Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 13

Fin de la récession américaine ?

Quatrième Internationale, n° 13 · juillet 1961 · p. 13-14 · 1 021 mots

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Aux mois d'avril et de mai, l'indice de la production industrielle, ajustée aux fois depuis le début de la récession (avril 1960). Est-ce à dire que la récession ame variations saisonnières, a commencé à se relever aux Etats-Unis, pour la ricaine est terminée et qu'elle a duré exactement un an ?

Certains indices le laissent supposer. Les commandes de biens d'outillage et de biens de consommation durables augmentent légèrement ; si la construction immobi lière est encore en stagnation, il y a pourtant les premiers signes d'une reprise, sous l'impulsion de dépenses gouvernementales accrues. L'augmentation du budget mili taire (y compris les dépenses énormes décidées par l'administration Kennedy pour que « les Américains soient les premiers à atterrir sur la lune ») stimulera la demande globale. L'emploi connaît également une légère reprise, surtout dans le secteur immobilier et dans celui des biens de consommation non durables.

Si tous ces incidents ne sont pas neutralisés par des faits nouveaux, et si la tendance à la reprise se maintient au cours du second semestre 1961, il faudrait tirer certain nombre de conclusions de la récession américaine 1960-61. Elle aurait été la récession la plus courte et la moins profonde des récessions d'après-guerre ; elle aurait donc dans une certaine mesure contredit la tendance à des récessions, tendance qui s'était manifestée régulièrement en 1949, 1957. Elle aurait été la deuxième récession américaine depuis la fin de la deuxième guerre mondiale à rester pour l'essentiel confinée dans l'hémisphère occicoïncidant même avec un boom exceptionnel en Europe capitaliste, avant tout dans les pays du Marché Commun.

Comment expliquer que cette récession américaine eut été si brève et si peu profonde ? Deux raisons semblent pertinentes. Cette récession a succédé à une « haute conjoncture », elle-même très courte et très fiévreuse, ce qui signifie que l'ensemble de la période 1959-1961 apparaîtrait plutôt comme une période de stagnation. la politique déflationniste de l'administration Eisenhower, la politique inflationniste l'administration Kennedy a influencé légèrement la conjoncture, mais comme la récession aurait elle-même été limitée, cette influence légère suffisait pour briser letendances au recul, Finalement, le «boom » en Europe capitaliste aurait, lui aussi, stimulé la reprise. En et paradoxalement, exportations américaines n'ont cessé de croître en pleine récession. Elles ont augmenté en 1960 de 18 % par rapport au niveau de 1959. Elles ont augmenté de plus de 40 %, aussi bien vers les pays du Marché Commun que vers les pays de la zone européenne de libre-échange. Cette augmentation s'élève à près de 2 milliards de dollars. Les exportations vers les pays membres du Commonwealth et vers les pays coloniaux et semi-coloniaux ont également augmenté d'un milliard de dollars, ce qui donne une augmentation totale des américaines de 3 milliards L'impérialisme américain a-t-il raison de jubiler et d'affirmer que la situation est meilleure que iamais ? Cela ne guère aux et il y a peu de capitalistes qui tirent cette conclusion de l'évolution économique récente.

En premier lieu, la tendance à la stagnation à long terme de l'économie capitaliste américaine s'accentue, ce qui, de son point de est grave pour l'avenir des rapports de forces avec les Etats ouvriers, et pour l'évolution des rapports de inter-impérialistes. L'industrie soviétique continue à augmenter sa production annuelle de 7 à 8 % en moyenne. Entre 1953 et juin 1963, les pays du Marché Commun ont augmenté leur production industrielle de 45 %. Pendant la même période, ut que production industrielle n'a augmenté aux Etats-Unis en tout et pour de 15 % (soit une moyenne annuelle d'environ 1,5 %). Ce décalage inquiète sérieusement l'impérialisme yankee.

En deuxième lieu, si les fluctuations des stocks reprennent de l'ampleur, l'accroissement inflationniste du pouvoir d'achat n'a guère les répercussions escomptées sur les investissements capitalistes. Malgré « l'argent à bon marché », malgré le boom de la Bourse, malgré un revenu nominal plus élevé que jamais, les trusts modèrent leurs investissements parce qu'ils connaissent presque tous une capacité de production excédentaire, qui n'est même plus employée entièrement en temps de « boom ». C'est là que réside la cause fondamentale du ralentissement de la croissance économique de l'impérialisme américain.

En troisième lieu, les investissements qui se produisent sont presque tous des investissements de rationalisation, ce qui entraîne une croissance continuelle du chômage technologique. Car si la récession 1960-61 a été la plus modérée du point de vue de la chute de la production, elle a été la plus violente du point de vue de l'ampleur du chômage, qui avait dépassé le plafond de 6 millions de chômeurs. Ce chômage permanent inquiète, lui aussi, les dirigeants de l'impérialisme, surtout de par ses répercussions sociales et politiques. Divers syndicats américains subissent actuellement une pression de leur base en faveur de la revendication de la « semaine de travail de 30 heures avec salaire de 40 heures ». Les tendances favorables à la constitution d'un Parti Travailliste, qui avaient longtemps été en veilleuse, se réveillent nouveau dans divers milieux syndicalistes.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi l'administration Kennedy pérément à obtenir une croissance économique plus rapide, de l'ordre par an. Mais les moyens qui permettent de surmonter un peu plus rapidement une récession légère sont absolument inopérants pour atteindre ce but. Et ces mêmes moyens ont tout de suite relancé la tendance à l'inflation et menacé davantage encore la position du dollar. Ainsi, les contradictions de l'impérialisme américain — contradiction entre sa volonté de maintenir la « paix sociale » aux Etats-Unis et de maintenir une aide importante à la bourgeoisie coloniale d'une part, et sa volonté de conserver au dollar le de « devise-clé » de l'économie capitaliste - obligent-elles les dirigeants de l'impérialisme à manœuvrer constamment entre deux écueils et accentuent-elles les tendances à la stagnation économique à long terme.

Reste à voir si le recul de la production industrielle en 1960-61 fut bel et bien une véritable récession, à l'image de celles de 1949, 1953 et de 1957, ou s'il ne s'agit pas plutôt d'une «récession des stocks », interlude classique au milieu d'un cycle plutôt classique de 7 à 8 ans. Cela, les événements nous permettront de le savoir sous peu.

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