En novembre 1957 était convoquée à Moscou une Conférence des partis communistes dans le but évident de condamner les tendances centrifuges, qui s'étaient développées apres la mort de Staline et le XX* Congrès, et d'entreprendre une nouvele systématisation théorique pour remplacer celle de la période de Staline. La Conférence de novembre 1960 avait un but identique : les polémiques de 1959-60, en particulier entre Soviétiques et Chinois, avie en 1957. en effet, menacé l'unité rétablie en
C'est une besogne ardue que de formuler des généra'isations durables dans une période si riche en convulsions; c'est une tâche à peu près insoluble pour ceux qui, suivant une vole empirique, courent le risque de voir emporter du jour au lendemain aux quatre vents les constructions qu'ils ont improvisées sous la poussée des événements. Mais à Moscou a été frit un effort tout à fait exceptionnel: cette Conférence — par le nombre des dé'égations, par la durée de ses travaux, par l'étendue et l'âpreté de ses discussions et par le ton même de son document final - alla beaucoup plus loin
COEXISTENCE PACIFIQUE,
L'analyse de la situation internationale, résumée plus spécialement dans le premier chapitre de la résolution, . ne pouvait, evidemment, manquer de retleter les grands evenements de ces dernières années. Par conséquent, les jugements d'ensemble sont plus nets tranchés que dans le document de 1957, même s'ils ne le sont pas autant que certaines formulations courantes dans les articles et discours chinois des mois précédents. L'on n'oub'ie pas, en effet, que, malgré tous ses échecs, l'impérialisme yankee conserve encore bien des flèches dans son carquois (2).
Sur un seul point la différence d'accent est claire par rapport à 1957. L'impérialisme yankee est présenté, dans son ensemble, comme l'ennemi n° 1 (« la plus grande cause internationale de paupérisation », « la princique la Conférence de 1957. Des commentaires récents, en particulier de certains dirigeants, ont contirme importance fondamentale attribuée au document issu (1) de la Conférence et approuvé officiellement.
De même qu'au moment des polémiques sino-soviétiques des mois précédents, à Moscou ont été abordés tous ou presque tous les problèmes essentiels du mouvement ouvrier international ou, plus généralement, les problèmes essentiels de la phase historique de transition du capitalisme au socialisme. Par consequent, les solutions choisies doivent être jugées non seulement ou non essentiellement comme des théorisations du passé, mais comme des persde lutte pectives de lutte a court terme ou à long terme pour les divers secteurs du champ de bataille anticapitaliste international.
Nous nous excusons auprès de nos lecteurs si, dans l'analyse de ces problèmes, nous reprenons à peu près les grandes lignes d'un précédent article, risquant ainsi des redites, mais assures nous maintenir dans les limites fixées. GUERRE ET REVOLUTION pale forteresse de la reaction mondiale », « le gendarme international », etc...), alors qu'il y a trois ans étaient préférées des expressions restrictives telles que « les cercles impérialistes agressifs aux Etats-Unis », « certains cercles agressifs aux Etats-Unis ». Dans les limites de la situation créée depuis l'échec de la Conférence au som-
(1) Dans son rapport au Comité Central du P.C. de l'U.R.S.S.. Khrouchtchev parla « d'un enrichissement notable du patrimoine d'idées du communisme international. La résolution... est un document marxiste-léniniste d'une immense portée internationale ».
(2) Dans son rapport au C.C. de l'U.R.S.S., Khrouchtchev insistait sur ce point : « L'impérialisme a encore une grande force à sa disposition ; il possède encore une puissante machine militaire ».
met, il n'y eut pas trop d'objections à une certaine radicalisation de langage, demandée plus particulièrement par les Chinois, par exemple dans la polémique quant au rôle d'Eisenhower.
Plus significative encore est une déclaration dont l'importance a été particulièrement soulignée par les commentateurs :
« Ce qui fait l'originalité de cette phase dans la crise generale du capitalisme, c'est le fait qu'elle se soit développée ‚non pas à partir d'une guerre mondiale, mais dans une période de compétition et de lutte entre les deux systèmes. » (3).
A premiere vue, ceci semble être une verite trop évidente, immediatement acceptable. Mais ce pas est lié à un autre:
« Le tait que les deux guerres mondiales déclenchées par l'impérialisme ont fini en révolutions socialistes ne veut pas dire du tout que la voie vers la révolution socialiste doit passer par une guerre mondiale, notamment notre époque ou il existe un puissant système mondial du socialisme ». (chapitre 5).
Ici nous avons donc la mouture polémique l'affirmation précédente, c'est-à-dire, en substance, le rejet de certains arguments avancés par les Chinois. Mais, s'il serait absurde de formuler une « théorie » selon laquelle la guerre doit constituer la précondition nécessaire de la révolution, on ne doit pas oublier en premier lieu — comme semble le faire la résolution dans première des citations ci-dessus (et ce en opposition avec la seconde !) - que les origines de la crise présente de l'impérialisme résident, en dernière analyse, dans les convulsions provoquées par la guerre, à commencer par la Révolution chinoise, élément de base de la crise mondiale du capitalisme dans les quinze dernières années. En second lieu, le problème consiste, non pas à se satisfaire de proclamations générales, mais bien plutôt à analyser concrètement si la phase actuelle ne renferme pas des tendances par lesquelles la guerre et la révolution sont appelées à s'imbriquer ensemble dans un processus de guerre-révolution sur une échelle internationale. Mais, qui plus est, l'affirmation de la résolution demeure ambigue, au-dela de son sérieux apparent, parce qu'en dernière analyse elle court le risque de masquer totalement l'essence révolutionnaire réelle du processus historique des dernières années, caractérisé par des ruptures soudaines, des conflits aigus,
, des guerres partielles quajours renouvere de guerre générale. sans interruption et lé danger
Nous en arrivons au point crucial du problème de la «coexistence» et du probleme de l'inévitabilité ou non de la guerre.
La Conférence de 1957 avait repris en substance l'argumentation XX* Congrès. La nouvelle résolution aborde le problème de façon beaucoup plus large le thème général, en ne se contentant pas de reprendre mais en essayant tout particulièrement de répondre aux objections et aux réserves apparues dans les polémiques à /intérieur du mouvement ouvrier international et plus spécialement dans les positions adoptées par les Chinois.
Nous avons déjà vu comment l'argument que les guerres engendrent des révolutions y est réfuté. Le leitmotiv de tant d'articles et discours chinois — la nature de l'impérialisme n'a pas changé — est repris à nouveau (en vérité comment pourrait-on contester une vérité aussi élémentaire ?), mais augmenté aussitôt d'éléments nouveaux, base desquels, malgré la nature gée de l'impérialisme, la guerre peutêtre évitée. Comme il est bien connu, le principal argument est que le nouveau rapport de forces créé dans le monde permet effectivement d'empêcher les impérialistes de déclencher le contiit général auquel les conduit la logique de leur système.
Comme les Chinois n'avaient pas rejeté explicitement les thèses sur lévitabilité de la guerre et sur la coexistence, ils peuvent aujourd'hui avoir bonne contenance sur cette question. Mais ils ne réussiront pas à dissimuler leur reculade parce que, ainsi que nous le soungnions dans un precedent article, divergence consistait surtout dans le fait qu'ils insistaient sur certaines thèses plutôt que sur d'autres, en employant un ton plutôt qu'un autre; il n'y a pas l'ombre d'un doute que le document des 81 — surtout sur ce point - fait loir substantiellement les formulations khrouchtcheviennes et non les autres.
Cette estimation est d'ailleurs confirmée par divers autres éléments. Ainsi, en ce qui concerne les conséquences d'une guerre nucléaire éventuelle, la résolution, tout en affirmant une fois de plus que « si les pays impérialistes déclenchent une guerre, les peuples balaieront le capitalisme et le porteront en terre » (4), insiste néanmoins par dessus tout sur la nature catastrophique d'un tel conflit et sur la priorité de la lutte pour l'éviter, et elle ne fait pas de concession à aucun des arguments improvisés des Chinois (5). De même, en ce qui concerne le désarmement, c'est essentiellement la thèse soviétique, laquelle croit à la possibilité de le mener à bien, qui prévaut sur la
(3) Cette citation et celles qui suivent immédiatement sont traduites de la version italienne parue dans « L'Unita» du 6 décembre 1960.
(4) Cette affirmation (chapitre 3) apparait toutefois comme insérée brusquement le contexte et prend le caractère d'une hypothèse qui devait être faite pour éviter les glissements révisionnistes, mais sans trop insister.
(5) Voir les assertions rapportées dans l'article de « Quatrième Internationale » (octobre-novembre 1960, pages 11-20).
thèse chinoise, pour laquelle la campagne pour le desarmement se réduit, en derniere analyse, a une manœuvre de propagande (6).
De même, enfin, l'affirmation selon laquelle « la victoire complete du socialisme par toute la terre » ne sera pas nécessaire pour é'iminer la guerre, renferme une réfutation implicite certains arguments chinois sur l'irréductibilité des forces réactionnaires, même confinées à des citadelles isolées (7).
Mais la Conférence des 81 ne fut pas en mesure d'ignorer la force polémique de certains arguments de base avancés dans le mouvement ouvrier international contre les thèses sur la coexistence — et trouvant partiellement leur reflet dans les théorisations des Chinois - et, , à l'image de ce qu'avaient fait certains partis communistes dans leurs propres congrès, a formulé toute une série de précisions sur le contenu de la coexistence, visant particulièrement à nier son caractère « conciliationniste ».
« La politique de coexistence pacifique est une politique visant à mobilisen es masses dans la vole d'actions verita bles contre les ennemis de la paix. Inc coexistence entre Etats n'implique pias du tout, comme l'affirment les révisionnistes, l'abandon de la lutte de classes. La coexistence entre Etats de systèmes sociaux différents est une forme de la Lutte de classes entre le socialisme et le capitalisme. ... La coexistence ... n'implique pas la conciliation entre les déologies socialiste et bourgeoise. Elle présuppose plutôt, une intensification de la lutte de la classe ouvrière et de toms les martis communistes pour le triomles partis des idéos socialistes. » (Chapitre 3)
Il est toujours possible de lancer des formules qui, sur le papier, résolvent les contradictions, conciliant les termes onposés: mais il reste à voir comment vont les choses dans la réalité. A présent, l'idée de coexistence pacifique, soit se ramène à l'affirmation d'une banalité ou simplement à une expression vide, dans laquelle on peut mettre n'importe quel contenu, soit possède sa propre logique, laquelle se concrétise d'une certaine façon, danelle dans la lutte politique la fois nationale et à léchelle internationale.
Laissons d'abord de côté la question — stérile, mais qui toujours ressurgit, spécialement dans les polémiques tendancieuses contre le mouvement révolutionnaire 8) de la supériorité du chemin qui conduit au socialisme par la paix sur celui qui conduit au socialisme « via une nouvelle guerre générale ». Dans l'abstrait, personne ne serait assez fou pour « préférer » ce dernier a lautre terme de lalternative; mais, répétons-le pour le nième fois, il n'est pas question d'exprimer des préférences, mais plutôt d'analyser les tendances objectives et de tabler sur les perspectives les plus probables. De ce point de vue. les formulations de la Conférence de Moscou s'en tiennent à des généralités, esquissent des solutions éclectiques, autorisent une certaine latitude d'interprétation (cela était nécessaire pour atteindre l'unanimité) et, en derniere analyse, elles pourraient etre appelées correctes en disant que la guerre va éclater ou que l'impérialisme va se désagréger sans qu'il ait la force de la provoquer. Mais ce qui manque c'est justement l'analyse concrète sur la base de laqueile déterminer — en faisant la part de l'approximation inévitable dans tout pronostic politique - quels sont les éléments destinés a prévaloir dans un avenir rapproché et ce qui, par conséquent, représente la perspective la plus probable à laquelle le mouvement ouvrier doit se préparer. Sur ce point, notre mouvement a pris position beaucoup plus vigoureusement Jusque dans les documents de son dernier Congrès, sans se contenter d'une casuistique hypothétique : l'impérialisme, malgré l'affaiblissement qu'il a subi, et en dépit de son infériorité dans certains domaines d'armes, missiles nucléaires, dispose encore du pouvoir nécessaire pour lancer un conflit général et subit une pression constante à le faire, résultat du fait que les contradictions de son propre système deviennent plus aiguës. C'est justement parce que la crise impérialiste est irréversible, dans l'ensemble, que le danger d'un conflit est particulièrement aigu, car les dirigeants des EtatsUnis sont tout à fait conscients que le temps joue contre eux et ne sont pas du tout disposés à disparaître en tant que ciasse dirigeante de la scène de l'Histoire sans recourir aux mesures même les plus désespérées.
Khrouchtchev et ceux qui le suivent insistent, d'autre part, sur l'origine léniniste de la théorie de la coexistence. Mais, au-delà d'un petit nombre de citations, on n'oublie pas le sens de certaines positions de Lénine qui, en substance, a l'encontre du simplisme excessif de certains partisans extrêmes de la guerre révolutionnaire dans des conditions défavorables, rappelait cette vérité élémentaire que la lutte entre la bourgeoisie internationale et le premier Etat ouvrier ne pouvait sans cesse être conçue en termes de guerre chaude et qu'il y aurait des périodes de « coexistence » sans guerre dont l'Etat ouvrier
(6) Cf. par exemple les déclarations du 1 juin 1960. Khrouchtchev, dans le rapport cité, insiste sur la possibilité de réaliser le désarmement (cf. cit. page 12).
(7) . Cf. un article dans la revue du P.C. chinois « Le drapeau rouge », avril 1960.
(8) Cf. les polémiques contre Trotsky et notre mouvement. aussi l'attaque dans le vieux style stalinien dans l'éditorial de Reiman sur le problème de la paix et du socialisme.
devrait tirer le maximum de profit. Trotsky avait une notion similaire de la coexistence (10).
Il est par trop évident que ce n'est pas là l'interprétation des . 81, dans le document desquels la coexistence, ainsi que nous lavons vu, apparait comme une conception générale de la voie à suivre du capitalisme au socialisme. C'est une conception qui a sa propre logique interne et des implications pratiques qui lui correspondent.
L'une de ces implications est que, si la guerre peut être évitée même sans renverser le capitalisme, la lutte contre la guerre peut être développée sur la base d'un front beaucoup plus large, allant même jusqu'a inclure des secteurs de la bourgeoisie. Ici nous avons affaire simultanément une contradiction traditionnelle dans la politique des directions bureaucratiques staliniennes et post-staliniennes et à l'une des divergences majeures entre celles-ci et le mouvement marxiste révolutionnaire. C'est une contradiction parce que, soit l'alliance avec certains secteurs bourgeois est sérieusement recherchée → et, dans ce cas, elle ne peut manquer d'impliquer de graves limitations au développement conséquent de la lutte des masses (souvent, surtout dans certains pays d'Europe occidentale, c'est justement ce prix qui a éte paye) - soit, par contre, la lutte contre la guerre est menée sous une forme de lutte de classes acce albe alliance proposée neest pas acceptable pour ceux s'adresse. C'est l'une des grandes divergences avec le marxisme révolutionnaire, parce que celui-ci continue à croire que la condition sine qua non pour éviter réel'ement une nouvelle guerre générale c'est de renverser le système, sinon nécessairement dans le monde entier, du moins dans toute une série de pays décisifs.
Mais l'essence la plus authentique de la conception de la coexistence est éclairée avec évidence dans le rapport de Khrouchtchev après la Conférence des 81 :
« La victoine de PURSS dans la compétition économique avec les USA et la victoire du système socialiste tout entier sur le système capitaliste marqwenont un tournant nadical dans l'Historne, exerceront une influence encore plus révolutionnaire sur le mouvement ouvrier dans le monde entier. Alors il sera clair même pour les plus indécis que seul le socialisme apporte tout ce qui est nécessaire à Thomme pour une vie heureuse, et ils feront leur choix en faveur du socialisme. Gagner du temps dans la compétition économique avec le capitalisme : voilà ce qui est la chose importante aujoura hur. » (11)
Ces choses ne sont pas nouvelles, mais jamais à ce jour elles n'avaient peut-être été dites sous une forme aussi explicite. Naturellement, Khrouchternlicite Netunellement Thannaht. chev n'est pas inconscient de la lutte des pays coloniaux et du prolétariat des pays capitalistes avances; mais, pour lui, L'element decisif dans le conflit historique avec le capitalisme qui est en train de se développer dans ces décennies consiste et consistera dans le développement économique de l'URSS et dans le développement du potentiel de production des Etats-Unis par compétition « pacifique ». La conséquence logique de cette formulation, c'est la re cherche de toutes les collaborations possibies avec des secteurs de la bourgeoisie internationale, c'est la perspective d'une collaboration à long terme avec les bourgeoisies nationales des pays coloniaux et semi-coloniaux et l'acceptation de la nécessité d'employer certains freins sur les mouvements révolutionnaires partout où cela peut être considéré comme utile aux buts de la stratégie générale (12).
C'est contre certaines applications concrètes de cette stratégie que les polémiques des Chinois en dernière anaLyse étaient dirigées ; mais leur faiblesse a consisté dans le fait qu'ils refusèrent d'accepter les implications inévitables d'une conception qu'ils déclaraient partager en général.
Les marxistes révolutionnaires n'ignorent pas ni ne sous-estiment l'importandu développement économique IU.R.S.S. et des autres Etats ouvriers comme facteur révolutionnaire dans le sens à la fois objectif et subjectif. Mais ils maintiennent que les batailles décisives pour abattré le capitalisme à l'échelle mondiale seront menées avant que la supériorité historique potentielle du système collectiviste, ne soit transtormee en une superiorite économique écrasante à tous les niveaux, et que l'exemple de la construction socialiste, malgré sa force d'attraction grandissante, n'est pas encore un facteur suffisant en tous cas. Les éléments décisifs seront la lutte révolutionnaire anti-impérialiste et anti-capitaliste des peuples coloniaux dans de nombreuses parties du monde et la lutte anti-capitaliste des prolétaires des pays les plus avancés. Seule la victoire de ces derniers d'ailleurs, pour autant qu'elle est remportée dans les citadelles les mieux armées de la bourgeoisie mondiale, peut fournir la garantie définitive contre la menace tragique d'une catastrophe nucléaire qui toujours suspendue sur les pays dans lesquels la révolution a triomphé.
Last but not least, il y a une autre raison pour insister sur cette perspec-
(10) Au Congrès bolchevik de 1922, Trotsky parla « d'une longue période de coexistence pacifique et de collaboration active avec les Etats bourgeois ». (Cf. Isaac Deutscher, « The Prophet unarmed », p. 31).
(11) Cf. « Problèmes de la paix
Socialisme »,
(12)
Déjà
« Quatrième bre 1960, la
Problemes de la Paix et du
N° 1, janvier 1961, P. 6.
dans l'article ci-dessus cité de
Internationale », octobre-novemsignification essentielle de la ligne khrouchtchevienne était résumée en ces termes.
INTERNATIONALE tive et pour lutter pour sa concrétisaion. Un développement des luttes révolutionnaires dans tous les secteurs du monde délivrerait les énergies sans limites du prolétariat et des masses populaires et par conséquent couperait l'herbe sous le pied à toute implantation bureaucratique.
Il n'y a pas de doute que, précisément pour la même raison — considérée du point de vue des intérêts en opposition — la bureaucratie « préfère » et essaie
Les bouleversements de ces dernières années, particulièrement en Afrique et en Amérique latine et la critique chinoise de certains aspects de la ligne krouchtchevienne ont fait que la Conférence des 81 a consacré beaucoup plus d'attention aux problèmes de la révolution coloniale que ne le fit la conférence de 1957.
Tandis que la résolution de 1957 ne contenait que de rapides références globales, celle de novembre 60 contient un chapitre entier qui non seulement ébauche une analyse de cette situation mais aussi définit les perspectives pour les luttes de masses et l'action des partis communistes (13).
Nous pouvons naturellement etre d'accord avec toute une série de développements faits dans ce document. A part le bilan sommaire qui ouvre le chapitre, ce n'est pas nous qui contredirons que « écroulement du système de l'esclavage colonial, sous les coups du mouvement de liberation nationale, est, avec la lormation du systeme mondial du socialisme, le développement-phénomène majeur par sa portée historique ».
De la même façon plus actuelle que jamais est la condamnation du néo-colonialisme au moyen duquel les vieilles puissances coloniales, particulièrement Timpérialisme américain, essayent de conserver sous leur coupe exploiteuse les territoires d'Afrique et d'Asie qui ont obtenu l'indépendance (14).
Mais les divergences apparaissent nettement dès que le document soulève le problème des forces motrices de la révolution coloniale à son étape actuelle et de la direction et des perspectives de son développement.
Déjà dans la dénonciation du néo-colonialisme, l'affirmation que les impérialistes essayent de « corrompre une une partie de la bourgeoisie » est résolument équivoque. En fait, il ne s'agit pas d'une espèce de phénomène dégénératif de corruption mais plutôt d'un phénomène social. Bien que certains secteurs de la bourgeoisie coloniale cherchent à de se consolider, même de façon éphétif », d'autres prévoient une nouvelle forme d'al'iance avec les classes posséd'imposer la perspective et la conception de la « coexistence » - une conception qui loin d'être une forme originale de la lutte de classe n'est en substance que le prolongement extrême, dans des conditions profondément changées, de la vieille théorie du socialisme dans un seul pays. Pour les mêmes raisons fondamentales qui font que les marxistes révolutionnaires n'acceptèrent pas ladite theorie, ! y a trente ans, ils rejettent aujourd'hui la théorie de la cœxistence. dantes métropolitaines comme le moyen de se cosolider, même de façon éphémère, face à la pression du mouvement des masses.
Ce serait une erreur de croire que tout cela se réduit, de la part des auteurs de la résolution, à une imprécision de langage. En réalité, c'est déjà le reflet de la ligne générale d'une analyse qui attribue une fonction positive à la bourgeoisie nationale comme force dirigeante même à cette étape.
Il est vrai que le document affirme que la base du Front national doit être lalliance des ouvriers et des paysans et introduit de façon explicite l'idée de la nature double de la bourgeoisie nationale. Mais en dépit de ces restrictions - dont l'introduction est évidemment le résultat de très nombreuses polémiques des mois precedents, et dont le but est, une tois encore, de laisser la porte ouverte à des interprétations suffisamment larges et à d'éventuels changements de direction dans l'avenir — on confirme « la grande fonction de toutes les forces nationales patriotiques » -parmi lesquelles est comprise la bourgeoisie, au moins certains de ses secteurs — et le caractère progressif que cette dernière peut encore avoir en participant au combat contre l'impérialisme et le féodalisme (15).
Sur la nature de la révolution qui traverse le monde colonial et semi-colonial, le document parle d'une « révolution nationale, anti-impérialiste et démocratique », d'une révolution « antiimpérialiste et anti-féodale », et de là pourrait decouler la possibilité d'une fonctien encore dirigeante de la bourgeoisie. Mais un premier point crucial
(13) Cf. la résolution de 1957, chapitre 1, dans « Quatrième Internationale ».
(14) Comme dans les autres parties du document, le ton dominant, toutetois, est propagandiste et même, par moment, démagogique.
(15) La résolution distingue les « pays coloniaux et dépendants » et les « pays déjà libérés du joug colonial», réservant manifestement le rôle possible de la bourgeoisie nationale à cette deuxième catégorie.
LA REVOLUTION COLONIALE
ET L'«ETAT INDEPENDANT DE DEMOCRATIE NATIONALE »
LA REVOLUTION COLONIALE
ET L'«ETAT INDEPENDANT DE DEMOCRATIE NATIONALE »
INTERNATIONALE est précisément celui-ci : avec sa structure, sa composition et son organisation économico-sociale, est-ce que la bourgeoisie nationale, ou même l'un de ses secteurs, est capable de développer de façon cohérente une révolution qui implique, entre autres, comme le dit lulmême le document, une réforme agraire radicale et une « élimination des racines économiques de la domination imperialiste » ? Les 81 admettent cette possibilité, meme avec les attenuations mentionnées ci-dessus, tandis que les marxistes révolutionnaires la rejettent comme un schéma abstrait qui ne correspond pas à la réalité. De FInde de Nehru, à l'Egypte de Nasser, en passant par lirak, pour ne pas ajouter le Brésil ou le Venezuela, les expériences sont à présent nombreuses et significatives. Bien que, dans le contexte international de l'extrême faiblesse de 1impérialisme, certaines bourgeoisies nationales ont pu avoir un rôle de premier plan dans la lutte pour consacrer l'indépendance politique formelle et pour imposer certaines importantes mesures anti-impérialistes, le processus révolutionnaire a cependant été stoppé à michemin (quand il n'a pas fait carrément marche arrière), précisément parce que bourgeoisie nationale n'a pas été vraiment capable de résoudre les tâches les plus importantes comme la réforme agraire, l'industrialisation et l'élimination des bases economiques de 1impérialisme.
Les 81 n'ont pu rester complètement indifférents au verdict de ces expériences et ont, de fait, introduit dans la résolution quelques paragraphes qui constituent en dernière analyse, le principal élément de nouveauté. Ils ont admis que, après l'indépendance « dans la mesure où les luttes sociales s'accentuent, la bourgeoisie nationale est toujours plus enclin à trouver un accord avec la réaction internationale et avec l'impérialisme » tandis que « les masses populaires se persuadent toujours plus que le meilleur moyen pour sortir de leur retard séculaire et améliorer leurs conditions de vie est dans un développement de type non-capitaliste ». Mais alors, vers quelle forme économico-sociale se diriger et sous la direction de quelles forces ?
Leur réponse est que « dans la situation historique actuelle, se sont créées dans de nombreux pays des conditions internes et internationales favorisant la constitution d'un Etat indépendant de démocratie nationale ». c'est-à-dire un
Etat qui lutte de façon résolue contre l'impérialisme et ses blocs militaires, contre le néo-colonialisme, pour une ré forme agraire, et assure « au peuple des droits étendus et les libertés démocratiques ».
Nous sommes donc devant un étrange animal, une forme politico-sociale qui
« n'est pas de type capitaliste » mais qui n'est pas non plus — ou pas encore
- de type socialiste-proletarien. Quant aux forces dirigeantes, les choses sont encore plus vagues, car, comme nous l'avons vu, la tendance de la bourgeoisie à rebrousser chemin est dénoncée et on parle « ru role (.) extremement important de la classe ouvriere et des masses paysannes », mais n'exclut explicitement une fonction persistante de ladite bourgeoisie ou de certaines de ses secteurs, et on n'affirme pas nettement l'exigence d'une direction prolétarienne. Le cas de Cuba servirait à démontrer qu'une alliance avec la bourgeoisie n'est pas du tout exclue dans ce même combat pour « un Etat indépendant de démocratie nationale » (16).
La non réponse à ces questions très essentielles pourrait suffire à révéler la nature de cette « découverte » de 81. Il n'y a pas le moindre effort pour démontrer que la possibilité de naître d'une « démocratie nationale » résulte des tendances objectives de sociétés d'Afrique ou d'Amérique latine (17).
Ils se limitent a fixer un objectit, a etablir une formule, dont le caractère équivoque est évident. Bien que puissent survenir de très brèves périodes de transition — mesurables au plus en mois, si ce n'est pas en semaines et en jours pendant lesquelles la nature sociale d'un Etat est encore fluide, il n'existe pas de développement qui ne soit plus capitaliste sans être devenu collectiviste ou socialiste (18).
Une hypothèse contraire impliquerait effectivement une révision des critères essentiels de l'analyse historique marxiste ,et plus encore, s'opposerait irrémédiablement à la réalité.
On a déjà mentionné le fait , que les pays qui sont déja devenus indépendants, dans lesquels ne s'est pas établie une direction une direction proletarienne ont ete incapables de résoudre les problèmes cruciaux pour leur évolution et leur émancipation et n'ont certainement pas utilisé une voie de « type non-capitaliste ». Sans retourner à l'exemple du Viet Nam et de la Corée, l'exemple récent et brûlant de Cuba est une réfutation, a partir du point de vue opposé par le faits. le la fragilité des « théories › des 81.
Naturellement la résolution a salué chaleureusement Cuba, mais a éludé d'une façon quasi grotesque, le problème du caractère de la révolution fidéliste, définie comme « simplement po-
(16) Nous faisons allusion, évidemment, aux interprétations de Blas Roca et de ses associés au Congrès de l'été 1960.
(17) Une preuve du caractère volontairement vague et léger du document est fournie par ce fait que l'hypothèse de « l'Etat indépendant de démocratie nationale » est avancée de façon générale pour «de nombreux pays » sans donner aucune indication plus précise, même sous forme d'exemple.
(18) Cf., dans le rapport de Vlakovic sur la Conférence des 81, la critique substantiellement correcte faite par les « révisionnistes» yougoslaves de la formule de « l'Etat indépendant de démocratie nationale ». (« Un pas en arrière », Maison de publications yougoslaves, Belgrade 1961, pp. 71-72).
pulaire » : en vérité, les « Sages » des Partis communistes ne se sont pas beaucoup raclé les méninges (19).
Mais, à part les différences de propagande, s'il est un pays qui devrait etre le modèle de l'« Etat indépendant de démocratie nationale », ce pays est pré cisément Cuba, où la direction fidéliste « a lutté de façon cohérente pour l'indépendance politique et économique », a réalisé la réforme agraire, a extirpé les racines de la domination impérialiste.
Nous sommes bien d'accord qu'avec Cuba nous sommes en présence d'un développement « de type non capitaliste » ; mais qu'est-ce au juste ? Peut-être une nouvelle forme historique, qui n'est pas prolétarienne-socialiste, de telle sorte qu'elle puisse entrer dans le schéma des 81?
La réponse nette formulée par la direction de notre mouvement immédiatement après les mesures décisives d'octobre dernier, et qui a été également donnée depuis, avec plus ou moins de précision, et meme avec des objectits divers, par des tendances diverses du mouvement prolétarien, est qu'a Cuba a été renversée non seulement la domination impérialiste mais aussi l'hégémonie des classes dominantes et que se sont instaurés des rapports de type collectiviste.
En d'autres termes, la revolution cubaine s'est transformée, sans solution de continuité, de révolution démocratique anti-impérialiste en révolution socialiste, déterminant la formation d'un Etat ouvrier qui commence l'édification socialiste (20).
Sufisamment connus sont maintenant les grossiers subterfuges avec lesquelles on a essayé de masquer la réalité cubaine ou les laborieuses formules élaborées pour sauver la face (21).
Et il ne s'agit pas seulement de la correction d'une caractérisation sociologique; ce qui est en jeu lei est une ligne strategique, une perspective génerale.
Comme tous les Partis communistes d'Amérique latine, le Parti socialiste populaire de Cuba a répété à satiété que la révolution ne devait pas être prolétarienne-socialiste, mais « de libération nationale et agraire, patriotique et démocratique, anti-imperialiste et antiféodale › et qu'il était nécessaire de collaborer avec la bourgeoisie nationale » « intéressée à la solution des problèmes de la révolution » (22).
Que cette ligne ait fait faillite, il n'est plus besoin de le démontrer : la direction fidéliste est allée bien plus loin que les objectifs de Blas Roca et ses camatate du mouar en revo ntionnaite dans rades qui, par bonheur, n'étaient pas à la Sierra ; autrement Cuba aurait encore Batista ou quelque substitut national-bourgeois, dans la meilleure des hypothèses, de style Frondizi ou Bétancourt. Et même sur le plan théorique,
Castro dans son interview à l'Unita, a fait justice de la thèse de la collaboration avec la bourgeoisie nationale dans toute_l'Amérique latine (23).
Ainsi le document des 81 a élaboré un schéma déjà résolument volatilisé par la plus originale des révolutions en concrate des conditions très spéciales du négligé de faire une analyse continent africain en ébullition - d'où lon doit attendre des développements non moins originaux que ceux préfigurés en Amérique latine, persisté dans ses vieilles positions opportunistes, ou évité de se prononcer nettement sur la nature des forces dirigeant la révolution coloniale et continué à ignorer le problème de cette révolution dans la nouvelle étape, c'est-à-dire sa transformation en révolution socialiste. Mais il y a une logique profonde dans tout ceci : c'est précisément la logique de la manière khrouchtchévienne de poser les problème de la « coexistence » et du passage du capitalisme au socialisme.
Si nous prenons comme point de départ la ligne krouchtchévienne — qui a été rappelée ici — il s'ensuit logiquement une collaboration avec la bourgeoisie nationale des pays coloniaux et semi-coloniaux, avec les Nehru, Nasser, sukarno et C°, une collaboration qui n'est pas maintenue au niveau des rapports entre Etats, mais est étendue à la politique des différents partis communistes. C'est une ligne ancienne qui, à Cuba n'a pas empêché la victoire de la révolution à cause du poids insignifiant du Parti de Blas Roca, mais a causé des dégâts en Irak et en Indonésie, et a fait obstacle et continue à faire obstacle à la des masses
(19)
Dans
Khrouchtchev maturation du mouvement par exemple en Inde et en le rapport déjà mentionné, n'est pas plus précis, affirmant que « le peuple » a obtenu le pouvoir (op. cit., p. 13).
(20) Cf. la résolution du 6e Congrès mondial sur l'Etat cubain (pp. 48-50).
(21) A Moscou, l'annonce de la proclamation de la République socialiste à Cuba été étouffée le plus possible. Comme exemple, a. de formule justificatrice posteriori, cI. l'éditorial de « L'Unita » du 3 mai et quelques déclarations d'Escalante dans « L'Unita » (mai 1961). Il est vrai que, depuis lors, Blas Roca a parlé de la construction du socialisme sous la direction de Fidel Castro. Il se prépare donc probablement un tournant des P.C., avec plusieurs mois de retard, en face d'événements qui ne laissaient pas d'échappatoires.
(22) Telles furent les thèses exposées par Blas Roca au Congrès du P.S.P. de l'été précédent. Nous rappellerons plus loin que, Tété dernier également, les bureaucrates du P.S.P . et de l'aile droite du mouvement du 26 juillet ont attaqué comme « provocateurs » les délégués des sections d'Amérique latine de la IVe Internationale à la Conférence de la Jeunesse de La Havane, «coupables» d'avoir proposé les mesures anti-impérialistes et anti-capitalistes qui furent réalisées par Castro quelques mois plus tard.
(23) Cf. « L'Unita », ler février 1961.
Argentine. C'est une ligne qui, en dépit des rectifications et réserves déjà mentionnées, est aussi à la base du document des 81, tandis que la seule petite nouveauté — « L'Etat indépendant de dé mocratie nationale » - est seulement un vœu qui, dans la meilleure des nypothèses peut servir de propagande, et est, en dernière analyse, l'équivalent de
Dans son analyse de la situation dans les pays capitalistes avancés et dans l'établissement des soi-disant voies nationales vers le socialisme le document des 81, par rapport a celui de 1957, n'introduit ni rectifications ni additions. Comme déjà à cette époque, l'analyse reste générale, souvent sur le ton de la propagande, en répétant des vérités trop évidentes qui sont loin de permettre de saisir les éléments essentiels concrets de certains phénomènes. Du moins certains des partis présents à Moscou ont élaboré, dans les années passees, sur la base d'arguments semblables, des documents beaucoup plus profonds (24).
Nous donnerons quelques exemples. Dans 'e premier chapitre, dans Tintention de peindre un tableau complètede la situation du menue catastriste ue ment négatif et presque catastrophique soulgne non seulement des phénomènes qui indiquent réellement la désagrégation du système, mais on ajoute des expressions comme : « Bien que l'on puisse observer dans certains pays capitalistes, dans une p'us ou moins grande mesure, une certaine augmentation de la production, cela ne change pas le tait que les contradictions du capitalisme S'aggravent aussi bien sur le plan naclonal que sur le plan international Le caractère anarchique de la production capitaliste s'approfondit toujours plus. »
Que les contradictions du capitalisme, en dernière analyse, s'accentuent et que la production capitaliste ne soit pas rationne le, nous n'avons aucune difficulté à l'admettre : nous avons également atteint cette conclusion dans les documents de notre dernier congrès. Mais, avant d'y arriver. il est nécessaire d'analyser tous les phénomènes de ces dernières années, particulièrement ceux relativement nouveaux qui ont surpris même les marxistes, et d'indiquer avec précision leurs limites spécifiques, leurs contradictions propres. Quand, dans une Europe occidentale qui a été profondément affaiblie par l'écroulement du colonialisme et la crise mondiale de l'impérialisme, survient una phase d'expansion de la production, souvent avec des rythmes de croissance sans précédent, 1. est trop tacle de se tirer d'attaire en parlant « d'une certaine augmentation », « dans certains pays ». « dans une plus ou moins grande mesure », et en se dépêchant d'ajouter « que cela ne la « démocratie progressive » de l'immédiat après-guerre ou de l'Etat qui établit une démocratie avancée et contrôle les monopoles, envisagé par certains Partis Communistes d'Europe Occidentale. A la racine de cela et des autres formules repose la même conception, la même perspective générale. change pas le fait que les contradictions du capitalisme s'aggravent » et que « le caractère anarchique de la production capitaliste s'approfondit toujours p'us ». De telles affirmations se réduisent à des énoncés stéréotypés qui passent tout simplement a cote, sans le moindre effort d'analyse, d'un des phenomènes les plus originaux et, répétonsle, les plus surprenants de cette periode c apres-guerre.
Quelques autres passages ont trait au problème controversé du niveau de vie des masses :
« C'est seulement par une lutte tenace que la classe ouvrière à réussi à obtenir, dans quelques pays, ba satisfaction de ses différentes nevendications vitales, tandis que dans de nombreux pays capitalstes le niveau de vie neste toujouns plus bas que celui d'avantguerre... Dans les pays capitalistes, y compris les plus développés, continuent à exister, et même à s'étendre, des zones économiquement sous-développées, dans lesquelles la misère des masses est particuherement notable. » (Chapitre 1)
Et plus loin :
« L'exploitation des ouvriers et le processus de paupérisation de larges couches de paysans sont intensifiés...» (Chapitre 5)
Ici aussi il y a une tendance à tout mettre dans le même sac, donnant l'imPare paupérisatio, mance dons nexpliques pression d'une tendance dominante vers clairement et en se gardant bien de préciser avec quelques exemples dans quels pays ou catégories de pays ces phénomènes se vérifient (25).
Mais la solution trouvée, si elle se rétraditionnel dans les documents écono d'une part, a un mode d'analyse miques soviétiques (26), d'autre part permet à Thorez et à la C.G.T.
(24) Il suffit de penser, par exemple, a certains documents du P.C. italien, qui ont influencé l'élaboration de cette partie de la résolution.
(25) Il n'est pas toujours évident dans le document si les allusions concernent les pays capitalistes avancés ou, contraire, les pays coloniaux et semi-coloniaux.
(26) La thèse de la paupérisation absolue a toujours été monnaie courante en U.R.S.S. Voir également le « Manuel d'Economie Politique » publié à la fin de 1954.
ANCIENNES ET NOUVELLES CONTRADICTIONS
DU CAPITALISME AVANCE
ANCIENNES ET NOUVELLES CONTRADICTIONS
DU CAPITALISME AVANCE française de continuer à soutenir sans contradiction leurs thèses sur la paupérisation et à Togliatti et à la C.G.I.L. italienne de les rejeter.
Cette caractérisation hyper-simplitiee de la situation dans les pays capitalistes avancés et l'indulgence aveugle pour certaines formules sur l'appauvrissement des masses, ont des conséquences plus sérieuses qu'il pourrait paraitre a première vue. Car la conclusion qui pourrait être légitimement tirée est qu'il n'existe pas de différences essentielles entre les diverses catégories de pays capitalistes et que, même dans les pays les plus avancés, les éléments les plus explosifs de rupture continuent à être la pénurie et la misère des masses. Ainsi, la tendance qui s'est dessinée ces dernières années, particuliérement dans certains pays d'Europe occidentale (Itale et Belgique par exemple), d'une accentuation des contiits de crasses. sur une base différente du passé, c'està-dire sous la pression non pas de la misère, mais des contradictions propres du capitalisme le plus développé, de la « prospérité "étendus (ne serait-ce des nouveaux besoins constamment qu'avec les développements continus de la technique), et de l'aspiration croissante des travailleurs à briser la chaîne de l'aliénation en devenant un facteur conscient dans le processus de production - cette tendance a été complètement ignorée par le document. commense element maintenant a 8e Certes, on peut certainement discuter sur la portée de cette tendance, concrétiser, et sur les rythmes possibles de son développment; mais un texte qui l'oublie constitue un obstacle plutôt qu'une aide pour la compréhension des conditions sous lesquelles une partie décisive du mouvement ouvrier devra agir.
Sur la ligne stratégique des partis avancés, particulièrement en Europe occidentale, et sur les chemins du pouvoir Pes le messe ore les ont repris
L'accent général était donné sur la lutte contre les monopoles et pour une démocratie plus avancée qui a été étudiée en détail par les congrès de divers partis et par la Conférence des partis d'Europe occidentale. En dépit de la crise avancée de imperialisme mondial. en dépit des contradictions croissantes de la société capitaliste et de la force d'attraction croissante représentee par les etats ouvriers - tous éléments que le document, comme on a vu, n'ignore pas -d'une révolution socialiste n'est pas ehles dirigeants des P.C. la tâche core posée à la classe ouvrière. L'objectif stratégique demeure une démocratie dans laquelle le pouvoir des monopoles est brisé — par la nationalisation des secteurs-clés de l'économie et leur démocratisation — mais dans laquelle ie régime capitaliste survit. Laissons aux sagaces tacticiens à la Togliatti la tâche ardue d'expliquer comment il est possible de réaliser tout cela, c'est-àdire de frapper le régime actuel dans ses organes vitaux sans briser sa charpente, c'est-à-dire sans abattre la bourgeoisie dans son ensemble et sans établir le prolétariat comme classe au pouvoir (27).
Nous n'insisterons pas sur la question des tormes de passage vers le socialisme : la résolution répète textuellement les thèses de 1957, à leur tour un fidèle écho de celles qui furent élaborées au **° Congrès, que notre mouvement a déjà critiquées de façon répétée. I nous suffit de rappeler qu'ici aussi, lorsque tout est dit et tait, la resolution perse vère dans les généralités, sans risquer des hypothèses ou des exemples, qui seraient nécessaires pour faciliter l'orientation pratique de la lutte. Le fait que des partis travailant dans des conditions aussi diverses que, par exemple, le P.C. italien et le P.C. indien aient adopte pour eux la même conception sur la transition « pacifique » au socialisme devrait faire réfléchir sur l'origine réelle de ces positions; de la même manière, les plus fervents partisans des voies parlementaires doivent admettre l'expérience francaise avec le gaullisme n'est pas exactement une confirmation de leurs thèses, et mériterait de n'être pas complètement passée sous silence.
Evidemment, une analyse scientifique d'une question aussi cruciale ne sombrerait pas dans une sorte de casuistique, mais aurait donné une réponse plus précise aux diverses hypotheses mises en avant. Le problème, notamment en ce qui concerne les buts de l'action, n'est pas tant de contempler l'éventualité que la bourgeoisie accepte ou non le ieu de la démocratie mais de faire un oronostic basé sur l'expérience passée et les tendances objectives, sur la probabilité qu'elle choisisse une voie une autre. Pour le marxisme révolutionnaire, il est hors de question que la seconde est de beaucoup la plus probable perspective sur laquelle, par conséquent, il faut baser la pratique, alors que les partis communistes, tout en n'excluant pas dans l'abstrait l'hypothèse d'une rupture révolutionnaire, basent leur orientation sur la variante d'une voie pacifique » « démocratique » et « parlementaire », en substance d'une transformation interne, de l'utilisation des vieilles formes pour un contenu nouveau (28).
(27) Une formulation semblable pourrait avoir un sens, bien que restant essentiellement opportuniste, si elle était conçue comme une formule de transition à la manière léniniste. Une telle interprétation a été explicitement exclue : dans l'intention des formulateurs de cette ligne, le stade de « démocratie progressive » est conçu comme objectivement réalisable.
(28) Khrouchtchearle d'un emploi Khrouchtchev dans le rapport mentionné ci-dessus, de la
« forme parlementaire pour la met're au service du peuple et lui infuser un nouveau contenu ». L'abandon de la conception léniniste de «l'Etat et la Révolution » sur la nécessité de détruire toutes les vieilles formes et d'en créer de nouvelles, originales, est trop évident.
de Pour test Chinois et autres soutiens Il est à peine besoin de dire que sur ce point les Chinois et autres soutiens critique de la voie parlementaire ont cédé complétement, dans le document aucun écho de la polémique de l'an dernier (29):
Le cinquième chapitre traite aussi du problème de l'unité syndicale et de la manière de surmonter la division politique dans les rangs ouvriers. L'unité syndicale. notamment dans certains pays (France, Italie, Belgique), est indiscutablement une question brûlante, et l'unité politique prolétarienne serait un pas en avant évident. Mais, dans certains pays typiques d'Europe occidentale (en premier lieu la Grande-Bretagne et l'Allemagne, mais aussi divers autres pays mineurs), le problème n'est pas
FIN DE L'ETAT-GUIDE
Le chapitre sur « le renforcement et les conquêtes du système socialiste » lui-même n'apporte aucun élément nouveau valable. Il reprend les caractérisations courantes sur la nature de l'URSS et des autres Etats ouvriers à cette étape, les arguments sur l'égalité entre Etats ouvriers déjà exprimés en 1957 et les indications habituellement données sur le développement de l'économie. Significative est la rétérence au « perfectionnement constant du systeme de la division internationale du travail » qui correspond au nouveau stade dans lequel sont entrés les rapports entre pays collectivistes. En 1957, les choses étaient, évidemment, beaucoup moins avancées, et les formulations employées se rapportaient à la réalité d'alors.
A part cela, le document contient des réflets à peine perceptibles des questions les plus intensément débattues, en fait, les plus brulantes, qui ont été soulevées et qui sont encore soulevees en URSS, en Chine et dans les démocraties populaires. Il suffit de penser aux problèmes de l'agriculture, aux méthodes et rythmes de la collectivisation, aux stimulants de l'accroissement de la production. Il y a juste une référence - pas limitée seulement à l'agriculture - aux « principes léninistes d'appel aux intérêts matériels » (suivi immédiatement, pour éviter toute difficulté, par une référence similaire a « limpulsion maxima aux stimulants moraux ») ou un bref paragraphe au « passage volontaire des paysans de la petite propriété privée aux grandes entreprises coopératives socialistes » dans les démocraties populaires. La résolution ne dit pas un mot des différences notoires entre les diverses démocraties populaires et les difficultés et contradictions nombreuses de l'expérience gigantesque et beaucoup discutée des Communes chinoises et des situations critiques en URSS, révé'ées de manière retentissante seulement quelques semaines plus tard.
Mais, plus généralement, la dialectitant celui d'une division organisationnelle - en réalité, la classe ouvrière, dans sa grande majorité, suit un seul parti - que celui de la prédominance des directions social-démocrates. Pour quelles raisons cela continue-t-il à se produire ? Par quelles voies, par quelles étapes intermédiaires et au moyen de quels plans tactiques sera-t-il possible de renverser la situation de manière que de nouvelles directions marxistes révolutionnaires soient capables d'avoir le dessus ? Telles sont les questions réelles qui se posent et auxquelles il faut donner une réponse, au-delà • d'appels généraux, même s'ils sont abstraitement corrects, à l'unité. Mais c'est une réponse qu'on chercherait en vain dans la résolution des 81. ET DU PARTI-GUIDE ? que interne de la phase de transition du capitalisme au socialisme — qui émergea, même sous les formes indiquées, dans les dénonciations et polémiques de 1956-57 — a disparu presque complètement. Il y a seulement deux ou trois allusions aux phénomènes de dégénérescence de la phase stalinienne, dans le but d'assurer qu'ils ont été éliminées. Les « contradictions dans le peuple » semblent avoir été oubliées (30).
Plus significatifs sont les paragraphes concernant les rapports entre les divers Etats ouvriers et les divers PC. L'importance de la Révolution chinoise est beaucoup plus soulignée qu'en 1957, et une fonction spéciale est attribuée au développement de la révolution coloniale. En outre, on a soigneusement éliminé toute référence pouvant donner crédit à la thèse de l'Etat-guide, bien que le rôle d'avant-garde de l'URSS et de son parti dirigeant soit reconnu (31).
Khrouchtchev insista particulièrement sur ce point et sur « l'impossibi-
(29) Dans son rapport au C.C. italien, Longo se réfère aux réserves de représentants de certains P.C. sur la conception de la voie pacifique, tentant d'expliquer ces « difficultés de compréhension » par les conditions dans leurs pays où « il manque pour le moment (sic) toute forme de vie démocratique » (« Unita », 19 décembre 1960).
(30) Dire, comme le fait le texte, que, « indépendamment des formes dans lesquelles elle sera instaurée, la dictature du prolétariat signifiera l'élargissement de la démocratie» est particulièrement léger, surtout après les « révélations » de 1956.
(31) La résolution de 1957 parlait encore du «camp des pays socialistes dirigé par l'U.R.S.S. », tandis que la résolution récente en dehors d'expressions plus générales (< le plus fort bastion », etc...) déclare que le P.C. de I'U.R.S.S. «a été et continue à être l'avant-garde universellement reconnue du mouvement communiste international». -Le P.C. de l'U.R.S.S. semble avoir lui-même recommandé cette rectification P.C. chinois alors qu'on sait que, paradoxalement, insistait sur la vieille formule.
lité d'exercer d'un seul centre la direction des pays socialistes et des Partis communistes ». Ainsi, les dirigeants bureaucratiques n'ont pas l'intention de retourner aux formes d'organisation du type Komintern de la phase stalinienne ou du Kominform de triste mémoire. Mais le document exprime explicitement une tendance à institutionnaliser -des conférences des PC comme une forme normale de consultation et d'élaboration communes et établit le principe d'une discipline liant tous participants (32).
Nous sommes, naturellement, très lein de la reconstitution d'une Internationale de type léniniste. Pis encore, l'expérience de la préparation et du développement de la Conférence et des informations remises ensuite donnent un tableau clair des méthodes qu'on entend poursuivre. Les questions fondamentales et les divergences importantes sont discutées seulement « à un tandis que la base n'est ni consultée ni même honnêtement informée des positions respectives, et on ne lui demande qu'à accepter les conclusions quand elles sont un fait accompli (33). Ceci est tout à fait fidèle aux traditions bureaucratiques les plus classiques.
L'attaque violente contre les communistes yougoslaves et la forme même dans laquelle elle est exprimée, sont, en outre, un autre signe indicatif des préoccupations et objectifs des bureaucrates réunis en conférence. Comme par le passé, il ne s'agit pas de critiques bien argumentées, les positions réelles
SOLUTIONS
La Conférence des 81, précédée par les polémiques bien connues, fut la scène de discussions vives et prolongées, ainsi qu'il ressort des rapports de certains participants et de certaines admissions des textes officie's eux-mêmes (36).
Sur les thèmes fondamentaux, diverses opinions furent exprimées, et la li-
(32) Voir le chapitre final exigence (32) Voir le Khrouchtchev souligne particulierement que « chaque parti se conforme scrupuleusement et loyalement aux décisions de la Conférence dans toute son activité ».
(33) Dans une grande mesure. on a tenté de nier les divergences comme une invention de la presse bourgeoise, et un des participants à la Conférence, l'Italien Alicara, polémiqua âprement contre ceux qui auraient voulu des « versions scandaleuses » (« Rinascita », N° 12, décembre 1960). Ce qui était demandé n'était pas des versions scandaleuses, mais simplement les textes des documents, les discours, etc... une information honnête indispensable. Au lieu de cela, on s'est soigneusement abstenu de republier, par exemple, les articles des communistes chinois.
(34) Comparé aux expressions emplovées au Congrès du P.C. albanais, le texte de la résolution des 81 est admirablement modéré. Les Chinois aussi, à la fois avant et après Moscou, ont violemment attisé la campagne de la Ligue yougos'ave ne sont pas examinées on se limite des épithètes, sans phrases vaguement quelques-uns des à des étiquettes et éviter même des menaçantes. Et de retour chez eux, se sont hâtés de doubler la dose, répandant les expédients polémiques du plus pur type stalinien (34).
La IVe Internationale n'a pas caché les critiques qu'elle estimait devoir faire aux communistes yougoslaves, à la fois dans leurs théorisations et pour leur politique internationale et nationale. Mais les 81 les accusent avant out pour ce qu est de plus valde dans e qu'ils ont fait : la défense tenace de certaines expériences de gestion ouvrière dans les usines et certaines analyses courageuses des conflits dans a phase de transition, qui se trouvent dans leur plus récent programme. C'est précisément parce que certains arguments d'importance capitale doivent, dans les intentions des bureaucrates, rester tabou, qu'ils ne veulent pas discuter ce programme mais préfèrent le déformer de façon . grotesque ou l'ensevelir Sous une avalanche d'épithètes polémiques (35).
Le document contient aussi une critique très générale des tendances révisionnistes ou dogmatiques. Mais il n'y a rien de neuf sur ce plan. C'est une répétition des formules maintenant stéreotypees, et le dosage est tel que chaque direction sera capable d'orchestrer une campagne dans telle ou tel'e direction tout en se proclamant fidèle aux déclarations du document. PROVISOIRES gne « chinoise », bien qu'elle fut nettement en minorite, eut le soutien d'un certain nombre de délégations (37).
A la fin, non seulement la résolution fut adoptée unanimement, mais réussit, à obtenir, dans les mois qui suivirent des divers partis des attitudes beaucoup plus uniformes, sans les difanti-yougoslave et, sans aucun doute. ils ont inf uencé la rédaction de cette partie du texte. Il est curieux, d'autre part, que Khrouchtchev n'ait pas même mentionné la Yougoslavie dans son rapport. Dans son rapport au C.C. italien, Longo fit une rapide r férence, non sans toutefois rappeler que la condamnation n'exclut pas « les convergences, les rencontres et les actions communes ».
(35) La réponse yougoslave à la résolution a été donnée notamment dans le rapport déjà mentionné de Vlahovic. Certaines critiques vont droit au cœur, par exemple celles sur les méthodes de diplomatie secrète dans la discussion des questions du mouvement ouvrier, sur les problèmes esquivés du développement du socialisme, sur la naure de la résolution qui permet une variété d'interprétations, outre, bien entendu, la dénonciation de leur attitude envers la Ligue yougoslave. Sur les questions internationales (guerre, coexistence, etc..). les points de vue bien connus des Yougoslaves sont répétés ; ils sont radicalement différents de ceux de notre mouvement.
INTERNATIONALE• férenciations parfois stridentes et les révélations polémiques de la période précédente. Sur quelques points, des compromis compromis furent, la solution consista évidemment, obte-
Sur d'autres, à adopter ou à répéter des formules suffisamment élastiques, et sur d'autres les communistes chinois reculèrent ou acceptèrent pour le moment la discipline de la majorité.
Dans la présentation des résultats de la Conférence et dans l'application de la ligne du document, il y eut, comme déjà dit, des accents différents : le PO albanais et le P.C. italien prirent des positions aux pôles opposés, le premier comme bastion avancé du conservatisme stalinien; le second comme avant-garde du khrouchtchevisme (58). Pour leur part, les Chinois ne reprirent pas leurs attitudes polemiques de 1959 et de 1960 mirent l'accent sur l'unité qui avait été réalisée, notamment avec le re de luRss, turent leurs réserves sur la coexistence et évitèrent toute référence à l'Etat-guide (39). Même la critique des bourgeoisies nationales de certains pays coloniaux fut diluée sinon vraiment abandonnée : à vrai dire, depuis l'accord sur les Chinois en Indonésie il y a une idylle avec Sukarno (40).
Cependant, les différenciations n'ont pas disparu. Outre les références sectaires aux communistes yougoslaves (sur ce point, les Chinois ne le cèdent en rien aux Albanais). Il n'y a pas de doute que Mao Tse Tung a une plus haute opinion que Khrouchtchev sur la contribution de la lutte révolutionnaire des masses en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Presque toujours c'est une différence d'accent p'us que de positions explicites, mais rien que la lecture des articles. • discours et documents est per se révélatrice.
La diversité des estimations de la situation mondiale en cette phase suivant la Conférence est plus nette. Les Chinois expriment des jügements beaucoup plus optimistes sur le rapport internationa! des forces, et. évidemment, les événements de ce printemps - depuis le vol de Gagarine jusqu'a l'infame expédition contre Cuba - les incitent à augmenter la dose (41). Les implications pratiques de cette analyse sont claires : selon les Chinois, ''URSS et les autres Etats ouvriers devraient profiter des conditions plus favorables en opérant avec plus d'audace sur certaines questions cruciales (42). Mais c'est, une fois de plus, sur la caractérisation de la direction des Etats-Unis que les divergences devinrent plus spécitiques : les Chinois n'ont jamais pris une attitude relâchée ou attentiste envers Kennedy, qu'ils décrivent d'emblée comme pire qu'Eisenhower (43).
Ce n'est toutefois pas parce que s'esquissent ces nouvelles divergences que la tentative de synthèse des 81 n'est pas destinée à être durable. Des divergences partielles peuvent s'accentuer ou disparaitre, selon la conjoncture, et les formules de compromis peuvent favoriser les manœuvres et les fictions propagandistes. Ce qui compte davantage est le fait que la résolution de Moscou n'a pas du tout fourni une réponse aux problèmes cruciaux de la phase historique que nous traversons, les esquivant ou les detormant. Ces prob'èmes existent en réalité; ils demandent une solution effective, et ils se reposeront à nouveau, quelles que soient les formules ou les subtilités tactiques qui seront é'aborées. La synthèse des 81 sera battue en brèche plus ou moins rapidement par les événements, et les divergences et différenciations réapparaitront inévitablement.
(36) Voir le rapport de Longo déjà mentionné et diverses informations données par les dirigeants du P.C. francais, mentionnant entre autre les attaques chinoises et albanaises contre le P.C.F. Le communiqué du 1er décembre parle d' « opinions et positions respectives tandis que le passage final résolution indique « la plus grande cohésion des P.C... la plus importante condition pour unir toutes les forces de la classe ouvrière, etc...
(37) Outre l'Albanie, l'Australie soutint les Chinois, tandis que la position pro-chinoise des des Indonéstens au Conseil de la P.SM les Indonésiens Conseil de la F.S.M. Pékin est connue. Il semble aussi que Japonais. les Vietnamiens et les Coréens aient été plus favorables aux Chinois, ainsi que certains P.C. d'Amérique centrale.
(38) Dans un article de Rinascita, Togliatti (avril 1961) critique explicitement les méthodes de la direction albanaise.
(39) L'expression • rituelle « guidée par I'U.R.S.S. » a complètement disparu.
(40) Ceci confirme l'origine empirique et contingente de certaines positions chinoises même sur ce point. La polémique contre Nehru, d'autre part, se poursuit.
(41) Dans un article dien du Peuple parle comme « moribond ».
(42) Selon des fuites anglaise, la caractéris semble avoir formé un du ler mai, le Quotidu camp impérialiste parues dans la presse ation du stade actuel des motifs principaux de conflit à la conférence, les Chinois étant favorables à une définition qui inclurait la notion de « période de guerres et de révolutions ». les Soviétiques préférant les formules qui prévalurent. On peut en tirer une confirmation indirecte de l'importance que Khrouchtchev accorda à la définition de la résolution, plutôt banale en soi, mais qui acquiert évidemment une importance par contreposition à une autre définition.
(43) Il s'agit d'une déclaration de Mao Tse-Tung du 28 avril, depuis lors répétée fréquemment par la presse chinoise (article déjà mentionné du Quotidien du peuple et un autre article dans le même journal. Agence Chine nouvelle, du 9 mai).