Nous publions l'article ci-dessous comme contribution à une discussion sur le rôle de l'Islam dans la révolution arabe.
Né dans une époque de crise des tribus arabes au VI siècle, l'Is'am prit dès le début un caractère politique. Contrairement au christianisme, il guida les masses à la guerre, il leur donna une force nouvelle d'unité et d'existence co.lective. Religion à la fois militante et tolérante, il triomphera de l'Asie Centrale jusqu'en Afrique orientale et à l'Atlantique.
Formé dans la lumière écrasante du désert, il n'a pas une base mystique du jeu des ombres et des rayons lumineux. Dans l'espace du sable infini, il n'y a rien de couvert. Il y a seulement le jour et la nuit, les deux contrastes absolus sans aucune variation, creant des dogmes absolus, blanc et noir. Le climat des intermédiaires n'existe pas. L/Islam n'a pas une mythologie complexe, mystérieuse, difficile à comprendre pour le fidèle. « Dieu est grand », i. est le plus grand . invisible, partout, sans substance, sans figure, il n'a aucune relation avec notre apparence, il n'est pas en avec notre notre intérieur, nous sommes en son intérieur, rien ne lui échappe et s'il survient quelque chose, c'est parce qu'il le veut.
Le fidèle répète cinq fois par jour sa croyance que « Dieu est grand ». Il la répète pour qu'il ne l'oublie pas, mais il n'est pas attaché à sa religion par la peur de l'inconnu après la mort. Il est col ext moise sa moi, quil Darme pas croyant mais pas mystique. Du moment d'exprimer continue lement son credo, il est sûr de son avenir, il a fait son devoir. Cette répétition de la foi amene le bonheur, au moment de la satisfaction totale.
Pour un chrétien, pour un Européen, c'est la variation qui donne satisfaction, qui amène les joies les plus élevées, en musique, en peinture, dans la vie quotidienne et à l'église. Ceci est difficile au Musulman. Seule la répétition continue, écrasante amene livresse profonde, l'abstraction absolue. L'espace continu, ininterrompu, des grands déserts, créa l'espace de leur esprit. Même quand ils sont enfermés, immobiles, leur esprit voyage au-dessus des dunes, des hoggars, des sables, de la terre seche et de l'infini.
Religion du plein air, Islam ne se sent pas à l'aise dans les grandes villes, celles-ci restèrent d'ailleurs en majorité habitées par des etrangers ( des intideles que les Musulmans tolérèrent parce qu'il était défendu au fidèle d'avoir des relations financières avec les infidèles). Avec le début de la dégénérescence au Moyen-Orient, , la religion commence à devenir compliquée, luxueuse. La pureté subsiste dans l'Islam occidental au moment où l'Is'am oriental perd sa virilité. Il tombe alors sous la domination des Tures.
Les plaisirs du fidèle ne sont pas nombreux. Il est obligé de vivre sous une discipline puritaine, qui découle d'une nature dure où l'on cuit pendant la journée et où l'on frissonne pendant nuit dans l'humidité pénétrante jusqu'à l'os. Le plaisir fondamental reste l'abstraction. Retiré du monde, le fidèle suit la route toujours pareille, monotone. solitaire jusqu'à l'absolu, en individualiste, en dogmatiste, avec des conceptions absolues jusqu'a l'absurde, soumis à la discipline de la tribu, prêts se sacrifier pour le but final du triomphe de l'Islam.
Le fidèle n'a jamais de remords. Il ne demande pas a etre pardonne pour avoir fait la guerre. Tout ce quil fait est justifié par Dieu. En agissant ainsi, par devoir, il gagne le paradis. Le fidèle n'a pas de doutes, car tout est écrit dans le Coran. Il n' a pas de philosophie. pas de complexité. L'Islam a connu la philosophie, mais il ne l'a pas absorbée. Exprimée en peu de paroles, cette re'igion est d'une simplicité savante, donnant des solutions simples, sans rendre ses mitants perplexes, une manière de vie correspondant aux peuples des grands espaces, à la vie dure.
L'Islam n'est pas seulement une religion militante, c'est aussi une religion tolérante. Pour conquérir des pays nou-
INTERNATIONALE veaux, pour les conquérir à la religion, on n'a pas seulement employé la force. Au contraire, la force était le dernier moyen, ou un moyen supplémentaire, pouvons-nous dire. L'arme la plus décisive était la foi. L/Islam offrait surtout une religion qui correspondait aux idées de la période où ces pays étaient conquis.
La religion islamique endosse des éléments de toutes les autres religions qui existaient avant elle. Il ne faut pas oulier qu'ele accepte tout le grand héri ace du Judaisme et du christianisme toutes les grandes personnalités de ces religions comme ses propres personnalités, comme ses prophètes, dont le der-
Best Mahomet. Localement, elle accepta même des éléments parsistes ou paiens, toutes les espèces de saints et de martyres, en y ajoutant toutefois le Coran, la foi islamique comme le sommet de tout le passé.
Sa tolérance lui donna une force nouvelle. On l'a dit et redit : jamais le nombre des Arabes qui ont passé à l'ouest du Caire n'a dépassé le nombre de 250.000 hommes. Normalement, il leur aurait été impossible de gagner toute l'Afrique du Nord, la Méditerranée, TEspagne. Mais, avançant, l'Islam gagnait des peuples, des masses deçues par le christianisme qui les avait fait souffrir beaucoup après sa promotion au rang de religion officie'le par une administration farouche. L'Islam les libérait de la hiérarchie dominante des archeveques, évêques, curés, qui n'hésitaient pas à employer la force militaire pour les mettre sous tutelle au point de vue spirituel et économique. Au moment oú les Arabes arrivèrent en libérateurs, les sectes donatistes avaient déjà mené une lutte durant des siècles contre le christianisme officiel.
L'Islam n'a pas de hiérarchie religieuse comme le christianisme, pas de hiérarchie qui domine la vie et s'insère dans les affaires publiques d'une manière pressante : c'est la force de l'Islam. Le manque d'organisation devient une force correspondant à la structure sociale des tribus. Il donne une idéologie qui attire les fidèles mais ne les écrase pas. Il les fait apparaître comme des volontaires, des apôtres. qui adoptent cette religion parce qu'ils le désirent, personne ne les terrorisant avec le martyre d'un enfer effrayant. Il n'y a pas de terrorisme idéologique comme dans le christianisme, où à chaque moment, le théologien est prêt à démontrer les tortures d'une vie future à l'infini.
Cela n'existe pas dans l'Islam, religion souple et flexible. L'Islam crée des croyants, non pas des petits hommes torturés par une fausse conscience, terrorisés par une couche spéciale de prêtres. En cela réside la grande force de cette religion. Les militants musulmans sont convaincus d'avance de l'utilité de leurs guerres. C'est une affaire sacrée, la mort est héroïque et on va à sa rencontre sans peur du remords. Ils se sentent Justifies a priori. On gagne un paradis triomphant. Pas de ces doutes dont on fait souffrir les mobile te plus important poli un ste cette raison, du point de vue idéopour le monde islamique, reste le manteau de la religion. Les chefs chrétiens ont utilisé l'idée de la nation bien plus que l'idée de la relinous voulons l'appronfondir corresgion. Bien cette différence - si pond aux différences des conditions des sociétés données où el'e s'exprime, elle trouve son expression dans le domaine des idées et des mobiles. Mais c'est un fait qu'il ne faut pas ignorer en examinant a présent la structure des luttes révolutionnaires des pays arabes. Peut-être au bout d'un certain temps, ou même pendant la révolution, nous aurons des évolutions plus profondes. Néanmoins, il faut examiner sérieusement ce problème, sinon on risque de commettre des fautes mortelles envers toute la révolution arabe.
La force d'adaptation qui donne une apparence volontaire à l'acceptation des principes islamiques par les masses, bit l'influence du milieu ou évolue l'Islam. Autrement dit. si une hiérarchie ne pèse pas sur le fidèle en tant qu'individu, lindividu est néanmoins gravement opprimé dans son activité sociale par le milieu anonyme, souple, mais très puissant. Une force impersonnelle, que personne ne peut concrétiser ni pertous les côtés l'individu et l'empêche de sonnaliser, mais qui existe presse de sortir d'une tradition formée par les sièc'es. Le travail d'une avant-garde devient très difficile, plus difficile encore parce qu'elle ne peut pas se battre directement contre cette religion.
Pour le Chrétien, une propagande contre la religion prend surtout l'aspect d'une propagande contre l'apparei! de l'Eglise, qui offre d'abondants arguments avec sa corruption, son soutien absolu aux classes dirigeantes, son intervention directe dans les affaires politiques, syndicales, municipales, avec sa force économique. Mais, pour le Musulman, cela n'existe pas, patistee as la lutte nationale, fluence surtout quand la religior participe à la lutte nationale, fortifie les militants et conserve son profonde. Souvent, lIs'am acquiert la force de s'adapter aux nouvelles circonstances de la société, au moins en apparence, avec cette manière souple et large, avec sa tolérance, sans se livrer à des attaques, mais en acceptant les faits. Cette attitude provient de sa. conception que « Dieu la voulu ». On raconte, par exemp'e, que dans quelques régions musulmanes de l'U.R.S.S. les conférences du P.C. s'interrompirent pour permettre aux déléoués de faire leur prière.
Mais, malgré tout, cette attitude devient un obstacle en raison de l'immobilisme des coutumes. Objectivement, une lutte pour une société nouve'le passe par une lutte contre l'attitude tradi- tionnelle de l'Islam. Cela a été démonsouvent par des leaders d'origine musulmane, qui ont dirigé des révolutions nationa'es. Au cours de la lutte pour le changement des structures sociales de leur pays, ils sont arrivés à un conflit, permanent ou temporaire, avec des éléments religieux qui prétendaient être les conservateurs des traditions de la vie islamique. Ils n'ont certes pas denonce Islam comme religion, comme principe parce que ce n'était pas nécessaire mais ils ont dû lutter contre les manifestations de quelques couches de pretres ou doctrinaires, qui constituaient un obstacle à la voie des réformes sociales.
Ce n'est pas par hasard que cette lutte entre la révolution et la religion s'est d'abord exprimée Turquie. Quand les Tures ont occupé le MoyenOment, lislam oriental subissait déià une décadence deligieuse. Il avait perdu la simplicité des vieux temps pour devenir une affaire plus complexe avec des cérémonies typiques. etc... En arrivant, les Tures ont établi une hiérarchie et un appareil ecclésiastiques grâce à la discipline qu'ils appliquaient dans leurs activités socia'es, politiques et militaires. Le centre islamique fut transféré à Istambul, où le Sultan, chef temporel, devint aussi le Calife, c'est-à-dire la tête de la re'igion, utilisant celle-ci pour les affaires de l'Etat. C'est en Occident et en Afrique que l'Islam a gardé plutôt sa figure simple.
Cet appareil ecclésiastique a réagi violemment aux réformes socia'es que voulait introduire Mustafa Kemal après 1922. Le résultat en fut que Kemal et son parti de jeunes officiers réformateurs de la Turquie ont réagi violemment contre les Hodja. Kemal et ses compagnons rendaient l'Islam responsable de l'état arriéré de la Turquie. Ils étaient convaincus qu'aucun progrès n'était possible sans affronter ouvertement ce pouvoir. Ce furent dès lors des réformes comme l'interdiction du voile le changement de l'écriture, la laïcité de education, etc., qui étaient considéres par les vieux suppôts de l'Islamisme comme une trahison à l'égard de la religion.
L'œuvre de Kemal a été facilitée par le fait que, le clergé étant organisé suivant une hiérarchie, sa corruption était connue de la population. Elle rendait le clergé vulnérab'e. Kemal pouvait éprouver sa réaction et trouver les points faibles pour le détruire. Quand le régime kémaliste perdit sa base populaire, que l'Etat prit une forme de réaction ouverte, sous Mendérès, les vieux phénomènes islamiques apparurent à nouveau : un terrorisme reigieux se fit la population en faveur d"un régime corrompu. Mais, une fois de plus, la révolution de 1960 a frappé ces éléments. Même un Etat bourgeois (sans parler d'une révolution ouvrière ou paysanne !) a besoin d'attaquer cette hiérarchie arriérée, qui veut surtout garder les paysans sous sa domination et profiter de privileges anciens. Mais la Turquie, avec cet apparel clerical bien formé et discipliné, était une exception. Pour cette raison, le conflit a été ouvert dans ce pays-là.
En Egypte, le colonel Nasser fut obligé dès Le debut d'attaquer les Freres Musulmans, groupe qui prétendait conserver une stricte tradition islamique. Ce conservatisme était adversaire toute espèce de réforme que devait entreprendre le nouveau régime des officiers qui représentaient les couches bourgeoises les plus avancées. Jamais, bien sûr, le régime n'a attaqué la religien en tant que religion mais il a attaqué ses représentants comme des é'éments négatifs pour la modernisation de l'Egypte.
Cette année, les Ulemas d'Egypte invitent les Ulemas du monde entier à réformer quelques hadits (« dires »), c'est-à-dire de vieilles recommandations qui ne sont plus de ce temps. Une réforme de ces recommandations légalise de nouvelles coutumes religieuses et les rend conformes au nouveau régime.
En Tunisie, nous avons vu dans les derniers temps un chef bourgeois comme Bourguiba attaquer les expressions de la religion ou des coutumes religieuses qui étaient devenues des obstacles à la réalisation de son programme. Ainsi, Bourguiba a attaqué cette année la coutume du Ramadan comme étant antiproductive, et donna lui-même l'exemple de la désobéissance aux habitudes islamiques, qui ne sont pas constructives pour les intérêts de la classe bourgeoise ou qui leur sont au moins indifférentes.
Au Maroc, où l'Is'am a gardé sa simplicité originale, il n'y avait pas de querelles avec des fanatiques religieux. Nous pouvons plutot dire qu'il n'y avait pas de fanatiques. On n'a pas réagi aux réformes qu'avait introduites le roi Mohamed V. Bien sûr, celui-ci n'a pas poussé les réformes d'une manière violente, mais l'absence d'opposition s'explique avant tout par le fait que le roi était après la dissolution du Califat d'Istambul, le premier des croyants, le leader à la fois politique et religieux. Il avait, en outre, tout le prestige que lui avait donné son exil par les Français, pour lui permettre d'entreprendre réformes sans résistance religieuse.
En Algérie, où la religion a aussi gardé sa simplicité et où l'iman n'exerce pas d'autre fonction que celle de lire la prière dans le village ou les villes, , prière dans le village ou les ville dès le début l'Islam a été pour la révolution sans hésitation dans sa grande masse. La guerre sainte était proclamée et le pèlerinage à la Mecque était interdit. Les Ulemas et leur parti ont pris part à la révolution et quelques-uns d'entre eux occupent des places importantes dans le front révolutionnaire. Il ne faut pas oublier que le parti des Ulemas était un parti qui demanda toujours l'indépendance totale, de nom-
Bma révolution. breuses années avantla L/Islam a donné toute son influence pour la cause révolutionnaire. Il y avait seulement deux questions d'ordre religieux que la révolution a liquidées. D'abord la question des Marabouts. Le Marabout fut, jadis, pendant des siècles. un homme saint, apôtre de l'Islam, fondateur de villages et de sources, guerrier, conseiller, ascète, en un mot, un type ayant toutes les qualités pour faire des « miracles », souvent à cause de sa foi profonde en Dieu. Après sa mort, une petite maisonnette, espèce de monument et de tombeau, était construite a la place où il avait vécu pour commémorer dans les générations futures l'exemple remarquable d'un saint de la foi. Les fami.les des marabouts entretenaient ces tombeaux, où, à date fixe, l'on fétait la mémoire du marabout. Il des pelerinages d'habitants de la région, et de beaucoup d'autres régions, quelquefois lointaines, selon le prestige qu'avait ce sanctuaire. Les revenus provenant des fêtes et pelerinages entraient dans la caisse de la famille, qui avait tout intérêt à garder et à multiplier sa clientèle religieuse. Ainsi, des miracles furent fabriqués exerçant une grande influence sur la popu ation, surtout sur les couches les plus arriérées. L'administration coloniale comprit la signification des marabouts et non seulement commença à collaborer avec ces centres et à les proteger, mais même a fabriquer de nouveaux marabouts qui n'étaient rien d'autre que des agents informateurs des Français. Avant la révolution, ces pseudo-marabouts persuadaient les paysans de ne donner aucune aide aux bandes ou individus révo'tés contre les occupants et même de les dénoncer aux autorités, sous prétexte qu'ils étaient des « bandits ». Par leur intermédiaire, l'administration avait toujours les meilleures informations. Dans la première année de la révolution, une des tâches des révolutionnaires fut de nettoyer les montagnes et le pays des agents français. Ce nettoyage engloba aussi la grande majorité des marabouts peuple, qui s'est senti libéré, ou des et ce sans protestation du imans, qui n'approuvaient pas souvent cette activité des marabouts.
Une deuxième question fut celle des zaouia, établissements d'éducation islamique de musique et de doctrine, entourés d'une vie spéciale, exaltant la religion. En principe conservatrices les zaoua poussaient l'abstraction religieuse jusqu'a l'apathie totale à l'égard du monde vivant. Ces réels endroits de l'immobilisme ne pouvaient être objectivement qu'hostiles à la révolution. On raconte une histoire remarquable des premiers jours de rienne, quand un
Amrouche, connu, willaya, tombé plus buscade, entra avec la révolution algédes héros les plus commandant d'un tard dans une emses frères, tous armés, dans une zaouia. Un des zaouia jouait de sa l'éternel, tout de, hit dotina.
lui donna flûte un air monotone à à fait en dehors du mon-
Amrouche lui prit la flüte sa mitraillette :
< Joue avec cette flûte » - lui dit-il. Le type, bouche bee, ne comprit pas la sıgnitication de la mitraillette et « Joua sa musique » en appuyant sur sa détente. Il la prit et fit un effort pour jouer sur une flûte réel'e. Il n'obtint pas de résu'tat. Alors Amrouche lui reprit la mitrailette et donna l'ordre d'évacuer la zaouia. A ce moment, il parla de la révolution.
Quelques mots encore au sujet des contréries. Ce sont des sortes de clubs islamiques de solidarité, mélangés avec des intérêts professionnels ou régionaux d'une fonction plutot secrete, qui imposaient leurs intérêts sur l'intéret général; c'est un phénomène propre à une société décentralisée. Ces confréries affrontèrent tous les problèmes avec un esprit étroit. Au fur et à mesure qu'un appareil solide, non corrompu, s'etablit et qu'apparait une autorité étatique centralisée, les confréries s'affaib'issent. Leur force est très petite devant les nouvelles forces nationalistes et sociales qui se libèrent dans les pays arabes. Elles mènent la lutte des forces arriérés, sans perspectives, lutte perdue d'avance.
En conclusion, sam en tant que religion, qu'idéologie generale, ne soppose décidément pas aux nouveaux courants de l'histoire qui sont apparus dans les pays arabes. T n'est pas lié aux classes dirigeantes comme l'était le Christianisme, simplement parce qu'il n'a pas des intérêts larges et profonds comme en détient l'incarnation Christianisme, c'est-à-dire le clergé. Souvent, il se trouve aux côtés de la révolution et devient une part de son idéologie. L'Islam était aussi un des éléments opprimés par l'impérialisme et le colonialisme. Il se révote done contre eux et devient un point d'unité supranational, au moment ou le nationaIsme se trouve encore a ses premiers pas. Son attitude ne change par encore quand on voit apparaître des mouvements plus protonds du point de vue social. Il ne s'al'ie pas à un régime, même au régime bourgeois, sauf dans le cas des Ulemas, qui n'exercent pas une influence durable et très profonde sur les grandes masses.
Mais les premiers obstacles apparaissent, comme ils ont deja apparu pour la bourgeoisie, quand deviennent nécessaires des réformes décisives de la vie quotidienne, qui est dominée par le mode de vie islamique. A ce moment de la reconstruction, l'Islam s'avère comporter des éléments négatifs d'immobi- lisme, alors que l'heure a sonné de la centralisation des efforts constructifs.
L'Islam en tant que religion molle, souple, flexible, a une influence profonde sur lesprit des masses, et résistera aul temps plus que le Christianisme. Mais il ne résistera pas indéfiniment. Sa manière de vivre est déjà minée par l'industrialisation. Les nouvelles formes que prend la vie dans les pays arabes brisent obligatoirement les limites étroites des petits milieux, rassemblent des millions d'hommes dans de nouveaux centres urbains. Les tribus perdent leur autorité, les femmes s'émancipent, la jeunesse se libère dans une lutte plus attrayante que celle de l'Islam, pour la renaissance de son peuple. Bien que l'Islam paraisse s'être fortifié aujourd'hui 1. parce qui se libère aussi du joug colonnanste, 1l ne peut conserver sa virilité d'antan. Il correspondait à un moment donné de l'Histoire. Ce moment est passé, terminé. Les phénomènes de superstructure, comme la religion, résisteront plus longtemps que la structure économique qui s'effondre, mais ils ne résisteront pas indéfiniment. A mesure que les nations arabes avancent vers une ère nouvelle, l'Islam s'affaiblit.
Mais il ne faut pas commettre l'erreur d'identifier la religion islamique avec la culture arabe. La culture arabe dans le temps a été bien liée à la religion, mais elle ne s'identifiait pas avec celle-ci. En poursuivant sa route, libérée des éléments d'immobilisme et en se basant sur la nouvelle ère industrielle. cette culture arabe donnera des contributions non seulement constructives, mais même étonnantes à la pensée mondiale.