Dans un cadre extrêmement fluide, un des traits fondamentaux de la révolution africaine est son unite. Dans un cadre d'extraordinaire dynamisme révolutionnaire, comme celui que présente l'Afrique d'aujourd'hui, cette unité se reflète surtout dans l'interinfluence des divers processus, dans leur interdépendence, dans la prépondérance et le rayonnement que tendent à acquérir les processus qui expriment les tendances es plus progressistes et les plus avancées de la révolution africaine au stade présent.
La réunion des vingt Etats, réalisée en mai à Monrovia (1), constitue la tentative la plus avancée jusqu'à présent de cristalliser et de canaliser un courant bourgeois ou pro-bourgeois, étroitement associé à l'impérialisme européen et nord-américain. Ce courant se fonde sur la bourgeoisie même si celle-ci est encore embryonnaire : bourgeoisie commerciale, agraire, et même bourgeoisie nationale, qui placent leurs espoirs de progrès dans l'alliance avec l'impérialisme afin d'endiguer le développement de la révolution africaine dans le cadre capitaliste.
L'intervention des impérialistes nordaméricains, français et anglais est décisive dans ce processus. Leur « aide » économique, technique, militaire, diplomatique, est destinée à mettre sur pied une classe dominante bourgeoise et foncière, liée et alimentée par l'appareil de l'Etat, avec l'aide auquel la domination semi-coloniale - ou « néo-colonialiste », comme on dit en Afrique — puisse être maintenue, ainsi que dans le but de contrebalancer ou de faire face à l'influence des tendances nationalistes bourgeoises et des tendances prolétariennes et révolutionnaires.
Un autre objectif de cette intervention est de freiner ou de subjuguer révolution vers Tunité africaine et de consolider les tronteres existantes, lees aux intérêts des classes dominantes de
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(1) Tunisie, Lybie, Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone, Libéria, Côte d'Ivoire, HauteVolta, Togo, Dahomey, Nigéria, Niger, Tchad, Cameroun, République Centre-Africaine, Gabon, Congo (cap. Brazzaville), Ethiopie, Somalie, Madagascar.
Sur cette base, il faut situer l'évolution des deux tendances fondamentales des actuelles directions nationales africaines, telles qu'elles se sont crista'lisées dans les groupes de Monrovia et de Casablanca, ainsi que des directions dans les régions se trouvant encore sous la domination coloniale directe. Sur cette base, il faut également situer les perspectives du mouvement ouvrier, syndical et révolutionaire et de la gaumarxiste révolutionnaire, de la révolution africaine. chaque Etat actuel en maintenant la balkanisation du continent.
La base de cette manœuvre se situe dans des pays tels que le Nigéria, le Sénégal ou la Côte d'Ivoire, où une classe bourgeoise, ayant un certain développement et vivant de l'exportation de matières premières, décide du développement économique et social du pays.
Les résolutions de la Conférence de Monrovia, chaleureusement applaudies par toute la presse capitaliste européenne et nord-américaine pour leur definissent clairement cette tendance. prudence » et leur « modération »,
Les Etats de Monrovia ont évité toute attaque contre l'impérialisme et le néo-colonialisme. Les résolutions sur l'Algérie le Congo, et l'Angola ont démontré le rôle qu'entend jouer teur de la bourgeoisie ou embryon de bourgeoisie africaine.
Dans le cas de l'Algérie, la conférence a adopté une position « médiatrice », faisant appel « aux deux parties » pour qu'elles concluent la paix rapidement, aux courants les plus conciliateurs et pro-imperalistes au sein du F.L.N. Dans le cas du Congo, elle s'est refusée a condamner l'assassinat de Lumumba et a pris ses distances tant à l'égard de Tchombé Ton ambu que de tenvention des Nat Gizenga, en donnant tions Unies et au gouvernement Kasavubu. Dans le cas de l'Angola, elle a exprimé son appui aux nationa'istes en vue de l'obtention de l'« autonomie », terme plus nuancé que « indépendance ».
Ce qui est encore plus net , c'est rue la conférence n'a condamné d'aucune façon les expériences nucléaires fran-
LES ETATS DE MONROVIA
LES ETATS DE MONROVIA çaises au Sahara, se bornant à déplorer < toutes les expériences nucléaires ».
Sur le plan des relations africaines, la conférence a repoussé l'idée de l'intégration politique des Etats africains et elle lui à substitué la « coopération » sur pied d'égalité, dont la contrepartie indispensabe est la coopération avec les puissances impérialistes.
Pour cette coopération, Monrovia a établi cinq principes de base : reconnaissance de l'égalité politique de tous les Etats africains indépendants; nonintervention dans les problèmes intérieurs d'autres Etats africains; droit d'existence de chaque Etat de s'unir à d'autres Etats si bon lui plaît; respect de l'intégrité territoriale de chaque Etat interdiction d'accorder droit d'asile à des opposants politiques d'audroit assaticain mei et les antons d'asile pour mener des actions subversives contre leur pays d'origine.
Les cinq principes de Monrovia constituent une tentative de « geler » ou
LES ETATS DE
Fondamentalement, les Etats du groupe de Casablanca représentent le courant nationaliste le plus conscient de la bourgeoisie ou de l'embryon de bourgeoisie africaine (suivant les cas), qui place ses espoirs dans un développement soustrait au contrôle de l'impérialisme et fondé sur l'expansion du marché intérieur et non pas exclusivement sur l'exportation de matières premières.
En outre, ces Etats représentent la tendance qui a acquis une conscience plus avancée - et, jusqu'a un certain degré, les forces intérieures plus ou moins capables de l'appliquer - de la nécessité de canaliser et de contrôler l'impulsion du mouvement des masses en Afrique. En même temps, elle s'appuie sur ce mouvement, pour autant que celui-ci l'aide à faire face à l'impérialisme. Et elle s'appuie également sur le conflit Est-Ouest sur le plan mondial, pour améliorer ses positions dans la négociation avec l'impérialisme.
Le groupe des cinq de Casablanca (R.A.U., Maroc, Ghana, , Guinée et Mali) est le porte-parole du panafricanisme comme doctrine de développement bourgeois indépendant et uni d'Afrique. Aussi bien Nasser que Nkrumah, porteparole de cette doctrine, comprennent que le développement d'une bourgeoisie africaine étouffe à l'intérieur des cadres des Etats actuels et exige un marché unifié.
Mais le panafricanisme national-bourgeois est surtout une tentative d'empêcher ou de freiner le développement jusqu'à des positions prolétariennes des secteurs les plus avancés de la révolution africaine. Il cherche à endiguer ceux-ci dans les limites nationalistes et « anti-impérialistes » pour maintenir a ses propres fins l'appui du mouvement des masses africaines.
de freiner le développement de la révolution africaine, de ses forces les plus dynamiques au sein des Etats actuels, et de consolider une évolution du type pitaliste a lintérieur des frontières actuel'es, avec l'aide de l'impérialisme.
Mais le fait même que pour faire obstacle au panafricanisme de l'embryonnaire bourgeoisie nationale, on a dû recourir à une conférence et unir les efforts sur une base continentale, ce fait même indique aussi la force du sentiment d'unite, il n'en résulte pas lequel l'autre secteur s'appuie. moins que, après la crise congolaise qui a bouleversé toute l'évolution africaine, c'est à Monrovia que l'impérialisme et ses alliés africains ont fait les plus sérieux efforts pour unir leurs forces à l'échelle continentale, et offrir un point d'appui, de force et de centralisation aux courants ou embryons de courants bourgeois pro-impérialistes dans Etats africains et dans les régions d'Afrique Orientale et Centrale marche vers l'indépendance.
CASABLANCA
Voilà l'explication des prétendues « positions révolutionnaires » (d'après la presse petite bourgeoise d'Europe Occidentale) du groupe de Casablanca qui au demeurant, ne dépasse en aucun aspect le nationalisme bourgeois et petit-bourgeois.
Il est certain que le groupe de Casablanca n'est pas homogène. Il y a, d'un côté, des pays comme la R.A.U., le Maroc et le Ghana, dans lesquels il existe une classe bourgeoise d'une certaine importance (et encore avec toutes ses limites, au Ghana), une classe ouvrière numériquement, relativement forte, ayant sea propres organisations, se différenciant plus ou moins du secteur nationaliste au gouvernement, puis, une classe de propriétaires fonciers dont la présence pose le problème de la réforme agraire et de la terre comme une des questions à résoudre par la révolution.
D'un autre côté, il y a la Guinée le Mali, ou linexistence pratique d'une classe bourgeoise nationale accentue le bonapartisme de l'équipe gouvernante qui se trouve entre les masses plébéiennes du pays et l'impérialisme.
Particulièrement en Guinée le caractère de la planification de l'économie, l'importance du secteur étatisé. , l'importance des coopératives agricoles et les formes de la participation de la popu ation à ce développement ont évité la cristallisation définie, jusqu'à présent, d'un appareil d'Etat clairement bourgeois. Ces facteurs ont maintenu la dépendance de l'équipe dirigeante légard de la mobilisation des masses du pays.
Le « socialisme africain » que la Guinée et le Mali invoquent pour leurs plans, a sans doute une autre signification que le « socialisme » concu comme une étape idéale pour un avenir non défini, tel qu'il est prôné par le Ghana ou le Sénégal. Alors que le premier n'exclut pas la possibilité d'une évolution « à la cubaine », le second s engage nettement dans une voie « indienne ». Pourtant même aans le cas extrême de la Guinée, aucun déve oppement spontané, autonome, vers un Etat non-capitaliste, vers un gouvernement ouvrier et paysan, n'est garanti d'avance. Et c'est justement là un des objectifs du groupe de Casablanca, en forme accueile : donner une perspective bourgeoise nationale à ce développement, en endiguant celui-ci dans les limites du nationalisme panafricain du type bourgeois.
Le groupe de Casablanca n'a pas seulement approuvé le principe de l'« unité d'action politique » ainsi que les mesures à prendre à cette fin, mais il a également prévu des accords en vue de
A la troisième Conférence Panafricaine, qui a eu lieu au Caire, en mars 1931, et qui succéda à celles d'Accra et de tunis, ont assiste des delegues de plus de cinquante organisations venant de presque tous les pays africains.
Contrairement à la réunion de Monrovia. la note dominante y était l'attaque contre le néo-colonialsme. La contérence a déclaré qu'elle « approuvait le recours à la force pour liquider l'impérialisme » et elle a nommé les EtatsUnis, l'Alemagne, la Grande-Bretagne, la Belgque, la France, les Pays-Bas, l'Israël et l'Union Sud-Africaine comme les plus grands néo-colonialistes. Elle a dénoncé comme agents actifs du néocolonialisme « les ambassades des pays colonialiste l'étranger et le personnel le personnel d'assistance technique à des Nations Unies . les representants des pays impérialistes, la propagande tendancieuse des pays colonialistes et les gouvernements de marionnettes, utilisés pour couvrir le néo-colonialisme ».
La conférence a réclamé pour les Etats africains indépendants la suppression de toute base militaire étrangere sur leur territoire et le retrait de eur pays de toute « communaute patronnée par les puissances coloniales. Elle a fait un appel à l'accélération du développement économique commun du continent et à la lutte pour l'unité africaine. « Au sajet du odes Nations Uniess Au sujet du Congo elle a dénoncé elle a appuyé totalement le gouvernement Gizenga, elle a déciaré Lumumba héros africain et a demandé le châtiment de ses assassins, en commençant par Ichombe et Kasavubu. Au sujet de ment le cole et a once tleelle a appuyé inconditionnellete tentative de non-reconnaissance de la souveraineté algérienne sur le Sahara. Au sujet du Kamerun elle s'est alignée en général sur les positions des rebelles de l'U.P.C. qui maintiennent leurs guerrillas en pays bamiéké. Au sujet de la Fédération centre-africaine, l'unification Ghana-Guinée-Mali. Toutefois, jusqu'à présent, les équipes gouvernantes de ces pays se sont montrées incapables de contrarier les tendances centrifuges et de pousser leurs aspirations unitaires plus loin que sous la. forme de résolutions. S'ils y réussissaient ,ce serait un des premiers pas vers l'unification de l'Afrique Occidentale et, à plus long terme, de l'Afrique noire en général.
En revanche, comme idéo ogie de embryonnaire bourgeoisie atricaine, panafricanisme a été exposé particulièrement à la troisième Conférence Panafricaine, réunie au Caire en mars 1961, dont les résolutions se sont orientées politiquement dans la ligne du groupe de Casablanca, encore que certaines d'entre elles se situent considérablement plus à gauche. elle a demandé aux Etats africains le boycottage de son économie et l'interdiction de l'emploi de l'espace aérien du continent aux avions de ce pays. Au sujet de l'Afrique du Sud, elle a recommandé le boycottage économique et la rupture des relations et elle a reclamé la fin de la domination sud-africaine sur le Sud-Ouest africain. Elle a appuyé les mouvements de libération des colonies portugaises et en particulier ceux d'Angola. Quant aux Nations-Unies, la conférence a dénoncé leur « conversion en instrument du néo-colonialisme » et a exigé la réorganisation du secrétariat. Elle a exigé en outre la niise en liberté immédiate de Jomo Kenyatta et l'indépendance du Kénya pour 1961.
Voici maintenant les résolutions en ce qui concerne l'unité africaine : constitution d'un « Fonds Africain pour la Liberté », destiné à aider finarcièrement les mouvements de libération sur le continent africain, sous forme d'emprunts accordes par les pays africains indépendants; création d'une agence de presse africaine et d'un centre africain d'informations ; constitution d'un Comité d'Experts africains, chargé d'établir une politique economique commune pour toute lAfrique, premier pas vers l'unité économique du continent; constitution d'un Comité de chefs militaires africains chargé d'etablir les plans de défense d'ensemble; création d'une entreprise de transports interafricaine ; constitution d'un Conseil Consultatif Africain où siègeront des représentants des parlements, avec un secrétariat permanent pour établir une « politique commune » pour toute l'Afrique.
La conférence a invité le « bloc antiimpérialiste » à contribuer au développement economique des pays africains, tout en « respectant la souverainete nationale et sans conditions politiques ou militaires », en accordant des cretits a long terme a bas taux dinteret et remboursables en monnaie nationale et non pas en devises fortes, et en plaçant des Africains à tous 'es principaux postes des projets de développement.
LA CONFERENCE DU CAIRE
LA CONFERENCE DU CAIRE
Une des résolutions les plus importantes a été l'appui à la constitution d'une Fédération Syndicale Panafricaiunique pour tout le continent. ne, c'est-à-dire une centrale ouvrière
Au point de vue economique, la conférence sest prononcee pour « la liquidation des bases économiques du colonialisme et du néo-colonialisme et la création d'une économie nationale ».
Ces résolutions de la Conférence du Caire constituent le programme du panafricanisme qui aspire à un développement capitaliste d'Afrique. Mais voilà justement ses limites évidentes, si progressistes que soient certaines de ces résolutions.
En même temp qu'elles reflètent la pression du mouvement des masses africaines ses aspirations à l'unification africaine, y compris — d'une certaine façon — ses aspirations socialistes, les résolutions expriment la nécessite, po: les actuelles directions à base bourgeoise, petite bourgeoise ou pro-bourgecise, de contenir et de canaliser ce mouvement grâce à une idéologie « jacobine ». Elles se situent, en outre, dans l'actuel contexte international de p.. grès de la révolution coloniale, des succès rayonnants de l'économie et de la technique des Etats ouvriers, du renfort de l'alliance de facto entre les Etats ouvriers et la révolution coloniale, contexte dans lequel doivent se mouvoir et agir ces équipes et secteurs dirigeants africains.
La faiblesse relative des équipes probourgeoises vis-à-vis des masses, leur nécessité de maintenir l'appui de cellesci pour faire face à l'impérialisme, l'impossibilité d'envisager un développeLE MOUVEMENT DES MASSES
Les directions pro-bourgeoises de type tueerement, le en général, canalisent atuellement mouvement des masses africaines qui même le contrôlent, dépendent largement de la pression de celui-ci et de ses formes particulières et tumultueuses de développement dans toute l'Afrique Noire.
Si à l'étape antérieure à l'indépendan Luttent partir cate-ca est es afient na dance, africains population à travers cette lutte, sont la forme la p'us étendue pour ce contrôle, à l'étape immédiatement antérieure et postérieure à l'indépendance, il importe toujours plus aux tendances nationalistes de contrôler les directions du mouvement syndical de masse.
Le mouvement syndical, dans les p africains — y compris arabes — se crée comme une partie du mouvement national, et même comme au Ghana, tant que branche du parti de gouvernement.
Le mot d'ordre d'« indépendance syndicale » que les directions syndicales européennes prétendaient transférer mécaniquement en Afrique, les masses ment africain dans les limites du ‹ catalisme classique » et, en même temps, le profond dynamisme révolutionnaire de la situation ainsi que l'hétérogénéité et la radicalisation des organisations qui ont assisté à la conférence, tout cela se reflète dans les résolutions du Caire. Beaucoup de celles-ci peuvent être considérées comme faisant partie d'un programme de front unique anti-imperaliste et soutenues par la gauche prolétarienne de la révolution africaine.
Mais cette gauche ne pourrait se contondre avec le programme du Caire, s'y intégrer d'une façon non différenciée et _ renoncer a établir ses propres objectifs, socialistes, pour la révo'tion et pour la construction de l'organisation ouvrière et révolutionnaire des masses africaines. Le programme du Caire, comme ensemble, n'ouvre pas le chemin vers un développement socialiste; il n'est pas socialiste, malgré quelques déclarations. Il ne prévoit ni létatisation sans dédommagement des entreprises ni l'expropriation sans dédommagement de la terre, ni le monopole du commerce extérieur sous contrôle ouvrier. ni les organes de pouvoir ouvrier et populaire, ni l'armement du peuple sous forme de milices ouvrières et paysannes, etc. C'est programme pour construire une « économie nationale », mais non pas une économie de type socialiste, étatisée et planifiée.
Le di'emme entre un programme bourgeois anti-impérialiste et un programme ouvrier anti-impérialiste et anti-capitaliste s'établit dans l'application d'une des résolutions fondamentales soutenues au Caire: la réunion d'un congrès constituante de la Fédération Syndicale Panafricaine (2). ET LES SYNDICATS AFRICAINS africaines le considéraient en premier lieu comme indépendance à l'égard des centrales syndica es européennes, et non pas comme indépendance à l'égard du mouvement national, surtout lorsque ce mot d'ordre émanait des représentants du mouvement syndical des pays métropolitains impérialistes, qui ne s'étaient pas nettement differencies de la politique impérialiste de leur pays.
Cependant, le développement du mouvement syndical a amené celui-ci à se différencier des directions nationalistes — même s'il continue à les soutenir -à souligner toujours plus les intérêts propres des masses et à revendiquer —
(2) Le Congrès s'est réuni le 25 mai à Casablanca, sous l'égide de huit organisations fondatrices : Union Marocaine du Travail, Union Générale des Travailleurs AlgéEgyptian Confederation of Labour, Union des riens, Trade Union Congress Ghana, Travailleurs d'Afrique Noire, Confédération Travailleurs Travailleurs Mali, Union Générale des Nationale des Travailleurs de Guinée Union Générale des Travailleurs Tunisiens, et en présence de quarante-cinq organisations syndicales de trente-huit pays africains.
y compris pour négocier — son rôle de direction du secteur organisé et le plus dynamique des masses africaines. cain tend à jouer -e syndicalisme afri- Comme dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux le syndicalisme afri-
Run role politique prupre. A défaut de partis ouvriers de masse, ce sont, dans une série de pays, les syndicats qui tendent à assumer sur le plan politique la représentation du proletariat et des masses. Les dirigeants deviennent sensibles à cette pression. Dans la mesure où il acquiert une certaine envergure, le syndicat tend à devenir un centre de concentration des préoccupations, des problèmes tous les des interventions des masses plans. I y a une tendance naturelle vers un syndicalisme qui embrasse toutes les catégories du peuple travailleur.
Dans presque tous les pays africains où les syndicats ont acquis un minimum de développement, l'aile la plus radicale du mouvement national trouve en eux un appui où même se base directement ou indirectement sur eux. Malgré leur nombre d'affiliés réduit, dû au manque d'industrialisation du continent, les syndicats africains constituent déjà un centre politique de masse dont le rayonnement peut aller beaucoup plus loin que les catégories groupées dans leurs rangs.
Le mot d'ordre d'« indépendance syndicale » acquiert un nouveau sens, dans la mesure où il commence à émaner des secteurs d'avant-garde des masses ellesmemes, face a un appareil de parti ou d'Etat bourgeois ou pro-bourgeois. Dans les équipes et les cadres syndicaux qui apparaissent comme l'aile radicale et gauchiste du mouvement national, des idées socialistes trouvent un écho et se fraient un chemin et, parmi elles, surtout celles qui impliquent une participation des masses à travers leurs organisations, à la direction de la révolution africaine.
Pendant que les directions nationalistes africaines essaient de contrôler et de dompter à leurs fins ces tendances, les directions pro-impérialistes se lient à l'intervention des agents de l'impérialisme européen et nord-américain dans le mouvement syndical africain.
La vieille lutte de l'impérialisme avait pour but de condamner et d'empêcher le rôle politique du mouvement syndical africain. En cela, elle a pu compter sur l'appui des directions du mouvement syndical européen et nord-américain, et aussi de la F.S.M., qui pendant longtemps ont condamné les « déviations nationalistes » des syndicats africains (3) et qui ont fait preuve de paternalisme et de réserve à l'égard du syndicalisme des colonies.
Actuellement, l'aile A.F.L.-C.I.O. de la C.I.S.L. essaie de contrôler et de cana-
(3) Un résumé documenté de cette politique a été fait dans « Présence Africaine », octobre 1960 - janvier 1961 par Georges Fischer : « Syndicats et Décolonisation ».
liser en sa faveur une partie de ce rôle politique, de faciliter la pénétration de l'impérialisme yankee et de freiner le déve oppement indépendant des masses africaines au travers du contrôle et de la corruption des directions syndicales. tout en paraissant en même temps opposée au « vieux colonialisme ». Son agent pour le mouvement africain, Irving Brown, finance ouvertement et 'argement pas mal de dirigeants syndicaux africains. La direction de la D.G.B. allemande soutient cette politique. La A.F.L.-C.I.O. veut bien accorder une autonomie régionale, à l'intérieur de la C.I.S.L., à une organisation régionale des syndicats africains, conciliant ainsi la tendance panafricaine avec le contrôle par la C.I.S.L.
En revanche, le T.U.C. anglais a mis en pratique la méthode d'envoi, de la métropole d'organisateurs syndicaux. Il s'oppose à ce que les syndicats interviennent en matière politique, affirmant que cela signifie ouvrir la porte au communisme, même si cela se faisait sous le drapeau nationaliste. Il accuse les syndicats nord-américains de vouloir construire un mouvement syndical contrôlé, et cela par la corruption de dirigeants, tandis que ceux-ci accusent le T.U.C. de vouloir s'imposer en formant le mouvement syndical africain dans le moule du syndicalisme anglais.
Au sein de la C.I.S.L. s'affrontent deux méthodes de contrôle pro-impérialiste sur le syndicalisme de ces pays qui correspondent l'une à la vieille méthode paternaliste europeenne, lautre a la méthode nord-américaine d'alliance avec un secteur de la bourgeoisie locale. Si la seconde s'adapte mieux au dynanisme de la situation africaine, il est d'autre part certain que ses perspectives sont limitées . puisque la tendance nationaliste s'appuie sur le mouvement de masses, d'un côté, tandis que les tendances révolutionnaires échappen: au contrôle de l'aile nationaliste probourgeoise de l'autre côté.
Voilà ce qui explique pourquoi la C.I.S.L, et ses agents, d'une forme ou d'une autre, ont cencentré leurs feux contre la création d'une centrale africaine indépendante et pourquoi ils n'accepteront sûrement pas avec résignation les résolutions du Congrès de Casablanca, à la convocation duquel ils se sont opposés depuis au moins deux ans. C'est une des luttes fondamentales pour le contrôle et le développement des mouvements de masses africains dans les années prochaines (4).
Indépendamment des intentions des
(4) Comme il a été signalé ci-dessus, les pays comme la R.A.U., le Ghana et le Maroc dont les gouvernements représentent le plus clairement la tendance nationaliste bourgeoise, sont en même temps de ces pays oú le foida intérieur du mouvement syndical est mouvement syndical est considérable: 650.000 affiliés IU.M.T. et syndicats marocains, 350.000 au T.U.C. du Ghana, 300.000 aux syndicats égyptiens.
dirigeants nationalistes pro-bourgeois, la création d'une Fédération Syndicale Panafricaine correspond à une impulsion profonde du mouvement des masses. C'est un pas profondément progressif qui prouve le poids qu'est en train d'acquérir le mouvement en Afrique comme moyen de centralisation pour les luttes économiques et politiques du prolétariat et des masses. Les syndicats prennent des positions politiques. Ils apparaissent comme un instrument de macuration politique independante. Des lors ils peuvent se développer, comme dans d'autres pays semi-co.oniaux, comme embryons d'organismes de pouvoir des masses.
Dans toute l'Afrique, la tendance vers une économie moderne impose la nécessité objective de la planification. La parucipation des syndicats est un facteur fondamental pour l'impulsion et e sens qu'aura cette planification. Le développement de la Fédération syndicale Panafricaine sera le stimulant le plus fort à l'unification, sur des bases socialistes, de l'économie étatisée et planifiée, et dirigée par les travailleurs euxmêmes. I. deviendra un nouveau facteur progressit dans le rapport de forces de la révolution.
Pour cela, les syndicats doivent revendiquer leur rôle politique indépendant. Même sis soutiennent le mouvement national et anti-impérialiste, ils ne se contondent pas avec lui. Ils constituent la base de son aile socialiste. Es sont, a cette étape-ci, l'organisation de regroupement la plus large des travailleurs, pour imposer une planification sur des bases socialistes, pour lutter pour la transformation de la révolution de libération nationale en révolution socialiste.
Nasser, représentant de la bourgeoisie nationale, prétend que l'étape succédant à l'indépendance politique est l'indepenance, économe par la bourgeonsie dépendance économique. l'« économie ou l'embryonnaire bourgeoisie locale. Les syndicats africains doivent être un centre delaboration du programme, de centransation et de direction de la lutte pour la libération sociale, pour la substitution de la société colonialiste par un gouvernement ouvrier et paysan en chaque pays de toute l'Afrique, gouvernement basé sur les syndicats et les organismes ouvriers, paysans et populaires et qui dirige une économie nationalisée et planifiée.