Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 14

L'Etat ouvrier cubain

A. Ortiz · Quatrième Internationale, n° 14 · novembre 1961 · p. 49-60 · 11 893 mots

In English: The Cuban Workers' State (Fourth International No. 13, Summer 1961).

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La concluante défaite infligée aux envahisseurs contre-révolutionnaires par les Milices et l'Armée rebelle cubaines, la proclamation, le for mai, de la première République socialiste de l'Amérique Latine, l'annonce d'un plan quadriennal pour l'économie cubaine, sont des expressions du formidable dynamisme et de la vigueur de cette Révolution, de cet Etat ouvrier triomphant, en plein cœur du «monde libre », du de la gauche, du mouvement reformiste et stalinien ; c'est la conception des « voies pacifiques », de la « coexistence pacifique », de l'alliance avec les « éléments progressistes » de la bourgeoisie, qui subissent le choc de ce processus • revolutionnaire en croissance permanente. C'est le rôle même du parti stalinien qui est en cause. La Képublique socialiste proclamée à La Havane n'est pas mentionnée à Moscou. Anibal escalante, dit qu'on ne déjà un pays un • désir de d'accepter un le stalinisme

Cuba n'est peut considérer « que Cuba est socialiste » (3). Ce n'est pas clarté théorique, c'est le refus e grande défaite politique pour qui dicte ses positions.

pas un « pays socialiste », comme ne l'est aujourd'hui aucun des Etats ouvriers existants. Cuba est un Etat ouvrier d'un caractère particulier, un régime de transition vers le socialisme. Comment est arrivée son instauration, quelles sont ses caractéristiques fondamentales, quelle sera son évolution la plus probable, sont des thèmes qui doivent être éclaircis par le mouvement révolutionnaire mondial qui, aujourd'hui soutient la nouvelle Cuba et qui aujourd'hui tire la leçon de son expérience.

(1) Bureau latino-américain de la Quatrième Internationale « Voz Proletaria » Buenos Aires, 2º quincena abril 1961.

(2) Parti Socialiste Populaire (parti stalinien de Cuba).

(3) Discours à la Télévision du 7 mai dernier, cité par L'Humanité (10-5-61). DE L'ETAT OUVRIER A CUBA sorganisation et le chaos de l'appareil de production au moyen d'un grand effort collectif - militaire et de production - et au moyen d'un essai de planification.

Ce sont ces nouvelles formes de propriété qui constituent la base de la société, conquises et défendues par la mobilisation révolutionnaire des masses cubaines qui caractérisent Cuba comme un Etat ouvrier.

L'appareil étatique n'est pas de composition ni de structure ouvrière. A Cuba n'existe pas une forme de pouvoir soviéte ne steas un etat dure normal a ans. Conseils d'ouvriers paysans. ne l'est aucun de ceux qui existent. C'est pour cette raison qu'on ne peut le caractériser simplement comme un Etat ouvrier sans souligner son caractère particulier. Le caractère déterminant est la fonction de cet appareil, les rapports de propriété, les relations sociales sur lesquelles il repose. Nous allons essayer de les préciser plus clairement.

systeme imperialiste. système impérialiste.

Profondément enracinée dans ouvrières et paysannes de Cuba, de l'Etat Ouvrier Cubain est centre d'affaiblissement et de tion de l'impérialisme yankee et les masses

« l'existence le principal désorganisale stimulant principal des luttes anti-impérialistes et anticapitalistes des masses de l'Amérique latine » (1).

Cette Révolution aui fut proclamée ni capitaliste ni socialiste mais humaniste par ses auteurs, qui fut proclamée démocratique par le stalinisme, qui fut définie comme une revolution sans idéologie par Sartre, comme une révolution des intellectuels et de la jeunesse, au-dessus des classes sociales, par Wright Mills, cette même révolution se définit aujourd'hui comme une Révolution socialiste, son régime est défini comme une République socialiste et son gouvernement se proclame le Gouvernement des ouvriers et des paysans.

Ce n'est pas seulement le système capitaliste qui souffre du choc de la Révolution cubaine, de la naissance du nouvel Etat ouvrier. Ce sont les conceptions officielles

I. - LES PARTICULARITES

L'étatisation des moyens de production, des transports, de la banque, le monopole du commerce extérieur, l'expropriation des grands propriétaires fonciers et leur remplacement par la propriété directe de l'Etat sur une grande partie des terres, par la formation des coopératives et la donation des terres aux petits paysans, ont établi à Cuba de nouveaux rapports de propriété qui ont remplacé la propriété capitaliste privée.

Bien que l'Etat, dans les formes qu'il prit en janvier 1959 au moment du triomphe des forces dirigées par Fidel castro, maintint des formes de l'ancien Etat, et que les changements et épurations ultérieures aient maintenu beaucoup de ces formes, l'Etat aujourd'hui est organisé pour la défense de ces conquêtes, de ces nouvelles formes de propriété. Il s'appuie directement sur la mobilisation des masses, sur les milices armées, qui le défendent — comme l'a montré cette dernière invasion — contre l'agression extérieure, la contre-révolution interne et la dé-

Escalante, secrétaire executif du P.S.P. (2),

LES FORCES SOCIALES

DE LA REVOLUTION La profondeur et l'audace de la Révolution cubaine ont été expliques par aivers partir d'une petice bourgeoisie autours a

« éclai ée », des caractéristiques personnelles de Fidel Castro et de son équipe, comme une réaction à la pression de l'impéria isme yankee, par la jeunesse des leaders, etc.

lous ces facteurs ont leur importance. Cependant, la revolution cubaine est cubaine une expression de causes sociales précises, d'une intervention des classes expioitées et du prolétariat en particulier, appuyée et déve.opnée dans un nouveau cadre mondial : l'existence des Etats ouvriers formant un système opposé au système capitaliste.

Le noyau initial de la Révolution est d'origine petite bourgeoise. Le frein durant des années le P.S.P. a constitué pour la classe ouvrière et que consolida la dictature de Batista au moyen d'un puissant appareil bureaucratique syndical et d'une répression permanente, limita durant toute période l'agitation politique milieu étudiant. Dans les dernières années, les milieux universitaires furent le centre de l'initiative politique. Le groupe que dirigea del Castro pendant toute une période, tenta de se développer en se tournant petite bourgeoisie, à partir d'elle. Mais il ne put réaliser que des actions isolées et « putschistes » comme l'attaque de Moncada d'un secteur radicalisé — minoritaire - de insurrectionnelle et capable de renverser la dictature.

Ce groupe ne put être une base pour l'insurrection et un moyen favorable que lorsqu'il quitta son milieu et sa classe et s'en fut le chercher à la Sierra, parmi les pay-

Il est faux de dire que le soulèvement sans. de Fidel Castro est une expression politique de la classe moyenne, il est plutôt la fusion secteur radicalisé - minoritaire - de d'un celle-ci, qui chercha son moyen révolutionnaire hors de la petite bourgeoisie urbaine.

Le mouvement de Fidel Castro continua en recrutant individuellement dans les milieux universitaires et petits bourgeois, mais le développement et l'affermissement révolutionnaire lui furent donnés par son action dans la Sierra et par l'appui des travailleurs agricoles parmi lesquels il agissait (4).

Cependant, de là découle une autre appréciation fausse : celle du rôle décisif du petit paysan dans l'insurrection. Il serait inexplicable dans un pays où le petit paysan représente le tiers de la population rurale et beaucoup moins en pourcentage de la production agricole, que ce secteur dont certains éléments participèrent directement à la lutte révolutionnaire ait pu donner une force tellement unie, nouveau régime pour tout Cuba, et le soutient pendant toute la dernière période. Et plus encore, un régime d'une telle amplitude de vue et de perspectives.

En réalité, la campagne cubaine a une autre situation sociale. Il y avait plus d'un demi-million d'ouvriers agricoles ou de travailleurs directement dépendants des grandes entreprises capitalistes, produisant pour le marche, La plus grande partie de ces travallleurs travaillaient seu'ement trois par an, auxquels s'aioutaient quelques centaines de milliers de chômeurs totaux.

Ces secteurs sociaux sont ceux qui ont donné à la campagne cubaine une stabilité sociale (5) sur laquelle s'est fondée en réalité la Révolution cubaine dirigée par Fidel Castro. La nécessité d'un changement n'était pas sentie seulement par la petite bourgeoisie, par les petits paysans, mais par ce prolétariat agricole et cette masse de chômeurs qui était la base objective et potentiellement subjective pour renverser la struccapita iste et latifundiste de la campagne.

Les jeunes qui atteignaient l'age de travailler ne trouvaient pas à s'occuper. Si l'on a pris le caractère juvénil du mouvement de Castro comme, l'expression de son caractère idéaliste et au-dela des classes, nous pouvons dire que l'énorme esprit de sacrifice, de générosité et de hardiesse des jeunes révolutionnaires cubains, a ses bases matérielles dans une jeunesse à laquelle le régime capitaliste fermait tout accès à une vie digne et qui fut l'aliment permanent en cadres et en esprit de lutte, du mouvement révolutionnaire de Castro : dans les campagnes et dans les villes.

Les membres du mouvement de Fidel Castro se recrutaient parmi les jeunes âgés souvent de moins de 20 ans, qui montaient des haciendas, des villes, de l'intérieur, vers la Sierra. Fils de travailleurs du sucre, chemins de fer, de la base navale de Guantanamo et de la petite bourgeoisie, plus pauvre et plus en contact avec ce milieu, souffrant des mêmes problèmes que lui, ainsi que des petits paysans.

Et' d'autre part, l'importance des ouvriers et des chômeurs, totaux ou partiels, les exi. gences d'une jeunesse sans travail ou avec un travail misérable, exigent des solutions qui ne tendent pas à fixer l'homme qui travaille à son poste, sans une réponse profonde de l'économie qui trouve son nouvel équilibre dans le plein emploi et l'expansion des forces productrices.

La Révolution cubaine ne pouvait se faire sur le mot d'ordre de la terre à celui qui la travaille. La terre cubaine était une terre où le capitalisme s'était développé, où la production était pour le marché et où le chômage atteignait des chiffres énormes. Pour un pays re ativement aussi peu peuplé que Cuba, plus d'un septieme de sa population.

Ce développement de l'économie pouvait se faire seulement à grands sauts, et devait se faire en faisant appel à toutes les ressources que comptait Cuba, et qui n'étaient pas aux mains de son peuple. Le rôle de la classe ouvrière, pas déja dans les solutions d'expropriations mais dans le projet a été déterminant. La profonde mobilisation des masses, les exigences d'un changement radical afin que la situation ne retourne pas à l'ancienne dégradation dans laquelle se trouvaient les masses et la jeunesse, ne permettaient de trouver aucune solution au sein du régime capitaliste.

Le trotskysme pensa dès le début que la Révolution cubaine posait des problèmes et prenait des voies et des moyens qui débordaient le cadre du régime capitaliste général, comme la première réforme agraire, parce que le capitalisme était incapable, avec son ankylose et ses crises, d'absorber ces moyans pourtant minimes.

Cependant, comment une équipe petite bourgeoise au programme démocratique, at-elle pu diriger ce naire qui a conduit à à l'instauration d'un

(4) Selon Paul Bara processus revolutionla prise de pouvoir,

Etat ouvrier et à un n, la classe moyenne vit avec sympathie la chute de Batista, donna son appui « logistique » au terrorisme et son appui financier à la guerrilla, mais resta « neutralisée » (Cuba, une Révolution en marche vera le Socialisme - Cahiers Internationaux, janvier-février 1961).

(5) Qui aboutit à la formation de soviets lors de la grève générale de 1933 et qui renvers la dictature Machado, dans certaines haciendas sucrières.

programme socialiste ? (6). La crise du capitalisme à Cuba a jeté des éléments de la petite bourgeoisie dans la lutte insurrectionnelle, dans laquelle ils se lièrent avec les couches les plus exploitées, pour lesquelles la solution ne se trouvait pas dans un simple changement de gouvernement et de méthodes d'administration. L'ascendant extraordinaire de la révolution coloniale, et en particulier, de la Révolution latino-américain, a soutenu ce développement qui tient tête au régime impérialiste en crise, et qui, de l'autre côté, s'appuie sur l'existence des autres Etats ouvriers.

ROLE DES ETATS OUVRIERS DEJA EXISTANTS Les Etats ouvriers ne constituent déjà pius seulement des Etats isolés, qui peuvent peser par leur exemple, ils agissent objectivement et en tant que système sur les situations économiques mondiales, par une politique économique qui fait partie de leur défense et qui les lie au processus de la révolution dans diverses parties du monde.

Les nouvelles économies prolétariennes malgré la politique du « socialisme dans un un seul pays », de « coexistence pacifique », etc... débordent le cadre d'un seul pays. Elles constituent entre elles un ensemble qui pese sur l'economie mondiale et constitue une base objective du pouvoir des ouvriers dans le monde.

« La force du socialisme dans le monde est accumulative » (7).

La révolution coloniale, la révolution cubaine, portée par d'énormes forces subjectives, par une volonte de changement d'amélioration, mobilise la force créatrice de millions d'hommes, brise les structures sclérosées du capitalisme, entre en guerre ni déclarée, ni ouverte avec l'impérialisme, déborde le système capitaliste et trouve une base déjà existante dans les Etats ouvriers, qui en même temps qu'elle stimule le processus révolutionnaire par son existence et son intervention active dans l'économie mondiale, lui permet de trouver le seul équilibre possible en dehors de la sujétion et de l'exploitation impérialiste.

L'économie cubaine, rompant avec le marché mondial capitaliste, dut trouver une autre solution. Il ne s'agissait pas seulement d'une solution commerciale, mais encore d'une solution à sa propre lutte interne, sa propre guerre civile qu'elle menait contre

II. - LE DYNAMISME DE

En ce moment, pas même la Chine, malgré toute sa force de développement, n'est douée du dynamisme interne ni n'engendre un dynamisme extérieur comparables à ceux de la Révolution cubaine. Les formes que prend l'économie cubaine, les forces qui l'organisent et les forces qui sont à la base du nouvel Etat, sont dans un processus permanent de développement et de changement. Quand n'analyse pas un phénomène terminé, crisanalyse ce qui se passe à Cuba, on tallisé. Continuellement naissent de nouvelles forces et de nouvelles ressources de économie, de la mobilisation populaire, de l'organisation de l'Etat, qui débordent et réabsorbent les étapes antérieures, et les formes d'organisations qu'avait prises le développement de la révolution et de l'Etat ouvrier.

les survivances du pouvoir capitaliste à l'intérieur de Cuba.

Le prolétariat cubain, chômeur aux 2/3 ou chômeur complet, ou souffrant dans son ensemble la pression de cette situation, trouvait son programme, non pas dans le Parti

Socialiste Populaire de Cuba qui lui conseillait la conciliation et la mesure, mais bien plutôt dans l'existence des Etats ouvriers, dans leur intervention dans la vie économique et politique mondiale, dans leur tendance en tant que système à l'expansion internationale (8). Ceci a été la base objective du développement subjectif de la direction de la Révolution cubaine.

(6) Cette éventualité avait été envisagée en 1938 dans le Programme de Transition de la IV: Internationale, de la façon suivante : « Cependant il est impossible de nier catégoriquement la possibilité théorique de ce que, sous l'influence d'une combinaison exceptionnelle de circonstances (guerre, faite, krack financier, offensive révolutionnaire des masses, etc), des partis petits bourgeois, y compris les staliniens, puissent ailer plus loin que ce qu'ils veulent euxmêmes sur la voie de la rupture avec la bourgeoisie. Dans tous les cas, une chose est hors de doute : si même cette variante Peu vraisemblable se réalisait quelque part, et qu'un gouvernement « ouvrier et paysan » s'établissait de ce fait, il ne représenterait rien de plus qu'un bref épisode dans la voie de la véritable dictature du prolétariat ».

(7) Paul Baran, article cité.

(8) Che Guevara a dit récemment : « Il n'est pas étonnant nous prenions nos exemples à l'Est. Je ne me soucie en rien de ce qu'un communiste français puisse nous dire, étant donné que les communistes français ne sont même pas capables de mettre fin à la guerre d'Algérie. Mais je crois pour apprendre à diriger un pays, à planifier une économie, à y installer le socialisme, nos jeunes ont intérêt à lire les ouvrages des pays socialistes qui nous ont précédés dans cette voie ». Ce qu'il dit au

Parti Communiste Français, peut le répéter au sujet du P.S.P. Cubain.

partis staliniens ont dégénéré, s'adaptent et capitulent devant leurs bourgeoisies, mais les Etats ouvriers, en tant que systèmes sociaux, tendent à s'intégrer

Run système international qui soutient objectivement le pouvoir des ouvriers. L'ETAT OUVRIER CUBAIN

L'AGRICULTURE

L'organisation de l'agriculture est un des aspects dans lequel s'est le plus exprimé ce dynamisme, cette transformation. La loi de la Réforme Agraire de mars 1959, maintenant la propriété privée, organisant des coopératives de paysans sur les terres expropriées des grandes compagnies, fut rapidement dépassée par sa propre application. « La prudence de la loi contrasta vite avec la rapidité de l'exécution » (9).

En octobre 1960, l'expropriation des capitalistes mit aux mains de l'Etat les sucreries et les haciendas. Mais maintenir la

(9) René Dumont : « Une réforme agraire accélérée » (« Esprit » n° 1961, page 59).

Centrale sucrière aux mains de l'Etat, les champs de cannes aux mains des coopératives, ne résolvait pas les problèmes posés à a Revolution cubaine. Si le chômage ou le chômage partiel posait des problèmes sociaux qu'il était nécessaire de résoudre en déve oppant les sources de travail, le blocus économique de l'impérialisme imposait la nécessité de développer la production des produits alimentaires et des matières premieres, qui auparavant étaient importées.

Sur la base d'expériences de divers types, l'agriculture cubaine a pris un autre aspect beaucoup plus audacieux : la formation des Fermes du Peuple (Granjas del Pueblo). Ces fermes qui sont propriété de l'Etat et administrées par lui, tendent à développer tous les aspects de la production excepté le sucre, comprennent des grandes étendues (jusqu'à 40 ha) fertiles et vierges, à combiner toutes les variétés de culture employant plusieurs centaines de milliers d'ouvriers (certains comprennent plus de 5.000 ouvriers), et réunissent en leur sein plusieurs des anciennes coopératives (10).

Les fermes du Peuple, formées à partir des ex haciendas d'élevage, ont contribué à augmenter la production (11) et à réabsorber en partie la main-d'œuvre en chômage (12), ainsi qu'à éliminer en partie, dans certaines régions de Cuba le « temps mort » ou chômage des travailleurs durant une grande partie de l'année.

Dans la campagne cubaine il y a, en ré-

(10) La description de la ferme du Peuple « Granma », dans la province d'Oriente, de 5.000 ouvriers, publiée dans une revue donne les éléments suivants « Dans la ferme fonctionnent des coopératives d'ouvriers de canne à sucre, mineurs, pêcheurs, travailleurs du bois. Il y a 28 ateliers de coupe et confection, avec un total de 52 professeurs et 1.500 élèves qui seront à la base de l'atelier de confection qu'on a projeté. La ferme a un budget général, pour cette année, de 9.219.167,91 dollars pour l'entretien de 25 terrains de culture. Et d'autres budgets pour des questions aussi fondamentales que : construction de 20 villages de 120 logements chacun, et de centres scolaires, centres médicaux, magasins peuple, et tous les avantages qu'offre la civilisation construction et entretien de plusieurs fabriques, les unes de fonctionnement immédiat comme la cardeuse de coton, l'atelier meubles et emballages, et l'atelier de confection, et les autres qui seront terminées dans quelques mois comme la fabrique de conserves et la fabrique d'extraction d'huile. On construit en plus des poulaillers qui auront une production mensuelle de 200.000 pousumé, quatre secteurs économiques principaux :

1) Selon les chiffres officiels (13), 59% des 7 millions et demi d'ha. de terre cuitivée, sont entre les mains des petits paysans, constituant environ le tiers de la population agricole et représentant un pourcentage beaucoup moindre de la production. La politique du gouvernement est de garantir leur droit de propriété, d'élever leur pouvoir d'achat et leur niveau de vie mais de ne pas fonder ses plans de développement agricole sur eux (14).

2) 11,8 % de la terre cultivée est entre les mains de 622 coopératives groupant 122.448 coopérateurs (15). Les coopératives se sont constituées essentiellement sur les terres des ex-latifundias de canne à sucre (16). La coopérative réalise en réalité les plans de production dirigés et organisés par VLN.R.A. Ses membres reçoivent l'équivalent d'un salaire et l'excédent est investi dans des œuvres d'intérêt collectif et pour le développement de la production (17).

Les coopératives de riz, coton, de pêcheurs, d'ouvriers du bois et de légume, sont en train d'être absorbées ou incorporées dans les fermes du peuple. Les coopératives de canne à sucre qui sont l'énorme majorité, ne sont pas non plus (comme les petits paysans) le secteur le plus dynamique du développement agricole cubain. Le marché du sucre n'offre pas de perspectives de s'accroître dans un proche avenir et on peut avec peu d'investissements de capitaux et peu d'efforts, augmenter la production pour faire face aux besoins de la période actuelle (18).

3) 203 fermes du peuple occupent 29,1 % des terres cultivées (ex-haciendas d'élevage). Elles occupent 96.000 ouvriers agricoles. Elles forment le secteur d'Etat à la campagne (19). C'est sur elles que se concentre l'effort de l'Etat pour développer la production agricole, pour diversifier le développement in-

(13) Rapport cité par le Capitaine Nunez Jimenez, Directeur de T'I.N.R.A.

(14) Certains techniciens agricoles européens avaient conseillé à l'Etat de donner un plus grand appui aux petits paysans pour l'augmentation de la production des cultures vivrières. Mais les plans se sont fondés surtout sur les Fermes du peuple et en partie sur les coopératives. Dans son discours aux petits paysans du ler mai, Fidel Castro a dit : « La Révolution proclame et garantit les droits des petits paysans à la terre, et pour sa part, dispose des grands latifundias pour développer ses plans (souligné par nous). Depuis les deux années écoulées à partir de la proclamation de la loi de la Réforme Agraire, 31.425 titres de propriété ont été distribués.

(15) Nunez Jimenez, rapport cité.

(16) René Dumont dit à ce sujet: « Le grand domaine baptisé Coopérative est en réalité une ferme de l'Etat confiée à un « administrateur » désigné... par l'I.N.R.A.. La gestion est donc entièrement dirigée d'en haut et organisée par branches de production » (ouvrage cité).

(17) Dumont dit : « Che Guevara... me reprochait d'avoir mis dans mon rapport l'arcent sur le sentiment de copropriété qu'il me semblait utile de donner aux coopérateurs. Cela ne lui semblait pas orthodoxe et il préférait développer le sentiment de responsabilité, d'autant plus que beaucour d'entre eux sont appelés à être déplacés » (ouvrage cité).

(18) Le chiffre actuel a déjà dépassé les 6 millions de tonnes et peut arriver jusqu'a 7, chiffre record.

(19) Nuñez Jimenez, rapport cité.

lets, pour ravitailler yabo et les environs ; cité de 4.000 truies, de bétail des races « Gertrudis » et « Cebu 1961, « Cuba change

(I1) On a annoncé la zone de Guacanaporcheries d'une capaet plus de 3.000 têtes Pardo Suiza ». « Santa > (Bohemia, 19 février de profil »). dernièrement une augmentation de la production de tabac (qui atteint 90 millions de pesos), une augmentation dans la production de café (85.000 quintaux sont la récolte actuelle), qui permettra d'augmenter l'exportation. Augmentation de la récolte de cacao (45.000 quintaux, l'actuelle récolte), autoravitaillement en légumes et en fruits, quasi ravitaillement en riz (on a importé 6.000 tonnes de la R.A.U.). (Rapport du Capitaine . Nunez Jimenez, Directeur de I'I.N.R.A., à l'occasion du deuxième anniversaire de la signature de la loi de Réforme Agraire).

(12) Ont été incorporés à la production, environ 300.000 chômeurs à la campagne et dans les villes selon les estimations officielles.

dustriel à la campagne, pour regrouper la main-d'œuvre en chômage (20).

4) Les centrales sucrières, aux mains de l'Etat, avec les sucreries qui moulent le sucre, les chemins de fer destinés à son transport, etc. Elles occupent en période de travail des centaines de milliers d'ouvriers. Elles sont la base de l'industrialisation du princibal produit d'exportation et toute la principal produit d'exportation et toute la production des coopératives sucrières est en réalité subordonnée à elles.

A travers ses entreprises, les fermes du peuple et les centrales sucrières, et son adpeuple et les centrales sucrieres, et son aaministration de coopératives, l'Etat contrôle 80 % de la production agricole. Les investissements réalisés en deux ans de réforme agraire ont été de 400 millions de pesos selon les chiffres officiels.

Ces formes d'organisation de l'agriculture demandent de l'audace dans la mesure ou elles tendent à ne pas fixer les forces sociales a la campagne, à liquider rapidement l'importance de la propriété privée et à éliminer les éventuels éléments d'enrichissement et de différenciation, poursuivant un dynamisme qui se reflètera dans l'évolution de la révolution et qui devra s'exprimer rapidement dans un effectif développement industriel.

L'INDUSTRIALISATION

•Le déve.oppement de l'Etat ouvrier cubain vers une économie sociaiste devra s'appuyer sur un vigoureux mouvement d'industrialisation. C'est le problème le pius difficile pour Cuba, où il n'existe pratiquement pas d'industrie, ou il n'y a aucune usine importante et où jusqu'aux fruits produits par Cupa sont importés des U.S.A.

Plusieurs problèmes se posent pour le déve.oppement de l'industrie à Cuba.

1) Le maintien en fonctionnement de l'outillage actuel, des sucreries, de la production et de la distribution de l'énergie érectrique, des télécommunications, des transports automoteurs, de loutillage agricole, des chemins fer, des raffineries de pétrole.. de l'aviation commerciale et militaire. L'équipement étant d'origine nord-américaine, le blocus économique est particulièrement sensible. Durant toute une période on a acheté les réserves dans des pays tiers (Mexique, Canada, etc.), mais on a déjà commencé à installer des fabriques de réserves avec l'aide des Etats ouvriers d'Europe et d'Asie. Un problème central a été celui du pétrole, car à cause du manque de grands courants d'eau, l'énergie électrique cubaine se produit en utilisant le pétrole. Un accord de plusieurs années a été signé avec l'Union Soviétique.

2) Meilleure utilisation des capacités industrielles existantes. Le regroupement des entreprises étatisées par branches était pratiquement fait dans l'électricité ou dans les téléphones, et put se réaliser sans grands efforts dans le sucre, les chemins de fer, le pétrole, les omnibus. Se formèrent les

(20) Les Fermes du Peuple ont résolu un autre problème. L'abolition des revenus imposés par la : Réforme Agraire ouvrit la possibilité de l'utilisation particulière des revenus différentiels dans les terres les plus riches des haciendas de bétail (comme dans celles des centrales sucrières). Les Fermes du Peuple et la propriété étatique des centrales. met dans les mains de l'Etat ces ressources, qui sont d'importantes sources d'accumulation.

consolidés industriels qui regroupèrent les petites entreprises et les ateliers par branches : textie, métallurgie, chimie, etc. De cette façon il a été possible, dans certains cas, d'envisager immédiatement un développement complémentaire. La production d'énergie électrique va être augmentée de 60 % dans un délai très bref, pour la développer de 100 % dans les prochains 5 ans des équipements avec

Soviétique et par la

3) L'aide des autres un réel développement, prévus par l'Union

Tchécoslovaquie.

Etats ouvriers. Pour industriel, Cuba déet, concrètement, des Etats ouvriers d'Europe et d'Asie. Cette aide s'est concrétisée dans l'utilisation de crédits pour l'équipement industriel de l'Etat ouvrier cubain.

Quelque 300 millions de dollars seront utilisés pour le développement de l'industrie sidérurgique, de l'énergie électrique, raffineries de pétrole, chantiers navals, fabriques de tracteurs, camions et moteurs, textiles, abattoirs fabriques de réserves et outillages, produits chimiques, dynamite, machines de mines, etc. En même temps, préparation d'étudiants des diverses carrières scientifiques, et d'ouvriers spécialisés techniciens, ainsi qu'envoi techniciens à Cuba (21).

(21) Prospections pour la recherche de pétrole et de toutes sortes de minerais, par techniciens soviétiques et d'autres Etats ouvriers: crédit de 100 millions de dollars par l'Union soviétique, utilisé fondamentalement dans l'installation d'une aciérie complète, capable de produire un demi-million de tonnes 1964, et une raffinerie complète pétrole, et des plans l'énergie électrique, déjà cités. Crédit de 40 millions de Tchécoslovaquie, destiné à l'installation d'une usine pour la construction de tracteurs, camions, toutes sortes de moteurs, motocyclettes, pour les élargir plus tard à des omnibus et automobiles.

En Chine et en Allemagne orientale, a acheté deux usines de textile En Pologne, acheté deux usines de qui doivent être installées immédiatement. une série d'usines complètes. L'une d'elles : un chantier naval pour des bateaux de 3.000 tonnes et, plus tard, pour des bateaux de 10.000 tonnes ; 2 abattoirs et d'autres encore.

On a signé les contrats pour l'installation de plus de 100 entreprises pour être installées pendant 1961-65 et un autre grand nombre qui devront surement être achetées pour la même période.

d'outillage des usines de quantité Tchécoslovaquie, petites usines, qui ont déjà commencé à être installées. En Allemagne orientale, plusieurs entreprises industrielles. En Chine, plusieurs dizaines d'usines pour la fabrication de produits chimiques, de réserves et accessoires, d'outillages filatures et fabriques de dynamite. En Corée du Nord et autres pays, on a aussi acheté diverses sortes de machines de mines, tours, etc... et d'autres outilages dans d'autres Etats ouvriers. Ces achats se font en général avec des crédits à long terme: crédit de 60 millions de dollars ouvert par la Chine Populaire sans intérêt et à rembourser en 15 ans.

étudiants de diverses branches du diplôme d'ingénieur, 855 étudiants des diverses carrières scientifiques, et 1.680 ouvriers techniciens, sont envoyés en ces Etats ouvriers. On a aussi développé des plans pour l'utilisation des hydrocarbures canne à pour une série de produits chimiques importants, de manière à abaisser les prix dans l'ensemble de la production sucrière avec l'utilisation des sous-produits (rapport de Che Guevara au retour de sa tournée dans les Etats ouvriers d'Europe et d'Asie : revue « Œuvre Révolutionnaire », 6 janvier 1961).

pend de l'aide extérieure

Les chiffres et les plans sont modestes par rappport à ceux des grands pays producteurs. Mais Cuba veut se donner une nouvelle structure industrielle et commencer à former une classe ouvrière spécialisée, et la disponibilité d'une série de capacités industrielles fondamentales pour un développement à grande échelle de l'industrialisation lourde. Durant toute une période historique, la base de l'industrie lourde de Cuba est et sera dans les autres Etats ouvriers.

4) Le commerce extérieur. Cuba est le coup de l'agression économique de l'impérialisme nord-américain, secondée par autres pays impérialistes et par les gouverd'Amérique latine. gouvernement de Kennedy a prolongé l'arrêt de tout achat de la part de Cuba et interdit toute vente. A cause de la situation géographique de Cuba, de son commerce traditionnel, ce blocus économique a des conséquences importantes l'économie cubaine. Pour le rompre, l'économie cubaine doit s'appuyer fondamentalement sur le mo. nopole du commerce extérieur qui a été instauré et sur le commerce avec les Etats ouvriers.

Un des problèmes immédiats que Cuba a dü affronter est celui du prix du sucre qui assure le gros de ses exportations et qui est la base de sa capacité d'achat (22). Cuba peut maintenir son niveau d'exportations en tonnes, les rentrées diminuant. De toute façon, l'échange avec les Etats ouvriers, surtout en ce qui concerne les crédits à long termes, sans intérêt ou à très bas taux, et quelques prix des marchandises importées (23), ainsi que l'augmentation de la production domestique en aliments, diminuent les frais et permettent un certain équilibre financier pour envisager les plans de développement. De toute façon, les crédits sont un point d'appui fondamental pour arriver à donner le premier élan au processus d'industrialisation.

Mais il y a un autre problème très important pour l'économie cubaine ; et c'est l'encerclement militaire, les agressions comme la dernière invasion, les guerrillas contre-révolutionnaires, les sabotages et incendies permanents (24).

La mobilisation militaire des masses se soutient avec la production grâce à l'énorme esprit révolutionnaire et le développement d'énergies et d'initiatives des masses travailleuses cubaines ; mais ceci signifie •un effort économique permanent pour maintenir un armement efficace et large et une mobilisation pour l'ensemble des milices. En même temps, l'Etat ouvrier cubain doit souffrir une série d'étranglements dans le ravitaillement de diverses matières. Sans être arrivé encore au « communisme de guerre » des premières années de l'Union Soviétique, on doit faire des efforts collectifs que le peuple accepte et acceptera, imposant en même temps une tendance au nivellement dans la consommation, dans le rationnement là où il est nécessaire, avec les couches de la petite bourgeoisie qui, jusqu'à maintenant, avaient maintenu un niveau de consommation plus élevé, et des propres secteurs plus privilégiés au sein des fonctionnaires de l'Etat.

5) La planification. L'économie de l'Etat ouvrier cubain ne peut sortir de son retard et profiter des ressources du marché international mises à sa disposition par les Etats ouvriers, des ressources intérieures et de l'énorme effort créateur des masses, qu'à travers une planification de l'ensemble de l'économie.

Le chaos qui existe dans l'industrie était dû au manque diuce concrète pour savoir réellement comment faire, mais la base matérielle de ce chaos était donnée par l'inefficacité de l'industrie pour un pays qui brisa ure structure economique sans avoir développé les bases minima de la nouvelle structure qui, tout c'un coup, fut soumise à un blocus économique çui la coupa de ses sources normales de ravitaillement de produits industriels.

Les consolidés industriels dans certains cas, comme le textile, la métallurgie, la chimie, en comptant avec les petites entreprises étatisées ou sequestrées, n'ont pas de possibiités d'un réel changement. Même ainsi, l'expropriation de ces petites entreprises (qui a été critiquee) met aux mains de lEtat des éléments minimes d'accumulation privée, et assainit les bases sur lesquelles on doit édifier le développement de l'appareil industriel moyennant le secours des autres Etats ouvriers.

Le Ministère de l'Industrialisation, dirigé par Guevara, et le plan de 4 années annoncé par celui-ci le fer mai dernier, sont une nouvelle étape après les tâtonnements et les essais. Sa base est dans l'expropriation, dans les consolidés, cans les Administrations générales (tabac, café et cacao, etc...), et surtout dans les accords avec les autres Etats ouvriers, qui sont le début d'un équipement rationnel pour le développement industriel cubain.

Dans cet aspect, se sont déjà construites les bases du commencement d'un plan pour l'industrie et d'une planification de l'ensembie de l'économie appuyée sur le dynamisme de la production agricole, la croissance réelle de la production d'aiiments et l'amélioration réelle du niveau de l'alimentation, de vie, d'habitation, de travail et d'instruction, des travailleurs cubains.

De toute façon, ce développement écono. mique et cette planification se trouvent dans une étape anarchique, explosive, avec de grandes possibilités et développements, mais avec beaucoup de goulots d'étranglement, parce quede la fièvre des nécessités parce que, sous le feu de l'exigence, des diverses couches des classes travailleuses, de la solution des grands problèmes économiques et du manque d'une direction d'une classe cohérente et homogène, comme seule peut la donner la classe ouvrière cubaine, qui soit arrivée à une homogénéité de programme, d'objectifs et de politique pour conduire ce processus, pour résoudre d'une façon harmonieuse les problèmes de la planification.

Ces débuts de planification sont dirigés par des secteurs d'une équipe qui adopte les points de vue du socialisme, qui s'appuie

(22) Les U.S.A. achetaient 3 millions de tonnes de sucre de la production cubaine) cal le pas pole 2 mondial, seda au prix de 5,25 la livre, tandis que le prix sur le marché mondial peu près 3.25 au moins. Les accords économiques faits à la fin de l'année dernière avec

•Etats ouvriers, permettent la vente a ceux-ci pour le prix de 4 cents. L'Union soviétique a promis d'acheter 2.700.000 tonnes ; nes; la Chine achète 1 million de tonnes et les autres Etats ouvriers. 326.000 tonnes.

(23) D'après les économistes Sweezy et Huberman (« Cuba, anatomie d'une Révolution », Einaudi, 1961, page 217), les prix à payer pour les marchandises des Etats ouvriers sont moindres et ceci atténue les prix moindres reçus pour le sucre.

(24) Quelques-unes des grandes boutiques de La Havane ont été incendiées dans les derniers mois ; parmi elles se trouvaient « El Encanto » et ‹ La Epoca ».

sur l'expérience et le secours des directions staliniennes des Etats ouvriers. et sur le conseil technique des éléments de la gauche internationale, agissant sous la pression et les exigences les plus vives et saines des masses travailleuses de Cuba, mais qui

Les grandes mesures économiques dans la campagne et dans les villes ont été accompagnées d'une amélioration, petite, mais sensible, qui arrive directement aux secteurs les plus exploités de la vieille société. La baisse du prix des loyers de moitié, la baisse des tarifs électriques et téléphoniques furent des mesures immédiates de la Révolution. Tout de suite après se constitua I'I.N.A.V. (Institut National d'Epargne et de Logements), qui a effectué un travail relativement important de construction de blocs de logements populaires modernes.

Ultérieurement, la Réforme urbaine s'est faite en déve.oppant la conception de la fonction sociale du logement, supprimant les grandes propriétés de logement urbaines (25), faisant que chaque occupant soit propriétaire de son logement moyennant le paiement de son loyer pendant une période (25).

Un des programmes les plus audacieux a été celui du logement paysan et des ouvriers agricoles. On envisagea d'abord un logement individuel, à la place du vieux logement, d'accord avec la première conception de la Réforme Agraire. Mais actuellement, au moyen des Fermes du peuple, on réalise la concentration de la population dans des centres construits spécialement, ce qui permet d'assurer des normes sanitaires, la lumière électrique, des centres scolaires pour enfants et d'alphabétisation pour adultes, des centres de secours médical, des Magasins du Peuple, des loisirs et d'autres services sociaux.

Les Magasins du Peuple, créés en 1959, signifient une forme de circulation de divers articles de consommation auxquels, jusqu'à ce moment, les habitants n'avaient pas accès. Ces magasins apporterent une possibilité d'augmentation des échanges et une variation dans l'alimentation et la consommation en général. En même temps, ils signifient une élimination des intermédiaires et une baisse réelle de prix au détail. Selon le Professeur Dumont, ces prix furent baissés de 20 à 30 %, ce qui éleva la consommation rurale.

Le Professeur Dumont fait l'observation suivante:

« L'Etat communiste traditionnel aurait gardé la différence de prix, ou une grande partie, pour la placer dans des investissements. Lorsque j'ai proposé de consacrer à ceux-ci la moitié de la baisse de prix au détail, le Président de la Banque Nationale, le celebre Commandant Che Guevara, m'a dit qu'il arriverait à investir cet argent en venqu'il arriverait dant aux anciens prix les montres et les postes que l'U.R.S.S. leur vend très bon marché. Une montre, achetée 9 pesos, pourrait être vendue 40. Mais ces achats « durables » ne constituent plus qu'une faible partie des frais : un impot général sur l'ensemble des achats rapporterait beaucoup plus ». (27).

Le secours médical, malgré la désertion des médecins, comme d'autres techniciens, animés par l'impérialisme et la réaction, été amélioré surtout en réduisant la concentration de ces médecins des milieux urbains et des milieux sociaux capables de payer, et

NALE 55 n'est pas encore arrivée à structurer un programme, une doctrine et une force politique qui expriment pleinement le contenu et la conduite prolétarienne de la Révolution cubaine et la direction ouvrière de l'Etat ouvrier cubain. en distribuant les techniciens dans l'ensemble du pays, en édifiant de nouveaux Centres sanitaires dans la Sierra, et surtout en unissant ce développement à la nouvelle structure de la campagne des Fermes du Peuple et des Centres de Peuplement.

Mais, là où le régime concentre tous ses efforts, c'est à la campagne contre l'analphabétisme et pour l'éducation (28). Outre la formation de grands centres scolaires (anciennes casernes de la dictature de Batista), l'effort se porte sur la lutte pour combattre l'analphabetisme des adultes, fondamentalement à la campagne avec la création de corps d'instituteurs volontaires, en faisant appel aux meilleurs sentiments et à l'esprit de sacrifice des jeunes Cubains.

Tant à ce sujet que dans d'autres aspects, la désertion, accompagnée déjà de manque de techniciens et de specialistes, est vraiment un handicap pour l'Etat ouvrier. pousse le développement des propres équipes et d'un propre appareil, en faisant appel, comme nous l'avons déjà vu, à l'énergie créatrice et aux capacités de développement du peuple. En même temps. les Etats ouvriers donnent un appui à la formation de techniciens, que l'enseignement cubain n'est pas encore prêt à assurer, et des volontaires d'autres pays latino-américains donnent des. techniciens qui collaborent avec l'Etat ouvrier dans cette difficile étape transitoire.

Si, à ces mesures, nous ajoutons les progrès faits contre le chômage ou le demichômage, nous pouvons nous rendre compte de l'amélioration réelle qui a eu lieu dans les conditions de vie des masses, même si quelques secteurs plus privilégiés ont vu diminuer leurs entrées normales.

La différence marquée par le Professeur Dumont avec « l'Etat communiste traditionnel » est tout à fait réelle, non pas avec l'Etat communiste traditionnel, mais avec la conception stalinienne de l'Etat et ses rapports avec les masses. Le stalinisme a imposé dans les autres Etats ouvriers, comme scurce d'accumulation, une surexploitation des masses, justifiant en même temps l'oppression politique et le manque de démocratie ouvrière, par le besoin. pendant toute une période historique, d'imposer aux masses un régime capable d'assurer le maximum de productiv mation très trẻs bas de

(25) Il y logements.

(26) Aux une pension ité avec un niveau de consombas. En réalité, sur ce niveau consommation s'est élevée une avait les propriétaires de 5.000 petits propriétaires, on assure pour le montant de leurs loyers.

(27) Artiele cité, page 591. Par exemple. après l'installation des Magasins du Peuple. la fabrique « Sabates » (nord-américaine) de savons et autres articles d'hygiène, aujourd'hui expropriée, incorpora à son réseau de distribution, des zones entières auxquelles elle n'arrivait pas avant.

(28) L'année 1961 a été appelée « Année de l'Education ».

III. — LES MASSES, LA NOUVELLE ECONOMIE,

LES CHANGEMENTS DES CONDITIONS DE VIE

III. — LES MASSES, LA NOUVELLE ECONOMIE,

LES CHANGEMENTS DES CONDITIONS DE VIE

INTERNATIONALE couche privilégiée d'administrateurs, de dirigeants et d'officiers.

La Révolution cubaine, en même temps qu'elle se base sur les autres Etats ouvriers et sur leur développement, se differencie du stalinisme en ce que, en tace du blocus impérialiste, d'invasions ou de menaces d'invasion, de la contre-révolution intérieure, se développe l'attachement du peuple à travers l'amélioration, encore minime mais réelle, et et une participation qui se mesure matériellement dans les transformations faites par la Révolution.

LA STRUCTURE ET LA COMPOSITION

DE L'APPAREIL ETATIQUE

Cette plus grande participation des masses n'a pas éliminé les différences de revenus des divers secteurs. Si l'Etat cubain est ouvrier à cause des rapports de production, les normes des distribution sont encore bourgeoises. On maintient l'accumulation de la plus-value, les revenus plus élevés pour certaines couches sociales (techniciens, professeurs, administrateurs, membres du gouvernement, dirigeants syndicaux et militaires) (29).

Ces différences ne sont pas très marquées dans l'étape actuelle de mobilisation révolutionnaire et son danger est plus grand potentiellement à cause de la structure et de la composition de l'appareil étatique. Cet appareil s'est renouvelé à travers plusieurs crises et épurations depuis janvier 1959, mais maintient encore des formes de l'ancien Etat. Il est en changement constant, mais il n'a ni cohésion ni homogénéité ; il ne représente pas une classe qui exerce le pouvoir à tra. vers des organismes déjà constitués.

Il y a des difficultés à conduire ces forces développement à d'une direction centralisée, cette mobilisation permanente contre l'impérialisme et la contre-révolution interne, cette économie qui est en évolution quotidiennement, ce processus révolutionnaire qui met aux mains de l'Etat des ressources humaines et économiques d'un dynamisme et de possibilités formidables.

En réalité, on ne pourra pas centraliser ces forces ni les planifier, sans aller contre leur propre expansion permanente, faire un changement trop grand dans leurs propres structures et dans leur proore composition de l'appareil étatique. La structure de cet appareil doit surgir des propres classes qui maintiennent tout le dynamisme ré. volutionnaire et tout l'intérêt dans le déve. loppement de l'économie. Seule la classe ouvrière, appuyée sur le paysan, et à travers ses organisations de pouvoir, les Conseils ouvriers, les soviets, peut donner la structure capable de centraliser l'Etat, de planifier l'économie en maintenant et en approfondissant son dynamisme et sa force créatrice.

La voie prise, en général, est autre. C'est celle de développer la centralisation adminis. trative, l'appareil étatique, économique, syndical, politique, discipliné, qui s'impose d'en haut. Les usines, les Fermes du Peuple, les coopératives (30) sont administrées directe. ment par l'Etat, par I'I.N.R.A. Dans les syndicats, on a imposé une direction stalinienne. La recherche imposer une direction centralisée est envisagée non en développant le pouvoir de la classe ouvrière à travers ses organismes, mais en développant le pouvoir d'un appareil de composition hybride.

La consolidation d'un tel appareil ne peut qu'aux dépens de l'initiative masses et de la dynamique du développement.

Dans la mesure où cet appareil étatique n'a pas une structure contrôlée par les ouvriers, il n'est pas de composition ouvrière et repose sur le dévelonnement de l'indus. rie, des Fermes du Peuple, de l'Armée ; les dangers de ces rapports de distribution bourgeois, aujourd hui encore faibles, grandiront cc Pourront incroduire des ditrerences qui tenaront a se cristalliser sous forme de détormations bureaucratiques assez sérieuses. C'est dire que ces rapports de distribution peuvene mettre en danger les rapports de propriété caractérisés puur l'étatisation des moyens de production.

Le danger qui existe n'est pas surtout celui des normes qui peuvent exister, mais au fait qu'on constitue autour d'elles . un groupement social dans l'Etat qui essaie de les maintenir et de les consolider en s'appuyant sur un appareil étatique non controle.

Le rôle de l'Etat est fondamental parce que, comme l'a dit Trotsky, tandis que le regime capitaliste a des forces productives qui travaillent automatiquement, l'Etat ouvrier a des rapports de propriété établis par la Révolution et qui sont « indissolublement attachés à l'Etat qui les porte dans son sein ».

Il est nécessaire que l'appareil et la politique de l'Etat soient tout à fait du côte du prolétariat et de ses tendances socialistes, c'est-à-dire que le pouvoir politique doit mettre tout son poids dans le soutien des tendances socialistes. Ceci est déterminant pour un Vrai développement socialiste de la société cubaine. LE POUVOIR OUVRIER ET LES MILICES

Ici, le processus est riche, contradictoire, et il est loin d'être cristallisé. Durant toute une periode, la source du pouvoir de Fidel Castro fut l'appui des masses, mais ce pous'appuyait concrètement sur l'Armée Rebelle, organisme dont les principaux cadres etaient recrutes, en général, dans les milieux de la petite bourgeoisie, mais dont les rangs étaient constitués par des ouvriers agricoles, des paysans et des fils de travailleurs, et dont le milieu social était la campagne cubaine avec toutes ses contradictions possibles (31).

Il y a eu un très rapide développement des Milices, nourries fondamentalement par la classe ouvriere urbaine et rurale, par les paysans et par la petite bourgeoisie pauvre des villes. La lutte contre les guerrillas contre-révolutionnaires fut menée directement par les paysans dans la Sierra del Escambray, et ce furent eux aussi qui les éliminerent de la Sierra d'Oriente. La vigilance des centres de travail contre les sabotages, contre le terrorisme, a exigé une mobilisation permanente des travailleurs, beaucoup plus que celle d'un corps de l'Armée ou de la police, mobilisée indépendamment. Ceci a donné une plus grande participation et un plus grand poids dans la défense de la Révolution, aux Milices, attachées aux usines et aux centres de travail, aux champs de canne à sucre, aux fermes du peuple, aux sucreries, à leur initiative et à leur action indépendante et, pratiquement, a développé le contrôle territorial de la milice dans les zones paysannes.

Le danger d'une invasion • a contribué à exalter l'importance de la milice sur l'armée régulière. Face à une invasion nord-américaine - comme celle d'avril dernier — ce n'est pas l'affrontement de deux armées qui

(29) Cette différence de revenus est exprimée non pas seulement dans les salaires, mais aussi dans l'usufruit des biens expropriés de la vieille administration (maisons, automobiles, etc...).

(30) Les coopératives choisissent leurs dirigeants, mais l'administration réelle est aux mains du coordinateur et de l'administrateur, désignés par l'I.N.R.A.

(31) Voir Sweezy et Huberman, ouvrage cité, page 224.

peut soutenir la lutte. mobilisation en masse bain, la guerre mener comme l'a dit Fidel guerrillas, partout à peuple armé.

Au contraire, c'est la de tout le peuple cu-

= maison par maison, castro, la guerre de

Cuba, menee par le vers les Etats ouvriers, expliqua que les C.I.A. « constituent une chose qui a éte notre nord, qui est celui de lier la classe ouvriere de plus en plus à la direction de la production ; de faire que la classe ouvrière

'intéresse à la production et lui tasse voir les problèmes de chaque usine, pour résoudre les très difficiles problèmes que nous

Ice moment, tandis que nous somavons en mes soumis au blocus impérialiste, et avons du absorber la plus grande partie des entreprises de Cuba, sans disposer d'un appareil administratif quel qu'il soit »..., détachant le rôle des C.T.A. « pour profiter au maximum de la capacité de production de l'usine et aussi pour pouvoir améliorer le niveau de vie de leurs compagnons », concluant que « nous pourrons nous intégrer beaucoup plus ou intégrer la classe ouvrière à la direction des usines. Parce que c'est un fait que le travail administratif sépare de la masse. C'est une réalité. La bureaucratie existe » (34).

Dans la Convention de février des C.T.A., Fidel Castro dit : « Celle-ci est une réunion des ouvriers comme participants dans la direction des entreprises ». Et Che Guevara dit : « On ne peut faire en aucune façon, un plan économique d'envergure si on ne pas compte de l'acquiescement du tient peuple, de l'intéret du peuple et de la participation des masses, dans tout travail de planification de l'économie de la nation ».

Dans ces expressions, avec ce qu'elles reflètent de compréhension et avec ce qu'elles reflètent de prévention et de méfiance envers les ouvriers, est enfermé le rôle actuel des C.T.A. Les C.T.A. sont un pas révolutionnaire dans la participation des travailleurs au : contrôle des entreprises. C'est encore une conduite paternaliste et méfiante, qui entrave une pleine intervention, qui résiste à un développement plein de la démocratie ouvrière, que la classe ouvrière comme classe prenne la direction de l'économie et de l'Etat à travers ses organismes de pouvoir, absorbant l'appareil administratif dans le contrôle et la direction de ceux-ci. Celui-ci se maintient encore indépendant et conserve sa capacité de décision par-dessus la classe ouvrière.

Mais ce développement, il faut le voir dans un processus dynamique d'incorporation permanente de la classe ouvrière, de développement de son expérience et de sa participation. Comme tous les autres organismes de la révolution, les C.T.A. sont un organisme transitoire, dont le contenu ne sera donné ni par la loi, ni par la volonté des dirigeants, mais par la propre masse, et son rôle lui sera assigné aussi par la masse au fur et à mesure développement, de sa compréhension politique et de la dynamique de son intervention. Les C.T.A. répondent à un besoin objectif de l'intervention des travailleurs dans la planification et dans la conduite de l'économie, et à une croissence politique de la propre classe ouvrière. Ils sont le début d'une nouvelle étape dans le développement de l'intervention organisée de la classe ouvrière.

(32) « Les travailleurs, les syndicats et la production ». F.N.F.C. production », F.N.F.C., La Havane, page 29. La Havane, page 29

(33) La réunion des délégués de chaque entreprise ou centre de travail forme C.T.A.., qui choisit les délégués pour le C.T.A. du Consolidé correspondant. Cette élection se fait dans une Convention des C.T.A. les 9, 10 et 11 février.

(34) « Œuvre Revolutionnaire », La Havane, 6 janvier 1961.

C'est la guerre que peut soutenir l'Etat ouvrier dans sa défense en face d'une invasion armée des forces de l'impérialisme, la guerre qui ne pourra être vaincue, et qui met au premier plan la milice vis-à-vis de l'armée régulière.

En réalité, la milice a débordé aujourd'hui l'armée par son importance et son poids. C'est elle qui a mené les actions et a toujours l'avant-garde pour repousser la dernière invasion impérialiste, et c'est l'expression la plus hautement organisée de la mobilisation des masses travailleuses cubaines pour la défense de leur Etat ouvrier.

C'est là que se sont développées de nouvelles formes de pouvoir à Cuba, dans les derniers mois, bien que ce pouvoir ne puisse encore s'exprimer d'une manière organisée et canalisée dans la conduite de l'Etat.

Plus d'un demi-million de miliciens armés, plus d'un million d'hommes mobilisés dans les services de lutte et auxiliaires, soutenus activement par la plus grande partie de la population cubaine, donnent à l'Etat ouvrier des caractéristiques particulières qui n'ont aucun rapport avec celles d'aucun autre pays ou Etat ouvrier au moment présent, et qui permettent de comprendre la dynamique, l'audace et le processus permanent de développement surprenant de l'Etat ouvrier cubain. Celui-ci est encore un des grands obstacles qui s'oppose au développement d'un régime bureaucratique, stalinien; cet Etat qui, pour subsister, doit s'asseoir sur la stinulation de l'esprit créateur et l'initiative des masses, dans leur pleine fusion avec elles en chaque coin de Cuba. LES CONSEILS TECHNIQUES ASSESSEURS

ET LA GESTION DE L'ECONOMIE

La formation de Conseils Techniques Assesseurs (C.T.A.) est un pas la voie de l'intervention du mouvement ouvrier dans le contrôle et la gestion de l'économie. Les C.T.A. ont été conçus, en grande partie, comme une forme d'association des travailleurs aux diverses entreprises, pour un commun effort de production, en les associant à leur direction. La loi qui les règlemente prévoit leur installation dans toutes les entreprises comme organe de consultation, avec participation « dans tout ce oui concerne le développement et l'amélioration de la production, la fixation des normes, la discussion avec les travailleurs sur le rendement productif et autres conditions de travail, tout comme l'élaboration des plans à court et à long terme ».

Ces Conseils, d'après la loi, ont la faculté de proposer à l'Administration « l'adoption de toutes les mesures qu'ils croiront opportunes pour l'amélioration technique de la élaborés » (32). L'élection de ces Conseils directement par les ouvriers une Assemblée Générale pa ou par sections, choisissent est élevé jusqu'a l'Adminis choisit, parmi ce groupe, concerne des articles n'est pas faite : ceux-ci, dans ir départements un groupe qui tration, laquelle e délégué pour chaque département ou section (33).

Guevara, au retour de son voyage à traproduction, aussi bien en ce qui la productivité que la qualité

IV. - PARTI ET SYNDICATS

La rapide évolution vers le socialisme, les mesures qui ont transformé Cuba en un Etat ouvrier, la structuration de l'appareil étatique et la mobilisation des masses, qui refictent tant de force, ne • se font pas sans contradictions internes très grandes. Et ces contradictions se reflètent principalement là où se donne ou devrait se donner la vie organisée des masses : dans les syndicats et dans l'organisation politique. C'est là où vit la crise de croissance de la Révolution et de !'Etat ouvrier, où luttent les groupes qui essaient de contrôler et de cristalliser les forces de la Révolution au niveau qu'elles croient capable de dominer, et où se donnera en grande partie la bataille pour la pleine expression et la pleine expansion du pouvoir des masses.

Qui a intérêt à contrôler et cristalliser les forces de la révolution .? Le P.S.P. a travaillé pendant toute cette période pour gagner des positions de contrôle dans les syndicats, dans l'appareil politique sur lequel s'appuie le gouvernement, dans l'Etat. Mais c-ci n'est pas seulement le produit du désir subjectif des staliniens cubains, c'est l'expression politique forces sociales qui agissent dans et sur l'Etat ouvrier.

Il y avait des secteurs petits bourgeois ou de la vieille bureaucratie syndicale qui, poussés par l'insurrection, agirent dans la première étape de la Révolution et qui regroupèrent dans le Mouvement du 26 juillet, après avoir été totalement débordés par la mobilisation directe des masses. Ces secteurs forment en grande partie les cadres de l'appareil étatique et particulièrement, de quelques organismes comme la police, P'I.N.R.A., les secteurs de la C.T.C. et des directions de Fédérations; ils tendent à être débordés par le développement permanent des forces de la révolution et par l'intervention de nouvelles forces. Ils sont un peu à la traine du processus, sans aucune initiative politique. Celle-ci vient des masses ou de l'équipe du gouvernement. Ils ont des conceptions bureaucratiques, résistent et se méfient de la pleine expansion révolutionnaire de la classe ouvrière, s'opposent au développement des organes du pouvoir ouvrier et paysan. Cette couche n'est pas consolidée, n'est bas très cohérente et n'a pas d'intérêts très bien définis comme secteur social. L'influence qui lui donne une certaine cohesion et force politique, est extérieure, c'est celle de la bureaucratie soviétique.

En même temps que l'Etat ouvrier cubain s'appuie sur le système des Etats ouvriers, les déformations bureaucratiques de ceux-ci des Conseils ouvriers de Hongrie par les armes, à combattre la Révolution polonaise, et les idées révolutionnaires des Chinois, évidemment ne joue pas a Cuba un simple rôle bénéfique désintéressé. En même temps qu'elle est unie au développement de l'Etat ouvrier, elle essaye de contrôler une évolution qui risquerait de la déborder à l'intérieur même du propre système des Etats ouvriers. Devant les mouvements révolutionnaires d'Amérique latine, d'Afrique, l'Etat ouvrier cubain - fondé sur la démocratie soviétique →, serait un exemple et un stimulant formidable, et l'influence de ce développement pourrait s'étendre aux Etats ouvriers à travers les secteurs les plus sensibles, comme la Chine.

Le stalinisme à Cuba tend en réalité à être l'expression politique de cette couche semi-bureaucratique, appuyée sur les intérêts bureaucratiques extérieurs. Ces secteurs ne s'organisent pas directement dans .le P.S.P. Is se groupent politiquement dans le mouvement du 26 juillet et non pas dans le P.S.P. Mais ce mouvement, bien qu'il n'ait disparu, a rélégué comme centre d'initiative politique et de groupement politique. Il constitue un milieu confus, sans limites claires d'un Parti, et agit comme un moyen politique à travers un front, de fait avec d'autres organisations qui ont les mêcaractéristiques politiques (le Directoire révolutionnaire, Jeunes Rebelles, etc.), dans lequel le P.S.P. est la force cohérente. Ces secteurs ne vont pas au P.S.P. et ne sont pas cristallisés sur des positions bureaucratiques. Ils se joignent au P.S.P. qui a par ce moyen un rôle et un poids loin des grandes mesures et des pas de la Révolution. En réalité, le P.S.P. joue aujourd'hui un rôle d'organisateur de la résistance à ouvrir au prolétariat la pleine expansion et le contrôle de l'Etat cuvrier cubain.

Cette résistance s'est exprimée dans la lutte contre la pleine expansion du mouvement ouvrier, de sa pensée, de son organisation, qui doivent logiquement être la base de soutien, les cellules constitutives du nouvel organisme étatique. Cette lutte s'est exprimée par l'essai d'imposer aux syndicats la direction directe du Ministère du Travail, et des directions en général attachées au stalinisme. Cette action tend à freiner l'esprit indépendant et de lutte de la classe ouvrière et à utiliser l'appui de la classe ouvrière au gouvernement révolutionnaire pour subordonner ses organismes à cet appareil étatique hybride que nous avons déjà vu et les vides de leur contenu propre.

Nous pouvons dire que l'expression la plus symbolique de cette lutte a été la tentative de remettre à nouveau la direction tative de remettre à nouveau la direction syndicale à Lazaro Pena et aux vieux dirigeants sans valeur, frayant ainsi le chemin à une nouvelle sélection d'une nouvelle direction montée dans la révolution et dans le processus l'instauration de l'Etat ouvrier.

C'est dans les syndicats que se produisent les plus grandes crises et luttes. Les « épurations » d'éléments collaborateurs avec l'ancien régime, ont été utilisées pour liquider les oppositions et imposer un certain terrorisme politique.

Evidemment, beaucoup d'oppositions au stalinisme surgissaient parmi des éléments qui résistaient en quelque mesure à la révolution. Mais il y a eu une résistance d'avantgarde et de la base ouvrière aux méthodes bureaucratiques ; et des syndicats de plude plusieurs milliers de membres ont choisi leurs directions en présence seulement de quelques dizaines d'ouvriers. Ceci n'est pas l'exagissent sur lui, comme la bureaucratique de l'Union sur les autres Etats ouvriers sus de leur constitution.

La bureaucratie soviétique tivement elle appuie l'Etat dégénérescence

Soviétique agit dans le procesbien qu'objecouvrier cubain, a tendance à éviter un approfondissement et un développement idéologique politique et, surtout, un développement du pouvoir ouvrier, de la démocratie sovietique a cuba, qui influerait profondément non pas sur les Partis Communistes mais sur les Etats ouvriers déjà un peu secoués par une crise idéologique et par un développement de forces nouvelles. qui cherchent à retourner aux sources du marxisme-léninisme.

Cette bureaucratie, qui n'a pas hésité à rompre avec l'Etat ouvrier yougoslave et à le combattre, à écraser le développement

QUATRIEME pression d'une indifférence ou d'un manque d'interet, car ces memes ouvriers qui desertent les assemblées de leu mobilisent dans les grandes publiques, dans les milices, lance à la contre-révolution, la production. Pour l'instant, volutionnaire est canalisé là.

r syndicat, se manifestations dans la vigidans l'effort à leur effort ré-

Mais comme le constatent déjà les propres membres du gouvernement, le développement de la production et de la planification exige et exigera encore plus l'intervention des ouvriers. Dans l'organisation de l'agriculture, de l'industrie, de l'enseignement, des milices, de la construction de logements ou de centres médicaux, dans la conduite des entreprises, l'Etat a du faire appel aux forces du peuple, aux classes travailleuses qui appuient la Révolution, s'affirmer dans chacune de ces tendances dans la lutte à mort contre les vieux propriétaires, les techniciens de l'ancien régime capitaliste, le sabotage ou le blocus économique. Là se développent les éléments du nouvel Etat. La contradiction entre cette forme permanente d'appel à l'initiative des forces populaires, a leur esprit revolutionnaire et createur, a leur grand effort dans la production ou défense militaire et les essais de contrôler ou de cristalliser les organismes des travailleurs heurtent et se heurteront chaque fois plus violemment.

LE PARTI UNIQUE

L'Eglise essaie de regrouper les secteurs les plus privilégiés de la petite bourgeoisie pour les faire agir sur l'Etat. La grève des étudiants d'instituts d'enseignement privé (religieux) fut le plus grand essai dans cette étape. Mais la récente invasion La montré la faibiesse de cet essai et la division de ces forces, qui n'ont pas pu réagir ni prendre aucune initiative pour appuyer les forces d'invasion.

Les diverses forces politiques dont les cadres se sont structurés avant l'insurrection (l'organisation Autentique, les Orthodoxes) ont été effacées tout comme l'aile à la tête de laquelle se trouvait Manuel Ray, divisée et séparée d'« Action et Sabotage » et passée aux cotés de la contre-révolution. Le Directoire Révolutionnaire et le 26 juillet, dont les cadres structurèrent dans l'insurrection, se maintiennent dissous dans l'appareil administratif, dans regroupement où l'idéologie et l'initiative sont données par le P.S.P., subordonné, naturellement, à la politique de Fidel Castro. Quelques vieux secteurs syndicaux ont été brisés (Fraginals, dans les Electriques), d'autres mis de côté (Antonio Torres, dans les Chemins de Fer), d'autres (comme Cabrera), se sont pliés à l'appareil et à la collaboratior avec le P.S.P., surtout parce que le P.S.P. représente politiquement certains intérêts sociaux de cette couche.

En réalité, c'est un aspect de la lutte pour !a formation et pour le développement du Parti qui dirigera l'Etat ouvrier cubain.

Le besoin d'un Parti est évident, toutes les vieilles formes et forces qui participèrent à l'insurrection étant débordées. Ici s'affrontent deux intérêts : ceux de l'appareil gouvernemental, étatique, économique, syndical, et ceux de la maturation, de l'expansion et de l'intervention centralisée du prolétariat et des masses travailleuses dans la gestion de l'Etat et de l'économie.

L'idée du Parti Unique sévit parmi les milieux dirigeants depuis plus d'un an et demi. On en a discuté intérieurement, la chose a été ajournée (35). Une des forces de l'actuelle direction a été sa résistance a cristalliser dans des lois, dans des formes juridiques, dans des organismes, aucune des étapes et des mouvements transitoires. lI y a eu un processus de développement et de maturite cependant, et actuellement le gouvernement s'oriente vers ce Parti Unique appuyé sur l'appareil, soutenu par le prestige de l'actuelle direction de la révolution.

Le Parti Unique se place, non pas sur le plan du développement et de l'intervention des masses, mais sur celui de la constitution d'une force politique étatique, appuyée peut-être sur les Milices, les appareils syndicaux, les corps d'instituteurs volontaires, les Jeunes Rebelles, à l'image de l'appareil hybride actuel. Le stalinisme présenterait, dans son sein, la pression de la bureaucratie soviétique et des autres Etats ouvriers. Ce serait une force qui reflèterait toutes les contradictions, mais avec une tendance à les résoudre d'en haut, en donnant de la fermeté à l'appareil.

Le stalinisme ne peut prédominer ouvertement avec ses cadres et son idéologie. li n'y a pas de recul de la Révolution pour qu'il en soit ainsi. Le Parti Unique, bien vu dans les milieux bureaucratiques, accepté en principe par le gouvernement, est la forme d'un regroupement d'appareil, avec prédominance stalinienne-krouchtchévienne.

Mais au sein des masses ouvrières, dans les cadres de l'Armee Rebelle, dans le gouvernement meme, il existe une résistance très frande au stalinisme, Le Parti Unique, s'i se constitue, partira avec une lutte interne dans son propre appareil. Les masses cherchent leur propre pouvoir, et ce sera un élément de différenciation face aux tendances bureaucratiques.

Le P.S.P., secoué par les divergences sinosoviétiques, par la différenciation introduite dans sa jeunesse par la propre révolution cubaine et ses méthodes, face au reformisme stalinien, n'est pas une force capable de s'imposer complètement, Les diverses tendances maintiennent un accord publiquement, mais sont rongées elles-mêmes par la lutte interne. Tout le poids du stalinisme international est nécessaire pour maintenir sa cohésion. Mais c'est le rapport des forces à l'intérieur de la révolution, c'est l'Etat ouvrier ascendant et en développement qui détermine le tout. Ces contradictions , éclateront.

LE PARTI MARXISTE

REVOLUTIONNAIRE

L'alternative face au Parti Unique, est le besoin de la cohésion politique de la classe ouvrière, de la formation de son parti, d'une direction marxiste révolutionnaire qui ne soit pas engloutie par l'appareil étatique nais qui s'impose à lui. Il y a une torce politique à Cuba qui exprime cette alternative, le Parti Ouvrier Révolutionnaire, le parti trotskyste de Cuba. Le sort de ce parti est attaché à la lutte pour l'intervention et le contrôle ouvrière et viétique de

La lutte l'Etat ouvri des ouvriers, pour la direction démocratique et paysanne, sol'Etat ouvrier cubain.

pour l'organisation politique de er cubain, passe par la formation d'un Parti groupant les forces socialement diffuses qui s'organisent pour affirmer leur direction et leurs privilèges, bien qu'elles doivent s'accoupler à d'authentiques forces révolutionnaires capables d'imposer leur direction à la société et à l'Etat ouvrier cubain.

(35) Cet article était écrit quand Guévara, dans un discours (5-6-61) aux étudiants, dit : « A Cuba, il existe une réelle unité révolutionnaire ; il ne reste qu'à former un Parti Unique dont le secrétaire général serait Fidel Castro ».

La réorganisation et le développement du trotskysme de nos jours à Cuba est l'expression consciente de ce besoin de la classe ouvrière comme direction de la Révolution, de expansion, de l'hégémonie politique du son prolétariat. Le rôle du P.O.R. c'est de promouvoir, de développer, d'organiser les forces ouvrières politiquement dans le marxisme-révolutionnaire.

La lutte étranglée par la police en Union soviétique, asphyxiée dans chaque Etat ouvrier avec le triomphe de la bureaucratie, de l'appareil sur les masses, se pose à Cuba depuis que les conditions sociales, politiques rendent difficile un écrasement policier.

Le parti marxiste révolutionnaire se développera dans la lutte pour le développement d'organismes de pouvoir des masses, de Conseils ouvriers (soviets), des syndicats, des milices, des organisations paysannes er de jeunes. Un Congres de ces organismes, avec des délégués choisis démocratiquement dans , des assemblées par le vote direct des travailleurs, doit organiser le nouvel appareli étatique.

La lutte du trotskysme contre l'expression cubaine politique de la bureaucratie conservatrice des Etats ouvriers, ne se donne pas dans des conditions de recul ni d'isolement mais de progression. La propre base politique du stalinisme, le contrôle du premier Etat ouvrier, se voit aujourd'hui gravement compromise par le développement de nouvelles forces ; même dans l'Union Soviétique ont dû être analysées les méthodes qui permirent le triomphe du stalinisme ; le P.C. chinois, comme les révolutions yougoslave, polonaise et hongroise, contestent le monolithisme et les conceptions fondamentales du stalinisme cubain — au même moment où il essaye de s'affermir. Dans la mesure où il s'attache à l'Etat ouvrier, il est exposé au feu d'une révolution permanente, secoué par la crise, et il apparaît des tendances de gauche, tendances « chinoises » et ce qu'on appellera dans la prochaine période « tendances cubaines ».

Dans la conduite de l'Etat et de la révolution, Fidel Castro s'éloigne, comme nous l'avons déjà vu, des conceptions politiques staliniennes et il constitue la gauche à l'intérieur même des directions des Etats ouvriers.

Le trotskysme s'appuie aujourd'hui sur une dynamique révolutionnaire. La construction du Parti marxiste révolutionnaire de masse, l'instauration de la réelle direction ouvrière, soviétique, de l'Etat ouvrier cubain, doit être gagnée dans une lutte implacable contre tous les essais répressifs, déviations et freins, et contre le poids de la bureaucratie instaurée dans le système des Etats ouvriers, auquel, de nos jours, d'une façon ou d'une autre, est subordonné par des besoins objectifs, l'Etat ouvrier cubain.

V. — La défense révolutionnaire de Cuba

Cette lutte s'appuiera surtout sur les mêmes forces qui aujourd'hui défendent la Révolution cubaine, dans le mouvement révolutionnaire latino-américain, dans le développement de nouveaux Etats ouvriers en Amérique latine et dans le monde colonial.

La Révolution cubaine devra s'affirmer dans un processus révolutionnaire permanent, non seulement interne, car il doit s'étendre pour se maintenir. Il doit s'étendre dans une extension du système des Etats-Unis socialistes soviétiques d'Amérique latine.

Le grand appui subjectif et objectif pour la Révolution cubaine réside dans la Révolution latino-américaine, comme une partie de la révolution coloniale.

Aujourd'hui la lutte pour l'Etat ouvrier cubain n'est pas seulement celle des masses cubaines. La propre intervention de l'Union soviétique et des autres Etats ouvriers donnera un élan à la pression de la Révolution coloniale. Les masses coloniales mesurent dans l'attitude du gouvernement soviétique envers Cuba, la sincérité de l'appui qu'il proclame à l'Afrique, à l'Asie, à l'Amérique latine. Le gouvernement cubain est conscient de ceci. « Chaque peuple sait maintenant que sa souveraineté peut être garantie par l'Union soviétique » disait Guevara le 8 mai aux ouvriers de l'électricité à La Havane, et il ajoutait : « J'estime que la solidarité des pays socialistes empêcha que Cuba ne soit aujourd'hui une monnaie d'échange dans d'éventuelles transactions à l'échelle mondiale ».

La défense de l'Etat ouvrier cubain s'appuiera dans des mobilisations comme celles réalisées en Amérique latine et dans d'autres parties du monde, mais elle se soutiendra à la longue par la lutte révolutionnaire des masses latino-américaines et des masses coloniales. La défense de Cuba se fera en approfondissant la Révolution dans chaque pays, en « faisant des Andes une nouvelle Sierra Maestra », en transformant la guerre impérialiste contre l'Etat ouvrier cubain en une guerre pour l'expulsion de l'impérialisme et l'abolition du capitalisme en Amérique latine. « Notre révolution n'est pas seulement un exemple pour l'Amérique latine, elle est aussi un catalyseur » — a dit Guevara aux ouvriers de l'électricité.

C'est la défense révolutionnaire de l'Etat ouvrier cubain qui se confond avec la lutte pour la révolution sociale en Amérique latine. Dans cette défense tombera la politique d'alliances avec les « bourgeoisies progressistes », la politique de conciliation et, aux côtés des partis trotskystes se développeront des forces, des tendances révolutionnaires dans les vieux partis, dans le mouvement ouvrier. La défense révolutionnaire de l'Etat ouvrier cubain sera unie au développement des Partis marxistes révolutionnaires, au développement des partis de la IVe Internationale en Amérique latine, des Partis qui ont pour programme la révolution prolétarienne. 30 mai 1961.

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