Au bout de six années et demi de guerre ont commencé, sur les bords du lac de Genève, des négociations entre des représentants du gouvernement français et des représentants du G.P.R.A. en vue de trouver une solution pour l'Algérie.
Il serait cependant illusoire de croire que ces négociations peuvent aboutir rapidement, car la distance entre les interlocuteurs est fort grande. En premier lieu, le gouvernement français ne reconnaît pas formellement aux hommes qui sont à la table des négociations le titre de représentants d'un gouvernement. Sous une formule équivoque, il ne veut voir en eux que les représentants de ceux qui combattent les armes à la main et d'une fraction des Algériens. Il vise à obtenir un cessez-le-feu et des garanties pour les positions de l'impérialisme francais (directement, et par le poids des Français d'Algérie), il prétend dénier l'appartenance du Sahara à l'Algérie.
Les représentants du G.P.R.A. demandent qu'il n'y ait pas d'équivoque sur les frontières de l'Algérie, le Sahara devant y être inclus. D'autre part, s'ils ne sont que les représentants que d'une fraction des Algériens, comme le prétend le gouvernement français, comment peut-on leur demander de prendre des engagements que seul un gouvernement reconnu peut prendre ? Aussi ne veulent-ils discuter que des garanties politiques de l'autodétermination, à moins que préalablement le gouvernement français ne reconnaisse l'indépendance de l'Algérie et leur qualité de représentation gouvernementale.
On n'est donc pas surpris qu'après plusieurs semaines on ne soit pas allé au-delà d'échanges de vues sur de nombreuses questions, sans que la discussion ait avancé d'un pouce. Le gouvernement français qui déclare urbi affaires Algérie vont très bien, s'efforce de modifier la situation à son profit. Il voudrait obtenir avant tout un désarmement de l'A.L.N. Aussi à l'ouverture des fit-il annoncer qu'il procédait à une trève unilatérale d'un mois, ainsi qu'à quelques mesures de relâchement en Algérie. Le G.P.R.A. n'y a pas attaché d'importance et tous les agents du capital de s'indigner : ces Algériens on ne tirera plus sur eux que « défensivement », on en laisse sortir quelques-uns des camps pour retrouver leurs mechtas détruites et ils ne comprennent pas la générosité gaulliste. En France, on continue à les pourchasser et ils osent rendre des coups aux harkis.
Nous avons souvent écrit que la marge d'accord était très étroite, car les dirigeants du G.P.R.A. sont l'expression d'une révolution, d'un peuple soulevé qui n'est pas prêt à accepter n'importe quoi. Mais, à l'heure actuelle, les pourparlers sont condamnés à piétiner parce que le gouvernement français a encore des prétentions de vainqueur : le ministre des Armées a publié une directive aux troupes qui témoigne que le pouvoir en France n'a pas encore fait assez de chemin pour qu'il y ait vraiment une négociation ; les termes de cette note ne sont pas là pour sauver la face, mais révèlent une incompréhension du rapport des forces. Il y a là la conviction que les Algériens peuvent être gagnés, contre le G.P.R.A., au néo-colonialisme auquel rêve de Gaulle. On comprend donc que les représentants du peuple algérien ne se laissent pas berner par de telles prétentions et, ayant déjà combattu tant d'années, attendent Les procès actuellement menés contre les militaires qui ont participé au putsch que le gouvernement français ait une notion un peu plus réaliste de sa situation. sionner le monde, et surtout les Algériens ste avec cela que de Gaule veut impres 22 avril, mettent à jour et la stupidité politique de grands chefs, et l'attentisme d'autres, et la décomposition de l'armée. Est-ce avec cela que de Gaulle veut impres-
On peut se poser la question : les négociations ne seront-elles donc pas rompues dans ces conditions ? On ne peut totalement exclure une telle éventualité, cependant elle ne paraît pas très probable. Les Algériens n'auront aucun intérêt à le faire. Quant au gouvernement français, il a été prévenu par Kennedy, de passage à Paris, qu'une rupture à Evian obligerait d'autres pays à engager des conversations et on sait ce que cela veut dire. Il faut donc s'attendre à ce que les pourparlers traînent. Il est certain que se produiront des interruptions temporaires. Mais on ne proclamera pas de part et d'autre une rupture. Le gouvernement français vient, pour faire pression, de suspendre les négociations d'Evian. On ne sait quand celles-ci reprendront. Mais cela ne sera possible que si le gouvernement français a moins de prétentions.
Il faut, pour que les négociations aboutissent à quelque chose, qui ne pourrait d'ailleurs être qu'un palier très bref dans la marche de la révolution algérienne, que le gouvernement français rabatte de ses prétentions. Comment y sera-t-il amené ? La résistance des Algériens a été et reste le facteur principal dans la situation. Les interventions internationales, y compris des alliés de l'impérialisme français, constituent un autre facteur. Il y a enfin, il devrait y avoir l'intervention , des travailleurs de France pour la paix, au profit du peuple algérien. A ce propos, le commencement des négociations a eu un effet immédiat fâcheux : dans les grandes masses, il y avait l'illusion que la paix est proche. Cette illusion est entretenue par toutes les directions réformistes, qui ne veulent pas affaiblir « la position de la France » dans ces négociations. Le P.C.F. et la C.G.T. maintiennent une certaine agitation pour l'envoi délégations auprès des négociateurs d'Evian ce qui a une valeur pratique. Politiquement cela relève du pacifisme et non d'un soutien à un mouvement révolutionnaire contre son propre impérialisme. Il est cependant à prévoir que le prolongement iné vitable des négociations, sans qu'une solution apparaisse et le maintien du contingent avec un service de 28 mois, auront d'ici quelque temps (après la période des vacances) pour effet de faire réapparaître la volonté d'intervention directe des masses, comme on le vit déjà à diverses reprises dans les dernières années. Les militants doivent préparer les masses pour une intervention en faveur de l'indépendance totale l'Algérie ; le retrait des troupes françaises de l'Algérie, la fin de toutes les mesures de répression qui frappent les travailleurs algériens en France.