J'ai rencontré pour la première fois Michel Raptis au printemps 1948 pendant le 2e Congrès Mondial de la IVe International. J'ai connu Sal Santen dans la même occasion.
J'ai eu avec eux des rapports ininterrompus au cours de treize années d'activité commune. Je peux témoigner que, pendant cette période, je n'ai pas rencontré une seule personne — même parmi les adversaires de la IVe Internationale — qui ait osé mettre en doute l'intégrité morale de Sal Santen et Michel Raptis.
Je ne parlerai pas de leur activité en général, en me limitant à leur action de soutien à la révolution coloniale, à la lutte du peuple algérien plus spécialement. Pourquoi ont-ils entrepris cette action ? Pourquoi se sont-ils engagés si courageusement dans cette activité ?
La réponse est nette. Raptis et Santen et l'organisation dont ils font partie, la IVe Internationale, pensent que la lutte des peuples coloniaux pour leur émancipation est une lutte d'une importance historique capitale, qui a déjà changé et qui va changer encore davantage, dans les années à venir, la face même du monde où nous vivons. Ils pensent que c'est le devoir élémentaire de tout révolutionnaire communiste de soutenir cette lutte par toutes les méthodes qui s'avèrent à un moment donné nécessaires. Ils pensent qu'il ne suffit pas de proclamer en paroles le droit des peuples coloniaux à l'autodétermination, mais il faut mener en pratique ce combat à côté de ceux qui luttent pour leur indépendance, leur liberté, leur émancipation sociale, que ce soient les Algériens ou les Sud-Africains, les Cubains ou les Angolais.
Il faut rappeler d'ailleurs que Raptis et Santen et l'organisation au nom de laquelle ils ont agi, n'ont pas attendu la dernière heure, la veille de la victoire certaine, pour se ranger au côté des Algériens, du F.L.N. Ils se sont engagés des le commencement, lorsque les révolutionnaires algériens n'avaient pas d'alliés véritables et que les organisations ouvrières traditionnelles, qui pourtant se réciament du sociaiisme et même du communisme, faisaient ouvertement le jeu de l'impérialisme français ou louvoyaient sans prendre une attitude claire.
Il se peut que quelqu'un conteste le choix des méthodes adoptées par Santen et Raptis dans leur action en faveur de la Révolution algérienne. Etant donné la nature de mon temoignage, je ne me piacerai pas sur le terrain juridique. Je peux assurer le tribunal que moi-même et tous les amis politiques de Raptis et Santen, nous faisons pleine confiance à leur ligne de défense. Mais il est nécessaire d'ajouter que, dans une lutte comme celle que Santen et Raptis ont entreprise, si on veut triompher, on ne peut pas rester toujours dans le cadre de la légalité bourgeoise. Ceux qui pensent que l'ordre social actuel doit être remplacé par un régime social et politique historiquement supérieur, ne peuvent pas considérer les lois existantes comme des tabous.
Santen et Raptis sont accusés d'avoir contribué à la fabrication de fausses cartes d'identité. Ce n'est pas ma tâche d'établir si cela correspond ou non à la vérité. Mais comment saurait-on reprocher à des Algériens, poursuivis par les paras, menaces par les pires tortures, par une veritable extermination, d'utiliser de faux papiers pour échapper à leurs bourreaux ? Comment pourrait-on reprocher à des hommes courageux de leur fournir, en ce domaine aussi, l'aide qui leur est nécessaire ?
Raptis et Santen pensaient que l'aide maximum devait être accordée. Ils l'ont fait. Leurs amis les approuvent, ils sont fiers d'eux.
Monsieur le Président, je vais conclure ma déclaration. J'ai rendu ce témoignage non en mon nom personnel, mais au nom de la IVe Internationale, l'organisation à laquelle Raptis et Santen appartiennent. Notre organisation approuve entièrement l'activité des camarades Santen et Raptis. Il se peut que dans leurs actions il y ait quelque chose qui paraisse contraire à la loi aux yeux de ceux dont la tâche est de . défendre un système politique et social qui domine encore dans une partie du monde, dont l'Europe occidentale. Mais le jugement qui compte pour Raptis et Santen. pour la IVe Internationale, est le jugement des masses ouvrières et paysannes de tous les pays, des masses exploitées par l'impérialisme, et nous sommes sürs que leur jugement nous sera entièrement favorable.
Je termine en exprimant encore une fois notre solidarité fraternelle à nos camarades Raptis et Santen et en adressant un salut chaleureux aux révolutionnaires algériens.