler de plus en plus de capital. Une partie plus grande de la production passa dans un nombre plus petit de mains. Ainsi naquirent les grandes entreprises capitalistes et plus tard, selon le degré et la nature de l'ass)ciation, les grandes combinaisons industrielles, au moyen de cartels, syndicats, trusts, sociétés anonymes, contrôlées par les propriétaires de la plus grande partie des actions, c'est-à-dire par les plus puissants dirigeants de l'industrie. La libre entreprise, caractéristique du capitalisme à son premier stade, fit place aux monopoles cui s'entendirent entre eux et contrôlèrent les marchés.

D'où venaient les ressources colossales qui permirent à une poignée de monopoleurs d'accumuler des milliards de dollars ? Simplement de l'exploitation du travail humain. Des millions d'hommes, forcés de travail er pour un salaire assurant à peine l'existence produirent par leur travail le gigantesque capital des monopoles. Les ouvriers assurèrent les richesses des classes privilégiées, toujours plus riches, toujours plus puissantes. Par les banques, ces classes furent en état d'utiliser non seulement leur propre argent mais aussi celui de toute la société. Ainsi s'opéra la fusion des banques et de la grande industrie, donnant naissance au capital financier. Que devaient-ils faire de l'énorme surplus de capital s'accumulant en quantités toujours plus grandes ? Envahir avec lui le monde. Toujours à la recherche de profits, ils commencèrent à s'emparer des ressources naturelles de tous les pays économiquement faibles et à exploiter le travail humain de leurs habitants avec des salaires beaucoup plus misérables cue ceux qu'ils devaient payer aux ouvriers de leurs pays développés. Ainsi commenca la division territoriale et économique du monde. En 1914, huit ou dix pays impérialistes avaient soumis des territoires au-delà de leurs frontières couvrant plus de 83.700.000 kilomètres carrés avec une population de 970.000.000 d'habitants. 1ls avaient simplement partagé le monde. les. Même avant que cela ne se soit produit, Karl Marx avait écrit que « le capital est venu au monde suant le sang et la boue par tous les pores ».

Le système de production capitaliste, après avoir donné tout ce qu'il pouvait donner. devint un obstacle puissant au progrès de l'humanité. Mais la bourgeoisie, dés le début, portait en elle sa contradiction. Dans son sein se développaient de gigantesques instruments de production, mais en même temps une nouvelle force sociale vigoureuse : le prolétariat, destiné à changer le vieux répartition disproportionnée de industrielle et économique que nations monopoleuses avaient leur développement inégal. Des la puissance les diverses atteinte dans guerres impérialistes éclatérent qui coutèrent à l'humanité 50 millions de morts, des dizaines de millions de blessés et la destruction incalculable de richesses matérielles et culturel-

GUERRES IMPERIALISTES

GUERRES IMPERIALISTES système social suranné du capitalisme pour une forme socio-économique supérieure conforme aux possibilités historiques de la société humaine, convertissant en propriété sociale ces gigantesques moyens de production que le peuple, et lui seul, avait créés et amassés par son travail. A un tel degré de développement, les forces productives rendaient totalement anachronique et désuet un régime qui défendait la propriété privée et avec elle la subordination économique de millions et de millions d'hommes aux diktats d'une petite minorité sociale.

Les intérêts de l'humanité exigeaient que soient arrêtés l'anarchie de la production, le gaspillage, les crises économiques et les guerres de rapine qui sont partie intégrante du système capitaliste. Les nécessités grandissantes de l'humanité et les possibilités de les satisfaire exigeaient un développement planifié de l'économie et l'utilisation rationnelle de ses moyens de production et de ses ressources naturelles.

Il était inévitable que l'impérialisme et le colonialisme tombent dans une profonde crise insoluble, La crise générale commença avec l'éclatement de la première guerre mondiale, avec la révolution des ouvriers et paysans qui renversa l'empire tsariste de Russie et fonda, au milieu des conditions les plus difficiles d'encerclement et d'agression capitalistes, le premier Etat socialiste dans le monde, ouvrant une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité. Depuis lors, la crise et la décomposition du système impérialiste se sont constamment aggravées.

La deuxième guerre mondiale, déclenchée par les puissances impérialistes, et dans laquelle furent entraînés l'Union soviétique et d'autres peuples criminellement envahis d'Asie et d'Europe, qui s'engagèrent dans une sanglante lutte de libération, culmina dans la défaite du nazisme, la formation du camp mondial du socialisme et la lutte des peuples coloniaux et dépendants pour leur souveraineté. De 1945 à 1957, plus de 1,2

En écrasant la Révolution cubaine, ils espèrent dissiper la peur qui les tourmente, le spectre de la révolution qui les menace. En liquidant la Révolution cubaine, ils espèrent liquider l'esprit révolutionnaire des peuples. Ils s'imaginent, dans leur délire, que Cuba est un exportateur de révolutions. Dans leurs cerveaux troublés de marchands et d'usuriers, se trouve l'idée que les révolutions peuvent être achetées, vendues, louées, exportées et importées tout comme une marchandise. Ignorant les lois objectives qui régissent le développement des sociétés humaines, ils croient que leurs régimes monopoleurs, capitalistes et semi-féodaux sont éterneis. Eduqués dans leur propre idéologie réactionnaire, mélange de superstition, d'ignorance, de subjectivisme, de pragmatisme et autres aberrations mentales, ils ont une image du monde et de la marche de l'histoire conforme à leurs intérêts de classes exploiteuses.

milliard d'êtres humains ont conquis leur indépendance en Asie et en Afrique. Le sang versé par ces hommes ne le fut pas en vain.

Le mouvement des peuples colonisés et dépendants est un phénomène de caractère universel qui agite le monde et marque la crise finale de l'impérialisme.

Cuba et l'Amérique latine font partie du monde. Nos problèmes font partie des problèmes engendrés par la crise générale du capitalisme et la lutte des peupies qui avaient été soumis, du conflit entre le monde qui naît et le monde qui agonise. La campagne odieuse et brutale déclenchée contre notre nation exprime l'effort aussi désespéré que futile des impérialistes pour empêcher les peuples de se libérer. Cuba heurte les impé. rialistes d'une façon spéciale. Que se cachet-il derrière la haine des Yankees envers la Révolution cubaine ? Qu'est-ce qui explique rationnellement la conspiration, unissant dans le même but agressif, la puissance la plus riche et la plus forte du monde et les oligarchies de tout un continent qui, ensemble, sont supposées représenter une population de 350 millions d'hommes, contre un petit pays de seulement 7 millions d'habitants, économiquement sous-développé, sans moyens militaires ou financiers capables de menacer la sécurité ou l'économie d'aucun autre pays ? Ce qui les unit et les stimule, c'est la peur. Non la peur de Cuba, mais • la peur de la Révolution latino-américaine. Non la peur des ouvriers, paysans, intellectuels, étudiants et couches progressistes des classes moyennes qui ont pris le pouvoir par des moyens révolutionnaires à Cuba, mais la peur que les ouvriers, paysans, étudiants, intellectuels et secteurs progressistes des couches moyennes prennent pouvoir par des moyens révolutionnaires dans les pays opprimés et affamés, exploités par les monopoles yankees et les oligarchies réactionnaires d'Amérique, la peur que le peuple spolié du continent arrache les armes à ses oppresseurs et, comme Cuba, se déclare le peuple libre de l'Amérique.

Ils s'imaginent que les révolutions naissent ou meurent dans des cerveaux d'individus ou bien sont causées par des lois divines, les Dieux étant d'ailleurs de leur côté. Ils ont toujours pensé de cette manière, que ce soit les patriciens païens et dévots de la société esclavagiste romaine qui jetaient les premiers chrétiens aux lions dans le cirque, les inquisiteurs du Moyen-Age qui, gardiens du féodalisme et de la monarchie absolue, brülaient sur le bûcher les premiers représentants de la pensée libérale de la bourgeoisie naissante, ou les évêques d'aujourd'hui qui lancent l'anathème contre les révolutions prolétariennes en défense du régime bourgeois et monopoleur.

Toutes les classes réactionnaires à toutes les époques historiques ont, quand l'antagonisme entre exploiteurs et exploités atteignait un paroxysme, présageant l'arrivée d'un nouveau régime social, dirigé les pires

LE SPECTRE DE CUBA

LE SPECTRE DE CUBA armes de la calomnie et de la répression contre leurs adversaires. Les premiers chrétiens furent conduits au martyre sous l'accusation d'avoir incendié Rome et de sacrifier leurs enfants sur leurs autels. Des philosophes comme Giordano Bruno, des réformateurs comme Huss, des milliers d'autres nonconformistes à l'ordre féodal, furent accusés d'hérésie et envoyés au bûcher par les inquisiteurs.

Aujourd'hui, la persécution fait rage contre les militants prolétariens, et ce crime provoque les pires calomnies de la presse monopoleuse et bourgeoise. Toujours, a chaque époque historique, les classes dirigeantes ont assassiné, invoquant la défense de la société, du pays, de l'ordre, pour défendre les minorités privilégiées contre les majorités exploitées : « leur domination de classe » maintenue par le sang et le feu contre ceux qui n'ont rien ; « le pays » dont eux seuls jouissent des fruits, dépouillant les autres de ces fruits — afin de réprimer les révolutionnaires qui aspirent à une société nouvelle, à un ordre juste, à un pays vraiment pour tous.

LA MARCHE DE L'HUMANITE

Mais le développement de l'histoire, la marche ascendante de l'humanité, ne s'arrete pas et ne peut être arrêtée. Les forces animant les masses qui font réellement l'his. toire, déterminée par les conditions matérielles de leur existence et des aspirations à des objectifs plus élevés de bien-être et de liberté, qui émergent quand les progrès de l'homme dans les domaines de la science, de la technique et de la culture les rendent possibles, sont supérieures à la volonté et à la terreur déchaînée par les oligarchies regnantes.

Les conditions subjectives de chaque pays, c'est-à-dire le facteur conscient, l'organisation, la direction, peuvent accélérer ou retarder la révolution, suivant le plus ou moins grand degré de développement, mais tôt ou tard, à chaque époque historique, quand les conditions objectives mürissent, la conscience s'acquiert, la direction émerge et la révolution se produit.

Que ceci se fasse pacifiquement ou dans les douleurs ne dépend pas des révolutionnaires, mais des forces réactionnaires de la vieille société, qui résistent à la naissance de la nouvelle société engendrée par les contradictions portées dans le sein de la vieille société. Dans l'histoire, le révolutionnaire est comme le docteur qui assiste à la naissance d'une nouvelle vie. Il n'emploie pas nécessairement les instruments de force, mais il les utilisera sans hésiter s'il faut aider la naissance. Une naissance qui apporte aux masses asservies et exploitées l'espoir d'une vie nouvelle, meilleure.

Dans nombre de pays d'Amérique latine, la révolution est aujourd'hui inévitable. Ce fait n'est pas déterminé par le vouloir de personne. Il est déterminé par les horribles conditions d'exploitation dans lesquelles vit l'homme d'Amérique, par le développement de la conscience révolutionnaire des masses, la crise de l'impérialisme et le mouvement universel de lutte des peuples asservis.

L'anxiété ressentie aujourd'hui est un symptôme indubitable de rébellion. Les tréfonds mêmes du continent sont puissamment ébranlés, de ce continent qui a connu quatre siècles d'esclavage, de semi-esclavage, d'exploitation féodale, en commençant par ses habitants autochtones et les esclaves importés d'Afrique, jusqu'aux noyaux des nationalités qui émergèrent plus tard : blancs, noirs, mulâtres, métis et Indiens, qui sont devenus des frères sous le mépris, l'humiliation et le joug yankee, des frères dans leur espoir d'un avenir meilleur.

Les peuples d'Amérique se libérèrent du colonialisme espagnol au début du siècle dernier, mais pas de l'exploitation. Les propriétaires fonciers féodaux assumèrent l'autorité des dirigeants espagnois ; les Indiens restèrent dans leur pénible servitude ; l'homme d'Amérique latine continua, sous une forme ou une autre, à être un esclave, et les plus minimes espoirs du peuple cédèrent devant la puissance des oligarchies et le joug du capital étranger. Telle est , la vérité de l'Amérique, avec des nuances et des variations diverses. Aujourd'hui, l'Amérique latine est écrasée par un impérialisme plus féroce, plus cruel et plus puissant que l'empire colonial espagnol.

Devant la réalité objective et la révolution latino-américaine historiquement inexorable, quelle est l'attitude de l'impérialisme yankee ? il se prépare à mener une guerre coloniale contre les peuples d'Amérique latine. Il crée un appareil de force, des pré. textes politiques et des instruments pseudolégaux souscrits par les oligarchies réactionnaires pour réprimer par le fer et par le feu la lutte des peuples d'Amérique latine.

L'intervention du gouvernement des EtatsUnis dans la politique intérieure des pays d'Amérique latine est devenue de plus en plus ouverte et effrénée.

Par exemple, le Conseil de Défense interaméricain a été et est le nid où sont formes les officiers les plus réactionnaires et les plus pro-yankees des armées latino-américaines pour être utilisés plus tard comme troupes de choc au service des monopoles.

Les missions militaires nord-américaines forment un appareil permanent d'espionnage dans chaque nation, et sont reliés directement à la Central Intelligence Agency, inculquant à ces officiers les sentiments les plus réactionnaires et cherchant à convertir les armées en instruments de ses propres intérêts économiques et politiques.

A présent, dans la zone du canal de Panama, le haut commandement nord-américain a organisé des cours spéciaux pour former des officiers latino-américains destinés à combattre les guerillas révolutionnaires, en vue de réprimer l'action armée des masses paysannes contre l'exploitation féodale à laquelle elles sont soumises.

Aux Etats-Unis même, la C.I.A. a organisé des écoles spéciales pour former des agents latino-américains aux formes les plus subtiles d'assassinat ; dans les services militaires yankees, la liquidation physique des leaders anti-impérialistes est une politique admise.

Il est notoire que les ambassades yankees dans les différents pays latino-américains oron on de pour

Rien n'est plus évident et dépourvu d'équi. voque quant aux intentions de l'impérialisme que sa conduite récente dans les événements de Saint-Domingue. Sans aucune sorte de justification, sans même faire usage de relations diplomatiques avec cette République, les Etats-Unis, après avoir mis en piace leurs navires de guerre devant la capitale dominicaine, ont déclaré avec leur arrogance habituelle, que, si le gouvernement de Balaguer demandait une aide militaire, des troupes débarqueraient à Saint-Domingue contre soulèvement du peuple dominicain. Que le pouvoir de Balaguer soit tout à fait illégitime, que chaque Etat souverain d'Amérique latine ait le droit de résoudre ses problèmes intérieurs sans intervention étrangère, qu'il existe des règles internationales et une opinion mondiale, qu'il existe même l'O.A.S. (Organisation des Etats Américains), tout cela ne compte pas du tout dans les considérations des Etats-Unis.

Ce qui compta, ce fut son dessein d'arrêter la révolution dominicaine, de rétablir sa politique odieuse, de débarquer des « marines » sans autre base ou préalable pour établir cette nouvelle conception de pirate de la loi que la simple demande d'un dirigeant tyrannique, illégitime, faisant face à une crise. La signification de cet acte ne saurait échapper aux peuples d'Amérique latine. En Amérique latine, il y a plus d'un dirigeant qui est prêt à utiliser les troupes yankees contre son propre peuple quand il se trouve en crise.

La politique avouée de l'impérialisme nordaméricain d'envoyer des soldats pour combattre le mouvement révolutionnaire de tout pays d'Amérique latine, c'est-à-dire de tuer des ouvriers, des paysans, des étudiants, des hommes et des femmes d'Amérique latine, n'a d'autre objectif que le maintien de ses intérêts monopoleurs et et les privilèges des oligarchies traitresses qui le soutiennent.

On peut voir maintenant clairement que les pactes militaires signés par le gouvernement des Etats-Unis avec des gouvernements latino-américains — des pactes souvent secrets et toujours dans le dos des peuples -invoquant des dangers étrangers hypothétiques que personne n'a vu nulle part, ont pour seul et unique objet d'empêcher les luttes des peuples. Ce sont des pactes contre les peuples, contre le seul danger, le danger indigène du mouvement de libération qui mettrait en péril les intérêts yankees. Ce n'est pas sans raison que les peuples se demandent: pourquoi tant d'accords militaires ? Pourquoi l'envoi d'armes qui, bien que techniquement démodées pour des guerganisent, instruisent et équipent des bandes fascistes pour semer la terreur et attaquer les organisations ouvrières, estudiantines et intellectueiles. Ces bandes, qui recrutent les fils de l'oligarchie, les lumpen et les gens du plus bas caractère moral, ont déjà perpétré une série d'actes agressifs contre les mouvements de masse. res modernes, sont cependant suffisantes pour briser des grèves, réprimer des manifestations populaires, couvrir les pays de sang ? Pourquoi les missions militaires, le pacte de Rio de Janeiro, et les mille et une conférences internationales ?

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les nations latino-américaines ont été de plus en plus appauvries, leurs exportations ont de moins en moins de valeur, leurs importations coûtent davantage, le revenu par tête tombe, l'effrayant taux de mortalité infantile ne diminue pas, le nombre des illettrés s'élève, les gens manquent de travail, de terre, de logements appropriés, d'écoles, d'hôpitaux, de moyens de communication et de moyens d'existence. D'autre part, les investissements nord-américains dépassent dix milliards de dollars. En outre, l'Amérique latine fournit des matières premières bon marché et achète des objets finis coûteux. Les premiers conquérants espagnols troquaient des miroirs et des colifichets contre de l'or et de l'argent; c'est ainsi que les Etats-Unis commercent avec l'Amérique latine. Conserver ce torrent de richesses, acquérir toujours plus de contrôle sur les ressources de l'Amérique latine et exploiter ses peuples souffrants, c'est ce qui se cache derrière les pactes militaires, les missions militaires et les pressions diplomatiques de Washington.

Cette politique d'étranglement graduel de la souveraineté des nations latino-américaines et de liberté d'intervention dans leurs affaires intérieures a culminé à la récente réunion des ministres des Affaires étrangères à Punta del Este. L'impérialisme yankee a rassemblé les ministres pour leur arracher - par une pression politique et un chantage économique sans précédent, en collusion avec un groupe de dirigeants les plus discrédités de ce continent — la renonciation à la souveraineté nationale de nos peuples et la consécration de l'odieux droit yankee d'intervention dans les affaires intérieures de l'Amérique latine, la soumission totale des peuples à la volonté des EtatsUnis de l'Amérique du nord, contre laquelle avaient combattu tous nos grands hommes, de Bolivar à Sandino. Ni le gouvernement des Etats-Unis, ni les représentants des oligarchies exploiteuses, ni la grande presse réactionnaire, à la solde des monopoles et des seigneurs féodaux, ne le dissimulèrent ; ils demandaient ouvertement des accords qui constituaient la suppression formelle du droit d'auto-détermination de nos peuples, annulé d'un coup de plume par la conspiration la plus infâme dans la mémoire de ce continent, continent,

SAINT-DOMINGUE

SAINT-DOMINGUE

ACHAT DE VOTES

Les portes fermées, dans des réunions difficiles où le ministre yankee des Colonies consacra des journées entières à vaincre la résistance et les scrupules de quelques ministres, faisant entrer en jeu les millions de la trésorerie yankee dans un marchandage avéré de votes, une poignée de représentants des oligarchies de pays qui, au total, font à peine le tiers de la population du continent, ont imposé des accords qui servent au maître yankee, sur un plat d'argent, le premier de nos principes qui a coûté le sang de tous nos pays depuis les guerres d'indépendance. Le caractère à la Fyrrhus de ces réalisations tristes et frauduleuses de l'impérialisme, sa faillite morale, l'unanimité brisée et le scandale universel. ne diminuent pas le grave danger que des accords imposés à un tel prix ont rapproché des peuples d'Amérique latine. A ce conclave de malheur, la voix puissante de Cuba fut élevée sans faiblesse ni crainte, accusant devant tous les peuples d'Amérique et du monde la tentative monstrueuse, défendant avec une virilité et une dignité qui resteront dans les annales de l'Histoire, non seulement les droits de Cuba, mais aussi les droits abandonnés de toutes nos nations sœurs du continent américain. La parole de Cuba ne put trouver un écho dans cette majorité brisée, mais elle ne put non plus y être réfutée. Seul un silence impuissant répondit à ces arguments destructeurs, à la clarté et au courage de ces propos. Mais Cuba ne parlait pas à destination des ministres ; Cuba parlait pour les peuples et pour l'Histoire, où ses paroles auront un écho et trouveront une réponse.

A Punta del Este se livra une grande bataille idéologique entre la Révolution cu-

Les accords obtenus par les Etats-Unis au moyen de méthodes si honteuses que le monde entier les critiqua ne diminuent pas, mais augmentent, la moralité et la force de raison de la position de Cuba qui dénonce la vente et la trahison des intérêts nationaux par les oligarchies et montre aux peuples la voie de la libération. Ils révèlent la corruption des classes exploiteuses dont les représentants parlèrent à Punta del Este. L'O.A.S. se révéla pour ce qu'elle est réellement : un ministère yankee des Colonies, une alliance militaire, un appareil de répression contre le mouvement de libération des peuples latino-américains.

Cuba a vécu trois années de révolution, constamment harassé par l'intervention yankee dans nos affaires intérieures. Des avions-pirates venant des Etats-Unis, jetant des substances incendiaires, ont brûlé des millions d'arrobas (1) de cannes à sucre ; des actes de sabotage international perpé(1) un arroba : 11,5 kg.

baine et l'impérialisme yankee. Qui représentaient-ils là, pour qui ont-ils chacun parlé ? Cuba représentait les peuples, les EtatsUnis représentaient les monopoles. Cuba parlait pour les masses exploitées d'Amérique, les Etats-Unis pour les intérêts des exploiteurs, de l'oligarchie et de l'impérialisme. Cuba pour la souveraineté, les Etats-Unis pour l'intervention. Cuba pour la nationalisation des entreprises étrangères, les EtatsUnis pour de nouveaux investissements de capitaux étrangers. Cuba pour la culture, les Etats-Unis pour l'ignorance. Cuba pour la réforme agraire, les Etats-Unis pour les grandes propriétés foncières. Cuba pour l'industrialisation de l'Amérique, les Etats-Unis pour le sous-développement. Cuba pour le travail créateur, les Etats-Unis pour le sabotage et la terreur contre-revolutionnaire pratiqués par ses agents (destruction de champs et d'usines de cannes à sucre, bombardement par ses avions-pirates du travail d'un peuple pacifique). Cuba pour les victimes, les EtatsUnis pour les assassins. Cuba pour le pain, les Etats-Unis pour la faim. Cuba pour l'égalité, les Etats-Unis pour les privilèges et la discrimination. Cuba pour la vérité, les Etats-Unis pour le mensonge. Cuba pour la liberte, les Etats-Unis pour l'oppression. Cuba pour un brillant avenir de l'humanité, les Etats-Unis pour le passé sans espoir. Cuba pour les héros qui tombèrent à Giron afin de sauver le pays de la domination étrangère, les Etats-Unis pour les mercenaires et les traitres qui servent l'étranger contre leur pays. Cuba pour la paix entre les peuples, les Etats-Unis pour l'agression et la guerre. Cuba pour le socialisme, les Etats-Unis pour le capitalisme. trés par des agents yankees, comme l'explosion du bateau « La Coubre », ont coute des dizaines de vies cubaines ; des milliers d'armes nord-américaines ont été lancées par parachutes par les services de l'armée des Etats-Unis sur notre territoire pour promouvoir la subversion; des centaines de tonnes de matériaux explosifs et de bombes ont été secrètement débarquées sur nos côtes par des bateaux nord-américains pour faire du sabotage et du terrorisme ; un cuvrier cubain a été torturé à la base navale de Guantanamo et tué, sans aucun procès avant, ni explication ensuite ; notre quota de sucre a été soudainement réduit et un embargo proclamé sur les pièces et matières premières pour les usines et l'outillage de construction nord-américaine, afin de ruiner notre économie. Les ports et installations cubains ont été attaqués par surprise par des navires armés et des bombardiers à partir de bases préparées par les Etats-Unis. Des troupes mercenaires, organisées et entraînées en Amérique centrale par le même gouvernement ont, comme en temps de guerre, envahi notre territoire, escortées par des navires de

DES METHODES HONTEUSES

DES METHODES HONTEUSES la flotte yankee et avec un soutien aérien de bases étrangères, causant beaucoup de pertes en vies humaines ainsi qu'en richesses matérielles ; des contre-révolutionnaires cubains sont entraînés dans l'armée des • U.S.A. et de nouveaux plans d'agression contre Cuba sont dressés. Tout ceci s'est produit sans interruption depuis trois ans, sous les yeux de tout le continent, et l'O.A.S. n'en savait rien.

Les ministres se rencontrent à Punta del Este et ne disent rien au gouvernement des U.S.A. ni aux gouvernements qui sont les complices matériels de ces agressions ; ils expulsent Cuba, la victime latino-américaine, la nation blessée.

Les Etats-Unis ont passé des pactes militaires avec des nations de tous les continents; des blocs militaires avec n'importe

Cuba, la nation latino-américaine qui a rendu propriétaires de terre plus de 100.000 petits fermiers, assuré du travail toute l'année sur les fermes d'Etat et les coopératives à tous les ouvriers agricoles, transformé les forts en écoles, donné 700.000 bourses à des étudiants d'universités, d'écoles secondaires et techniques, créé des salles de lecture pour toute la population infantile, liquidé totalement l'analphabétisme, quadruplé les services médicaux, nationalisé les intérêts étrangers, supprimé le système abusif qui transformait l'habitation en un moyen d'exploitation du peuple, éliminé virtuellement le chômage, supprimé la discrimination suivant la race ou le sexe, débarrassé le pays du jeu, du vice et de la corruption administrative, armé le peuple, fait de la jouissance des droits de l'homme une réalité vivante en libérant l'homme et la femme de l'exploitation, du manque de culture et de l'inégalité sociale ; Cuba qui s'est libéré de la tutelle étrangère, qui a acquis une complète souveraineté, établi les bases pour le développement de l'économie afin de ne plus être un pays de monoculture exportant seulement des matières premières, Cuba est expulsé de l'Organisation des Etats Américains par des gouvernements qui n'ont pas réalisé pour leurs peuples un seul de ces objectifs. Comment pourraient-ils justifier leur conduite devant les peuples d'Amérique et du monde ? Comment pourraient-ils nier que, dans leur conception, une politique de terre, de pain, de travail, de santé, de liberté, d'égalité et de culture, de développement accéléré de l'économie, de dignité nationale, de totale auto-détermination et de souveraineté, est incompatibles avec l'hémisphère américain ?

Les peuples pensent très différemment, ils pensent que la seule chose incompatible avec la destinée de l'Amérique latine est la misère, l'exploitation féodale, l'analphabétisme, les salaires de famine, le chômage, la politique de répression contre les masses d'ouvriers, de paysans et d'étudiants, la discrimination envers les femmes, les Noirs, les Indiens, les métis, l'oppression par les oligarchies, le pillage de leurs richesses par les monopoleurs yankees, la stagnation morale de leurs in quel gouvernement fasciste, militariste ou réactionnaire dans le monde: O.T.A.N., S.E.A.T.O et C.E.N.T.O, auxquels il faut maintenant ajouter l'O.A.S. ; ils interviennent au Laos, au Vietnam, en Corée, à Formose, à Berlin. Ils envoient ouvertement des navires à Saint-Domingue pour y imposer leur loi, leur volonté, et ils annoncent leur proposition d'utiliser leurs alliés de l'O.T.A.N. pour stopper le commerce avec Cuba. Et l'O.A.S, ne sait rien ! Les ministres se rencontrent et expulsent Cuba qui n'a pas de pacte militaire avec un pays quelconque. Ainsi le gouvernement qui organise la subversion dans le monde et forge des alliances militaires dans quatre continents, impose l'expulsion de Cuba, ne l'accusant pas moins de subversion et de liens extérieurs au continent. tellectuels et artistes, la ruine des petits producteurs par la concurrence étrangère, le sous-développement économique, les gens sans rues, sans hôpitaux, sans logements, sans écoles, sans industries, la soumission l'impérialisme, la renonciation à la souveraineté nationale, et la trahison de leur pays.

Comment les impérialistes peuvent-ils faire comprendre leur conduite et leur attitude de condamnation de Cuba ? Avec quels mots, quels arguments, vont-ils s'adresser à ceux que, tout en les exploitant, ils ont ignorés si longtemps ?

Ceux qui étudient les problèmes de l'Amérique sont habitués à demander: quel pays s'est donné pour objet de remédier à la situation de l'oisif, du pauvre, des Indiens, des Noirs et des enfants impuissants, ce nombre énorme d'enfants : 30 millions en 1960 (qui seront 50 millions dans huit autres années) ? Oui, qui ? Quel pays ?

Trente-deux millions d'Indiens, comme les Andes, constituent l'épine dorsale de tout le continent américain. Il est clair, pour ceux qui considèrent l'Indien plus comme une chose que comme une personne, que cette masse humaine ne compte pas, ne comptait pas et, pensent-ils, ne comptera jamais. Bien sür, ils étaient considérés comme une force brute de travail, il fallait les employer comme le joug d'un bœuf ou un tracteur.

Comment peut-on croire à un profit quelconque de quelque Alliance pour le Progrès avec l'impérialisme, quand, sous sa sainte protection, ses meurtres, ses persécutions, les indigènes du sud du continent, tels ceux de Patagonie, vivent encore sous la tente. comme leurs ancêtres il y a près de 500 ans quand l'Amérique fut découverte ? Où sont ces grandes races qui peuplèrent le nord de l'Argentine, le Paraguay, la Bolivie, tels les Guaranis qui furent sauvagement décimés, chassés comme des animaux, et enterrés dans les profondeurs de la jungle ? Où est le réservoir de race indigène — dont l'extinction est continuellement accélérée - qui aurait ou servir de base pour une grande civilisation américaine ? A travers les marécages du Paraguay et les tristes hauteurs

LE DOSSIER DE CUBA

LE DOSSIER DE CUBA

INTERNATIONALE de Bolivie, très profondément en elle-même, l'Amérique a poussé ces races primitives, mélancoliques, violentées par l'alcool et les narcotiques auxquels elles se sont adonnées afin au moins de survivre aux conditions sous-humaines (non seulement de nutrition) dans lesquelles elles vivent. Où une chaîne de mains se tend-elle presque en vain à travers les siècles ? Par-dessus les sommets et les pentes des Andes, le long des grandes rivières et des forêts ombragées, elle se tend, unissant leurs misères à celles d'autres, périssant lentement, depuis les tribus brésiliennes et du nord du continent, et des côtes, jusqu'aux confins les plus incroyables et les plus sauvages de la jungle de l'Amazone et les chaînes de montagnes de Perija, avec une centaine de milliers d'indigents du Venezuela, et les Vapicharnas isolés, maintenant presque définitivement perdus pour la race humaine, qui attendent leur fin. Oui, à tous ces 32 millions d'Indiens qui s'étendent des frontières des Etats-Unis jusqu'aux timites de l'hémisphère sud, et aux 45 millions de métis qui, pour la plupart, diffèrent peu des Indiens, à tous ces indigènes, à ce formidable réservoir de travail dont les droits ont été piétines, que peut leur offrir l'impérialisme ? Comment ces hommes, si longtemps ignorés, pourraient-ils croire qu'un avantage peut leur venir de ces mains tachées de sang ?

Des tribus entières vivent nues, d'autres sont réputées cannibales, d'autres voient leurs membres mourir comme des mouches à leur premier contact avec la civilisation conquérante, d'autres sont bannies, c'est-àdire chassées de leurs terres, obligées de vivre dans la jungle, les montagnes ou très loin des prairies, là où ne pénètre pas la plus minime parcelle de culture, de lumière, de pain, de quoi que ce soit.

A queile « alliance » - autre que celle de leur propre extermination pius rapide -pourraient croire ces races indigènes, ces races qui ont été fouettées pendant des siècies, abattues pour que l'on prenne leurs terres, battues à mort par milliers parce qu'elles ne travaillaient pas plus vite pour l'impérialisme ?

«L'ALLIANCE » POUR LES NOIRS ?

Et pour le Noir ? Quelle « alliance » peut offrir le système de lynchage et d'exclusion brutale des Noirs, aux 15 millions de Noirs et aux 14 millions de mulâtres de l'Amérique latine, qui savent avec horreur et colère que leurs frères dans le Nord ne peuvent voyager dans le même compartiment que leurs compatriotes blancs, ni suivre les mêmes écoles, ni même mourir dans les mêmes hôpitaux ?

Comment ces groupes raciaux déshérités pourraient-ils croire en cet impérialisme, à ses bénéfices ou à une quelconque « alliance » avec lui (qui ne soit pas pour les lyncher ou les exploiter comme des esclaves) ? Ces masses à qui on n'a pas permis de jouir même modestement de quelque bienfait culturel, social ou professionnel, qui, bien qu'elles soient la majorité ou des millions, sont maltraitées par les impérialistes en vétements du Ku-Klux-Klan, parquées dans les quartiers les plus insalubres, dans les habitations les moins confortables construites expressément pour elles, contraintes aux occupations les plus basses, au travail le plus dur et aux professions les moins lucratives. Elles ne peuvent penser atteindre les universités, les académies avancées et les écoles privées.

Quelle Alliance pour le Progrès peut servir d'encouragement à ces 107 millions d'hommes et de femmes de notre Amérique, épine dorsale du travail dans les villes et les champs, dont la peau sombre (noir, métis, mulâtre, Indien) inspire le mépris aux nouveaux impérialistes ? Comment eux, qui ont vu avec une impuissance amère à Panama qu'il y a une échelle de salaires pour les Yankees et une autre pour les Panaméens considérés comme une race inférieure, feraient-ils confiance à cette prétendue Alliance ?

Que peuvent espérer les ouvriers avec leurs salaires de famine, les travaux les plus durs, les conditions les plus miserables, le manque de nourriture, la maladie et tous les maux qu'engendre la misère ?

Quels mots peut-on dire, quels profits les impérialistes peuvent-ils offrir aux mineurs de cuivre, d'étain, de fer, de charbon, qui crachent leurs poumons pour le profit d'impitoyables maitres étrangers, aux pères et fils des bûcherons et des travailleurs des plantations de caoutchouc, des plantations de fruits, des entreprises de café et de sucre, aux peons des pampas et des plaines qui. avec leur santé et leur vie, amassent les fortunes des exploiteurs ?

Que peuvent espérer ces vastes masses qui produisent la richesse, les valeurs, qui aident à créer un monde nouveau en tous lieux ? Que peuvent-elles espérer de l'impérialisme, de sa bouche avide, de sa main cupide, que la misère, la destitution la plus absolue et la mort, même pas enregistrée à la fin ?

Cette classe qui a changé le cours de l'Histoire, qui en d'autres lieux a révolutionné le monde, qui est l'avant-garde de tous les humbles et de tous les exploités, que peut-elle espérer de l'impérialisme, son ennemi le plus irréconciliable ?

Et aux instituteurs, professeurs, professions libérales, intellectuels, poètes et artistes, que peut offrir l'impérialisme ? Quelle sorte de bienfaits, quelle chance d'une vie meilleure et plus équitable, quel objectif, quelle cause, quel désir d'exceller, d'acquérir une maîtrise au delà des simples premiers pas, à ceux qui accordent leurs soins aux générations d'enfants et de jeunes êtres dont l'impérialisme plus tard se repaîtra ? Que peut-il offrir à ces êtres qui vivent des salaires les plus dégradants dans la plupart des pays, qui presque partout souffrent de restrictions dans leurs droits d'expression politique et sociale, dont l'avenir économique ne dépasse pas les simples limites de leurs ressources branlantes, qui sont enfermés dans une vie sombre, sans perspective, se

Si l'impérialisme fournit des sources d'aide aux professions, aux arts, aux publications, il est toujours entendu que leurs produits doivent refléter ses intérêts, ses buts et son « insignifiance ». Les romans qui essayent de refléter la réalité du monde et les actes rapa. tes de l'impérialisme ; les poèmes aspirant à traduire les protestations contre l'asservissement, son interférence dans la vie, la pensée, le corps même des nations et des peuples ; les arts qui, dans leur expression, s'efforcent de saisir les formes et le contenu de l'agression de l'impérialisme et sa pression constante sur tout être progressiste et sur tout ce qui est révolutionnaire, qui enseigne, qui essaie en toute lumière et conscience, avec clarté et beauté, de guider les hommes et les peuples vers de meilleurs destins, aux plus hauts sommets de la vie et de la justice - tous se heurtent à la plus sévère censure de l'impérialisme. Ils se heurtent à des obstacles, à la condamnation et aux persécutions maccarthystes. Leurs imprimeries sont fermées, leurs noms rayés des colonnes, et une campagne du plus atroce silence est imposée contre eux - ce qui est une autre contradiction de l'impérialisme. Car c'est alors que l'écrivain, le poète, le peintre, le sculpteur, le savant, commencent vraiment à vivre dans la langue du peuple dans le cœur de millions d'hommes à travers le monde. L'impérialisme fait reculer tout, déforme tout, détourne tout dans ses canaux pour le profit, pour multiplier les dollars, achetant des paroles ou des peintures ou réduisant au silence l'expression de révolutionnaires,

UNE MASSE

En ce qui concerne l'éducation, on ne peut que s'indigner rien qu'à penser à ce qui manque à l'Amérique sur le plan culturel. Tandis que les Etats-Unis accordent huit ou neuf ans d'études à ceux qui ont 15 ans et plus, l'Amérique latine, pillée et paupérisée par les U.S.A., à un niveau de moins d'une année admise d'école pour le même âge.

On est encore plus indigné d'apprendre que, sur les enfants compris entre 5 et 14 ans, 20 % seulement sont inscrits dans quelques pays, et, dans les meilleurs cas, 60 %. C'est dire que plus de la moitié des enfants d'Amérique latine ne va pas à l'école. On souffre encore plus quand on apprend que dans les trois premières classes ne vont pas plus de 80% de ceux qui sont inscrits, et terminant par une pension qui n'atteint pas même la moitié du coût de l'existence Quels « bienfaits », ou quelles «alliances » l'impérialisme peut-il leur offrir à l'exception de ceux qui se tournent à son complet avantage ? de progressistes, de ceux qui luttent pour le peuple et ses besoins.

Nous pouvons oublier, dans ce triste tableau, les enfants sous-privilégiés, négligés, les enfants sans avenir de l'Amérique.

L'Amérique, un continent avec un taux de naissance élevé, a aussi un taux de mortalité élevé. La mortalité des enfants, au-dessous d'un an, dans onze pays, il y a quelques années, était supérieure à 125 pour mille, dans 17 autres à 90, D'autre part, dans 102 pays du monde, le taux est de 51. En Amérique latine, il meurt donc, tristement négligés, 74 enfants pour mille dans dans la première année qui suit la naissance. Dans quelques régions d'Amérique latine, ce taux atteint 300 pour mille ; des milliers et des milliers d'enfants jusqu'à l'âge de sept ans meurent en Amérique de maladies incroyables : diarrhées, pneumonies, malnutrition, faim. Des milliers et des milliers sont malades, sans traitement hospitalier, sans médicaments ; des milliers et des milliers vivent, victimes de crétinisme endémique, de malaria, du trachome et d'autres maladies causées par la contamination, le manque d'eau et d'autres nécessités. Les maladies de cette nature sont une entrave dans ces pays d'Amérique latine où des milliers et des milliers d'enfants souffrent, enfants de déclassés, de pauvres et de la petite bourgeoisie à la vie rude et aux moyens précaires. Les statistiques qui sont superflues glacent le sang. Toute publication officielle des organisations internationales en fournit par centaines. D'ILLETTRES que dans la sixième classe l'inscription varie entre 6 et 22 élèves sur cent qui ont suivi la première classe. Même dans ces pays qui croient avoir pris soin de leurs enfants, les élèves diminuent de la première à la sixième classe en moyenne de 73 %. A Cuba. avant la révolution, ce chiffre était de 74 %. En Colombie, la « démocratie représentative », il est de 78 %. Et si l'on regarde de près ce qui se passe dans les campagnes, seulement un pour cent des enfants arrive à la cinquième classe dans le meilleur cas.

Une seule cause suffit à expliquer cet absentéisme désastreux : l'économie de la misère. Manque d'écoles, de maîtres, de ressources familiales, main-d'œuvre infantile. En dernière analyse, c'est l'impérialisme et l'oppression et le retard qu'il produit.

LA PENSEE ASSERVIE

LA PENSEE ASSERVIE

Pour résumer ce cauchemar que l'Amérique a vécu d'un bout à l'autre, sur ce continent de près de 200 millions d'êtres humains, les deux tiers sont des Indiens, des métis, des Nègres, des « discriminés » ; sur ce continent de semi-colonies, environ quatre personnes meurent chaque minute, de faim, de maladies curables, ou avant l'âge, soit 5.500 par jour, deux millions par an, dix millions tous les cinq ans. On pourrait aisément éviter ces morts, mais elles se produisent tout de même. Les deux tiers de la population latino-américaine ont une vie brève, sous la menace constante de la mort. Un holocauste de vies qui en quinze années a causé deux fois le nombre de morts de la première guerre mondiale et qui continue. Entre temps, d'Amérique latine s'écoule un torrent continu d'argent vers les Etats-Unis, environ 4.000 dollars par minute, 5 millions par jour, 2 milliards par an, dix milliards tous les cinq ans. Pour chaque millier de dollars qui nous quitte il reste un cadavre. C'est le prix de ce qu'on appelle l'impérialisme ! Un millier de dollar par mort, quatre fois par minute !

Mais pourquoi se sont-ils réunis à Punta

Un comité de surveillance ayant des pouvoirs exécutifs dans le Conseil de Défense Inter-Américain, signifie une force de répression continentale contre les peuples, aux ordres du Pentagone. Des mesures collectives, c'est le débarquement de marines yankees dans tout pays d'Amérique.

A l'accusation que Cuba veut exporter sa révolution, nous répondons : les révolutions ne s'exportent pas, elles sont faites par le peuple.

Ce que Cuba peut donner aux peuples et ce qu'il a déjà donné, c'est son exemple.

Et qu'enseigne la Révolution cubaine ? Que la révolution est possible, que le peupie peut la faire, que dans le monde contemporain il n'y a pas de forces capables d'arrêter le mouvement de libération des peuples.

Nous n'aurions jamais pu triompher si la révolution elle-même n'avait été inexorablement destinée à surgir des conditions existantes dans notre réalité socio-économique, réalité qui existe à un degré encore plus grand dans bon nombre de pays latinoaméricains.

Il arrive inévitablement que, dans les pays où le contrôle des monopoles yankees est le plus fort, l'exploitation de l'oligarchie la plus cruelle, et la situation des masses travailleuses et paysannes la moins supportable, le pouvoir politique apparaisse le pius solide. L'état de siège devient habituel, toute manifestation de mécontentement des masses est réprimée par la force. La voie démocratique est totalement fermée. Le caractère brutal de la dictature, la forme de domination adoptée par les classes dirigeantes, se révèle toujours plus clairement que jamais. C'est alors que l'explosion révolutionnaire des peuples devient inévitable.

del Este malgré cette réalité américaine ? Peut-être pour amener une goutte d'allègement à ces maux ? Non !

Les peuples savent qu'à Punta del Este les ministres qui ont expulsé Cuba se sont réunis pour renoncer à la souveraineté nationale, que le gouvernement des U.S.A. s'y rendit pour établir pas seulement une base d'agression contre Cuba, mais la base d'intervention contre le mouvement de libération du peuple dans toutes les nations américaines, que les Etats-Unis préparent un drame sanglant pour l'Amérique latine, que de même que les oligarchies exploiteuses renoncent maintenant au principe de souveraineté, elles n'hésiteront pas à solliciter l'intervention des troupes yankees contre leur propre peuple, et qu'à cette fin, la délégation nord-américaine a proposé la création d'un comité de surveillance contre la subversion dans le Conseil de Défense InterAméricain, ayant des pouvoirs exécutifs, et l'adoption de mesures collectives. Pour l'impérialisme yankee, la subversion c'est la lutte d'un peuple affamé pour du pain, la lutte des paysans pour la terre, la lutte des peuples contre l'exploitation impérialiste.

Bien que dans ces pays sous-développés d'Amérique la classe ouvrière soit en général relativement faible, il y a une classe qui, en raison des conditions sous-humaines dans lesquelles elle vit, constitue une force potentielle qui, dirigée par les ouvriers et les intellectuels révolutionnaires, a une importance décisive dans la lutte pour la libération nationale : les paysans.

Dans nos pays se rencontrent une industrie sous-développée et un régime agraire de caractère féodal. C'est pourquoi, en dépit de toutes les difficultés de la vie des ouvriers des villes, la population rurale vit dans des conditions encore pius horribles d'oppression et d'exploitation ; mais elle est aussi, sauf exceptions, le secteur majoritaire absolu, dépassant parfois plus de 70 % de la population latino-américaine.

Abstraction faite des propriétaires fonciers qui souvent résident dans les villes, le reste de cette grande masse gagne son en travaillant comme peons sur les haciendas pour les plus misérables salaires, ou travaille la terre dans des conditions d'exploitation qui ne feraient pas honte au Moyen Age. Ce sont ces circonstances qui font que la population rurale pauvre en Amérique latine constitue une énorme force révolutionnaire potentielle.

Les armées, édifiées et équipées pour la guerre conventionnelle, qui sont la force sur laquelle repose le pouvoir des classes exploiteuses, deviennent absolument impuissantes quand elles ont à faire face à la lutte irrégulière des paysans sur leur propre terrain. Elles perdent dix hommes pour chaque combattant révolutionnaire qui tombe, et la démoralisation s'étend rapidement chez elles du fait de faire face à un ennemi invisible

UNE FORCE DE REPRESSION

UNE FORCE DE REPRESSION existence et invincible qui ne leur offre pas l'occasion de faire preuve de leur tactique académique et de la forfanterie qu'elles emploient tant dans les mouvements militaires pour réprimer les ouvriers des villes et les étudiants.

La lutte initiale de petites unités combat. tantes est nourrie constamment par de nouvelles forces, le mouvement de masse commence à détendre ses chaînes, le vieil ordre peu à peu commence à ce casser en mille morceaux, c'est alors le moment où la classe ouvrière et les masses urbaines décident de la lutte.

Qu'est-ce qui, dès le début de la lutte de ces premiers noyaux, les rend invincibles, indé. pendamment du nombre, de la puissance et des ressources de leurs ennemis ? C'est l'aide du peuple, et ils pourront compter sur cette aide du peuple dans une mesure toujours croissante.

Mais la paysannerie est une classe qui, en raison de l'état d'ignorance dans lequel elle est maintenue et d'isolement dans lequel elle vit, a besoin de la direction politique révolutionnaire de la classe ouvrière et des intellectuels révolutionnaires, car sans eux elle ne serait pas capable de s'élancer dans la lutte et d'arriver à la victoire.

Dans les conditions historiques actuelles de l'Amérique latine, la bourgeoisie nationale ne peut pas diriger la lutte antiféodale et anti-impérialiste. L'expérience montre que, dans nos nations, cette classe, même quand ses intérêts sont en contradiction avec ceux de l'impérialisme yankee, est incapable de l'affronter, parce qu'elle est paralysée par la peur de la révolution sociale et effrayée par les cris des masses exploitées.

Devant le dilemme : impérialisme ou révolution, seules ses couches les plus progressives seront avec le peuple.

L'actuelle corrélation de forces dans le monde et le mouvement universel de libéra-

LA TACHE

Ce mouvement entraînera avec lui les éléments les plus progressistes des forces armées, également humiliés par les missions militaires yankees, la trahison des intérêts nationaux par les oligarchies féodales, et le sacrifice de la souveraineté nationale aux diktats de Washington.

Là où les voies sont fermées au peuple, où la répression contre les ouvriers et paysans est féroce, où la domination des monopoles yankees est la plus forte, la tâche première et la plus importante est de comprendre qu'il n'est ni honorable, ni juste de tromper le peuple avec l'illusion fallacieuse et commode qu'il est possible d'extirper, par des moyens légaux qui n'existent pas et n'existeront pas, les classes dirigeantes qui sont retranchées dans toutes les positions de l'Etat, monopolisant l'éducation, possédant tous les moyens d'information, des ressources financières infinies, une puissance que les monopoles et les oligarchies défendront par le fer et par le feu, avec toute la force de leur police et de leur armée.

Best du devoir de tout révolutionnaire tion des peuples colonisés et dépendants indiquent à la classe ouvrière et aux intellectuels révolutionnaires d'Amérique latine leur véritable rôle, qui est de se placer résolument à l'avant-garde de la lutte contre l'impérialisme et le féodalisme.

L'impérialisme, utilisant les grands mono-.

poles cinématographiques, ses agences télégraphiques, ses périodiques, les livres et les journaux réactionnaires, recourt aux mensonges les plus subtils pour semer la division et inculquer aux masses les plus ignorantes la peur et la superstition contre les idées révolutionnaires qui peuvent et doivent effrayer seulement les exploiteurs puissants avec leurs intérêts et privilèges terrestres.

La division, un produit de toutes sortes de préjugés ; le sectarisme, le dogmatisme, un manque de largesse dans l'analyse du rôle de chaque couche sociale, de ses partis, organisations et dirigeants, rendent difficile la nécessaire unité d'action des forces démocratiques et progressistes de nos peuples. Ce sont des défauts de croissance, des mala• dies infantiles du mouvement révolutionnaire qui doivent être abandonnées. Dans la lutte antiféodale et anti-impérialiste, il est possible de pousser la majorité du peuple résolument derrière les buts de libération qui unissent l'esprit de la classe ouvrière, des paysans, de la petite bourgeoisie et des couches les plus progressistes de la bourgeoisie nationale. Ces secteurs comprennent la majorité de la population et rassemblent de grandes forces sociales capables de balayer la domination impérialiste et réactionnaire féodale. Dans ce large mouvement, peuvent et doivent lutter ensemble pour le bien de nos nations, de nos peuples, pour le bien de l'Amérique, depuis les vieux militants marxistes jusqu'aux catholiaues sincères qui n'ont rien à faire avec les monopoleurs yankees et les seigneurs féodaux de la terre. PREMIERE de faire la révolution. On sait que la révolution triomphera en Amérique et dans le monde, mais les révolutionnaires ne doivent pas rester sur le pas de leur porte, attendant que passe le cadavre de l'impérialisme. Le rôle de Job ne convient pas à un révolutionnaire, Chaque année que gagnera la libération de l'Amérique signifiera des millions de vies d'enfants sauvés, des millions de cerveaux sauvés pour la culture, une infinité de maux épargnés au peuple. Même si les impérialistes yankees préparent un drame sanglant pour l'Amérique, ils ne réussiront pas à écraser les luttes populaires, ils susciteront seulement une haine universelle contre eux. Et un tel drame marquera aussi la mort de leur système cupide et carnivore.

Aucune nation d'Amérique latine n'est faible, car toutes font partie d'une famille de 200 millions de frères qui souffrent les mêmes misères, éprouvent les mêmes sentiments, ont le même ennemi, rêvent du même avenir meilleur et comptent sur la solidarité de tous les hommes et femmes honnêtes à travers le monde.

Si grande qu'ait été l'épopée de l'indépendance de l'Amérique latine, si héroïque que fut cette lutte, la génération latino-américaine actuelle est appelée à s'engager dans une épopée qui sera encore plus grande et plas décisive pour l'humanité. Cette lutte avait pour but de se libérer de la puissance coloniale espagnole, d'une Espagne décadente envahie par les armées de Napoléon. Aujourd'hui il s'agit de lutter pour se libérer du centre impérialiste le plus puissant du

L'époquée devant nous sera écrite par les masses indiennes affamées, les paysans sans terre, les ouvriers exploités. Elle sera écrite par les masses progressistes, les intellectuels honnêtes et brillants qui abondent tant dans nos pays latino-américains malheureux. Luttes de masses et d'idées. Une épopée qui sera portée de l'avant par nos peuples méprisés et maltraités par l'impérialisme, nos peuples qui ne comptaient pas jusqu'à ce jour et qui commencent à sortir de leur sommeil. L'impérialisme nous considérait comme un troupeau faible et soumis, et maintenant il commence à être effrayé par ce troupeau, ce gigantesque troupeau de 200 millions de Latino-Américains dans lesquels le capitalisme monopoleur yankee voit maintenant ses fossoyeurs.

Cette humanité laborieuse, ces hommes inhumainement exploités, ces êtres paupérisés, commandés par le système du fouet et du contremaître, on ne comptait pas avec eux ou on ne comptait que peu. Depuis l'indépendance, leur sort était resté le même :

UNE VAGUE

Parce que maintenant, dans les champs et les montagnes d'Amérique, sur ses pentes et ses prairies, dans ses jungles et ses lieux sauvages, et dans les cités, ce monde commence à juste titre à faire irruption. Des hommes anxieux tendent la main, prêts à mourir pour ce qui est à eux, à conquérir ces droits dont on s'est moqué pendant près de 500 ans. Oui, maintenant l'histoire devra tenir compte du pauvre d'Amérique, de l'exploité et du méprisé d'Amérique latine, qui ont décidé de commencer à écrire l'histoire pour eux, à tout jamais. Déjà, on peut les voir sur les routes, à pied, jour après jour, dans des marches infinies de centaines de kilomètres vers les « éminences » gouvernementales pour obtenir leurs droits.

Déjà on peut les voir, armées de pierres, de bâtons, de machètes, dans une direction ou une autre, chaque jour, occupant des terres, plantant des pieux dans les terres qui leur appartiennent et les défendant de leur vie. On peut les voir portant des signes, des slogans, des drapeaux, les faisant flotter au vent des montagnes et des prairies. Et la monde, de la plus grande force de l'impérialisme mondial, et de un plus grand service nos prédécesseurs.

Cette lutte, dans une que la précédente, sera rendre à l'humanité que celui rendu par plus grande mesure menée par les masses, réalisée par le peuple ; le peuple sera amené à jouer un rôle beaucoup plus important maintenant que jadis, les leaders sont moins importants dans cette lutte que dans celle d'autrefois. Indiens, gauchos, métis, zambos, quarterons, blancs sans propriétés ni revenus, toute cette masse humaine qui formait les rangs de la « nation », ne recevait jamais de profits, tombait par millions, était taillée en pièces, elle qui gagna l'indépendance de la métropole pour la bourgeoisie, fut exclue de sa part de récompense, elle continua à occuper le plus bas degré sur l'échelle des bienfaits sociaux, à mourir de faim, de maladies curables et de négligence parce que pour eile il n'y avait jamais assez de biens vitaux -du pain, un lit d'hôpital, des médicaments qui guérissent, une main qui secourt.

Mais maintenant, d'un bout à l'autre du continent, ils indiquent clairement qu'est venue l'heure de leur rédemption. Maintenant cette masse anonyme, cette Amérique de couleur, la sombre et taciturne Amérique, qui chante sur tout le continent avec la même tristesse et la même désillusion, maintenant cette masse commence à entrer décisivement dans sa propre histoire, à l'écrire de son sang, à souffrir et à mourir pour elle. DE COLERE vague de colère, de revendications pour la justice et les droits, qui commence à passer sur les terres d'Amérique latine ne s'arnétera pas. Cette vague grandira de jour en jour. Car cette vague est composée du plus grand nombre, la majorité à tous égards. ceux dont le labeur amasse la richesse et fait tourner la roue de l'histoire. Maintenant ils s'éveillent du long sommeil abrutissant auquel ils avaient été soumis.

Cette grande masse de l'humanité a dit : assez ! et a commencé à marcher. Et cette marche géante ne sera pas arrêtée avant de conquérir la véritable indépendance, pour laquelle beaucoup sont morts en vain. Mais, aujourd'hui, ceux qui mourront mourront comme les Cubains à Playa Giron, Ils mourront pour leur propre indépendance, une indépendance véritable et qui ne sera jamais abandonnée.

PATRIA O MUERTE ! VENCEREMOS !

LE PEUPLE DE CUBA. La Havane, Territoire Libre d'Amérique.

Le 4 février 1962.

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