La IV• Internationale a synthétisé ses idées sur la phase actuelle de la Révolution africaine dans le document sur la révolution coloniale adopté par le VI• Congrès Mondial (voir notre revue, n° 12). Il est toutefois nécessaire que les marxistes révolutionnaires mettent constamment à jour leurs analyses et examinent de plus près les situations et les tendances pour être en mesure d'élaborer des programmes concrets pour chaque pays ou groupe de pays. Nous publions dans ce numéro la suite d'une contribution du camarade Lucero sur ces questions.
LA POUDRIERE DES
Non seulement le développement indépendant du mouvement syndical est un élément de sape des tentatives de cristallisation soit sur des positions pro-impérialistes comme à Monrovia, soit sur des positions national-bourgeoises comme à Casablanca, où sont aujourd hui concertrées les préoccupations des couches dirigeantes des nouveaux Etats africains ; mais la situation, dans toutes les régions où se maintient encore la domination coloniale blanche, constitue une poudriere qui menace de balayer au loin tous les schémas de stabilisation de la situation africaine et ouvre même la porte à un début de deuxième révolution dans toute l'Afrique.
De l'Angola au Mozambique, du Kenya à l'Afrique du sud, la rébellion armée couve ou a déjà commencé. Tout le système colonial portugais, la domination blanche en Afrique du sud, dans le SudOuest africain, en Rhodésie, ainsi que la dumination coloniale au Kenya et en Ouganda sont exposés à une réaction en chaîne du soulèvement africain.
L éclatement interne du Congo, provoqué par l'intervention de l'impérialisme impérialisme mondial par le canal de bénéficiant de la complicité de l'O.N.U. ., a pour but, entre autres, la neutralisation des forces révolutionnaires et l'édification d'une barrière entre l'Afrique occidentale indépendante et les régions du sud, du centre et de l'est du continent sous la domination coloniale des
(1) Voir le début de l'article, « Quatrième Internationale », N° 13.
ZONES COLONIALES Blancs. L'Ethiopie et le Soudan complètent en outre cette énumération.
Néanmoins, la révolution fleurit sous des formes nouvelles — qui, à leur manière, stimuleront de nouveaux développements révolutionnaires à venir au Congo. En Angola, une véritable guérilla est en train de prendre de l'extension. En Afrique du sud, il y a un secteur de guérilla au Pondoland et toute la situation est en train d'atteindre un point de tension proche de l'explosion générale, malgré les efforts désespérés des directions traditionnelles pour limiter et pour canaliser la lutte dans des voies «pacifiques » et « non violentes ». Dans le Sud-Ouest africain, la pression de la révolution angolaise se fait sentir de façon croissante.
Dans les régions sous le joug du colonialisme britannique, la résistance des colons blancs menace de jeter par-dessus bord tous les plans du ministère des Colonies visant à aménager une transition plus la mouvele clique disigeante ance plus ou moins pacifique vers une alliance caine ; ce dont l'évolution actuelle au Tanganyika, avec Julius Nyerere serait un exemple. Particulièrement en Rhodésie du Sud et dans la Fédération CentreAfricaine, les colons blancs racistes opposent une résistance furieuse et préparent une véritable lutte armée (et s'y préparent eux-mêmes), disposés à résister le dos au mur. comme leurs homologues d'Afrique du Sud.
Dans toute cette partie de l'Afrique, les colons et les compagnies minières • qui exploitent le travail des Noirs sur une vaste échelle, constituent le cœur de la résistance des Blancs. Ce qui pose, du
QUA même coup, le problème sur des bases infiniment révolutionnaires : la révolution africaine n'est pas seulement dirigée contre Texpioitation ca blanie el es assie tempe le colonialisme blanc, mais aussi contre contre celle des propriétaires terriens, personnifiées par les chefs d'entreprises et par les colons blancs et que renforcent la discrimination raciste sous sa forme la plus inhumaine et la plus brutale. Dans tout l'est, le centre et le sud de l'Afrique , et notamment dans les pays tels que le Kenya ou la Rhodésie, le probleme de la terre est au centre de la révolution. L'expulsion des colons blancs et la restitution des terres prises aux Africains est le premier mot d'ordre de la révolution au Kenya.
La révolution contre la domination coloniale blanche dans cette région revêt la forme de la révolution paysanne la plus nette. La guérilla en Angola, comme celle du Pondoland en Afrique du Sud, comme celle du Cameroun plus au nord, ily a celle du Cameroun plus au nord, comme celle de la rébellion Mao-Mao quelques années) sont les signes précurseurs de l'extension de la révolution paysanne africaine, qui est dirigée directement - quoique non consciemment -contre toute tentative d'installer dans ces pays une bourgeoisie compradore ou un régime de type féodo-capitaliste allié à l'impérialisme.
Les opérations de guérilla centralisent la lutte des masses paysannes et forment un point de référence et de stimulation pour les masses détribalisées des villes, particulièrement en Afrique du Sud. La mobilisation paysanne africaine ne peut s'arrêter à la reconquête des terres. Son caractère radical provient de ce que la domination blanche est étroitement identifiée à l'exploitation capitaliste. La solution du problème de la terre par des voies révolutionnaires exige la destruction de tout l'appareil de la domination blanche. En Afrique du Sud, elle pose la question de la propriété et de la gestion des mines et des usines, de l'ensemble de l'appareil économique. La restitution des terres Signifie simultanément la saisie des mines et des usines par les Africains et pose la question de la nature du nouveau pouvoir.
LES PREMICES DE LA
A la question « voie capitaliste ou voie socialiste ? » en Afrique, la voie socialiste apparaît, de façon de plus en plus évidente, comme la seule réponse. Même les tendances pro-bourgeoises et pro-capitalistes sont obligées de rejeter les schémas classiques et de reprendre à leur compte l'étiquette socialiste. Il y a aussi loin du socialisme de N'Kroumah au socialisme des masses africaines que du panafricanisme de N' Kroumah à leur panafricanisme.
Les problèmes fondamentaux du développement de l'Afrique — l'industrialisa-
En Afrique du Sud particulièrement, l'échec complet des méthodes réformistes et pacifiques pendant des dizaines d'années, alors que la révolution se développait dans le reste du continent, contribue à radicaliser toute la situation. Malgré leur poids prépondérant dans les directions africaines traditionnelles, influencées par le gandhisme et les liberaux blancs, les tendances conciliatrices dans le mouvement africain, tel le Congrès national africain et ses alliés, sont en recul aux yeux des masses. Les tendances favorables i l'alsanon de casse des perpetaires sud- à l'action armée, africains, sont en train de gagner en autorité parmi les masses africaines du pays dont elles dirigent déjà des secteurs importants. A l'étape suivante de la révoluton sud-africaine, aujourd hul a ses débuts, le poids et la prépondérance de ces tendances, qui ont déjà pris position sur des bases générales socialistes, iront croissant.
A partir de maintenant et dans le cours de la lutte, ces tendances doivent élaborer et définir un programme ouvrier socialiste concret, pour regrouper des différentes forces sociales non-européennes ouvriers et paysans — sur une échelle nationale plutôt que sur une échelle simplement régionale ou tribale avec la perspective d'un gouvernement ouvrier et paysan qui gère une économie nationalisée et planifiée.
Ce développement jettera de nouvelles bases pour l'ensemble de la revolution africaine, gagnera le prolétariat le plus dynamique et le plus puissant de toute l'Afrique, celui de l'Afrique du Sud, au programme donner un semble du
Afrique.
A l'autre socialiste et contribuera à épicentre prolétarien à l'enmouvement de masse en l'Afrique, l'avenir de bout de la République algérienne aura un poids décisif dans le processus de la révolution africaine, tant par ses formes, organisationnelles que par la différenciation inévitable entre les tendances pro-bourgeoises favorables à une association avec l'impérialisme et les tendances prolétariennes et plebeiennes, groupées au sein de 1'U.G.T.A., qui se proclament elles-mêmes « anti-impérialistes et anti-capitalistes ». REVOLUTION AFRICAINE tion, le niveau de vie, la question de la terre, l'augmentation de la production, l'unification de la nation noire africaine — ne peuvent pas connaître un commencement de solution avec les méthodes du capitalisme « classique »; même pour l'aile droite du mouvement national africain, 1l est hors de question que l'Afrique soit capable de répéter le modèle du développement capitaliste des pays industriels occidentaux.
En Afrique, il y a une sorte de transfert de positions. Tandis que les représentants de la bourgeoisie compradore et des propriétaires geoises alliées à dont position s'est exprimée tendent à imiter les institutions parlementaires et gouvernementales de la bourgeoisie occidentale, les représentants de la bourgeoisie nationaliste africaine sont en train de jouer la carte du « neutralisme » pour tout ce qul en vaut la peine, tout en employant une terminologie « socialiste ». Qui plus est, ils adoptent un modèle de développement analogue à celui de la «révolution par étapes » théorisée pour la première fois par le menchevisme russe puis par le stalinisme, c'est-à-dire d'abord une étape de développement industriel capitaliste du pays, puis — dans un avenir indéterminé - une étape de développement vers le socialisme ; tel est le « socialisme » de N' Krumah.
Mais la nécessité de construire une société moderne en Afrique ne permet pas d'étape capitaliste. Un Etat moderne ne peut pas être un Etat capitaliste ; le développement industriel d'un pays arriéré n'est pas possible par les méthodes de la propriété privée des entreprises industrielles, de l'anarchie du marché, de la domination commerciale et industrielle par le capital étranger, de l'arriération agraire en reléguant l'anti-capitalisme pour un avenir qu'on ne spécifie pas. Le développement d'une classe féodo-bourgeoise ou bourgeoise indigène, fondée sur la propriété de la terre, de l'industrie, sur la direction du commerce et sur la gestion d'appareils d'Etat, à la manière de Houphouët-Boigny ou de N' Krumah, met un frein au dynamisme fondamental de la révolution africaine et augmente la dépendance par rapport à l' «aide » étranainsi que les investissements de capital impérialiste.
La planification est une nécessité objective pour le développement économique des pays africains. Elle achoppe sur de sérieux obstacles parmi lesquels le manque de capital, de cadres techniques, et d'une infrastructure adéquate, etc...
Cela rend justement plus nécessaire l'intervention directe et la participation des masses africaines, qui sont le moteur essentiel de la révolution, dans la lutte contre la faible bourgeoisie indigène, embryonnaire.
Mais la précondition requise pour mener à bien cette planification et cette participation des masses est avant tout P'existence d'un novau décisif d'économie nationalisée dans le secteur de l'industrie naissante, l'organisation de l'exploitation agricole au moyen de coopératives ou de communes qui assimilent les structures traditionnelles de la société agraire africaine et permettent l'expansion de la production ; et avant tout, une précondition politique : l'intervention des masses moyen de leurs propres organisations — comités de villes et de régions, syndicats, stc... - dans la planification et la gestion du développement économique.
Toute tentative d'édifier et de renforcer un appareil d'Etat bourgeois et une classe possédante privilégiée, c'est-à-dire d'imposer un cadre capitaliste, va à l'encontre de cette intervention des masses, fait obstacle à la force essentielle du développement économique et élève de nouvelles barrières.
Autant, sinon plus, que celle des comités populaires, l'intervention des syndicats est essentielle, tant pour cette planification que dans la gestion de l'industrie nationalisée. Les syndicats — même avec les limites actuelles de leur développement -représentent le secteur le plus lié avec un developpement socialiste de l'économie, la base d'une direction prolétarienne noncapitaliste. Is representent, en outre, le secteur qui n'est pas assujetti aux intérêts particuliers des frontières artificielles d'aujourd hui, à linverse des classes possédantes indigènes d'une part, et du personnel politique à la tête de l'appareil d'Etat. Les syndicats constituent le secteur le plus homogène et le plus inconditionnellement panafricain, le plus attaché à une perspective de développement unifié de l'Afrique sur des bases ouvrières. et socialistes.
C'est seulement sur cette base qu'on peut soulever la question de savoir, concrètement et non dans l'abstrait, si les masses africaines sont assez « mûres » pour entamer la construction du socialisme. Malgré leur analphabétisme, malgré le conservatisme dans l'éducation traditionnelle de la société paysanne en Afrique, leur aptitude à accepter et à adopter le socialisme apparaît comme tout à fait naturelle. Dans un certain sens, la vieille culture, en voie de régression en même temps que la société tribale elle-même, offre moins de résistance que la croyance dans l'efficacité de l'appareil d'Etat capitaliste, respect qui fut inculqué par les directions réformistes à de larges couches de travailleurs dans les pays hautement industrialisés.
Dans toute l'Afrique sans exception, non seulement les structures sociales, aussi la conscience des masses, sont en train de connaître un processus de transformation d'un dynamisme inépuisable. Les expériences faites depuis l'indépendance, d'alliance des couches pro-bourgeoises indigènes avec le néo-colonialisme, de manœuvres impérialistes de la part de la Belgique et de l'O.N.U. au Congo, d'assassinat de Lumumba, ont été vécues, discutées et assimilées dans tous les coins du continent, sans se préoccuper de savoir si ses habitants étaient déshérités ou illettrés, et cela avec plus de rapidité et de compréhension que dans de larges secteurs du prolétariat occidental. L'effet produit par le premier Spoutnik, comme ceux du Lunik et du premier vol cosmique, réalisés par l'U.R.S.S., a atteint les protondeurs mêmes du continent africain en révolution, autant que l'expérience chinoise ou le triomphe de la révolution cubaine.
Cette expérience et son assimilation se font encore dans la confusion et en l'ab- sence de tout centre. Mais, dans cette confusion qui est aussi celle de l'économie, des transports, de l'administration, de la détribalisation et de l'urbanisation incontrôlées des masses paysannes. la conscience révolutionnaire se développe aussi.
Le capitalisme est parfaitement incapable d'imposer de l'ordre dans ce processus, de mettre sur pied un Etat bourgeois qui fonctionne et qui gagne du prestige ou du respect aux yeux des masses. ! est incapable de remettre en place les vieilles structures tribales disloquées, d'une part, ni la domination coloniale dans un système capitaliste, d'autre part.
Seule la participation et l'organisation autonome des masses peut apporter de l'ordre dans ce développement, dans la transformation et la disparition de la société tribale et coloniale. Dans toute une série de pays, le noyau le plus concentré de cette intervention autonome aujourd'hui, ce sont les syndicats, et son alliance avec l'aile gauche du mouvement national sur un programme ouvrier et socialiste.
Les cadres africains sont en train d'être formés à sauter par-dessus les étapes, à pas de géants, dans un processus de révolution permanente qui embrasse non seu-
ET LES FORCES DE LA
La « Charte de Monrovia » et la « Charte de Casablanca » sont conçues pour faire progresser les idées des actuelles directions nationalistes africains, pour élever une digue — quoique à des niveaux différents - devant la révolution africaine. Les deux entreprises possèdent leurs hommes et leurs forces dans les directions syndicales avec l'appui soit de la C.I.S.L., de l'A.F.L.-C.I.O., soit du T.U.C. anglais, soit de la D.G.B. allemande, soit des appareils d'Etat nationaux ou de leurs agents et idéologues à l'intérieur du mouvement syndical africain.
L'impérialisme français, avec sa politique « d'association », l'impérialisme, britannique, avec sa politique « d'indépendance par étapes » (mettant d'abord sur pieds une couche dominante indigène alliée à ses propres intérêts), l'impérialisme U.S.A. avec son intervention au moyen des agents syndicaux (Irving Brown), d'envoyés diplomatiques, de ses plans d'investians est appareis de et ale ses 3, mense tissement et d' « aide » et de ses hommes tont vraiment pas taute, dans la mesure où ils sont contraints d'en rabattre sur les autres plans, de traiter aussi avec les représentants les plus directs de la bourgeoisie nationaliste, tels que N' Krumah, comme cela s'est déjà vu dans le passé.
La cristallisation des vieilles directions africaines, dans les pays aui sont déjà indépendants ou qui sont à la veille de le devenir avec l'accord de l'impérialisme, lement la réalité objective, mais aussi le développement subjectif dans leur propre conscience. Un certain nombre de ces cadres sont incorporés dans la société moderne et organisent la revolution socialiste.
Ceci explique le dynamisme, laudace, la capacité à comprendre vite, l'esprit d'initiative, d'invention et de décision, cet esprit de ressources que nombre de ces cadres, récemment venus au mouvement révolutionnaire, montrent dans les circonstances les plus diverses. Ces cadres sont en train de mûrir dans le sens de la revolution permanente, non point sur la base des vieilles polemiques, mais a partir de leur propre expérience quotidiennet leur propre expérience quotidienne, ainsi que sur la base des exigences du dynamisme de la révolution africaine, sur la base d'un mouvement de millions et de millions d'hommes dont le désir violent d'accéder à une dignité d'hommes — désir aussi profond, sinon plus, que dans les plus grands mouvements de masses connus dans le passé, et tel qu'il s'est formé dans le monde moderne au cours des siècles d'esclavage — ne peut être calmé que le capitalismes Dar que des solutions n'est pas en mesure de donner à l'Afrique. Voici les racines véritables du socialisme en Afrique ainsi que la possibilité d'en commencer aujourd'hui la construction. REVOLUTION AFRICAINE sur des positions de résistance au développement ultérieur de la révolution crée des conditions favorables à une différenciation et une extension des idées socialistes prolétariennes et des forces socialistes au sein du mouvement national. La différenciation de ces idées et de ces forces tend à se faire dans le cadre du « front national », soit dans la gauche ou la jeunesse des partis nationalistes, soit dans les syndicats.
Mais, dans la mesure où ces forces n'abandonnent pas le programme national et demeurent dans la direction des mouvements nationalistes, simplement comme aile gauche, leur rôle tend à devenir le suivant : exprimer le mécontentement de la base et ses désirs d'avancer dans une perspective socialiste, mais, en même temps, constituer une soupape de sûreté pour cette pression, sans rompre avec la direction nationale réformiste. Il est tout à fait certain que cette rupture ne peut pas se faire artificiellement ou par des secteurs limités, qui se condamneraient ainsi à l'isolement. Mais ces forces ne peuvent pas non plus accepter indéfiniment et passivement une perspective qui signifierait un « chantage à l'unité» de la part de la direction nationale réformiste, tandis que les forces de la gauche prendraient de l'ampleur et deviendraient prépondérantes.
Dans un certain sens, la résolution du Caire reflète ce double aspect des choses.
LE PROGRAMME SOCIALISTE
LE PROGRAMME SOCIALISTE
Mais ce n'est qu'en échappant à cette sujétion que les organisations de masses airicaines pourront lutter pour les aspects les plus positifs, les plus anti-impérialistes des résolutions adoptées, et éviter de rester prisonnières de l'idéologie nationaliste pro-bourgeoise.
Le développement indépendant des syndicats et des fédérations syndicales d'une part, de la guérilla et de la révolution paysanne en une lutte armée d'autre part, constituent les forces principales qui, désormais, tendront à rejeter les modèles, à faire sauter les barrages des directions pro-impérialistes ou réformistes-nationales et à ouvrir une voie révolutionnaire et socialiste à la vague toujours tumultueuse de la révolution africaine.
C'est du développement de ces forces que dépendent fondamentalement le destin d'équipes politiques comme celle de Sekou Touré, et l'avenir de l'expérience
Guinée, pays que les couches bourgeoises ou pro-bourgeoises les plus conscientes du groupe de Casablanca cherchent à enfermer dans leurs propres limites en l'empêchant de faire sa jonction avec de nouveaux épicentres du développement révolutionnaire. L'une et l'autre tendances sont représentées dans l'équipe au pouvoir en Guinée.
Ces forces seront décisives aussi pour une nouvelle étape montante de la révolution au Congo, où l'action combinée du monde impérialiste n'a pas été capable de détruire la ténacité des forces centralistes, malgré le manque de moyens et de partis adéquats pour s'exprimer et se développer.
En face de Monrovia et de Casablanca, devant les manœuvres impérialistes en Afrique orientale, le problème qui se trouve soulevé est celui d'un programme de nature à faire l'union des forces socialistes de la révolution sur une échelle africaine. Et un programme, cela signifie des moyens, des méthodes et des forces pour les mettre en œuvre.
Le programme est inévitablement basé sur la perspective des Etats-Unis Sociales sis dine Cong es Mondial de la TVP Internationale (9).
La base de ce développement doit être un noyau fondamental d'économie nationalisée sans indemnisation des grandes entreprises coloniales impérialistes, et un développement des industries nationalisées sous gestion ouvrière. Le paiement d'indemnités aux entreprises expropriées, loin d'êtie une mesure « tactique » pour calmer l'impérialisme, ainsi que le prétendent certaines directions réformistes, ne servent qu'à grever d'une hypothèque de
(9) Voir le paragraphe entier consacré à l'Afrique Noire dans la résolution : « La Révolution C'oloniale : bilan, problèmes et perspectives » (Quatrième Internationale, N° 12).
poids le succès futur des nationalisations et l'économie précaire du pays, et à maintenir des liens de dépendance avec l'imperialisme pouvant ainsi intervenir et saboter leconomie. Des industries étrangères peuvent être montées dans le cadre du
Plan, pourvu que la marge de profit reste raisonnablement limitée et que la plus grande partie de celui-ci soit réinvestie dans le pays même, intégrant ainsi les entreprises dans l'économie nationale sous contrôle ouvrier.
Le monopole du commerce extérieur sous contrôle ouvrier est indispensable pour un plan de developpement dans les pays ou le commerce a un poids disproportionné dans l'économie. Cela est, de pair avec la nationalisation des banques et du crédit sous contrôle ouvrier, la base des investissements et de la planification des ressouces par l'Etat.
Même lorsqu'on tient compte des particularités de chaque pays, les coopératives et communes agricoles sont l'armature générale du développement de la producLion agricole : elles intègrent et dépassent les vieilles structures agraires africaines. Mais un rôle de première importance revient à l'aide multiforme que fournit l'Etat aux coopératives et communes paysannes et à la petite paysannerie; rôle que complète la centralisation et l'organisation du marché des produits agricoles en collaboration . avec les organisations paysannes : I' « investissement humain », la mobilisation de toutes les energies humaines, aujourd'hui sous-employées totalement inemployées, remplaceront dans une grande mesure, comme l'expérience l'a montré, le grand capital manquant au cours de la première phase du développement agricole.
Mais cet « investissement » et cette mobilisation sont impossibles sans participation directe et dirigeante des masses urbaines et rurales a la revolution, à l'organisation de l Etat et de leconomie.
En fin de compte, c'est à un niveau politique que doit être résolu, à l'étape actuelle de la révolution en Afrique, tout le probleme du developpement economique.
C'est par la participation de ces masses qu'il . sera possible d'élaborer le plan économique, en commençant par un recensement des besoins de la population, dans un ordre de priorités, afin de mettre au point un plan qui combine les besoins du dévelopement et de l'accumulation avec les hesoins les plus urgents de la population et les ressources disponibles.
Lélévation du niveau de vie, non seulenent par la lutte contre l'analphabétisme et le développement de linstruction, mais par tous les moyens - salaires, logements, plein emploi, hygiène surveillée, transports, etc... - ne peut pas occuper une place simplement secondaire dans l'ordre des priorités, comme c'est le cas dans les plans d'« austérité » de différents gouvernements africains, austérité qui ne touche certainement pas la couche des fonctionnaires gouvernementaux, ni les grands commerçants et bénéficiaires privilégiés des crédits gouvernementaux, liés aux premiers.
Il y a un besoin objectif pour les Etats africains d'instituer entre eux la mise en commun de leurs matières premières, ainsi que de négocier aux meilleures conditions possibles la fixation de leurs prix. sur le marché mondial et de toutes mesures telles que la mise en commun des techniciens et des autres ressources nécessaires au développement.
Une économie de ce type permettra une utilisauon parfaite de l'aide venant des Etats ouvriers sous forme d'argent, de machines, de techniciens, elc...
Dans chaque pays, il est nécessaire d'élaborer sur cette base un programme de transition, qui étudie les aspects et problèmes particuliers qui sont le tourment des masses, depuis la question des salaires et des conditions de travail jusqu'aux problèmes de l'émancipation de la femme, du aépassement et de la résorpton des particularismes et des rivalités tribales, eic... L'arriération de l'économie, les mesures qui font obstacle à la révolution et à la mobilisation centralisée des
ET PARTI MARXISTE
Le point de départ pour développer ce programme, regrouper ces forces prêtes à promouvoir un programme socialiste, est représenté aujourd'hui par les mouvements paysans de guérilia, là où ils existent ou sont en préparation, et, plus généralement, par les syndicats. Ceux-ci, quoique toujours sous le contrôle de directions favorables aux tendances nationalistes, tendent à intervenir politiquement en reflétant la pression et les positions des masses.
Cette intervention doit être stimulée. Elle doit être étendue (partout où le mouvement syndical a atteint un certain niveau de développement), non seulement jusqu'à son indépendance par rapport à l'Etat el aux partis nationalistes, mais mais aussi jusqu'à sa propre expression politique, la formation de partis ouvriers basés sur le mouvement syndical, avec leur appui et avec un programme ouvrier et socialiste de la révolution.
Le parli du travail, basé sur les syndicats, serait l'expression consciente de la tendance politique des organisations syndicales et il peut être l'instrument politique pour l'alliance entre les masses urbaines et les masses des campagnes, à l'abri du contrôle des tendances probourgeoises ou bourgeoises. C'est le moyen de développer et d'employer la maturité politique des masses et des forces socialistes.
masses contribuent à alimenter les querelles régionales et tribales.
Les forces qui peuvent y être gaspillées inutilement ne peuvent être récupérées et employées que par un regroupement des forces révolutionnaires avec ce programme et ces méthodes.
L'une des bases du soutien et de la croissance de l'embryon de bourgeoisie africaine, de ses cadres et de son idéologie de classe reside dans le développement d'une force armée et d'une caste C'officiers privilegies. Cela est une force conçue et dirigée directement contre les masses et leurs organisations. Il est nécessaire, partout, de poser la question de la dissolution de l'armée et de la remplacer par le peuple en armes, par l'armement des travailleurs de la ville et de la campagne, organisés en milices paysannes, ouvrières et populaires, lesquelles élisent leurs propres officiers, comme cela a été fait dans la révolution cubaine.
Toutes ces mesures économiques et politiques exigent l'intervention directe des masses à travers leurs organisations propres : syndicats, comités urbains et ruraux • cIc... En Afrique, comme partout, et meme plus que partout, il n'y a pas de force sociale ou d'artifice organisationnel qui puisse remplacer cela. REVOLUTIONNAIRE
A présent, la direction des forces susceptibles de former des alliances de front uni anti-impérialiste est dans les mains des couches pro-bourgeoises, ainsi que la rencontre du Caire, entre autre, l'a montré.
Le développement autonome du mouvement ouvrier par l'indépendance syndicale, par la fédération panafricaine des syndicats, la formation de partis ouvriers basés sur paysans, et les guérillas paysanne, indépaysans, et les guérillas paysannes, les syndicats et l'alliance avec les . permettra aux forces socialistes d'être pendantes dans tout front uni anti-impéraliste, leur donnera les moyens d'empecher les forces ouvrières, paysannes et plébéiennes d'être assujetties aux intérêts et à la direction des secteurs bourgeois et pro-bourgeois.
Cela procurera aussi les moyens pour le développement d'organes d'action populaire et d'intervention dans la direction de la révolution et de l'Etat (comités de tos tes tartes de térents nie trigidantre toutes sortes à ditterents niveaux), contre l'intervention des masses dans la révolution africaine et de consolider des appareils d'Etat détachés des masses et incapables d'organiser, de planifier et de stimuler le développement africain.
La position du stalinisme et de Moscou, jusqu'à la dernière période, a été de soutenir les directions nationalistes atricaines et de subordonner à celles-ci le mouvement indépendant des masses. Ce n'est
SYNDICATS, PARTI OUVRIER DE MASSE
SYNDICATS, PARTI OUVRIER DE MASSE la nicosite a organisation maderdante que dans la toute dernière phase ont commencé à soulever la question de de Partis communistes (10), avec cependant le programme de la révolution démocratique bourgeoise par etapes, et un Iront avec la bourgeoisie nationale et ses agents durant toute l'étape de la révolution qu'ils conçoivent comme « démocratique-bourgeoise ».
Cela revient à mettre le mouvement indépendant des masses à la remorque des directions actuelles du type N' Krumah, dans les meilleurs des cas à lui assigner un simple rôle de « pression » sur la bourgeoisie nationale, pour préparer de nouvelles catastrophes comme celle que le P.C. a connue en Egypte, pour ne citer qu'un exemple.
Les forces socialistes de la révolution africaine ont besoin d'organiser un parti marxiste révolutionnaire dans le cadre de chaque pays et aussi à une échelle panafricaine.
L'expression politique indépendante des syndicats peut être assurée par leur propre parti ouvrier, basé • B existe les base sts. dans les pays où dicale pour cela. Un tel parti comprendrait toutes les tendances ouvrières, y compris la tendance marxiste-révolutionnaire, trotskyste, du mouvement ouvrier.
Mais l'action et l'expression politiques de lavant-garde marxiste-révolutionnaire africaine ne peuvent être assurées que par l'organisation du parti marxiste-révolutionnaire partout, l'organisation politique bolchevik de l'avant-garde, qui développe la totalité du programme marxiste-révolutionnaire de la révolution africaine, qui forme l'état-major des cadres bolcheviks africains, qui intervient pour stimuler et diriger, là où c'est possible, tous les processus revolutionnaires, eduquant lavantgarde des masses dans les idées et le programme internationaliste complet du trotskysme, de la révolution permanente, de la IV° Internationale.
Sans s'isoler des forces vivantes de la révolution dans les voies où elles se trouvent engagées, en développant là où c'est nécessaire et possible les tendances de gauche au sein du mouvement nationaliste, en s'intégrant aux organisations paysannes de guerillas, en poussant au développement de partis ouvriers de masse basés sur les syndicats et, si possible, en prolétariennes-socialistes et internationalistes, et qui sont différenciées ou en voie de se diflérencier du prétendu socialisme de la bourgeoisie africaine. Les pressions les plus énormes de l'impérialisme. mondial, du nationalisme africain, du stalinisme de Moscou ou de Pékin — s'exercent sur l'Afrique. Il y a là une pression directe et indirecte sur le mouvement révolutionnaire et sur l'avantgarde, sur les syndicats et sur le mouvement de masse.
Le développement des syndicats et leur regroupement centralisé sur une échelle continentale ou partielle, le développement de la guérilla, portent la révolution à des niveaux supérieurs, mais en même temps augmentent ces pressions.
Cela rend plus nécessaire que jamais de développer et d'organiser les forces marxistes-révolutionnaires, de stimuler l'alliance entre les syndicats et la gauche du mouvement national dans les Etats indépendants, avec la guerre paysanne de libération qui couve en Afrique du Sud, qui a déjà éclaté en Angola, qui menace au Kenya, guerre qui renversera tous les plans de stabilisation de la situation africaine.
Ces forces doivent fournir le programme et construire et unifier, à l'échelle africaine les cadres pour cette lutte, pour cette alliance et pour cette prochaine étape de la révolution en Afrique. Elles doivent être le pôle d'attraction et les initiatrices du regroupement de l'ensemble des secteurs les plus révolutionnaires de la société africaine en marche. Elles doivent aider à démontrer pratiquement et dans les faits la valeur du programme, en suscitant de la base toutes sortes d'initiatives et d'actions de solidarité avec les autres mouvements africains : grèves, manifestations, organisation et envoi de milices de soutien à la guérilla, aide de toute sorte, etc...
La riche complexité de tout ce processus actuellement en cours en Afriqué crée les conditions pour qu'un groupe relativement petit de cadres marxistes-révolutionnaires, Organises en paru, puisse avoir un poids très grand, en vérité décisif, dans ce processus même.
Le stalinisme et tout un secteur de la gauche nationaliste ont, dans les taits, abandonne cette tache et n'ont ni le programme, ni la perspective de le réaliser.
Le programme et l'organisation de la IV*. Internationale sont l'instrument qui doit être énormément développé en partant du niveau actuel vour mener à bien ces tâches à la prochaine étape de la révolution africaine, pour impulser le regroupement des forces socialistes ouvrières et révolutionnaires, pour unifier le mouvement marxiste-revolutionnaire atricain avec l'expérience et les forces organisées du marxisme-révolutionnaire du monde entier et particulièrement des foyers de révolution coloniale, de sorte que ces forces puissent faire sentir leur poids dans tout le processus en cours en Afrique.
Mai 1961.
intégrant ces forces, partie d'entre elles, révolutionnaire doit centre de stimulation au moins ou une le parti marxisteêtre néanmoins le et d'initiative et la direction marxiste consciente des forces d'avant-garde de la révolution. L'une de ses tâches est d'œuvrer au regroupement, à l'échelle africaine, des forces et des organisations de chaque pays qui se veulent
(10) Voir Walter Markov (professeur à l'Université de Leipzig) : « Mouvement national et classes sociales dans le TiersMonde », dans les « Cahiers Internationaux », mars-avril 1961 et mai 1960.