Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 13

Crise en Israël (L'affaire Lavon)

M. K. · Quatrième Internationale, n° 13 · juillet 1961 · p. 44-45 · 1 264 mots

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Voilà déjà plusieurs mois qu'Israël connait un état de crise, connu sous lappellation générale d'« affaire Lavon ». Le gouvernement a démissionné et de nouvelles élections auront très certainement lieu, en dépit des efforts de dernière heure, qui pourront encore être entrepris en vue de les éviter.

Ainsi que le veut la structure politique d'Israël, cette crise se déroule au sein du Mapai, principal parti gouvernemental. Des années durant, le Mapai, avec Ben Gourion à sa tête, s'est identifié à l'Etat, les autres partis étant tout au plus des partenaires mineurs, sans aucún pouvoir de décision politique.

Ainsi , le debat entame par Lavon devait l'être au sein même du Mapai. Au début l'attaque était dirigée uniquement contre les « poulains de Ben Gourion », ce dernier essayant de rester lui-même au-dessus de la mêlée. Nés dans le pays, administrateurs capables, à l'esprit très terre-à-terre et orienté vers l'efficacité, sans bagage idéologique d'aucune sorte et avides de grimper, ces « poulains », ces hommes jeunes s'appuient sur l'armée. Pour Lavon, secrétaire général de l'Histadrout, cette organisation syndicale unique a joué le rôle d'un fief, les fonctionnaires syndicaux et politiques d'un certain âge pour la plupart formés dans le mouvement ouvrier européen, se rangeant de son côté. De plus. il trouva en renfort les partis sionistes de gauche, Ahdout Avodah et Mapam, ainsi que les partis bourgeois libéraux des Sionistes généraux et des progressistes, et même, en partie, il trouva des appuis dans le parti d'extrême-droite Herout. Mapai Pouvait

La décision, cependant. ne s'enlever qu'au sein du et, le moment venu, Lavon recensa 40 % des voix du parti en sa faveur. C'était là un resultat impressionnant : la position de Ben Gourion n'avait en effet encore jamais subi un tel défi. Mais Lavon s'inclina devant cette décision et ne continua pas la lutte. Cependant la manière dont Ben Gourion avait mené la lutte une fois qu'il s'y trouva implique pour appuyer ses « poulais » lu couta une grande part de sa popularité.

Que signifie donc cette affaire ? Comme en témoigne le large éventail des supporters de Lavon, , ce n'était pas le choix d'une ligne poltique generale qu était en cause, mais plutôt la crainte de tous les autres éléments politiques que les « poulains » de Ben Gourion puissent monopoliser tout l'appareil d'Etat à leur bénéfice. Tous ces éléments comprirent qu'ils devaient affaiblir l'équipe de Ben Gourion sous peine de se voir rendus complètement insignifiants. Par contre, ils n'étaient pas réellement en désaccord sur la politique de Ben Gourion; ls pensaient plutot que le « vieil homme » était un atout pour l'Etat, ce qui explique que ce dernier ait pu exercer un tel chantage avec la simple menace de sa démission. Tous les partis sionistes s'identifient en effet plus ou moms intimement avec les obJectils de la politique de ben Gourion.

Aussi les élections ne peuvent-elles apporter de changement réel dans la polique général d'Israël; tout ou plus il y aura quelques changements dans le poids relatif des différents groupes. Dans l'ensemble un glissement à droite parait actuellement vraisemblable. Non seulement il n'y a pas de véritables concurrents po'itiques ayant la volonté de prendre le pouvoir; aucune véritable politique de rechange ne sera opposée à celle de Ben Gourion. Lavon est silencieux et a eu longtemps lui-même la réputation d'un activiste. Aucun de ceux qui se présentera aux élections avec un minimum de chances de participation influente aux affaires de l'Etat n'envisage de sor-

QUATRIEME tir Israël de l'orbite américaine avec tout ce que cela implique.

II y a toutefois un aspect à cette crise qui présente un intérêt majeur et qui pourra s'avérer par la suite comme étant le point de départ d'un développement positit (sans illusions concernant les rythmes ni même le résultat) : au cours de la lutte, il a été lavé en public un tel paquet de linge sale, tant de malhonnêteté inimaginable a été révélée, que beaucoup de gens ont commencé à penser d'une façon autonome.

Considérons simplement l'atmosphère qui règnait avant le déclenchement de l'« affaire » : indifférence pour tout ce qui touche a la politique, toutes choses sans exception étant sans exception étant réglées par des mains termes de fonctionnaires, loin de toutes considérations démocratiques; les révélations d'affaires de corruption ne donnant lieu qu'à de cyniques haussements d'épaule. Chacun se préoccupait de sa situation et de ses revenus. comme « la situation n'avait encore jamais été aussi bonne » (encore qu'à un degré nettement moindre qu'en certains pays européens auxquels s'applider liement formule 1m Mre de ses voique la meme formule), le Mapai a consilors des dernières élections.

Lorsque l'« affaire » débuta, la presse israélienne commença à paraitre avec de grands blancs, où la censure avait supprime les nouvelles concernant l'accident de sécurité qui se trouvait à l'origine de l'« affai-

(Lavon avait vu sa responsabilité mise en cause dans cet « accident », ce qui permit de lui retirer le ministere de la delense en 190b. Pour rendre possible cette manœuvre, on falsifia un document. L' « affaire » fut déclenchée lorsque Lavon demanda à être disculpé de cette responsabilité). Jusqu'a ce jour, le lecteur moyen des journaux israéliens ignore encore ce qu'était réellement cet « accident », encore que ceux qui lisent les journaux étrangers y ont trouvé des informations complètes (de même certainement que les ennemis et les amis d'Israël concernés). Ceci amène l'homme de la rue à la conclusion que les « poulains » de Ben Gourion ont utilisé la censure militaire leurs fins politiques particulières.

C'est alors que Ben Gourion refusa de communiquer aux membres de son gouvernement les faits contenus dans un rapport à ce sujet pour ne leur communiquer que les conclusions à dégager de ces mêmes faits. On ne pouvait donc confier aux ministres des faits ayant trait à des problèmes de « sécurité ». 1 pu entendu, par sont fort en eil sur Bien entendu la conclusion qu'en cette question - était que ce n'était point la sécurité qui était ainsi menacée, mais des personnalités proches des sommets gouvernementaux.

Le fait établi que des officiers du plus haut grade et des fonctionnaires gouvernementaux haut placés se sont trouvés impliqués dans une affaire de faux a détruit la confiance de la population dans les communiqués et les déclarations d'intention gouvernementales.

Le résultat de tout cela et de maints autres détails dans le développement de I« affaire », que le publie suivit avec une attention telle qu'on ne l'accordait jusqu'ici qu'aux matches de football, ce fut l'apparition de groupes critiques parmi les étudiants et les intellectuels, voire dans un public plus vaste. Jusqu'ici, en effet, seuls des individus faisaient entendre de temps à autre des opinions discordantes - - si l'on fait abstraction du P.C. qui, faible et isolé du puele Junt, a encore perdu des voix lors des dernieres élections.

Il existe aujourd'hui une atmosphère l'attention et d'esprit critique en matie re politique, telle qu'elle fut inconnue depuis la fondation de l'Etat, voici treize ans. Le fait que ces groupes ne se situent pas en dehors du monde sioniste est un symptôme fort encourageant. Par la suite ces éléments seront amenés obligatoirement à faire un choix politique. Il est actuellement impossible de prédire combien parmi eux retourneront au bercail ou bien, à l'inverse, si ces développements auront des perspectives grandissantes.

La donnée importante, quoique modeste, est pour l'heure que dorénavant chacun est disposé à écouter attentivement des arguments et que les « questions de sécurité » ne sont plus des tabous, coupant net toute discussion comme autrefois.

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