Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 13

La troisième réforme khrouchtchévienne de l'agriculture soviétique

E. Germain · Quatrième Internationale, n° 13 · juillet 1961 · p. 32-37 · 4 652 mots

In English: Khrushchev's Third Reform of Soviet Agriculture (Fourth International No. 13, Summer 1961).

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Pour la quatrième fois, depuis la mort de Staline, les dirigeants de la bureaucratie soviétique ont modifié leur politique agricole. La première réforme - la réforme Malenkov — fut proclamée lors de la réunion du CC du PC de 1'U.R.S.S., de septembre 1953, la deuxième (la première réforme Khrouchtchev) fut décidée en 1955; la troisième résultat du discours que Khrouchtchev prononça à Minsk, le 22 janvier 1958. Les débats du comité cenCéréales engrangées Viande sur pied .. Laine ufs

L'écart est done considérable; en moyenne, la production agricole reste inférieure de 25 % aux prévisions des planificateurs de 1955 et de 15 % aux objectifs en 1959 pour 1960. Comme les besoins de la population se sont accrus dans une proportion plus forte que les planilicateurs ne lavaient prévue - surtout les besoins de produits agricoles « nobles » : viande, beurre, lait, agrumes -, le développement insuffisant de l'agriculture soviétique constitue une source permanente de friction sociale et de tension politique dans le pays.

Les énormes succès de la science et de la technologie soviétiques — du spoutnik à l'exploit de Gagarine — ne réduisent en rien cette tension, même s'ils contribuent incontestablement à renforcer les fondements subjectifs de la société soviétique, le refus de tout changement de régime social de la part des peuples soviétiques. Au contraire : compares a ces exploits, les insuffisances et les interruptions fréquentes dans l'approvisionnement du peuple en biens de consommation agrico! .es prennent ce plus en plus l'aspect d'un scandale permanent. Contre ce scandale, les couches les plus diverses de la société soviétique protestent à haute voix. Sous Staline, la dictature policière féroce permit de s'obstiner dans l'erreur pentral du 10-18 janvier 1961 aboutissent maintenant à une quatrième réforme.

Pourquoi ce nouveau tournant ? Parce que, malgré les résultat partiels fournis par les deux réformes précédentes, l'agriculture soviétique se développe à un rythme insuffisant. Les objectifs fixés successivement par le bème plan quinquennal (qui n'a pu être réalisé), puis par le plan septennal, ne sont pas réalisés, — loin s'en Objectifs du 6° plan quinquennal fixés en 1955 pour 1960 180 millions de t.

millions de t. 465.000 tonnes

45,8 milliards faut.

production effective en 1960 millions de t.

8,7 millions de t.

355.000 tonnes

26,4 milliards dant une longue période. Sous Khrouchtchev, le changement des rapports de force entre les masses et la bureaucratie oblige les gouvernements à modifier constamment leur politique agricole, du moment que celle-ci ne permet pas d'atteindre les objectifs fixés.

Le président du conseil des ministres de la République fédérative de Russie ('a plus grande des Républiques de l'Union), D.S. Polanski, a reconnu que « des irrégularites se sont produites dans l'approvisionnement de la population avec de la viande, du Jait et du beurre dans plusieurs villes et cites ouvrières » (Pravda, 12 janvier 1961).

Dans un discours du 17 janvier 1961, au CC du PCUS, Khrouchtchev reconnait, lui aussı l'insuffisance du développement de l'agriculture par rapport aux besoins accrus de la population :

« Comme je l'ai déjà dit plus haut, l'agriculture du pays a également remporté de grands succès, mais il faut admettre qu'elle ne se développe pas aussi rapidement que l'industrie, et qu'elle ne suit pas pour ainsi dire la croissance rapide de notre industrie et la croissance de la demande de la population...

..Bien que nous ayons pu constater ces dernières années une certaine aug-

UATRIEME mentation de la production agricole, cette augmentation ne nous donne pas satistaction, car elle ne correspond pas aux besoins accrus du peuple ».

(Pravda, 21 janvier 1961):

Khrouchtchev affirme qu'en 1960, les revenus des salariés soviétiques (y compris les retraités) se sont accrus de 242 milliards d'anciens roubles par rapport à ceux de 1955. Il affirme en même temps que la consommation par tête

LES KOLKHOZ LIVRENT DE CEREALES

La première réforme agricole poststalinienne (lancée par Malenkov) visait à accroître la production kolkhozienne grâce à l'augmentation des revenus obtenus par les kolkhoz en échange de la production fournie à l'Etat.

Le deuxième réforme — la première lancée sous la responsabilité personnelle de Khrouchtchev - visait à exploiter les terres vierges sur grande échelle. Ainsi que nous l'avions expliqué à l'époque, ces terres vierges devaient être exploitées exclusivement par des sovkhoz (fermes d'Etat). La mesure avait donc pour but de rendre l'approvisionnement des villes en vivres en partie indépendant de la production ko.khozienne. u s'agissait de « contourner » le paysan, en même temps qu'on l'amadouait.

La troisième , réforme consista dans la vente au kolkhoz des machines agricoles, tracteurs et autre matériel dis propriete de l'Etat, dans le but de stimu'er à nouveau la production kolkhozienne, celle des sovkhoz établis sur les « terres vierges » s'avérant fluctuan-

Get instable pour pouvoir créer à brève échéance une base solide d'approvisionnement des villes.

Quelle est la portée de la quatrième retorme, a laquelle aboutissent les travaux du « Plénum agricole » du CC de janvier 1961 ? Contrairement aux trois rétormes précédentes, elle ne peut être résumée en une seule formule. Les mesures essentielles portent notamment : 1) sur une amélioration de l'approvisionnement des kolkhoz en machines agricoles et en pièces de rechan-

Use Union pour la vente et l'entretien ge, grâce création d'une des machines agricoles », organisme destiné à enregistrer et à équilibrer la demande de ces machines, leur production, leur répartition et leur expédition sur tout le territoire de l'U.R.S.S. ; 2) sur une réorganisation de l'achat de la production kolkhozienne par

!'Etat, qui s'effectuera dorénavant à l'aide de contrats conclus avec chaque kolkhoz par l'intermédiaire d'< inspecteurs itinérants aux achats ».

d'habitant s'est accrue entre 1953 et 1959 de 42 % pour la viande, de 35 % pour le beurre et de 74 % pour le lait et les produits laitiers. Sur la base de ces chiffres, la consommation de viande par tête d'habitant en U.R.S.S. reste cependant inférieure de 50 à celle des Etats-Unis. L'objectif d'atteindre et de dépasser la consommation par tête d'habitant américaine reste donc fort éloigné, même pour les produits agricoles de qualité.

DE MOINS EN MOINS

A LA VILLE 3) sur une tentative d'endiguer l'expansion continuelle des marchés kolkhoziens, en chargeant les coopératives de racheter progressivement le surplus de la production des kolkhoziens et surtout le surplus de la production privée des kolkhoziens ; 4) sur une répression plus énergique des faux, des vols la bureaucratie des détournements, commis par kolkhozienne, ainsi que par les paysans individuels a legard de la propriété kolkhozienne.

Cette réforme contient-elle un cinquième élément, extrêmement importattitude de Petat a Tegard des « entant à savoir modification dans treprises commerciales et industrielles » créées par les kolkhoz riches, et à l'égard exploitations . privées des paysans ? Les débats publiés du C.C. ne permettent pas encore de répondre a cette question. Des divergences semblent avoir provoqué des discussions gardées secrètes; on peut s'attendre à des décisions dans un sens ou dans l'autre au cours des prochains mois.

Pour comprendre les raisons de cette nouvel'e réforme, il faut examiner de plus près le bilan de l'agriculture soviétique que nous présentèrent ses dirigeants au cours du Plénum du C.C. de janvier 1961. Il apparaît nettement que les deux grandes faiblesses du système persistent malgré les mesures prises en 1958. La production kolkhozienne stagne; la production des « terres vierges » fluctue tres tortement dannée en année, avec les conditions météorologiques, en Asie centrale.

Certains chiffres cités au cours du débat du C.C. de janvier 1961 concernant la production kolkhozienne sont véritablement désastreux. Ainsi, le discours de c'ôture de Khrouchtchev. de même d'ailleurs que la résolution adoptee, indiquent qu'entre 1953 et 1960. - la. quantité de céréales vendue à l'Etat passe de 31 à 46,5 millions de tonnes. Or, dans son discours précité, Polianski indique que les « terres vierges » de la seule R.S.F.S. de Russie ont vendu à l'Etat plus de 16,3 millions de tonnes de céréales en 1960 (Pravda, 12 janvier 1961). Il faut donc conclure que les fournitures de céréales des kolkhoz :

INTERNATIONALE l'Etat étaient en 1960 inférieures à leur niveau de crise de 1953!

Khrouchtchev préfère ne pas citer, à ce pronos des donnés d'ensemhla Moig ce propos, des données d'ensemble. Mais 1l cite des chiffres qui permettent de confirmer cette conclusion. Il s'avère, en effet, que sur 15 Républiques sovietiques, 13 fournissent à l'Etat moins de céréales en 1960 qu'en 1953, tandis les districts dans lesquels il n'y a pas que pour la 11° (la R.S.F.S. de Russie), de terres vierges se trouvent exactement dans la même situation. Sur ces 13. Républiques, pas moins de 7 (la Géorgie, la Lithuanie, la Lettonie, le Tasjikistan, l'Arménie, la Turkménie et l'Esthonie) ne fournissent plus un kg de blé à l'Etat, c'est-à-dire ont été libérées de cette obligation, alors qu'elles en fournissaient encore près d'un demimillion de tonnes en 1953.

En Ukraine, qui fournit en 1953 près d'un tiers du blé vendu à la population citadine de toute T'U.R.S.S., . la vente de céréales à l'Etat a baissé de 9 millions de tonnes en 1953 à 5,8 millions en 1960 : l'ancien grenier de l'Union ne couvre plus que 15 % des besoins des citadins soviétiques. Pour la R.S.S. de Russie-Blanche, la chute des tournitures à lEtat atteint 50 %, si Ton part du niveau de 1953, et 65 % si l'on part du niveau de 1950. Quant à la R.S.F.S. de Russie, si l'on fait abstraction des « terres vierges », ses ventes a l'Etat ont également diminué de 1,5 million de tonnes entre 1953 et 1960. Et comme Khrouchtchev affirme par ailleurs que la production des terres vierges fournit actuellement plus de 40 % des céréales à la disposition de l'Etat (villes + réserves et armée), on peut estimer que les entreprises agricoles existantes en 1953 ont réduit en 1960 leurs fournitures à l'Etat de près de 6 mitions de tonnes de cérdales !

Certains chiffres cités par Khroutchev permettent d'ailleurs de conclure

L'EXPERIENCE DES

Si Khrouchtchev et tous les orateurs au « Plénum agricole » n'ont cessé de vanter les résultats obtenus par le défrichement des « terres vierges » en Sibérie et au Kazakstan, une serie de faits cités incidemment démontre cependant que l'expérience n'a pas encore fait définitivement ses preuves. Il est impossible d'avancer lhypothese que ce défrichement apporte une fois pour toutes, la solution des problèmes agricoles de PU.R.S.S. Khrouchtchev l'a bien senti. Il a cru nécessaire d'inclure dans son discours de clôture au C.C. de janvier 1961, un calcul assez primitif. Au cours des sept années 1954-1960, dit-il, l'Etat a investi dans ces régions 440 milliards d'anciens roubles, et la seule production de céréales obtenue pendant ces 7 années a rapporté 760 milliards, ce qui qu'il s'agit d'une véritable tendance générale :

Ventes de céréales par l'Ukraine

1948 1949 1953 1958 1959 1960 l'Etat.

10,0 millions de tonnes

8,7

»

9,0

9,0

7,4

5,8

Dans certaines régions - notamment en Russie-Blanche et dans la région occidentale de la R.S.F.S. de Russie — un large déficit en céréales est apparu, c'est-à-dire que l'Etat doit fournir à ces régions beaucoup p'us de céréales qu'il n'en obtient. En 1960, ce déficit atteint près de 300.000 tonnes pour la seule R.S.S. de Russie-Blanche et près de 600.000 tonnes pour certains districts occidentaux de la R.S.F.S. de Russie.

D'où provient ce recul désastreux ? II est le résultat de deux tendances contradictoires : a stagnation de la production kolkhozienne d'une part; l'accroissement considérable de la consommaton propre des kolkhoz et des kolkhoziens d'autre part (aussi bien la consommation humaine que la consommation de céréales par le bétail).

Il est difficile d'avancer des chiffres concernant la production comparée des différentes républiques soviétiques. Les documents du CC de janvier 1961 ne citent pas des données directes à ce propos. Mais différents recoupements nous permettent d'avancer l'hypothèse que la production totale de céréales en Ukraine ne fut pas supérieure en 1960 à ce fournitures à l'Etat s'explique donc par qu'elle fut en 1953. La réduction de sur place. L'accroissement du cheptel l'accroissement de la consommation bovin et des porcs, qui augmente de plus de 5 millions de têtes pendant cette période, explique en grande partie cette consommation accrue. TERRES VIERGES donne un bénéfice net (ce sont les paroles propres du premier secrétaire !) de 320 milliards.

Mais Khrouchtchev se garde bien de faire une analyse plus approfondie et plus sérieuse. Il ne répond pas à la question suivante: si ces 440 milliards avaient été investis dans la production d'engrais et de machines agricoles supplémentaires, n'auraient-ils pas pu rapporter pour plus de 760 milliards de roubles de céreales dans d'autres régions d'U.R.S.S. ?

Il n'inclut pas non plus dans son calcul les privations et les sacrifices terribles de centaines de milliers de jeunes Komsomols et de travailleurs envoyés pour défricher ces terres et qui y ont souvent vécu dans des conditions absolument inhumaines. Il n'y inclut pas non

RESTE HYPOTHETIQUE

RESTE HYPOTHETIQUE

QUATRIEME plus les dégâts immédiats provoqués par Térosion qu'entraîne la culture extensive sur les « terres vierges » (le premier secrétaire du PC d'Ukraine, Podgorny, a parlé des terribles « tempêtes noires » qui amènent jusque sur le territoire de cette République la poussière des lointaines terres sibériennes, arrachées par le vent !), — sans parler des dégâts à plus long terme. Un immense « dust bow. » a limage de cean de l'Oklahoma, tristement célèbre au cours des années 1930, est aujourd hui en tormation en U.R.S.S.; il ne pourra être résorbé que par un gigantesque effort d'irrigation. Mais le premier secrétaire du PC de Kazakstan a reconnu au CC que pas un seul des 73.000 ha que le plan ordonnait d'irriguer en 1960 ne fut effectivement soumis à l'irrigation au cours cours de cette année (Fraudu, 12 janvier 1961).

Les chiffres cités concernant le rendement des terres vierges défrichées sont également éloquents. En moyenne, le rendement de la culture des céréales d'U.R.S.S. dépasse légèrement les 10 quintaux par ha., ce qui est fort bas, même pour une agriculture extensive. Mais au Kazakstan cette moyenne tombe à 8,4 quintaux, y compris pour la production des zones irriguées. Les chif-

FREIN AU DEVELOPPEMENT

Un des aspects particuliers des débats du « Plénum agricole », ce furent les attaques violentes dirigées par Khrouchtchev contre des dirigeants du Parti et de l'Etat, ainsi que contre certains dirigeants d'organismes inférieurs. Ces dirigeants furent accusés d'une série de crimes précis : fausses statistiques et faux en écritures; pratiques criminelles pour « justifier » de faux « bulletins de victoires » (notamment abattage de veaux et de génisses pour atteindre l'objectif de fourniture de viande ; achats de beurre ou de lait sur le marché libre pour « atteindre » les objectifs de production laitière, etc.) ; dépradations et vols manifestes. Ces débats se déroulèrent en présence de nombreux « specialistes » agronomes et présıdents de kolkhoz. De plus en plus, le Plénum du CC du PC de T'U.R.S.S. se transforme ainsi en un véritable petit parlement de la bureaucratie. Cela va dans le sens de l'élargissement des assises du pouvoir au sein même de la bureaucratie que nous avions annoncé dès le lendemain de la mort de Staline, en 1953.

Certaines interruptions de Khrouchtcomte: Dore cognes emplac certains dialogues, certaines réaspect tragico-

« Khroushtchev (interrompant un président de kolkhoz ukrainien, un certain G.I. Tkatchouk) : « Et pourquoi les fres de Polianski permettent de conclure à un rendement du même genre sur les terres vierges de Sibérie. Celui-ci est donc inférieur de plus de 20 % au rendement moyen des autres terres cultivées en U.R.S.S.

Le discours de clôture de Khrouchtchev n'aborde pas directement le problème du mécontentement des jeunes travailleurs envoyés vers les terres vierges. On sait que ce mécontentement a donné lieu à des phénomènes de grèves ouvertes et surtout voilées, - c'est-à-dire de départs massifs qui mirent en danger les récoltes dans plusieurs régions, notamment au Kazakstan. Diverses œuvres littéraires ont récemment reflété le vaste mouvement d'opinion qui s'est prosame atoment ar on tons di Mais le bureaucratie soviétique y fait tout de même indirectement affirme qu'il est préférable de « créer sur place des entreprises fondées sur la production saisonniere, qui pourraient etre arrétées pendant les travaux de récolte pour que les ouvriers puissent être envoyés dans les kolkhoz et les sovkhoz. Ce serait plus efficace que d'envoyer pour la recolte des gens qur ne sont pas habitués au travail agricole ». Est-ce l'indice qu'on arrêtera l'envoi de Komsomols vers les « terres vierges » ? DES FORCES PRODUCTIVES Ukrainiens ne promulgueraient-ils pas une loi contre les voleurs (sic) ? Seraitce possible ? (Applaudissements).

G.I. Tkatchouk : « Cela serait naturellement possible ».

Khrouchtchev: « Egalement contre des bouilleurs de cru et contre des ivrognes ? » (Mouvement dans la salle). conque boit trop devrait egalement être G.I. Thatchouk : « Bien sûr. puni (sic) ».

(Prauda, 14 janvier 1961).

I.R. Rassakov (premier secrétaire du PC de la RSS de Kirghisie) : « Dans les theses sur son rapport, le camarade Khrouchtchev a critiqué le CC du PC de Kirghisie de manière sévère mais pleinement justifiée.. En effet, l'ancien premier-secretaire du comite regional du Parti de Isian-Chan, Issalev, a commis un crime en appelant les présidents de rayons et de kolkhoz à acheter du beurre dans les magasins, et à fournir ce beurre (à l'Etat), dans le cadre de la réalisation du plan pour les livraisons du lait.

Le CC du PC de Kirghisie la exclu du parti pour des agissements antiparti et l'a démis de ses fonctions de ministre de l'Intérieur.

Khrouchtchov: Quand avez-vous fait cela ? Après avoir reçu ma Lettre Ouverte?

LA BUREAUCRATIE,

LA BUREAUCRATIE,

I.R. Rassakov : Oui, après la Lettre.

Khrouchtchev: Avez-vous appris les faits grâce à la Lettre ?

1.R. Rassarou : Des membres du parti ont pose cette question a la conterence.

Khrouchtchev: Et auparavent, vous ne le saviez pas ?

I.R. Rassakau : Nous l'avons su, mais nous ne lui avons infligé qu'une sanction légere.

Khrouchtchev : Et vous l'avez ensuite nommé ministre ? Ils vont si loin qu'ils considèrent que la meil'eure sanction pour un homme qui a commis un crime est celle de le nommer ministre (bruit dans la salle et rires).

I.R. Rassakov : Voilà en quoi consistait notre grave erreur. Nous l'avons nommé ministre de l'Intérieur (sic) ».

(Pravda, 14 janvier 1961).

Mais dans son discours de clôture, . Khrouchtchev a sévèrement attaqué le premier ministre de l'Ukraine, Kaltchenko, qui, en provoquant une récolte prématurée du mais et des tournesols, sous le prétexte que tout brûle sur les champs avait causé des pertes sérieuse. « Et aujourd'hui, il est membre du CC, député au Soviet Suprême, président du Conseil des ministres d'une des plus grandes Républiques, l'Ukraine, et l'eau glisse sur lui comme sur une oie; cela ne lui fait rien qu'il se soit trompé » (Pravda, 21 janvier 1961). Epilogue : Kaltchenko a été démis de ses fonctions en février 1961; mais quelques jours plus tard il est nommé. vice-président du Conseil des ministres de la République de l'Ukraine !

Ces attaques, quelquefois grossières, quelquefois spirituelles, contre le comportement de bureaucrates individuels ne sont pourtant pas un phénomène nouveau dans l'histoire de la bureaucratie soviétique. Elles se sont produites souvent sous Staline ; elles ont été répétées plus d'une fois depuis la mort de Staline. Ce qui distingue l'actuelle offensive de Khrouchtchev de toutes celles qui T'ont précedée, c'est d'une part son ampleur (1), mais d'autre part le fait qu'elle n'est suivie que de très peu de sanctions effectives. Il est clair qu'il

Dans son discours de clôture au CC de janvier 1961, Khrouchtchev raconte que l'an dernier, passant ses vacances en Ukraine, il y a rencontré un groupe Joyeux a nommes et de temmes qui transportaient des pommes de saporoshé jusqu'en Russie B'anche c'est-àdire à une distance de 7 à 800 km! I ajoute que des gens transportent même des pommes en avion jusqu'à Chabarovsk, en Extrême-Orient.

Le décret du présidium du Soviet Suprême de la R.S.F.S. de Russie du 4 mai 1961 fait alusion à des phénomènes analogues. Une lettre publiée par le journal « Sovietskaia Rossia », reproduite dans Le Monde, du 9 mai, cite la « riche moisson » que peuvent récolter s'agit d'une soupape de sûreté classique.

Certaines des attaques de Khrouchtchev, sous le couvert de s'adresser aux bureaucrates, s'adressèrent d'ailleurs en réalité aux paysans. Ainsi, l'exclamation la plus sensationnelle de Khrouchtchev qui apparemment visait le premier secrétaire du PC de lUkraine, N.V. Podgorny :

« Ehrouchtchev : Je suis convaincu, camarade Podgorny, que les chifres que vous venez de citer au sujet du rendement du mais ne représentent que la moitié de la récolte. L'autre moitié de la récolte fut arrachee, volee sur le champ, alors qu'elle mûrissait.

N.V. Podgorni : C'est exact, Nikita Sergeievitch.

Khrouchtchev : Qu'est-ce que cela a alors à voir avec le mauvais temps : La récolte a été arrachée, vo'ée, et vous dites que le mauvais temps n'a pas permis d'obtenir une recolte plus élevée. Est-ce exact ?

N.V. Podgorni : Oui, c'est exact. »

(Pravda, 12 janvier 1961).

Il faut souligner qu'en poursuivant son exposé, Podgorny s'efforça de réduire la portée de l'affirmation Khrouchtchev, et déclara que , les faits révélés par Khrouchtchev ont eu « une certaine influence » sur le travail, et l'ont « dans une certaine mesure » compliqué. Mais l'accusation incroyable de Khrouchtchev — « on a volé la moitié de la récolte sur plusieurs millions d'ha. emblavés »! - ne pouvait viser qu'un seul coupable : la masse des paysans eux-mêmes. Il serait en effet difficile de croire que les bureaucrates auraient « volé » et transporté horg des kolkhoz le contenu de milliers et de milliers de wagons de chemin de ter. d'une véritab e flotte de dizaines de milliers de camions. Seuls les paysans eux-mêmes pouvaient avoir effectué un vol sur une si grande échelle. Aussi ne faut-il pas s'y tromper : les décrets récemment promulgués pour punir les crimes economiques visent bien plus les délits de la masse des paysans et d'autres « entrepreneurs privés » modestes, que les crimes de la bureaucratie. des esprits entreprenants, en vendant une production privée à des prix spéculatifs, au moment opportun. Si l'on veut comprendre ce phénomène non pas dans un sens moralisateur mais d'après ses

(1) Comme on pouvait s'y attendre, l'ampleur de ces attaques a eu des effets... dans l'industrie; les travailleurs y connaissent très bien les pratiques des bureaucrates tout aussi malhonnetes que celles des bureaucrates dans l'agriculture. Ces jours-ci, la Pravda publia un article affirmant qu'elle reçoit mil'e lettres par jour (sic) qui dénoncent des faits précis de statistiques faussées dans les usines...

ENTRE LA PENURIE ET L'ACCUMULATION PRIMITIVE

ENTRE LA PENURIE ET L'ACCUMULATION PRIMITIVE origines économiques, on comprendra aisément qu'il s'agit d'une renaissance permanente de la petite production marchande, due à l'insuffisanoe de l'approvisionmement de la population.

Comme à l'époque stalinienne, la politique agricole de la bureaucratie soviétique oscille à ce propos constamment entre deux pôles : ou bien encourager à tout prix l'accroissement de la production, l'effort productif des paysans, y compris sur leurs lopins privés — et dans ce cas provoquer inévitablement des tendances accrues à l'accumulation primitive ; ou bien sévir contre la petite production marchande à l'aide de contraintes et de la loi — et alors provoquer une baisse non moins inévitable du rendement du paysan, et une pénurie accrue de certains biens de consommaton pour la population citadine.

Entre 1953 et 1959 l'initiative et les gains des kolkhoz et des kolkhoziens furent stimulés par tous les moyens, surtout par la politique des prix. Il en résulta une importante accumulation de fonds liquides dans une partie des kolkhoz, fonds employés d'abord pour l'achat des machines agricoles et des tracteurs, puis même pour l'achat de moyens de production industriels et de moyens d'échange : des « usines kolkhoziennes » furent érigées (notamment dans l'industrie alimentaire dans l'industrie des matériaux de construction) qui firent une concurrence réelle aux produits de l'industrie étatisée. Des « magasins kolkhoziens » apparurent dans les villes au côtés des magasins d'Etat et des magasins coopératifs.

Parallèlement, une partie des paysans prives sut accumuler également d'importants avoirs, grâce au produit des ventes privées dans le « marché kolkhozien », qui sont de nouveau tolérées et même stimulées par les autorités.

Il semble qu'en 195 tendances. Deune réaction s'est dessinée contre ces Ja au Plenum du CO de janvier 1960, la tendance a la réduction des lopins privés, à la vente forcée des vaches privées, fit son apparition (2). Nous avons dit à l'époque que cela entraînerait des réactions nettes des paysans dans le sens d'une chute du rendement. Les chiffres de production pour 1960 ont confirmé cette prévision.

ailleurs, les protestations des « kolkhoz pauvres » contre les difficultés dans lesquelles les avait precipités l'achat forcé des machines agricoles — difficultés que nous avions également prévues (voir notre article dans 1958) se joignirent aux initiatives de « Quatrième Internationale avril plus en plus audacieuses des kolkhoz riches dans le domaine industriel et commercial pour amener les autorités à l'année 1960 les sphères dirigeantes du a faire machine arrière. Pendant toute

Run débat fit rage à ce propos dans pants les mesures organisationnelles pridont les échos déformés percent ses au lendemain du « Plénum agricole » du CC de janvier 1961.

Fin février 1961 parut un décret du

Conseil des ministres de Y'U.R.S.S. qui autorise les coopératives à racheter le surplus de la production des kolkhoz et des paysans privés a des prix supérieurs à ceux établis pour les livraisons contractuelles et « fixés de commun accord » par les coopératives de consommation et les kolkhoz (ou kolkhoziens). La Pravda du 18 mars 1961 signale qu'a Krasnodar fonctionne le premier « marché coopératif » qui remplacerait ainsi avantageusement l'ancien marché kolkhozien ». Le même journal signale cependant aussi que l'approvisionnement y est encore « défectueux ».

parallelement, un autre décret du consel. des ministres de TU.R.S.s. crée lobligation pour les kolkhoz de conclure des contrats de livraison avec l'Etat, contrats qui seront négociés par un corps d'« inspecteurs itinérants aux achats ».

Les deux mesures semblent avoir le même but : renforcer le contrôle - encore décentralisé - de l'Etat sur la production agricole par l'intermédiaire de nouveaux appareils bureaucratiques intermédiaires. Mais, dans la situation de pénurie qui subsiste, la loi de loffre et de la demande ne peut être impunement niée par la bureaucratie, sans que la production et les consommateurs s'en ressentent douloureusement !

d'ailleurs l'impression qu'un compromis serait intervenu à ce propos et que la discussion se poursuit dans les sphères dirigeantes de la bureaucratie. Car conjointement aux mesures sus-mentionnées, qui seront sans doute considérées comme vexatoires par les paysans, le gouvernement a décidé d'abaisser les prix des pièces de rechange pour machines agricoles, et de faciliter l'approvisionnement des kolkhoz en instruments de travail grâce à la création de « l'Union pour la Vente et l'Entretien des Machines agricoles » (Soïousselchostechnika). La bureaucratie a cependant évité que les ko khoz puissent s'adresser directement aux usines fa.briquant les machines agricoles, en présentant leurs « commandes ». C'est une preuve supplémentaire qu'elle est inquiète des éléments de décentralisation et d'accumulation primitive introduits dans la vie économique soviétique par l'initiative industrielle et commerciale croissante des kolkhoz.

Oscillant ainsi entre deux excès opposés mais parallèles et cherchant en définitive son salut dans une succession de mesures d'apparei

• la bureaucratie soviétique est loin d'avoir résolu le problème agricole en U.R.S.S. Et à mesure que sa solution retarde, les raisons de mécontentement s'accumulent dans diverses couches de la population soviétique, commençant à saper la popu'arité de Khrouchtchev et la stabilité relative et temporaire dont jouit le régime bureaucratique depuis 1957.

5 juin 1961.

(2) Podgorni affirme au CC de janvier 1961 qu'en 1960, le cheptel privé a diminué de 1,7 millions de bovins et de 400.000 porcins en Ukraine.

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