La IV* Internationale est en deuil. Sherry Mangan, ancien membre Secrétariat International et membre du Comité Exécutif International, est mort Ic 24 juin 1961, à l'âge de 57 ans.
Originaire d'une famille bourgeoise américaine, il avait fait des études à l'Université Harvard. Il avait acquis une certaine notoriété dans les lettres américaines et manifesté un talent de journaliste, quand, dans les années de la crise d'entre les deux guerres, il se tourna vers les problèmes sociaux et le son tempérament généreux et combatif allait le diriger vers l'organisation trotskyste américaine et la IV® Internationale. Et, contrairement à de nombreux intellectuels de son pays, il resta fidèle jusqu'à son dernier souffle au programme et à l'organisation de la révolution socialiste mondiale.
En 1940, correspondant à Paris d'un journal américain, il aide l'activité clandestine de la section française de la IV* Internationale et est expulsé de France par le gouvernement de Pétain. Son travail de iournaliste lui permettra ensuite d'aider la IV Internationale à assurer des liaisons pendant la guerre, en dépit des contrôles et des censures. A la fin de la guerre, il s'installa à Paris et fut désigné au Secrétariat Européen, puis au Secrétariat International. Il fut le principal rédacteur des Statuts de la IV° Internationale, adoptés par le 2° Congrès Mondial, en 1948.
Déjà sa santé était atteinte, et 1l dut interrompre son activité, sans toutefois cesser un seul instant ses liens avec Internationale. En particulier, lors de la crise qui opposa le S.W.P. des Etats-Unis à la majorité de l'Internationale, en 1953, malgré les nombreux liens qui l'unissaient au S.W.P., il prit décisivement parti pour l'Internationale, tout en déployant tous ses efforts pour mettre un terme à cette crise. Dans cette période, il écrivit un roman remarquable, non encore publié, sur la vie des mineurs boliviens, parmi lesquels il vécut pendant quelques années.
Bien qu'affaibli par la maladie, il reprit son travail et sa place Secrétariat International lors du 5° Congrès Mondial. Il prit sa part d'activités au service de la Révolution algérienne, et c'est à ses efforts que l'on doit grandement la parution de la revue en anglais « Fourth International ». Mais la maladie le frappait de plus en plus douloureusement. Il ne put, contre sa volonté, participer au 6° Congrès Mondial, car il se trouvait alors déjà dans un état alarmant. Il poursuivit son travail, jusqu'au dernier moment, pour la parution du numéro 13 de « Fourth International». Il terminait une des dernières lettres qu'il nous écrivit avec ces mots : Finances, très mauvaises ; moral, splendide.
ceux qui l'ont connu ont apprécié non seulement son jugement politique sain qui, dans tous les moments difficiles de notre mouvement, l'a vu tenir ferme sur des positions principielles, sa capacité de travail, sa culture générale très étendue, mais aussi ses qualités humaines, éminemment sympathique, son dévouement illimité à la cause des travailleurs et de l'humanité. La IVe Internationale gardera de lui un souvenir ému et ne manquera pas, le jour venu, de faire honorer sa mémoire par le prolétariat américain.