Le récent putsch d'Alger : effectué par quelques généraux et colone's, suit un certain nombre de coups de force qui, depuis 1956, ont été tentés à Alger pour modifier le régime et la politique de la France. Du 6 février 1956 au 13 mai 1958, ces coups de forces ont réussi à imposer la politique dite de « l'Algérie française » et à éliminer la démocratie parlementaire. Depuis le 13 mai 1958, ces coups de force n'ont ni renversé le régime de la Ve République ni renversé la marche de l'Algérie vers l'auto-détermination, en fait vers l'indépendance.
Jusqu'au 13 mai 1958, ces coups avaient réussi grâce à la conjonction des pieds-noirs (les Européens d'Algérie) et de l'armée, se combinant avec l'usure du régime démocratique et le besoin du grand capital d'un pouvoir « indépendant » de la société française. Une fois de Gaulle installe au pouvoir, cette combinaison ne s'est pas maintenue. Nous reviendrons plus loin sur l'attitude de la bourgeoisie en France. Pour ce qui a trait à l'Algérie, l'armée (les cadres bien entendu tout en voulant maintenir ''Algérie indissociablement unie à la France n'entendait pas servir les intérêts particulièrement réactionnaires des pieds-noirs. C'est ce qui explique à la fois son attitude attentiste en jan-
LE BONAPARTE
De Gaulle avait été porté au pouvoir à la suite du coup du 13 mai 1958, mais comme nous l'avions dit dès ce moment là, il n'était pas du tout le représentant politique des forces qui avaient fait l'opération (1). Il venait, poussé par une aile petite mais très dynamique du grand capital, qui avait modernise -es industries de base en France, mais qui pour asseoir son œuvre devait accelerer la concentration dans les industries de transformation, dans la distribution et dans les campagnes, et qui trouvait dans le régime parlementaire un gros obstac'e sur cetté voie. De Gaulle s'installa, suivant une tradition politique ancienne en France — celle du bonapartisme - en arbitre au-dessus de la société. Mais le bonapartisme de de Gaulle avait une caractéristique assez particulière. Si le bonapartisme peut se résuvier 1960 quand Lagaillarde et Ortiz tentèrent le coup des « barricades » à A-ger et sa récente tentative de putsch, préparée tout a tait en chamore, comme un véritable kriegspiel, en dehors de tout lien avec les formations politiques ultras de France et d'Algérie et de toute preparation d'ordre politique, saut si on veut appeler preparation pontique quelques explosions de plastic...
Ainsi, à revoir toute l'histoire de l'après-guerre, le fascisme s'est révélé extrêmement faible. En France même, son apogée comme mouvement de masse fut donnée par le poujadisme, qui groupa des petits commerçants généralement agés, évincés par la concentration capitaliste dans certaines régions déshéritées, mais qui n'osa jamais s'attaquer au mouvement ouvrier. En Algésur la résistance désespérée d'Turopéens il fut plus important, se fondant contre la révolution coloniale montante. Mais là aussi, sans l'appui de l'armée il n'était pas grand'chose. Le fascisme n'a connú de développement sérieux dans l'après-guerre que sous la forme très particulière de la transformation d'une partie importante de l'armée de métier. en une faction politique, voyant dans la « guerre subversive », dans la « guerre psychologique », le moyen de venir à bout du communisme et de la révolution coloniale. ET SON SABRE mer en un sabre et une philosophie, de Gaulle disposait bien de la philosophie de la « grandeur » de la France, mais ne tenait pas fermement en main le sabre, c'est-à-dire l'armée. D'une part, il ne manquait pas de cadres de la vieille école, encore imbus de petainisme et qui n'avaient pas oublié que de Gaulle, en juin 1940, avait donné un exemple dangereux de désobéissance. D'autre part, il y avait cette jeune école fascicisante
< expéditif et de Gaulle de manière d'un
- limité au savoir-faire qui à reprochait
»,
« brader » lEmpire à la
Mendès-France.
articles de
« QUA-
TRIEME aussi notre Introduction à la réédition de « Où va la France ? », de L. Trotsky.
(1) Voir différents
A partir du 13 mai, de Gaulle chercha par toutes sortes de manœuvres, de ruses, de corruptions (avancements, décorations, déplacements...) à reprendre en main l'armée, à en faire l'instrument de son « Etat-fort ». Il ne manqua pas non plus de lui donner une nouvele raison d'être. Si, par suite de la marche du temps, la France devait lâcher du lest en matière coloniale, lui, de Gaulle, allait tout de même la maintenir au rang de grande puissance en créant ce qui est à présent la marque d'une grande puissance, non les colonies, mais larme atomique : la « force de frappe » devait entre autre servir à regrouper autour de de Gaulle la partie la plus technique de l'armée. loin des souvenirs de Dien-Bien-Phu. Mais, cette tentative de reprise en main par ces moyens s'avéra vaine. S'il est vrai aue Taventure de Challe, Salan, échoua piteusement et très vite. il n'est pas moins vrai que leur complot était largement répandu dans l'armée et que seul un concours de circonstances empêcha la participation d'un beaucoup plus grand nombre d'officiers impliqués dans ce complot.
Aussi, cette fois-ci, sous les apparences de quelques arrestations et d'un certain nombre de sanctions, de Gaulle procède à une opération beaucoup plus sérieuse. Il est obligé de dissoudre des unités qui constituaient le fer de lance de l'armée française, et les quatre jours
«L'ETAT
La même attitude douteuse des cadres sévissait dans les autres forces armées de l'Etat (police, ...) et cela explique pourquoi, le soir du dimanche 23 avril, la panique régnait tout en haut de l'appareil d'Etat et pourquoi, après l'appel de de Gaulle aux Français «aidez-moi », Debré a appelé le peuple à se rendre au devant des parachutistes qui risquaient, pensait-1., de débarquer dans les heures qui suivaient. C'est pourquoi aussi des ministres comme Malraux et Frey s'efforçaient de former une milice de bric et de broc, et pourquoi le « pouvoir »
LA BOURGEOISIE
Au cours de cette opération s'est, entre autre, manifesté l'isolement du régime, y compris par rapport aux larges couches de la bourgeoisie, grande et moyenne. ches n'étaient pas favorables Incontestablement, Incontestablement, un cour cescoud'Etat. Les affaires vont bien: pourque d'Etat. Les affaires vont bien : pourquoi troubler la Bourse? Mais, temps, ces couches n'ont manifesté aucune solidarité envers de Gaulle. Le Conseil National du Patronat Français n'a fait une déclaration contre tout trouble de l'ordre que trois jours après l'effondrement du putsch. La Confédédu putsch ont en fait contribué à briser cette armée. De Gaulle a ressenti le danger du putsch au plus haut point, et il n'a pas hésité à appeler la troupe à refuser d'obéir à tout officier comploteur, compris quand il s'agrait d'operations militaires contre le F.L.N., et à réduire le complot militaire, y compris par l'usage des armes. Jamais les « démocrates » et les partıs ouvriers n'avaient ose aller si lom, notamment le 13 mai 1958.
Le plus grand obstacle que les putschistes ont rencontre en Algerie, ce tut le contingent. Celui-ci ne se montra pas du tout une masse mal'éable, sensible aux sentiments des Européens d'Algérie, et qui laisserait faire le complot. Des le début, les soldats du contingent furent hostiles au coup de force : la résistance se manifesta d'abord par l'inertie, la passivité devant les ordres des comploteurs, et ici et là par une résistance active. L'appel de de Gaulle donna à tout soldat qui voulait agir contre ses officiers un point d'appui. Les comploteurs durent rapidement replier bagages avec les régiments de métier qu'ils avaient utilisés pour commencer l'opération. Et maintenant, dans l'armée, on assiste à de nombreuses manifestations de méfiance de refus de servir sous les ordres d'officiers qui ont été attentistes au cours du putsch. Autrement dit, à la méfiance accrue entre les cadres et de Gaulle s'ajoute une méfiance entre la troupe et les cadres. FORT » ferma plus ou moins les yeux devant la possibilité de la ouvrières. L'attitude du directeur de chez Renault dans ses rapports avec les organisations syndica'es, plus particulièrement avec le syndicat C.G.T., fut pour le moins équivoque sur ce point pendant quelques heures. Inutile de dire que, la menace écartée, le gouvernement se ressaisit et fit même le fanfaron, s'attribuant tout le mérite du succès. En fait, en quelques heures, toute la mystification de « ''Etat fort » répandue à foison depuis près de trois ans s'était effondrée. ET DE GAULLE ration des Petites et Moyennes Entreprises n'a fait aucune déclaration. La Confédération Générale des Cadres ne s'est pas associée à la grève du 24 avril, refusant, disait-elle, de participer à un mouvement po'itique. L/organisation par excellence des « notables », les Indépendants et Paysans, n'a fait aucune déclaration, et son secrétaire général, Duchet, a refusé, comme maire de sa commune, d'envoyer une déclaration pro de Gaulle; il a dû, depuis lors, abandonner son poste de secrétaire généra' mais cela ne peut supprimer le fait qu'il exprimait les sentiments de larges couches d'une bourgeoisie nanție, qui accepte de Gaulle comme un pis-aller. Le rédacteur politique de « Le Monde », Jacques Fauvet, qui traduit avec une légère pointe gauche les positions du monde bourgeois, intelligemment conservateur, répondait ainsi dans un colloque de quelques journalistes à la question : « Si de Gaulle venait à disparaître, que resterait-il de ce régime ? » :
« Rien ! Actuellment, rien!... Je Je crois que de Gaulle aura été méces-
LA CLASSE OUVRIERE l'armée ers
Face au soulèvement de larmée, le « pouvoir fort » a dû se tourner vers la classe ouvrière. La riposte de celle-ci au putsch fut rapide et ferme. Non seulement la grève fut générale le 4 avril, les manifestations amples, mais le mot d'ordre des milices et de l'armement lancé par la C.G.T. et le P.C.F. fut accepté sans difficulte, bien que ces memes organisations aient, dans le passe, et encore au 13 mai 1958, denonce ceux qui le mettaient en avant comme des provocateurs (2).
Il ne suffit pas de dire que la classe ouvrière a répondu immédiatement contre le putsch fasciste, il faut analyser davantage sa réaction, ses sentiments. D'une façon générale, s'il y avait chez les ouvriers beaucoup de résolution et si on ne peut douter qu'ils auraient affronté l'épreuve de force sans défaillance, ils ont aussi été dépourvus de tout enthousiasme qui d'habitude est lié au combat, et ils ont largement tenu à ce que leur action ne puisse être consiGarie. In est vrai que portue et de dérée comme un C.G.T., ainsi que le P.S.U. ont dénoncé les responsabilités du régime gaulliste qui avait placé aux plus hauts postes les dirigeants du putsch, tandis que les dirigeants S.F.I.O., F.O. et C.F.T.C. s'abritaient derrière de Gaulle. Mais le sentiment anti-de Gaulle s'était développé au cours de l'année écoulée, et c'ust ce qui explique en grahde partie le manque d'enthousiasme qui a marqué l'intervention ouvrière.
Car, tout en denonçant les responsabilités de de Gaulle, ces organisations ne développaient pas la moindre perspective aux travailleurs. Pour ceux-ci, il fal'ait, évidemment, barrer la route à une dictature militaire. Mais, ceci fait, on allait retrouver de Gaulle. Et après ? Pratiquement, P.C.F., C.G.T. et P.S.U. ont mis en avant la « défense de la République », le mot d'ordre des socialistes, des gaullistes, du M.R.P., de tous les autres adversaires du putsch. Le P.C.F avait oublié de propager sa « démocratie rénovée » et le P.S.U. son front socialiste ». Ces formations oubliaient, à un moment crucial l'axe de leur politique : cela seul suffirait à en montrer la faiblesse. Ajoutons que saire pour régler l'affaire d'Algérie. Ina mise en vacances d'une certame forme de démocratie était une nécessité aussi... Mais ne nous engageons pas plus loin dans cette voie, et attendons : 10) que laffaire d'Algérie soit réglée; 2°) que de Gaulle s'en aille. Et ensuite on verna bien! »
Que de choses sont exprimées en ces quelques mots ! Au cynisme d'une bourgeoisie riche d'expériences politiques, s'ajoute l'illusion que de Gaulle s'en ira une fois l'affaire d'Algérie réglée. ET SES ORGANISATIONS l'aile droite du P.S.U. est allée plus loin, elle a rejoint les « gaullistes de gauche » dans leurs démarches auprès du ministre de l'Intérieur.
Enfin, les organisations se sont, à Pement est un dessance duait puter- Paris, pliées aux décisions d'un gouverte ; elles n'ont pas passé outre aux interdictions gouvernementales de manifester dans la rue, alors que des millions de travailleurs quittaient le travail et auraient répondu en très grand nombre à un appel à des manifestations de rue. Seuls ont passé outre à l'interdiction gouvernementale les étudiants qui, une fois de plus depuis un certain temps, se sont montrés agissant en avant-garde, débordant les directions traditionnelles.
La méfiance des travailleurs envers le gouvernement s'est exprimée dès le lendemain de l'effondrement du putsch par une accentuation de la poussée revendicative en matière de salaires. Il y avait eu, peu de temps avant le putsch, de nombreuses manifestations revendicatives. Arrêtées au cours des quatre
(2) Le recours aux mots d'ordre de l'armement et des milices ne signifie aucun changement dans les conceptions de la direction du P.C.F. sur les «voies pacifiques et parlementaires » au socialisme, comme on a pu le vérifier quelques jours plus tard, au 16º Congrès du P.C.F. Ces mots d'ordre furent lancés sous la même pression des faits qui amena le gouvernement, en face d'un débarquement possible des parachutistes, à compléter son appel à aller au devant de ceux-ci, par la nécessité de ne pas y aller les mains vides. En outre, les dirigeants du P.C.F. et de la C.G.T. lancèrent ces mots d'ordre sous une forme très légaliste : on demandait au gouvernement des armes, et on en resta là. A aucun moment cette démarche ne fut envisagée comme une manœuvre pour mieux faire comprendre les mots d'ordre sous la forme où Lénine l'exprima si puissamment : armer les ouvriers du désir de s'armer.
Toutes ces considérations étant faites, il n'en reste pas moins que le recours à ces mots d'ordre, même sous les formes où cela fut fait, peut mener beaucoup plus loin que ne voudraient des dirigeants qui, dans leur histoire, n'ont appelé les masses à une insurrection que pour remplacer au pouvoir le maréchal Pétain par le général de Gaulle. Plus d'un militant pense qu'on a loupé le coche une fois, et que c'était déjà une fois de trop.
FACE AU PUTSCH
FACE AU PUTSCH
30journées que dura celui-ci, elles reprirent aussitôt qu'il fut terminé. Or, à ce moment-là, les hautes directions syndicales réformistes de F.O. et de la C.F.T.C., pour se faire excuser un certain rapprochement avec la C.G.T. et les communistes, voulaient donner un répit au gouvernement et au patronat. Les ouvriers ne l'entendaient pas de cette oreille. Ce fut très net dans les transports parisiens. Alors que les travailleurs de cette entreprise sont très divisés syndicalement (une vingtaine de syndicats), ce qui faisait que les mouvements ne se produisaient, dans le passé, que si une certaine unité d'action était réalisée par les principaux syndicats, cette fois-ci, à l'appel du seul
L'ensemble de cette situation : faiblesse du fascisme, indifférence de la bourgeoisie, classe ouvrière affectée politiquement par les desillusions de l'après-guerre, la défaite du 13 mai et la veulerie de ses directions traditionnelle - fait de la vie politique en France un espace raréfié qui donne à la personne de de Gaulle une importance particulière; qui lui donne aussi, en dépit de l'étroitesse de sa base propre dans le pays, des marges de manœuvre dans la politique intérieure très sérieuses. Le putsch a beaucoup affaibli l'impérialisme français en disloquant son armée; mais les conditions pontiques actuelles en France font que, dans l'immédiat, sur le plan intérieur, c'est de Gaulle qui garde l'initiative politique et tire un bénéfice de l'opération. Comprenant à la fois sa force et ses faiblesses, de Gaulle a mis en jeu l'article 16 de la Constitution, lequel consiste précisément à supprimer toute règle légale ou juridique, et à donner tous les pouvoirs à de Gaulle, à instaurer dans la société française l'arbitraire le plus complet.
Le prétexte, c'est celui, si commode, de supprimer les sources d'où est sorti le putsch. Mais personne ne doute que cela se traduira par quelques mesures, probablement assez dures, mais tres limitées, contre la droite fasciste, et par de rudes et nombreuses mesures de répression contre l'avant-garde politique révolutionnaire de la classe ouvrière et de l'intelligenzia.
Ranimation politique, disons-nous, mais sans qu'il puisse y avoir illusion quant à son ampleur et à son rythme, pour la période la plus immédiate, d'autant plus que la bonne conjoncture économique contribue à maintenir une situation étale.
Toutefois, divers éléments préparent un avenir politique plus mouvementé, tant à droite qu'a gauche.
syndicat C.G.T., il y eut plus des deux tiers de grévistes. Le meme Jour. les cheminots, encouragés par la C.G.T. et la C.F.T.C., arrêtaient largement le trafic dans tout le pays. Dans les usines, de nombreuses manifestations se produisaient, en premier lieu pour des augmentations de salaires. revendicattante e sette see Si importante que soit cette poussée puisse être quant à la cohésion de la classe ouvrière et pour ses luttes futures, il ne faut pas se tromper sur ses limites : elle se situe dans le cadre du régime. C'est à de Gaulle qu'on demande une augmentation; on n'en est pas, il s'en faut de beaucoup, à une lutte contre le régime.
De Gaulle réussira-t-il donc à fabriquer son « Etat fort » ? S'il n'avait affaire qu'aux directions traditionnelles, il pourrait y parvenir. Mais il y a de par le monde des problèmes beaucoup moins complaisants que ces dirigeants. En premier deu, il a l'Algérie. On a vu de quelle façon insolite s'est préparée la rencontre d'Evian. L'effondrement des tentatives fascistes de 1960 et de 1961 n'a fait avancer les choses que d'une façon plutôt limitée. D'une part, de Gaulle n'a pas renoncé à lutter pour conserver des positions sérieuses au capitalisme français en Algérie; il a encore des prétentions éloignées de ce que les hommes du G.P.R.A. peuvent accepter de signer, même si, sous les pressions qui s'exercent sur eux de toute part, ils se montraient disposés à des concessions étendues. Car il y a le peuple algerien, aux aspirations de plus en p'us radicales. Malgré les propos d'une presse flagorneuse, de Gaulle aborde les négociations dans un rapport de force affaibli . car il a dû frapper sur les unités de l'armée qui pendant toutes années écoulées ont mené le combat et maintenu un régime de terreur sur l'Algérie. Il faut donc s'attendre à de longues négociations avant qu'un accord intervienne. Pendant cette période, on peut penser que la ranimation politique a laquelle on a assisté sur la gauche en France va se poursuivre, se nourrissant précisément des résistances de de Gaulle et de l'impérialisme français à accepter leur défaite en Algérie.
Sur la droite, nous avons vu une série de défaites d'une forme particulière du tascisme. Il est probable que le putsch du 22 avril est sa dernière importante action politique, abstraction portante faite de quelques explosions de plastic. Mais le fascisme trouvera de nouvelles formes p'us tard, après que sera reconnue l'indépendance de l'Algérie. D'ex-officiers renvoyés dans le civil, des
ENCORE UNE FOIS A LA RECHERCHE DE « L'ETAT FORT»
PERSPECTIVES PLUS LOINTAINES
ENCORE UNE FOIS A LA RECHERCHE DE « L'ETAT FORT»
PERSPECTIVES PLUS LOINTAINES pieds noirs ayant quitté l'Algérie, des petits bourgeois cultivant l'humiliation de la « braderie» de l'Empire, d'autres évincés par la concentration capitaliste, fourniront une clientèle pour des politiciens fascistes. Le danger d'une conquête du pouvoir par le fascisme à plus longue échéance nous paraît très limité, mais il faut s'attendre à une agitation po'itique fasciste intense, d'autant plus acceptable au capitalisme qu'il voudra contrebalancer une reprise d'activité politique de la classe ouvrière.
De ce côté, dès maintenant, la ranimation dont nous avons parlé, pour faible qu'elle soit, se manifeste avant tout sur le plan de l'esprit critique, dans deux catégories d'une grande importan ce pour l'avenir : les militants et la jeunesse, la jeunesse estudiantine plus particulièrement.
Bien que Mollet et Thorez continuent pavaner chacun dans son parti, la crise de confiance se poursuit et s'approtondit. En ce qui concerne le P.C.F., l'unanimité des congres ne parvient plus à dissimuler les inquiétudes du plus grand nombre, les désaccords irréductibles d'un petit nombre. Bien qu'ayant tourné court, l'affaire Casanova-Servin a reflété cet état de choses dans l'appareil. La perspective de la « démocratie rénovée », la question des « voies au socialisme » sont des problèmes qui se posent à un nombre grandissant de militants communistes.
C'est dans la jeunesse qu'on sent un intérêt politique croissant, qui n'est pas du tout conformiste ni à l'égard du régime ni à l'égard des vieilles directions. Instinctivement, c'est vers les solutions révolutionnaires que se tourne une avant-garde dégoûtée des politiques suivies par ces directions. On se souvient de lattaire des 121 intellectuels reconnaissant le droit à Pinsoumission. Le rôle joue . par le contingent dans la débâcle du récent putsch n'a pas manqué de faire dire par ceux qui avaient dans le mouvement ouvrier dénoncé cette manifestation, par les dirigeants du P.C.F. notamment : « On vous l'avait bien dit, il ne fallait pas déserter; il fallait faire du travail dans l'armée! ». Cette « argumentation » oub'ie pas mal de choses : 1) le geste des 121 ne pouvait être un appel a une action de masse; c'était une manifestation d'opposition à la guerre d'Algérie pour réveiller une opinion publique tique ayant n'appelait à et déserteurs qu'aucune direction poliaudience de masse une l'action ; 2) les insoumis étaient le produit de cette carence et cette trahison au bout de six années de guerre; 3) quant au travan de ces organismes dans l'armée, il n'a jamais existé; le contingent a réagi spontanément, marqué par la lassitude de la guerre d'Algérie qui affecte la plupart des Français, et par le désir de ne pas faire le jeu de gens qu'il connaît bien (paras, légionnaires ainsi que pieds noirs) et qu'il détestait.
Mais si le mouvement ouvrier organisé n'a pas de responsabilités directes dans le comportement du contingent au cours du putsch, on peut dire, sans craindre de se tromper, que les Jeunes qui en Algérie ont fait une telle expérience, si brève qu'elle ait été, ne manqueront pas d'en être profondément imprégnés et qu'on en trouvera plus tard des répercussions au sein du mouvement ouvrier. On ne s'attaque pas à l'ordre établi sous sa forme la plus oppressive, celle de la hiérarchie militaire, sans en acquérir une capacité de se dresser sous cette forme défigurée de l'ordre bourgeois que sont les appareils d'organisations installées dans cette société.
De nouvelles générations viennent à la vie politique, dans un climat d'oppression et d'étouffement de la pensée politique tant de la part du régime que des vieilles directions. Elles y viennent dans une grande confusion, résultant de toute la politique et de « l'enseignement » des vieilles directions. Mais elles y viennent en se rebellant contre ces po.itiques , contre ces enseignements. Le putsch qui vient d'avorter, qui a porte un coup grave a limpérialisme français en l'obligeant a tailler dans une partie de ses forces armées, aura aussi contribué à faire faire à des milliers et des dizaines de milliers de jeunes une expérience inoubliable qui stimulera chez eux l'esprit de critique et de rébellion. Il n'était pas mauvais que la réaction se soit livrée à un faux pas. Les bénéfices n'en seront malheureusement pas immédiats, sauf pour de Gaulle, mais ils viendront quand même.
Le 15 mai 1961.