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La revue › 18e année, n° 9

Situation et tâches de la réforme agraire en Bolivie

H. Lucero · Quatrième Internationale, 18e année, n° 9 · mai 1960 · p. 39-54 · 13 881 mots

In English: Bolivian Agrarian Reform: Its Situation and Tasks After Six Years (Fourth International No. 9, Spring 1960).

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Quelques chiffres

L'agriculture est l'activité principale de la Bolivie. vienne se chiffre à 2.125.000 personnes, soit La population agricole boll63,9 % de toute la population (1). (Le recensement de 1950 établit le chiffre de 1.703.371 personnes, soit 63 % du total, de sorte pels on ton apte rate e sorte que la proportion ne varie pratiquechiffre n'inclut pas la population vivant dans la jungle. Le recensement fixe à 100.000 le nombre des personnes parlant espagnol).

L'agriculture est aussi l'activité contribuant pour le plus grand quota dans la production nationale des biens et des services. Dans la période 1950-1955, l'agriculture y est pour 29 % tandis que les secteurs des mines et des pétroles ne représentent que 25 % .

Selon le recensement de 1950, la propriété agraire embrasse 32,7 millions d'hectares, dont 654.000 ha. étaient en exploitation (la CEPAL croit que ce chifn'était que de 400.000 ha.). De son côté, la FAO chiffre à 21,6 millions d'hectares la superficie agricole du pays (dont 21 millions d'ha. de prairies naturelles et 570.000 ha. de culture) et à 47 millions d'hectares les terrains forestiers, laissant 41,3 millions d'ha. non cultivables.

En étudiant ces chiffres on arrive à la conclusion que la partie de la terre en exploitation est très petite car elle ne représente que 2 ou 3 % de la superficie 1950, 9c % des testes cuti rees se trouvent Selon le recensement de seuls To% se ter uvent dans tes pisines dans l'altiplano et les orientales qui embrassent les 2/3 du territoire bolivien.

Du total de la population du pays considéré, il résulte une superficie de terre cultivée de seulement 1/6 hectare par per sonne, chiffre très bas si on le compare avec celui d'autres pays de l'Amérique latine, En 1950, la Bolivie avait 0.16 ha. cultivées par tête d'habitant, le Mexique 0,76 ha., le Chili 0,65 ha., l'Equateur 0,45, le Brésil 0,35 ha.

Mais si on considère seulement la population agricole active, ce chiffre est pour la Bolivie de 2/3 hectare par tête d'habitant, ce qui est de toute façon une superficie très petite, d'autant plus qu'il s'agit de terres pauvres.

Ce chiffre n'est pas loin du chiffre correspondant de la Chine où on compte un hectare (exactement 0,98 ha) par famille (2),

La surface des terres irriguées est également petite. En réalité, il n'y a que deux barrages destinés à l'irrigation : celui de l'Angostura, à Cochabamba, qui irrigue 10.000 ha., et celui de lacagua, à Ururo, qui irrigue 5.000 ha. Malgré les grandes possibilités naturelles pour des ouvrages l'irrigation, la presque totalité des terres météorologiques, vent nuisibles: S, Villamontes (Santa cruzi cultivables est a la merci des phénomènes très irréguliers et Soules travaux destinés à irriguer des terres pour la culture de coton sont bloqués et on craint que les ouvrages déjà construits neois. D'iregation des terres est une des ne solent perdus (50 % à peu près liviessités les plus pressantes pour la Bonécessités les plus pressantes pour la Bo-

Pour l'année 1955, la production agricole été de l'ordre de quelque 119 dollars U.S.A. par tête d'habitant actif. Ce chiffre représente 1/4 du produit total par tête d'habitant dans le reste de l'économie nationale, et aussi 1/4 du produit par tête d'agriculteur actif dans l'ensemble de l'Amérique latine (393 dollars pour 1954), ce qui révèle le très bas niveau de la productivité à l'heure actuelle. Si l'on considère le total de la population agricole, le produit est à peine de 40 dollars par tête, alors qu'il est de 180 dollars, pour la même année,. en ce qui concerne les activités non agricoles.

Cela explique qu'avec une proportion de population agricole si forte, les denrées alimentaires et les matières premières

(1) Sauf indication contraire, tous les chiffres de ce chapitre sont empruntés à * Le développement économique de la Bollvie », étude de la CEPAL, 1957. Il est difficile - sinon impossible - d'obtenir des chiffres plus récents et plus incontestables.

(2) Solomon Adler : = L'économie chinoise », Fondo de Cultura Economica, 1957.

pour l'agriculture et le cheptel importées en Bolivie aient représenté, en 1955, 38,5 % du total des importations, ce qui a constitué pour le pays une saignée de devises (3). Après le décret de la Réforme agraire (août 1953), la production est tombée d'environ 15 % en ce qui concerne la récolte de 1954 par rapport à celle de 1950. Cette chute a été due, entre autres, à une réduction des terres cultivées, surtout pour les pommes de terre, le mais et le SURFACE CULTIVEE, PRODUCTION blé. L'agitation et les inconnues soulevées par la réforme agraire ont joué dans ce cas. Mais, en même temps, il est important de souligner qu'on a enregistré notable par hectare cultive rendement pour le mais et les pommes de terre, ce qui montre que le paysan, même sans l'aide indispensable pour l'amélioration de ses cultures, augmente le rendement de son travail quand il a à faire à des terres qui lui appartiennent, Voici quelques chiffres:

ET RENDEN

AGRICOLES

1954

Pro-

IENT DES PRINCIPAUX

1955

1955

Rende-

Super-

Pro-

Rendeduction (a) (b) 42,5 85,0 33,3 100,0 70,0 50,0 34,1 17,5

8,6 10,0 ment

(c) 2.000 3.000

512 1.154 ficie duction ment (a) (b) (c) 45,6 90,0 2.000 40,0 120,0 3.000 63,0 45,0 715 34,1 17,5 512

9,1 10,5 1.154 une terre de plus en plus tarie, sans se soucier de rendre à celle-ci la fertilité perdue. animale et v gétamesures minima de santé L'application des mesures minima de santé ainsi que l'emploi des fertilisants et des méthodes pour la conservation du sol é'aient de fait pratiquement ignorés. En outre, l'outillage était en général três primitif et rappelait celui dont on se servait aux époques coloniales. De son côté, le paritation et tuse ducun set opu paysan à titre compensation bour de terre, devait travailler de deux à quatre jours la semaine les terres du patron, pratiquait en général les mêmes méthodes de production utilisées dans la grande propriété.

De tout ce taires très à l'activité entreprise mercial bi paysans se de vendre duction et monétaires des biens sur leur te que jamais la, on tirait des rendements unibas, ce qui contribuait à conférer agricole un caractère de simple de suhsistance, sans un sens comen défini. La grande masse des rendait aux centres urbains afin une petite fraction de leur prode se procurer ainsi les movens qui leur perme taient d'acauérir qu'ils ne pouvaient pas produire rre. C'est pourquoi ils n'ont pressu valoriser leur propre travail,

La empêch les exnloitations de type commercial de concurrencer les pavsans ».

Soulignons encore les obligations et pres tations personnelles à caractère féndal du pavan et de sa famille envers le patron et « le manoir », et leur si'uation de serfs attachés à la terre, plus déprimante et onéreuse que la simple rente-travall ci-dessus mentionnée.

Produits super Super ficie (a) Mais 104,3 Pommes de terre 84,9 Orge 61,8 Blé 75,9 Riz 12,5

1950

Production

(b)

124,0

140,0

44,2

41,0

14,4

PRODUITS

Rende• ment

(c)

1.187

1.669

1.154

(a)

En millier d'hectares.

(b)

En millier de tonnes.

(c)

En kilogramme par hectare.

Cependant, le rendement tres taibe de Cenendant. le rendement très faible de l'agriculture n'est pas dû à la réforme agraire, mais aux méthodes de culture et au regime de propriété qui se sont maintenus en Bolivie des siècles durant. C'est le système semi-féodal qui a constitué la grande entrave au développement de l'agriculture (4).

(3) L'agriculture pourrait, non seulement couvrir complètement la consommation nationale tionale, mais aus des articles d'exportation mais aussi procurer des devises à court terme pour des articles d exportation divers, dont quelques-uns s'exportent aujourd'hui en quantités petites, tels que gomme, chataignes, coca, cale, cacao, the, quinine, vanille, etc...).

(4) La CEPAL décrit ainsi ce phénomene: 14 TO CAPAT décrit ainsi ce phénomène:

• Parmi les causes qui déterminent l'état arri ré de l'agriculture en Bolivie, on doit souligner avant tout le régime de propriété de la terre, qui s'est maintenu dans le pays jusqu'en août 1953, date où le décret de la réforme agraire vit le Jour. réforma agraire vit le jour. Le régime des latifundia semi-féodales existant fuse'alors s'avérait presque totalement imperméable aux progrès de la technique agricole. Dans la plupart des grandes terres subsistait l'emploi des méthodes d'exoloitation les plus vieilles, tandis que le pavsan était toujours à un niveau de vie misérahle. Le gros pronriétaire foncier — dont la grande maiorité était absentéiste - transférait son rôle à un commis qui n'avait pas plus de connaissances que son patron et qui tâchait de falre produire

Superficie ce qui, très souvent.

Cette stagnation séculaire de l'agriculture a encore été aggravée en raison de l'élan qu'a pris la production minière pour le marche mondial. Au lieu de pousser le développement agricole du pays, les magnats des mines ont préféré acquérir à l'extérieur les produits et matières premières agricoles. Ils ont ainsi maintenu le pays, dans la dépendance du marché monseulement en pratiquant une telle politique dial, et la stagnation a lintérieur, non dans les achats, mais aussi en detormant l'ensemble de l'économie à leur profit (routes, chemins de fer, énergie électrique, credits, etc...).

La révolution d'avril 1952 et la réforme agraire ont étatisé les grandes entreprises minières et brisé le régime féodal à la campagne. Cependant, elles n'ont pas changé . reste des conditions provenant de celui-ci : méthodes d'exploitation arriérées, déséquilibre entre la population et La ts ont liue, quaigues derbiens tap la terre cultivée, manque de routes, etc..., plementaires. La charrue en bois a toujours été le symbole de l'agriculture bolivienne. Tout cela a joué dans la stagnation de la production.

La réforme agraire a créé les conditions pour un développement de la production, mais seulement les conditions. Elles n'ont pas été favorisées par des mesures complementaires indispensables, comme nous le verrons plus loin.

Deux réformes agraires

En chiffres, quelle est lextension de la réforme agraire ?

Disons tout d'abord qu'il y a deux réfor mes agraires : la réforme légale et la ré forme de facto. Celle-ci a été réalisée par les paysans à partir de 1952, et notamment en 1953 et 1954, avec occupation des terres et leur distribution ; elle a déterminé le décret gouvernemental d'août 1953 qui a été une sorte de frein aux occupations des terres par les paysans.

La réforme agraire réalisée d'en bas par les paysans a englobe les vastes zones traditionnellement paysannes du pays. On n'a pas de chittres precis sur son extension, mais le partage des terres a été effectué notamment dans les départements de La Paz, Cochabamba, Potosi, Oruro et embrassé la plus grande partie des grandes propriétés. Ce partage a été réalisé à une moindre échelle (mais importante aussi) à Tarija et Chuquisaca. Les départements de Santa Cruz, Beni et Pando, à l'Est du pays, ont seulement reflété ce processus, dû aux caractéristiques de l'exploitation et de la population paysanne de ces contrées.

Par contre, la réforme agraire légale, aux termes du décret d'août 1953, est endessous des expropriations de fait. Voici des chiffres :

Selon le recensement de 1950, il y avait dans le pays propriétés agricoles, avec un total de 32.750.000 hectares. total, Jusqu'a aout 1959, selon les données fournies par le Service National de Répaysans, aac tire de proprie, des pux ont été transterees aux priétés représentant un total de 757.913 ha. Le nombre de personnes qui en ont bénéficié était de 29.216. Le même Service National chiffre à 532.680 le nombre de paysans chefs de famille ayant droit à la propriété de leur lopin.

Autrement dit, il restait à distribuer légalement, au terme du 6 anniversaire de la réforme agraire, rien moins que 32.000.000 d'hectares. Même si on considère que. sur ce total, une bonne partie est constituée par des terres de l'Est non réclamées par les naysans, il n'en reste pas moins que le chiffre des terres distribuées est ridicule, tout comme celui des paysans pronriétaires " légaux » : 29.216 sur 2.000.000 de paysans.

De même qu'il y a deux réformes agraires, il y a deux coups d'arrêt à ces réformes.

D'un cote, la reforme agraire legale, c'est-a-dire la distribution des titres de propriete aux paysans, est bloquée par l'énorme appareil bureaucratique créé pai le décret de réforme agraire et par le gouvernement. C'est . dans cet appareil qu'échouent les dossiers de distribution des terres. La Centrale Paysanne d'Ucurena a lait état de la procédure incroyable dévolue à chaque dossier avant la livraison du titre dé propriété au paysan (5).

(5) Le 20 décembre 1958, la Centrale paysanne d'Ucureña adopta la résolution suivante. destinée à être présentée au 3º Congrès des paysans, convoqué à La Paz :

* Plus de cinq ans se sont écoulés depuis la promulgation de la loi de Réforme agraire sans que celle-ci ait été appliquée avec la rapidité nécessaire, ce qui a soulevé la méfiance et la démoralisation envers la portée de la loi. et créé une atmosphère chargée dont la réaction profite dans ses tentatives pour reprendre le pouvoir.

‹ La procédure agraire, chère et lente, fait intervenir trop de fonctionnaires qui retardent l'application de la loi. Il y a cinq ans, une plainte fut déposée auprès de la Jun'e Rurale, mais elle a suivi un véritable calvaire et, dans la plupart des cas, elle marque le pas. A la suite de deux séances de débats, experts furent envoyés juge du tribunal agraire devant lennel fut formulée la demande avec des preuves à l'appui, présentation des titres de propriété, certificat du cadastre et t'moignages de personnes. Après que le jugement fut prononce, le dossier passa au Conseil National de la Réforme agraire. oui le transmit a un des secrétariats de Chambre. Puis. il fut envové à l'Office techniane et inridiane nour que des rapports y soient établis, permettant au Vocal-Relateur d'étahlir son proie de ingement. Celni-ci fut rendu et communiqué aux intéressés. Or. conx-ri neuvent faire annel devant la Session Plénière, qui en décide. mais il est difficile d'obtenir la décision.

• Dans le cas hypothétinue où le dossier aurait rénesi à traverser toute cette nrocédure. il est envové au Ministra dae Affaires Paveannes nour é'ndo ner la Section légale et meniet de la Péentution sunrême mi est snumis à la Presidence de la Rénuhline, ni le Angeier est à nonveau soumis a étude. et où. channe instant tout ce ant a été fait iusau'alors nent être annulé pour une raison ou une autre.

D'ailleurs, du point de vue juridique capitausie, la vauate de tels tires pourrait etre remise en question rapidement par un regime reactionnaire parvenant au pouvoir Un uepute siliste a expuque comment des conditions sont préparees par l'actuel gouvernement pour que les gros proprietaires fonciers puissent, le cas echeant, demander l'invaudation de ces titres et le retour de leurs terres (6).

Quant à la réforme agraire de facto, concernant les terres occupées par les paysans au cours des années 1952, 1953 et

• Après que la Résolution supréme soit acquise, le dossier est renvoyé au Ministère, qui te renvoie au Conseil, qui le renvoie au juge du ribunal d'origine pour un nouveau réexamen du cas, réexamen qui, parfois, est fait en marge des résolutions adoptées en haute instance.

« Ce réexamen acquis, le dossier passe Conseil pour l'établissement des titres, puis a rUffice technique...

« Les titres étabiis, ils sont signés par le Président du Conseil National de la Réforme agraire, puis envoyés au Président de la Répuolique qui, ayant d posé sa signature, les renvoie au Conseil.

« A la fin, les titres sont retenus en l'attente de quelque date, et, à l'encontre de l'article 103, des Commissions trop larges sont constituées pour la livraison des titres, ce qui entraine des frais énormes pour le Trésor national, mais n'empêche de déclarer qu'il n'y a pas de fonds pour des dépenses plus nécessaires et urgentes. Il faut encore souligner que, dans bien des cas, la possession définitive n'est pas établie au moyen de l'é ablissement d'un procès-verbal légal.

* Une copie des pièces essentielles, avec original du titre enregistré . l'Office des Contributions, devra servir à chaque intéressé de document suffisant.

• Considérant que, dues à ce retard dans l'administration de la justice, existe des différences fondamentales entre la situation actuelle de la possession et l'exploitation des terres et les données du procès, en que les résolutions adoptées se trouvent eloignées de la réalité, et que, en outre, avec les grosses dépenses réalisées. on a porté préjudice à l'économie du paysan,

• Nous décidons de demander aux pouvoirs publies que la procédure en matière agricole soit abrégée, plus dynamique et plus effiace. afin que le processus révolutionnaire ne se voit pas en retard ».

(6) Dans une interpellation au Ministre des Affaires Paysannes en février 1957, sur la situation de la réforme agraire, le député

Lopez Avila (du M.N.R.) s'exprima ainsi: c Quelquefois ¡ai songe avec amertume et tristesse, situation embarrassante du paysan bénéficiant d'un titre de propriété si les contingences politiques venaient changer le régime révolutionnaire actuel. Nombre de paysans ont reçu ces titres et pris possession de terres, mais peut-on dire que les paysans pourront légalement maintenir ce droit de propriété toujours et partout ?

Je ne le pense pas : je suis. • Messieurs les dérutés, pessimiste dans cet ordre des choses pour les raisons suivantes : par le décret

03525 du 15 janvier 1953, décidé que l'indemnisation que les pavsans doivent verser aux propriétaires fonciers en raison des exnropriations agricoles, doit être faite sous forme de bons rachetables en 25 ans. Entre temne. toutes leg terres distribuées. leurs récoltes, l'outillage sont sous hypotheaue te-

DAT la Banaue Agricole de Bolivio. Qui devit fairo l'émission de tels bons ? L'Etat, avec la garantie représentée par la signature du Contrôleur g' néral de la Républinue du Trésorier général de la nation. Et bien,

1954 — il y eut une vague dans ce domaine — elle se trouve arrêtée aussi. Certes, le paysan a la terre, mais rien n'a été changé à la condition des moyens de production (engrais, semences, irrigation, outillage, marché, etc...). Le paysan se voit livré à son propre sort.

La production s'est maintenue à un niveau très bas. Par exemple, dans la zone du lac Țiticaca, avec les méthodes primitives qui y sont employées, on obtient des récoltes de 3 à 4.000 kg. de pommes de terre par hectare, alors que dans l'altiplano peruvien, on en récolte 10.000 kg. Même en Bolivie, on obtient des recoltes superieures à 10.000 kg. dans des exploitations disposant d'une technique tant soit peu élevée (dans les méthodes de culture, sans emploi de capital).

Tel est le cas pour l'élevage, dont le rendement est, de lavis de la CEPAL, « extraordinairement bas ». Cependant, le cheptel a beaucoup d'importance pour la production agricole bolivienne, car il représente 40 % du total de la production a la campagne.

Des ovins, qui prolifèrent dans l'altiplano, on obtient un rendement en laine de 0,50 kg. par bête (ce qui représente 1/5 ou 1/6 des rendements enregistrés dans d'autres pays) et un rendement en viande de 10 kg. par bête (moins de la moitié du rendement dans des pays à cheptel développé) (7), Messieurs les députés, ces bons-là n'existent qu'il a reçue en vertu de la Réforme agraire. pas. Donc, le paysan n'a pas payé la terre

Or, du point de vue classique, lorsque, dans un contrat manque cette condition représentée par le paiement de la chose ou des biens transférés. le contrat est imparfait, la tractation n'est pas établie ».

Il faut ajouter que le député Lopez Avila est un des gros propriétaires fonciers de Chuquisaca...

(7) Une autorité de la F.A.O., M. A. Quezada, brosse dans son « Etude sociolo-économique et agraire de la province de Dalence » citée par la CEPAL, la situation de l'élevage dans l'altiplano (département d'Oruro) dans les termes suivants :

« Il n'y a pas d'enceintes pour le cheptel. On ne fait aucune sélection des pâturages ; on ne pratique pas la rotation de ceux-ci. Mise à part l'orge, on n'y a introduit aucun fourrage : il n'y a pas de silos ; les notions leg olus simoles concernant l'alimentation du cheptel sont ignor es : il n'y a pas de bêtes de choix ; les paysans n'ont aucune connaissance en matière génétique et vétérinaire.

Par suite de ces facteurs négatifs, la production et le poids du cheptel sont extrémement bas. Dans cette contrée, il faut entre et 25 hectares pour nourrir une bête à cornes et entre 2 et 4 ha. pour nourrir une brebis. Tous les animaux qui y sont élevés sont du pays : quant aux exotiaues. ils s'y sont adaptés et dégénérés en même temps.

On donne peu de sel au cheptel, et il n'est pas vacciné. Le climat, surtout la sécheresse, lui nuit.

« Dans cette région. leg vaches mettent has. en movenne. une fois tous les trois ans.

On les trait pendant un mois et on obtient de chacune environ 1 litre de lait par dour.

On tond tous les deux ans et on obtient livre de laine par bête. Leg brebis me'tent bas, en moyenne, une fois par an. On tête d'habitant, il faut ajouter qu'il s'agit A la surface très limitée cultivée de terres soumises, pendant des siècles, à une exploitation insuffisante, sans engrais, avec un degré avancé d'érosion, notamment dans l'altiplano, ce qui les rend très peu fertiles. Dans l'altiplano (sauf dans les régions plus fertiles du lac Titicaca) s'exploite chaque année seulement une parte des terres cultivables, et on laisse le reste en friche pour des périodes qui vont jusqu'à 9 ans. Par exemple, dans la province de Dalence (Oruro), sur 14.400 hectares, on cultive chaque année quelque 3.600 ha., c'est-à-dire le quart. les trait pendant 15 jours et on obtient 0,10 litre de lait par jour et par bête. Il y a peu de pores. Ceux qu'on y trouve sont dans un état lamentable, comme il est montré par leur poids (35 kg. au maximum) ».

C'es'-à-dire que ce cheptel n'est destiné qu'à la subsistance.

II. - LA SITUATION

Bien que la production ait stagné et même baissé, la révolution a comporté une élévation considérable du niveau de vie du paysan.

Le niveau de vie s'est élevé, en général, en matière de consommation, car le paysan ne doit aires De sularai de la tentesait pour le propriétaire de la terre, le pavsan le réalise pour lui-même.

Mais plus important pour le paysan que l'augmentation relative de sa consommation - qui a de nouveau baissé en raison de l'appauvrissement général provoqué par le plan de stabilisation — c'est le changement qui s'est opéré dans sa situation sociale, avec la suppression des prestations personnelles de type féodal qui l'attachaient au gros propriétaire foncier et à la terre.

C'est là qu'on trouve une différence avec le régime antérieur et pourquoi le paysan résiste les armes à la main et résistera contre toute tentative de retour au passé.

D'autre part, la situation des paysans qui possédaient des terres avant la réforme agraire s'est vue améliorée, comme c'est le cas pour de nombreuses communautés paysannes. Ces communautés, on les trouve, en général, parmi les couches les plus pauvres de la paysannerie. Leur nombre, avant la réforme agraire, et selon le recensement de 1950, était de 3.779, englobant 320.818 membres.

Par suite de l'appropriation de leurs terres par les gros propriétaires fonciers avoisinants, les communautés possèdent les terres les plus pauvres et de peu de rendement. D'autre part ,les communautés portent en elles le germe de leur propre dissolution. Chez nombre de communautés, chaque paysan est devenu propriétaire son lopin et ne sont restés sous le régime communautaire que les terrains de

Tous ces chiffres qui relèvent des mé thodes primitives qu'on utilise, pourraient se voir grandement relevés par la moindre des améliorations. Mais le gouvernement M.N.R. n'a pas réalisé la moindre réforme agraire. C'est là une carence de la direction petite bourgeoise, aussi grande que l'arrêt enregistré dans la livraison des titres de propriété aux paysans.

Sur les deux fronts, le gouvernement capitaliste, non seulement a bloqué la réforme agraire, mais encore — et tout en la faisant prévaloir comme thème de propagande - il fait du sabotage, travaille contre la réforme et pour le gros propriétaire foncier. Sous les ordres de l'impérialisme et agissant avec son aide, il a assiégé les paysans, dressant autour d'eux un double cercle : celui de la loi et celui de la famine. Il se prépare à dresser le cercle militaire. DE LA PAYSANNERIE La portée de ses conquêtes syndicales et politiques et de sa dignité humaine n'apparaît pas sur les statistiques, mais elles sont des biens aussi concrets que le blé et le maïs et sont enracinées dans la conscience de chaque paysan.

Le syndicat, les milices syndicales, le suffrage universel, la discussion et la participation - même limitée - à la vie politique du pays, les victoires remportées sur les propriétaires fonciers et leurs agents politiques, les uns et les autres expulsés violemment de leurs domaines, voilà ce qui, pour le paysan bolivien, veut dire élévation de son niveau de vie.

Elle a en outre, comporté, pour le reste de la classe travailleuse, une élévation automatique de son niveau de vie, de ses conquêtes et de ses libertés, car on sait à quel point cette classe, y compris ses secteurs privilégiés, est constamment conditionnée par la situation de la couche la plus nombreuse et la plus exploitée du pays : la paysannerie. pâturage. Ainsi se sont formées des couches ches de paysans riches, de paysans aisés et de paysans pauvres, ceux-cı possedant les lopins les plus petits et maigres, tandis que les paysans riches ont, au détriment des autres engagés dans des dettes, augmenté l'extension de leurs propriétés. Par ailleurs, les communautés louent la force de travail à des paysans venant de l'extérieur et deviennent ainsi une couche supérieure, exploiteuse du travail d'autrui, mal pavé comme de bien entendu.

Cependant, les communautés subissaient la pression constante des gros propriétaires voisins et les exactions des autorités soit du chef-lieu, soit du département (juges, policiers, maires, etc...) ainsi que la loi des intermédiaires dans la vente de leurs produits. Elles manquaient de tout soutien ou aide. Avec le développement de la puissance du paysan depuis la révo

Le niveau de vie

Les communautés

Le niveau de vie

Les communautés lution d'avril, ces abus, s'ils n'ont pas complètement disparu, ont dû reculer peu à peu, de sorte que l'indio communautaire jouit aujourd'hui de libertés et possibilités

La stagnation

Cependant, malgré les grandes conquêtes acquises, le paysan a souffert protondement de l'arrêt de la révolution. Ainsi, tout le poids représenté par letat arriere lu pays, et que la direction petite bourgeoise s'est vue impuissante a surmonter, retombe toujours sur la paysannerie.

sous la pression des paysans, dont une des preoccupations les plus brülantes est d'apprendre, le gouvernement a mené une certaine campagne contre l'analphabétisme, qui était tout à fait ignorée des régimes oligarchiques précédents ouvert des écoles dans les villages, augmenté notablement le nombre des instituteurs, etc...

Mais, face au chiffre terrifiant des analphabètes (70 % de la population), ce qui a été jusqu'ici réalisé dans ce domaine est très peu. Un tel analphabétisme ne peut être déraciné en agissant d'en haut, avec la seule intervention du nouvoir, sans faire appel à la mobilisation des masses paysannes elles-mêmes ; surtout sans elever substantiellement leur niveau de vie matériel. La grande masse paysanne reste toujours en dehors du circuit fondamental de la culture. D'autre part, on n'a nullement envisagé l'instruction du paysan dans la langue qu'il parle, alors que c est là la seule facon efficace de combattre fond l'analphabétisme aussi bien parmi les enfants que parmi les adultes (8).

Des conquêtes telles que les assurances sociales n'ont pas gagné la campagne. ici, l'assistance médicale et sanitaire continue à être très en retard. La mortalité infantile dans le pays atteint un des taux les

La terre

La question des terres se pose dans quelques zones sous un nouvel aspect : il y a plus de population que de terres disponibles. Cela se voit encore aggravé du fait que des zones potentiellement agricoles et grandement riches sont isolées des marchés en raison du manque de voies de communication (par exemple l'Alto Beni est à 100 km. de La Paz).

Dans quelques contrées de l'altiplano et des vallées, on enregistre une grande pous-

(8) M. Asthenio Averanga, dans c Aspects e néraux de la population bolivienne », 1957, page 94, montre, par des tableaux statistiques et graphiques, la relation directe existant entre la population qui parle esparnol et celle qui est instruite ; les deux courbes dans le graphique, sont presque parallèles.

(9) A. Quezada, ouvrage cité, sur la consommation d'une famille indienne typique de Dalence (Oruro).

(10) J. Rey Alvarez (technicien de l'O. N.U. : • Revista de la Facultad d'Economie de Oruro ». Nos 10-18 : • Un voyageur qui vovage dans un camion, assis comme il le peut, sur la cargaison et sans abri, paie 0,8 dollar par km. Aux U.S.A., le voyageur d'omnibus, disposant d'une place assise confn-tohio et d'air conditionné, pale près de 0,01 dollar pour 1,6 km. >.

qui lui étaient auparavant interdites, y compris sur le marché, bien que, dans domaine, les abus des intermédiaires n'aient pas cessé. le la révolution plus élevés de l'Amérique latine : 158 pour 30,36 pour 1.000 chez les enfants d'un a 1.000 chez les enfants de moins d'un an quatre ans. Le plus gros pourcentage de ces chiffres appartient à la campagne, où il n'v a pratiquement pas d'assistance me dicale et sanitaire.

En ce qui concerne l'alimentation, le taux de la consommation est au-dessous de ceux des autres pays latino-américains les z les familes Selviennes alissannes les moins favorisés. Selon les statistiques, chez les familles établies dans l'altiplano (la contrée, pauvre), la consommation des principales denrées alimentaires est, par tête d'habitant et par an, 141 kg. de ble • 4,2 kg. de viande ; 38,3 kg. de pommes de terre; 29,3 kg.. de mais : 1 kg. de sucre ; 0,5 kg. de riz (9)

Nous avons déjà parlé du revenu très bas par tête d'habitant par rapport à ceux des autres pays sous-développés de l'Amérique latine. D'autres données aident à brosser la situation sociale du paysan. Il y a un grand manque de chemins et de ponts pouvant relier marchés et zones de production. En outre: les transports sont chers. Un paysan bolivien paye plus cher pour voyager dans un camion avec ses produits qu'un voyageur des U.S.A. ne paie en se déplaçant dans l'omnibus le plus moderne (10).

La petitesse du réseau électrique se fait sentir sur les industries et les mines et, a plus forte raison, à la campagne : 70 % le la population bolivienne, paysannerie comprise, ne connaissent pas l'usage de l'électricité (11). disponible sée démographique. Tandis qu'à Santa

Cruz, la densite démographique est de l'ordre de 0,8 habitants par km2, à Cochabamba elle est de 9,8 habitants, à La Paz de 7,8 habitants, et à Sucre de 6 habitants.

Cependant, ces pourcentages sont bien audessous de ceux qu'on enregistre dans des zones à forte concentration agricole. Par exemple, dans les provinces cochabambines de Jordan, Quillacollo et Punata, on enregistre respectivement 66, 60 et 62 habiPane disponible a mons crine tants par km2. D'autre part, dans l'altiplano et les vallées, où il n'y a pas de un changement dans les méthodes de cul-

(11) Il est intéressant de citer les chiffres fournis par la CEPAL sur la consommation d'énergie électrique. Dans les statis iques qui suivent, et en ce qui concerne la Bolivie et le Chili, il n'est pas tenu compte de l'énergie consommée industriellement par les grandes mines, mais elles incluent celle consommée par la population minière. (Chiffres pour 1954, en Kwh par an et tête d'habitant) : Bolivie, 57 ; Uruguay. 359: Argentine, 339 : Chili, 329 ; Brésil, 205 ; Cuba,

174 Colombie. 157 ; Pérou, 148 : Equateur. République Dominicaine, 55

Nicaragua, 45 ; Salvador, 40 ; Paraguay, 33 ture, l'irrigation, etc...), accroissement se chiltre à 25.000 personnes par an, don seule une partie est résorbée dans d'autres zones ou d'autres activités. Le plan de colonisation dressé par le gouvernement, et dont le but était tout simplement de transférer les paysans de laltipiano et des vallées dans les plaines orientales de Santa Cruz (et dernièrement dans des zones tropicales comme celle de Caranavi), puis de les laisser à leur sort, tout comme ceux qui restaient dans leur lieu d'origine, ce plan de colonisation a échoué en raison de l'inadaptation des gens qui furent transférés et de l'abandon dont ils ont été l'objet.

Dans la vallée de Cochabamba, la poussée démographique pose la question terres sous une nouvelle forme. Ainsi, les Jeunes gens, au moment de constituer un foyer, demandent un nouveau partage des petites terres (d'une étendue d'un hectare environ) tandis que les vieux résistent logiquement à morceller davantage des lopins aussi petits. Ce type de partage est appelé par les paysans « la iguala » — terme se rapportant à égal - et est une source de conflits dans cette zone.

Tous ces problèmes sociaux de la paysannerie ont été peu considérés de la part du gouvernement, non seulement en raison de sa politique capitaliste carente devant les besoins des masses, mais aussi en raison d'un manque de lien réel entre celles-ci et le pouvóir bourgeois incarné dans l'Etat. Or, l'élévation du niveau de vie économique, social et culturel des grandes masses paysannes arriérées chargées de problèmes, relève de taches don laccomplissement n'est pas possible sans faire intervenir l'initiative des masses. On ne pourra pas y parvenir d'en haut, même si le gouvernement le voulait, car il y a là des barrages insurmontables.

Le gouvernement a chargé des agences de l'impérialisme de réaliser telle ou telle tâche dans un tel ou tel domaine. Ce fut le cas pour le S.A.I. (Service Agricole Interaméricain) qui a à faire aux techniques de production, et pour le S.C.I.D.E. (Service Coopératif Interaméricain de l'Education). Mais ces deux organismes ont gaspillé l'argent bolivien, créé une énorme bureaucratie, obtenu un résultat maigre, mais ils se livrent par contre à une ample propagande impérialiste qui ne fait qu'ajouter à l'hostilité avec laquelle ces orga-

La paysannerie n'était pas directement intervènue dans l'insurrection du 9 avril

1952. Mais la révolution eut des répercussions profondes à la campagne. Surtout, la destruction de l'armée ouvrit la vole pour que les paysans, libérés de la menace que représentait une armée sanglante au service de l'oligarchie, se ruent à l'occupation des terres.

Cette méthode révolutionnaire de réaliser d'en bas, les armes à la main, la réforme agraire, se révéla, une fois encore, nismes sont accueillis par les paysans (12).

Quelques syndicats paysans de la vallée de Cochabamba ont ouvert des écoles primaires qu'ils administrent, aidés par des Comités de paysans du lieu. Ils ont obtenu des résultats autrement meilleurs que ceux du S.C.I.D.E., car ces écoles ont en vue les besoins, les problèmes et la psychologie du paysan. Dans l'altiplano, des nautés paysannes ont, elles aussi, ouvert personnel capate de comis enseine des ecoles et louent avec leurs propres mais le ment manque, Ainsi, l'éducation avance très peu et les enfants tardent des années à apprendre à lire et à écrire.

(12) Le numéro 102 de ‹ Lucha Obrera (1ère quinzaine de janvier 1959) fournit l'information suivante :

Les paysans d'Ucureña ont adopté une résolution que leurs délégués présenteront au Congrès paysan convoqué à La Paz. Elle dit, du travail r. alisé par le Service Agricole Interaméricain, qu' c il se fait sans aucun contrôle » et sans réaliser les plans prévus. Elle montre que le S.A.I. n'a pas œuvré à l'augmentation de la production agricole, n'a pas appris aux paysans directement à améliorer l'exploitaion, n'a pas facilité l'acquisition d'outillage moderne ou des moyens de travail permettant la mécanisation agricole.

La résolution ajoute : a Au lieu de réaliser ces projets, le S.A.I. n'a pas fait appel aux ingénieurs agronomes boliviens, mais a préféré des gens de l'étranger, incapables, qui habitent les principales villes de la Bolivie et aux Etats-Unis et visitent très rarement la campagne, les lieux de travail, dont ils ignorent les nécessitág tout comme les caractéristiques de l'Indien bolivien.

• Le S.A.I. dispose d'une nombreuse bureaucratie qui végète dans les bureaux, entourée d'un luxe et d'un confort import's des Eta's-Unis, tandis que l'Indien bolivien est quotidiennement livré à une lutte contre la sécheresse. la grèle, les gelées, les insectes, l'érosion constante des terres et autres fléaux, sans que vienne a son aide aucune de ces directives techniques tant décriées et diffusées par des photographies en vagues, qui ne sont que semblant et duperie.

* Le S.A.I. a accordé des bourses à certains de ses employés pour qu'ils se promènent par les Etats du colosse du Nord et y dépensent l'argent bolivien qu'on pourrait destiner à la solution pratique des problèmes de base de l'agriculture, d'autant plus que les boursiers n'ont apporté au pays aucun gain au retour de leur voyage de tourisme.

« Le SA T. a couvert ous les nropriétaires fonciers qui se vengent de la Réforme agraire en sabotant son application ». la seule efficace pour le partage des terres et la destruction du régime féodal sévissant à la campagne.

La mobilisation des paysans vint, d'auire part, apporter aux masses ouvrières l'aide nécessaire pour le maintien des conquêtes obtenues par l'insurrection d'avril. La C.O.B. devint l'expression et l'instrument de l'alliance des ouvriers et des paysans scellée depuis avril.

Avec l'occupation des terres, déferla une vague de syndicalisation des paysans. Au

III. - LA SITUATION POLITIQUE A LA CAMPAGNE

La révolution paysanne

III. - LA SITUATION POLITIQUE A LA CAMPAGNE

La révolution paysanne côté des syndicats, des milices paysannes furent créées et, de fait, centralisées à Ucureña, centre de la réforme agraire.

La dualité de pouvoir qui s'était établie dans le pays depuis la révolution d'avril entre le gouvernement capitaliste et les syndicats, trouva son expression la plus profonde dans les syndicats paysans et leurs milices. Dans les zones de grandes concentration et tradition paysannes, telle que la vallée de Cochabamba, fut créée une veritable armée, qui constituait un véritable Etat à l'intérieur de l'Etat. Quant aux syndicats paysans, ils firent et font toujours sentir leur autorité sur place, Pes esses, aelle de rent la justice, rendent par-dessus celle de l'Etat : ils distribuen jugements, disposent de miliciens et de locaux pour les arrestations, autorisent ou relusent le transit, et vont jusqu'à décider dans les mariages et les divorces.

Après la destruction des latifundia et Te leurs desiges, les syndacats paysars l'expulsion des gros propriétaires fonciers n'avaient plus de raison d'exister en tant qu'organismes de lutte économique contre les patrons exploiteurs. Mais ils acquirent une nouvelle nature, celle d'être des instruments pour la défense des conquêtes acquises, le partage des terres surtout ; ils devinrent des organismes délibératifs et exécutifs pour toute question intéressant lan organisme, de plair. Lame ment des paysans et leurs milices constituèrent un des deux piliers de la syndicalisation à la campagne.

Dans ces conditions, la paysannerie a connu une évolution politique à partir de la promulgation du décret de la Réforme agraire, en 1955

Avec la révolution d'avril et la réforme agraire, le M.N.R. gagna le soutien massif de la paysannerie. Bien que, dans plusieurs endroits, ce furent les militants trotskystes qui poussèrent, en 1952-1953, à l'organisation syndicale des paysans, mirent en avant le mot d'ordre de l'occupation et du partage des terres, et parcoururent l'altiplano et la vallée pour la constitution de syndicats, ce fut le M.N.R. qui reprit le contrôle sur ces organisations, en raison du prestige dont il iouissait et de son contrôle sur un gouvernement qui était soutenu par les ouvriers et la C.O.B.

Par la suite, le M.N.R. mit sur pied une lourde bureaucratie syndicale chez les paysans, et plaça des dırıgeants petitsbourgeois, des « docteurs » à la tete de la Confédération Nationale Paysanne et des Fédérations départementales. C'est de la sorte que les docteurs Nuflo Chavez Ortiz, Vicente Alvarez Plata, Alvaro Perez del Castillo, Zenon Barrientos, Mamami, etc.... se virent transformés en leaders « paysans ».

Cette bureaucratie établie dans les villes, et le décret de la Réforme agraire, constituèrent un frein aux luttes des paysans. Elle s'assura le contrôle sur les dirigeants locaux ; ceux-ci appartenaient véritable-

En réalité, c'est cet armement des masses qui a lait échouer les coups de la contre-révolution pour reprendre le pouvoir et empêché, contre le désir du gouvernement capitaliste, que les conquetes révolutionnaires ne reculent davantage.

Le paysan s'est incorporé à la vie policats. La conquête du suffrage universel tique nationale au travers de ses .syndicats. La conquête suffrage universel est, dans la conscience du paysan, exprimée par son intervention politique dans les syndicats. Le syndicat ou lagrupation agraire constituent, pour le paysan, arène de son intervention politique.

Il s'agit là d'un des progrès les plus profonds et irréversibles de la révolution bolivienne, Depuis la révolution d'avril est apparue et s'est précisée de plus en plus une paysannerie toute différente de celle qu'on avait connue jusqu'alors. Aujourd'hui, meme avec des limitations, le paysan intervient dans la vie syndicale dispose d'un fusil sinon d'une mitrailleuse, est maître de sa terre, se considère une partie active et un soutien de la révolution, d'une révolution qui n'arrive pas d'en haut, mais qu'il fit lui-même à la campagne et qu'il a défendue plus d'une fois les armes à la main. La paysannerie bolivienne d'aujourd'hui est, dans une certaine mesure, centralisée et agit politiquement à travers les centrales agraires et ses attaches avec la C.O.B., et elle se sent collectivement un facteur d'un poids décisit dans la vie politique du pays. La paysannerie bolivienne n'est plus la masse

,et léthargique dont la réaction arriérée se servait pour isoler le prolétariat. ment à la paysannerie, mais furent soumis, par tous les moyens, à un processus de bureaucratisation. Dans de nombreux cas, ces dirigeants locaux s'érigèrent en véritables dictateurs, exerçant la terreur contre leurs opposants, mais en général agissant avec l'accord de la majorité de la base. La lutte commencée un peu partout dernièrement contre de telles méthodes bureaucratiques, surtout à Cochabamba, constitue un autre exemple du progres qul sest opere dans la conscience des paysans.

Dans de nombreux cas, les dirigeants paysans locaux sont des anciens ouvriers, surtout d'anciens mineurs qui ont regagné la campagne, où ils apportent leur expérience du mouvement ouvrier, et representent un hen, certes empirique mais vivant, de l'alliance des ouvriers et des paysans.

La bureaucratie des villes, qu'elle soit de droite ou de « gauche », a réussi dans son travail aussi longtemps que la campagne s'est maintenue tranquille et que les paysans ont caressé l'espoir d'une aide de l'Etat et du MNR pour la solution de leurs problèmes, et également aussi longtemps que le mouvement ouvrier luimême restait sous le contrôle du gouvernement et de ses fonctionnaires syndicaux. Mais la cassure qui s'est produite entre le mouvement ouvrier et le gouvernement, élargie encore depuis le Congrès

L'évolution politique à la campagne

L'évolution politique à la campagne des mineurs de Pulacayo (avril 1957) et le 2° Congrès de la COB (juillet 1957), a ouvert la brèche. La crise la direction du M.N.R. et la paralysie dont souffre la COB depuis son 2º Congrès, ont provoque la crise et léclatement de la direction nationale paysanne représentée par les « docteurs ». C'est ainsi que le plus grand leader • paysan », le docteur Nuflo Chavez, la renoncé au poste de vice-président de République et aux postes qu'il détenait dans la C.O.B. et le fonctionnarisme syndical. Avec son départ, s'est désintégrée toute une équipe de dirigeants désignés par La Paz. En ce qui concerne la confédération et les federations paysannes, la crise d'écla tement de la direction s'est avérée plus profonde qu'elle ne l'a été dans le mouvement ouvrier. Dans celui-ci, la directior attachée à la C.O B. s'est brisée, mais les fédérations et confédérations ont • tenu bon. Les sommités syndicales paysannes, tout comme la haute direction de la C.O.B., avaient un moindre contrôle sur la base ; elles la dirigeaient non pas en fonction des nécessités immédiates des travailleurs mais de la perspective capitarion. Cette perspective se voyant mise en nationalo-bourgeoise, de la révoluquestion, tous les organismes centralisés par la direction petite-bourgeoise se sont désintégrés.

La crise de la direction paysanne nationale reflète infiniment davantage la

Les luttes à mécontentement s'exprima plus ouvertement encore à la suite des luttes intestines du M.N.R., dont elles étaient un reflet. Il se manifesta ostensiblement dès la fin 1958 contre le ministre des Affaires paysannes Vicente Alvarez Plata. Le 3* Congrès paysan tenu à La Paz, qui avait été convoqué par le ministre quête d'un souțien qui ne lui fut pas accordé mais qui se vit substitué par demande de démission du poste ministériel, fut le commencement de la fin pour Alvarez Plata qui était allé chercher des alliés à la C.O.B. L'évolution des luttes à la campagne pendant l'année 1959 a constitué un des principaux événements de la révolution bolivienne. Cette évolution peut se resumer dans le sort encouru par Alvarez Plata. En avril, il fut contraint de démissionner devant l'attitude hostile de la paysannerie, hostilite qui en réalité se pro longeait sur la politique du gouvernement. Dans les mois suivants, il mena une camcrise de la petite bourgeoisie capitaliste ou'elle ne reflète la situation chez les paysans, comme l'ont démontré les luttes dont nous parlerons. Les syndicats paysans locaux n'ont ni éclaté ni reculé. Sous une forme apparemment isolée, commença une série de luttes paysannes. Plusieurs années de réforme agraire sans une élévation appréciable du niveau de vie ; la paralysie dans la livraison des titres de propriété ; les abus et l'enrichissement des dirigeants paysans appartenant M.N.R., etc., autant de facteurs qui stimulèrement le mécontentement des paysans. Ce n'était pas pour ça qu'on avait fait la Révolution d'Avril ! Dès 1957, et pendant toute l'année 1958, se développèrent de plus en plus les luttes paysannes à Charcas. De grandes masses, dirigées par la Centrale paysanne de Choroma, livrèrent une lutte armée contre la population de San Pedro de Buena Vista, vieux nid des exploiteurs de paysans. Cette lutte, en depit de quelques aspects primitifs et des déviations qu'elle seulement la revendication des terres (la exprimait d'une façon déformée non majorité de ces paysans sont des communautaires ou possèdent des terres) mais encore le désir d'en finir avec tous les exploiteurs des paysans. Ce combat local, isolé en apparence, reflétait l'inquiétude et le mécontentement de la paysannerie bolivienne tout entière. la campagne réorganisée sous sa direction début 1959. Avec l'aide de Rojas, ancien colon, le président Siles crut pouvoir enrayer les Juttes paysannes.

Rojas agit en effet comme frein, mais en même temps son accès au gouvernement fut pour les secteurs paysans partisans de Rojas un facteur stimulant, tandis que ses opposants cherchèrent à profiter de son transfert à La Paz pour saper son autorité à Ucureña. Sans doute, Rojas au poste de ministre a signite non un sédatif mais un excitant aux inquietudes croissantes des paysans.

Quand la lutte affronta les deux camps à Ucureña, Rojas quitta son ministère pour sy rendre et se meler au conflit.

Le mecontentement des paysans stimula les luttes à l'intérieur de - la direction pavsanne de Cochabamba : des incidents mirent aux prises divers groupes de paysans (à Ucureña et à Cliza) aui se poursuivent aujourd'hui dans la vallée.

gouvernement a voulu profiter de ces différends pour faire intervenir l'armée. en tant que • médiateur », et pour contrôler puis désarmer les milices pavsannes. Mais il craint énormément les perspectives d'une telle énreuve de force.

Car en réalité les pavsans qui aujour- Car en réalité les pavsans qui aujourd'hui se bagarrent entre eux. ont des intérêts et des problèmes communs. Leur mécontentement s'exprime par des canaux divers, soit par leur soutien soit par leur hostilité envers des dirigeants oni s'accusent les uns les autres d'être les responsables de l'actuelle situation. Mais pagne tendant à diviser les paysannes de l'altiplano. En fut tué par les paysans de lors d'une de ces campagnes par le président Siles Plata président Siles.

L'éviction d'Alvarez ministre avait prouvé que organisations novembre, il Atahuallpani, commandées du poste de le mécontentement des pavsans ne serait plus contenu par des leaders fabriqués dans les villes. Le gouvernement fit alors entrer dans le gouvernement Tosé Rojas, haut dirigeant de la Centrale d'Ucureña et de la Confédération Nationale des paysans leurs heurts montrent un état de mobilisation et un esprit de décision déterminés par des problèmes qui n'ont jusqu'ici trouvé aucune solution. Il existe des conditions pour que cesse la lutte interpaysanne et pour concentrer la combativité contre le véritable responsable : le gouvernement capitaliste. La direction léchiniste s'est refusée à jouer dans ces conditions le rôle de centralisateur d'une telle combativité qui aurait pu empêcher l'envoi des troupes à la campagne, et cela explique le maintien de l'actuel état de choses.

L'envoi des troupes à la campagne a été pour les paysans un signal d'alerte.

Il n'y avait rien eu de tel depuis la chute de l'oligarchie. Aussi, les paysans d'Ucureña ont demandé qu'elles soient retirées et harcèlent d'une manière ou d'une autre les forces cantonnées.

Changeant de tactique le gouvernement s'est passé de Rojas pour faire appel à un militaire : le général Pacheco, ancien ministre du gouvernement Villarroel, nommé aujourd'hui Ministre des Affaires paysannes. Cela signifie qu'on frappera dur à la campagne. Bien que le général se soit montré conciliateur, les paysans ne sont pas dupes. Un paysan d'Ucureña lui a même demandé pourquoi il occupait un tel poste de ministre alors qu'il était militaire, c'est-à-dire un ennemi des pavsans.

Ce ministre Pacheco signifie pour les paysans un autre signal d'alerte mais aussi une raison de s'unir contre leurs ennemis. Le général a dans ses premières déclarations parlé contre « l'extraordinaire anarchie qui règne à la campagne » et affirmé qu'il s'inspirera de l'exemple qu'a été le « martyr » Alvarez Plata.

Dans la présente situation, le gouvernement ne peut plus avoir confiance dans

L'inquiétude et les chocs à la campagne ne sont pas dûs aux conflits intérieurs du M.N.R., bien que ceux-ci aient poussé ceux-là. Ils plongent leurs racines dans un mécontentement profond des paysans qui ne trouvent pour le moment d'autres canaux pour s'exprimer.

Ils témoignent en outre de l'absence d'une direction ouvrière capable de canaliser ce mécontentement et d'apporter une solution révolutionnaire aux besoins et revendications des paysans. Ils expriment aussi la comhativité et la nouvelle vague de mobilisation qui gagnent la paysannr re, mais également un début de décomposition des forces révolutionnaires qui, ne trouvant aucune autre issue. se heurtent entre elles et de façon confuse.

Les nouvelles mobilisations Les nouvelles mobilisations, paysannes, la mort d'Alvarez Plata, la résistance rencontrée par l'armée à Cochabamba, la « forteresse » dressée à Achacachi par les paysans, ouvrent une nouvelle étape dans revolution politique de la paysannerie. Jusqu'ici la force du gouvernement relevait fondamentalement de l'écart entre les luttes ouvrières et les luttes paysannes, de son contrôle sur les pavsans, de la dissolution de fait de l'alliance des la direction paysanne tant celle-ci se voit soumise à une forte pression de la base. Il ne peut plus compter sur les leaders docteurs, car la mort d'Alvarez Plata à Atahuallpani a été symboliquement la mort mort des « docteurs » dirigeants « paysans ». A son tour, mode telle direction témoigne du niveau de conscience des paysans et prélude à un alfrontement encore plus sérieux de ceux-ci avec le a Celui-ci ou peen pts noi istes ouvrir gouvernement capitaliste. immédiatement le feu contre les paysans. Il a échoué dans sa tentative de faire prisonniers par des carabiniers qu'il expédia à Achacachi, les responsables éventuels de la mort d'Alvarez Plata. En effet, des des milliers de paysans se sont concentrés dans le village, les armes à la main, pour défendre leurs dirigeants qui, pendant trois semaines, ont été les seules autorites a Achacachi, chef-lieu du département. « Wila-saco » (Saco Rojo), surnom du dirigeant paysan accusé d'avoir été à la tête du groupe qui tua Alvarez Plata, est un terme utilisé par la réacnyme d'« anarchie » et de la domination tion dans sa propagande comme synoque les « chefs rebelles » exercent à la campagne. Contre l'anarchie et les « wilasacos » — tel est le cri de ralliement de la réaction.

La mort d'Alvarez Plata n'est pas un fait isolé ; elle fait partie de la lutte armée, d'une guerre paysanne qui est commencée et qui se développe du nord de Potosi jusqu'aux champs de Cochabamba. La campagne reçoit toujours des armes, les paysans cherchent à s'armer par tous les moyens. Il ne s'agit pas la les impulsions individuelles de l'esprit mais d'une tendance collective qui flaire l'approche de nouveaux développements et de chocs encore plus violents. ouvriers et paysans dû à la politique léchiniste d'abandon de la paysannerie et de sabotage d'une telle alliance.

Mais la base de cette force gouvernementale est en train de disparaître. De plus en plus les nouvelles mobilisations opposent directement gouvernement et paysans. La banqueroute de la Phalange par suite de sa défaite du 19 avril, joue en ce sens qu'elle oblige le gouvernement à faire ouvertement face aux paysans. Avec l'effacement de la Phalange, le gouvernement capitaliste a perdu son instrument de pression le plus précieux pour contenir et duper les paysans. Il ne peut plus argumenter que toute mobilisation ouvrière ou paysanne favorise objectivement les comploteurs et met en danger la révolution. Maintenant, c'est le gouvernement qui doit assumer directement le rôle d'enrayer l'offensive des paysans. Tout cela pousse en avant l'évolution politique des paysans, sape encore davantage la base fondamentale de stabilité du gouvernement et développe les conditions pour relever l'alliance des ouvriers et des pavsans.

Dans de telles conditions, le meilleur serviteur de Siles dans sa politique pour

La situation actuelle

La situation actuelle contenir et disperser les forces paysannes se révèle être la direction léchiniste qui plus que 1er mines andre son rôle traitre et ouvrière, en particulier la direction des mineurs, constitue lélément naturel de centralisation dont les paysans ont besoin, surtout à la vue de leurs problèmes actuels. Ce que le gouvernement craint le plus, c'est le regroupement des ouvriers et des paysans ; son but principal c'est de les diviser, de paralyser la C.O.B., de faire échec à toute tentative d'unité des travailleurs. Son agent pour cette tâche, c'est le lechinisme ; il agit en auxiliaire de la politique de laz Estensoro, mamtient consciemment la division et la séparation des luttes ouvrières entre elles ainsi qu'avec les paysans, et enfin la séparation de l'ensemble de ces luttes d'avec la petite bourgeoisie.

Cependant cette politique du lechinisme n'est possible que parce que jusqu'ici n'a pas surgi une direction révolutionnaire ayant la force, la décision et l'autorité nécessaires pour imposer le regroupement des travailleurs. La situation objecetariat et de la paysannerie, leur oppo l'évolution de la conscience du procroissante au gouvernement, tendent à aider l'apparition d'une telle direction, à créer des meilleures conditions pour elle.

Les masses paysannes, tout comme les masses ouvrieres, ont jusqu'ici résisté grâce à leur extraordinaire heroisme, en dépit des privations incroyables dont elles ont souffert et malgré la politique capitularde de leurs directions. Dans un épouvantable état de disette alimentaire, les masses paysannes et ouvrières ont défendu leur révolution, pris les armes des dizaines de fois pour défendre leurs conquêtes contre les attaques de la contrerévolution et du gouvernement lui-même.

Leurs actions et leur présence armées ont fait empêcher que le M.N.R. n'établisse une dictature capitaliste, comme avaient tenté de le faire Síles, Cuadros Quiroga,

Guevara. Les masses ont « dégontle » quelques candidats au poste de dictateur, et pas seulement le candidat Unzaga de la Vega.

Mais le gouvernement et l'impérialisme ont crié à la situation de famine et de misère, au chômage, à la chute de la production agricole, en vue de faire reculer les travailleurs et la révolution. Le but fondamental du gouvernement n'a pas été d'ordre économique mais d'ordre politique. but principal aujourd'hui, n'est pas d'augmenter la production mais d'en finir avec la dualité de pouvoir, avec le pouvoir des syndicats et des milices, surtout à la campagne et dans les mines.

Les onérations entreprises pour la mise en valeur agricole de régions (Santa-Cruz,

Caranavi, etc.) avaient comme but caché de créer un contrepoids face à la pavsannerie pauvre et combative de l'altiplano et de la vallée. Mais jusqu'ici elles ont aussi échoué.

Or seule la présence concrète de la direction marxiste révolutionnaire - dans ce cas du P.O.R. —, même si elle est elle est minoritaire, sur les lieux fondamentaux peut œuvrer à la réalisation d'une telle perspective. C'est l'absence d'une direc-

• type qui permet au lechinisme tion de ce de poursuivre son œuvre d'abandon et de capitulation. C'est une telle faiblesse du facteur subjectif qui en dernière analyse crée des conditions pour que se développent les facteurs de stagnation et de décomposition de la révolution qui, à la campagne, s'expriment dans les chocs entre paysans et dans la perte de positions acquises.

Il y a des conditions objectives pour surmonter ce danger, pour réaliser le regroupement des paysans, pour relier les mobilisations d'Ucureña, pour unir les forces paysannes qui aujourd'hui se combattent entre elles et pour les diriger contre leurs véritables ennemis, à savoir : le gouvernement, les propriétaires terriens qui ont trouvé refuge dans les villes, et l'impérialisme. Mais il faut l'intervention d'une nouvelle direction révolutionnaire dont le noyau doit être constitué par le P.O.R., sinon la force des travailleurs sera livrée à la trahison et à la capitulation du lechinisme.

La chute de la production et l'abaissement du niveau de vie sont encore des facteurs de division des classes ouvrière et paysanne. Le gouvernement est décidé à maintenir par n'importe quel moyen la division de leurs forces. Il l'a montré en provoquant des grèves minières (surtout celle de mars 1958) et il le montre encore à la campagne où sa politique consiste à affaiblir par la faim les paysans pour après s'attaquer à eux avec les forces armées. C'est l'impérialisme qui lui dicte cette politique, et c'est à cette condition que celui-ci soutient et aide le M.N.R. au pouvoir.

La réforme faite d'en bas par les pavsans est allée plus loin que le regime capitaliste peut l'admettre. Pour pouvoir rendre à l'appareil capitaliste son plein fonctionnement, il faudrait repousser cette réforme agraire, faire de la campagne, comme des mines, un secteur pour l'investissement de capitaux, donc y réinstaller le capitalisme. Certes non pas le vieux capitalisme d'hier, qui ne peut pas ressusciter, mais celui qui résulterait, après l'élimination des svndicats et des milices paysannes, d'une concentration de la propriété privée agricole. Ce n'est pas par hasard que les théoriciens du M.N.R.

parlent avec insistance de l'exemple à suivre de la révolution mexicaine.

Le mouvement paysan a besoin d'une nouvelle direction mais la pavsannerie ne neut pas par ellé l'échelle nationale sée. Déjà dans la période écoulée, ce fut la petite bourgeoisie citadine qui, soutenue par la direction ouvrière léchiniste,

La nouvelle direction paysanne

La nouvelle direction paysanne

QUA imposa d'en haut la direction aux paysans L'apparition et la consolidation d'une nouvelle direction ouvrière ouvriront la voie à une nouvelle direction paysanne à l'échelle nationale, centralisée.

Meme a rechelle regionale ou locale, le degré d'organisation et de centralisation des paysans varie d'un lieu à l'autre. Cependant des organisations existent, résistent et sont dirigées par des paysans.

Les développements d'Ucureña, Choroma (au nord de Potosi) et Achacachi ont montré que lorsque le besoin d'une centralisation à l'échelle régionale se fait sentir, en labsence d'une direction prolétarienne organisée à l'échelle nationale ou locale, les paysans et leurs dirigeants ne peuvent parvenir à une centralisation qu'au travers de la militarisation — même rudimentaire - de cet élément organisateur et polarisateur que sont les groupes armes des paysans, les milices. A lui seul, le paysan n'arrive qu'à cette centralisation armée, et encore de façon limitée.

Quelles que soient les vicissitudes que pourraient connaître encore l'organisation et les luttes des paysans la petite bourgeoisie capitaliste ne pourra plus leur imposer d'en haut une direction plus ou moins viable, le capitalisme ne pourra pas mater et déraciner la révolution paysanne bolivienne. Or une nouvelle orientation des paysans, une organisation nationale de leurs luttes et une nouvelle direction nationale paysanne ne pourront surgır que de la jonction de la combativité constante des paysans et d'une nouvelle direction prolétarienne révolutionnaire.

Lévolution de la situation paysanne, de la conscience politique de la paysannerie, a été un processus d'une extraordinaire richesse ces derniers temps. Il renferme des grandes possibilités pour un nouveau développement de la révolution et aussi developpement de l'alliance des ouvriers et des paysans, mais il renferme en même temps de sérieux dangers de décomposition et de désorientation de la révolution.

Le facteur décisif pour assurer une issue révolutionnaire à la crise, réside dans l'intervention de la direction marxiste révolutionnaire, le P.O.R. Cette intervention est la garantie pour résoudre et élever encore l'alliance des ouvriers et paysans, munie d'un programme adéquat aux problèmes et luttes actuels ; elle doit se faire au travers des principaux syndicats ouvriers et paysans qui décideront en définitive du sort de la Révolution.

IV. — L'« ECHEC » DE LA REFORME AGRAIRE

La dualité de pouvoir et la production

Six ans après sa promulgation officielle, la réforme agraire n'a pas accompli ses promesses d'une augmentation considérable de la production et du bien-être du paysan. Les ennemis de cette réforme spéculent sur son « échec ».

Mais, tout d'abord, l'expérience montre que toute révolution, y compris la révolution agraire, comporte à ses débuts une chute de la production en attendant que celle-ci soit réorganisée sur de nouvelles bases. La dualité de pouvoir n'est pas le climat le plus favorable à une élévation du niveau de vou de Ist rod station ou de la productivité remplie d'inconnues, de luttes, sans une réelle direction à la tête du pays. L'intérêt révolutionnaire consiste à surmonter le plus tôt possible l'étape de la dualité de pouvoir, à établir le nouveau pouvoir ouvrier et paysan qui réorganisera sur de nouvelles bases socialistes l'appareil économique et politique du pays.

Or, en Bolivie, la dualité de pouvoir se maintient depuis le 9 avril 1952. Bien que les villes soient sous le contrôle du pouvoir capitaliste et que le pouvoir ouvrier paysan se montre cache, contenu, reine il n'en reste pas moins qu'un climat d'inquiétudes et un manque de direction centralisée subsistent toujours. Dans une telle situation, une augmentation soutenue de la production, soit dans l'industrie, soit dans l'agriculture, dont impossible. C'est une constatation les théoriciens du M.N.R. font état pour exiger une politique plus réactionnaire. Sur un point ils ont raison : il faut en finir avec la dualité de no moir Pecta la question de savoir par . qui et pour, qui cette dualité de pouvoir sera liquidée, c'est-à-dire si c'est le pouvoir capitaliste qui mettra un terme au pouvoir des syndicats et des milices ouvriers et imposera la loi des capitalistes et des impérialistes, ou si par contre c'est le pouvoir ouvrier qui chassera le gouvernement capitaliste, mettra fin au désordre regnant et imposera son propre ordre prolétarien (13). ,

(13) Dans son étude déja cite, la CEPAL exprimant une certaine compréhension de la part de la bourgeoisie dans la question de la chute de la production, dit :.

* Cependant, ce ne sont pas les méfaits météorologiques qui peuvent expliquer complètement la grande diminution dans le rendement des terrains cultivés. D'autres facteurs ont eu une influence plus décisive sur

. développement de l'agriculture ces dernières années. Parmi eux, on doit souligner tout d'abord la façon incorrecte dont, jusqu'ici, a ét appliqué le décret de la réforme agraire. L'attribution de terres prévue dans ce décret a été faite à un rythme extraordinairement lent. Le manque d'expérience et d'organisation pour réaliser une telle tache ; le manque presque total d'agronomes, alnsi que la procédure quelque peu compliquée suivie dans la distribution des terres et des titres, sont quelques-unes des causes qui ont déterminé la lenteur déjà signalée. Par la suite et aussi en raison de la naturelle agitation post-révolutionnaire que le pays connue ces dernières années, il s'est créé dans la campagne un climat d'incertitude, tant chez les anciens patrons que chez les paysans bén'ficiant de la réforme agraire. Ceux là sont saisis par la crainte que leur inspire l'hostilité de paysans qui envahissent leurs propriétés et qui, en fait, ne leur permettent pas de s'y rendre. Même ceux qui finir avec la dualité de pouvoir. Peste la ont pu regagner leurs domaines rencontrent

Nous avons déjà vu comment les paysans furent abandonnés par l'Etat, comment la réforme agraire but bloquée aussi bien sur la délivrance des titres de propriété que sur l'aide aux producteurs, comment l'économie agraire fut laissée à son propre sort et enchaînée à son retard séculaire. Mais d'autres facteurs non moins importants ont joué dans la crise de la réforme agraire.

La réforme agraire et le développement industriel

Toute production agricole est étroitement liée au développement de l'ensemble de l'économie, en tout premier lieu à l'industrie. Partant de l'expérience de l'Etat soviétique des premières années, Lénine et Trotsky mirent en lumière les rapports entre le développement industriel et l'augmentation de la production agricole : le paysan n'augmentera pas la production, même s'il est maître de sa terre, sil ne peut pas acquérir les produits industriels dont il a besoin

. ses produits agricoles (c'estéchange de à-dire acquis avec l'argent qu'il obtient de la vente de ceux-ci). La réforme agraire, en faisant entrer de grands secteurs paysans dans l'éco nomie monétaire, dans le marché, crée potentiellement une plus grande demande de produits industriels. Mais si inaustrie ne satisfait pas cette demande, l'économie agraire se replie alors sur elle-même, se tourne vers une économie de subsistance et voit se réduire son pouvoir d'achat.

Les rapports a

Les rapports du paysan avec le marché, après la réforme agraire, furent plus incertains encore. Jadis le gros propriétaire foncier, tout en empochant la plus grande partie du produit assurait un système traditionnel d'échange entre la ville et la campagne. Après la disparition d'une bonne partie des propriétaires fonciers, leurs rapports commerciaux se sont vus coupés sans qu'ils aient éte remplacés par dautres également centralisés. La dispersion de la petite économie paysanne a affaibli les liens de celle-ci avec le marché national et entravé la production.

de sérieuses difficultés dans la recherche de main-d'œuvre. De leur côté, les paysans se posséder les titres légaux de propriéta Pas sentent dans l'insécurité du fait de ne craignent de perdre à tout moment des terres en vole d'at'ribution. En outre, manqué de l'aide technique et financière nécessaire à leur enracinement dans les nouvelles propriétés. En résultat de cette situation incertaine et de l'absence d'un programme équilibr' pour l'application de réforme agraire, on a pratiquement cessé de labourer la plupart des terres auparavant cultivées direc ement par leur propriétaire foneier : elles ont été destinées au pâturage

_ très souvent nuisible au sol — des troupeaux des paysans. De sorte qu'on continue

• cultiver seulement les vieilles parcelles destinées surtout procurer des aliments à leurs propriétaires, ce qui fait que seule une très petite partie de la production est écoulée dans le marché. Cela explique la diminution qui s'est produite dans l'offre aux centres urbains ces dernières années en matière de produits agricoles. Autrement dit, la caractéristique de produire pour la subsistance, de l'agriculture bolivienne s'est encore accentuée ».

Et là commence le cercle vicieux car, le marché se retrecissant, industrie produit moins, emploie moins de personnel, couvre de moins en moins les besoins de la campagne, tandis que celle-ci va se repliant de plus en plus sur une économie de subsistance.

L'industrie bolivienne n'a pu satisfaire que dans une mesure tres petite les besoins de l'agriculture ; d'ailleurs, elle n'a pas été planifiée ou orientée d'une façon plus ou moins rationnelle en fonction de cette question (14). L'inflation du début (1952-1956) a joué contre le paysan car les prix des produits industriels montaient plus rapidement que ceux des produits agricoles. A l'étape suivante, depuis 1957, la stabilisation n'arrangea pas les choses. Ainsi le brusque rétrécissement marché de consommation dans les villes et la nouvelle montée des prix industriels se répercutèrent directement dans l'économie agricole. vec le marché

Mis à part les paysans qui vont personnellement offrir leurs produits sur tel

Oil existe des intermédiaires tel marche, qui se rendent dans les zones agricoles pour y acheter les récoltes. Dans ce marché, le paysan vendeur doit céder à l'autre partie un pourcentage élevé du prix que doit payer le consommateur au produit (pourcentage qui était moindre du temps des propriétaires fonciers car ceuxci se taillaient la part du lion). Or ce marche-la porte prejudice au producteur et au consommateur rétrécit le marche général et conspire contre la production (15).

Les coopératives n'ont pas été développées par le gouvernement. Et pourtant elles seraient un premier pas vers l'augmentation de la production agricole établiraient des rapports commerciaux plus sains, aussi bien en ce qui concerne la vente que l'achat par les paysans.

(14) L'apport de l'industrie dans le revenu national est de 9 %. Mais ce sous-développement industriel n'est pas diment combattu. Ainsi, tandis que des usines terment ou réduisent leur production, dautres ont, par exemple, un besoin urgent de l'outillage nécessaire à la fabrication des outils les plus simples pour lagriculture, celle-ci n'en tant pas suffisammen* approvisionnee. alors qu'elle pourrait l'étre par l'industrie nationale.

(15) Selon la CEPAL. une enquête du

Service Agricole Interaméricain, faite en mai

1956, montre que le prix de l'orange à La

Paz, à cette date, comprenait les pourcentares suivants:

21 % à la production

15% au transport

22 % au marché de gros % au marché de détail 17 % au dernier échelon (épicier).

Un petit nombre de coopératives ont été constituées (16) fonctionnent Dans leur grande majo coopératives, mais comme « cuperatives », comme on disait jadis. En effet, le gouvernement fixait à chaque coopérative agréée un « cupo » (ou quota) de produits de consommation (sucre, farine, riz, etc.). Leur prix était fixé par rapport à la cote officielle du dollar (190 bolivianos). Or le dollar valait au marché parallèle 6.000, 7.000 et même 12.000 bolivianos, Il va de soi que beaucoup de ces « coopératives » n'existaient que sur le papier en vue d'obtenir des « cupos ». Quant aux autres, les « cupos » servaient en grande partie à enrichir quelques privilégiés, tandis que seule une partie des produits parvenait à bon marché aux paysans.

Avec la stabilisation monétaire, les coopératives ne se sont également pas

Une des questions qui ont le plus alfecté l'agriculture a été représentée par les rapports de celle-ci avec le marché mondial, y compris le prix des produits (même si ceux-ci n'étaient pas destinés à l'exportation), l'importation de machines et d'engrais, etc.

En ce qui concerne les prix, l'importation à bon marché d'une série de produits agricoles (riz, blé, pommes de terre, etc.) fut profitable aux consommateurs des villes (ainsi que l'allocation des « cupos » et de devises), mais elle representa une concurrence grave à la production nationale, nuisit à l'établissement de relations commerciales normales entre la ville et la campagne, incita à la réduction des surfaces cultivées et contribua à accentuer l'économie de subsistance à la campagne et à rendre le pays tout entier dépendant du commerce étranger.

En ce qui concerne les machines, engrais, insecticides, etc... le primitivisme des méthodes de culture a rendu presque traditionnelle l'absence d'investissements dans ce domaine. Jusqu'en 1953, les importations en machines agricoles ont représenté à peine 5 % des importations de bien et capitaux, et 1 % du total des importations (cela pour un pays préponderamment agricole •). Ces importations ont augmente par suite d'une part des achats faits par le S.A.I. pour ses travaux et, d'autre part, des contrats passés avec des firmes commerciales étrangères. richir quelques-uns plutot qu'a mécaniser Mais ces contrats ont été destinés à enl'agriculture. En effet non seulement on a acheté très cher des machines parfois hors d'usage, mais encore un tracteur par exemple acheté au prix officiel n'était pas personnage politique qui mens as uelque destiné au cultivateur quelque affaire. Ainsi la mécanisation de l'agriculture ne fut qu'une farce, et les dollars développées. Il est clair que le mouvement coopératif ne peut être stimulé d'en haut, mais par la mobilisation des paysans en mettant en jeu leur capacité d'initiative. Mais on ne peut pas mobiliser le paysan pour une chose et le freiner en même temps pour une autre chose. Et là est la caractéristique de tout gouvernement capitaliste.

Contre un véritable mouvement coopé ratif a joué aussi l'utilisation politique dont les coopératives ont été l'objet de la part du gouvernement et de la reaction. Ceux-cl, soutenus ouvertement par le clergé, visaient à opposer les coopératives aux syndicats, le mouvement coopératif au mouvement syndical. Mais les paysans résistèrent à une telle entreprise qui était dirigée contre leur principal organisme de défense et de lutte, et le discrédit s'abattit sur les coopératives. qui y étaient destinés passèrent dans des poches privées (17).

La stabilisation monétaire mit un terme aux affaires qui se faisaient à l'abri des échanges officiels. Mais les importations de machines agricoles et d'autre outillage se virent bloquées. Les importations sont libérées mais les devises sont utilisées pour des importations de produits qui trouvent un marche solvable, c'est-à-dire le marché des classes aisées - mises à part les denrées alimentaires. Le tracteur qui hier représentait pour le paysan une espérance, est aujourd'hui un rêve irréalisable.

Le développement de la production, après la réforme agraire, est étroitement lié au commerce extérieur ; il exige le monopole étatique de ce commerce, détenu par les ouvriers et paysans, qui assurerait l'emploi des ressources de ce commerce au développement de la production en tout premier lieu. Sans cela, il n'y aura point de progrès dans la production agricole quelle que soit la portée du partage des terres. C'est là une expérience confirmée par la révolution bolivienne.

(16) Selon le député Lopez Avila, avait, en 1957, environ 400 coopératives. « dont seulement une trentaine pouvait être considérée comme telle. Quant aux autres, il s'agit de simples groupements pour lachat et la vente. dépourvus d'organisation, de capacité intellectuelle, qui n'ont pas appris même les principes fondamentaux du coopérativisme ».

(17) « L'existence d'un taux de change artificiellement bas a constitué aussi un stimulant considérable pour l'importation d'équipements, sans aucune discrimination ni aucune subordination à un programme quelconque. Les résultats ont pu en être vus en 1956 quand une bonne partie des équipements existants se vit paralys e, dû au manque de pièces de rechange et de personnel spécialisé ». (Etude citée de la CEPAL).

Le commerce extérieur

Le commerce extérieur

Les investissements

La réforme agraire exige un investissement accru de ressources dans l'agriculture, non seulement en machines mais seignement trinide routes, Sans ces, in-

Sans ces investissements et sans un développement parallèle et harmonieux de l'industrie tant à l'échelle locale qu'a léchelle nationale, la réforme agraire n'avancera guère.

Dans une économie agricole ne dépassant pas une production de subsistance, et de laquelle ont été évincés les propriétaires fonciers, il n'y a pas de reserves normales pour des investissements. Les ressources dans ce domaine, seul l'Etat peut les apporter ou les mobiliser. Mais si l'économie fonctionne sur des bases capitalistes, si l'accumulation de capital debouche principalement dans des biens prives et si la banque privee continue a contrôler le crédit, les investissements ne parviendront pas à une campagne secouée par la révolution, tenue par des paysans non solvables, pis encore par des paysans qui occupent «. illégalement » des terres (18).

Avec la réforme agraire « à la bolivienne », la campagne a partiellement échappé à un fonctionnement capitaliste normal. Les capitalistes et leur Etat n'investiront pas dans l'agriculture si on ne rétablit pas la libre disposition des terres et si on n'assure pas la marge du profit et de l'accumulation.

L'empirisme du régime M.N.R. envers la campagne et la réforme agraire imposée dans les premières années en grande partie par la pression des masses se voient substitués par une volonté consciente de rétablir le capitalisme à la campagne. Il s'agit là d'une opération plutôt politique qu'économique. Guevara est le théoricien d'une telle tentative, conçue de la canle facon nossible convenant aux cala seule façon possible convenant aux capitalistes à savoir : il ne s'agirait pas d'un retour pur et simple à l'époque des latifundia (cela s'avère impossible) mais d'entériner le partage irréversible des terres pour ouvrir la voie à une nouvelle concentration de la propriété terrienne aux mains des capitalistes. C'est-a-dire, s'agirait d'arracher aux paysans les terres les (litiges, hypothèques, prêts usuriers, puis moyens légaux la force armée) et de maintenir une couche de paysans moyens et pauvres, nécessaire pour fournir une main d'œuvre à bon marché aux nouveaux patrons agricoles. Guevara s'est fait le champion de la lutte contre « la dualité de pouvoir »,

I « anarchie agraire », les « forteresses paysannes », les • wila-sacos ».

Mais cette opération politique est aussi économique. Le paysan est aujourd'hui assez fort, décidé et armé pour résister à des reculs par trop visibles. Mais son appauvrissement, l'abandon des terres, la misère croissante sont autant de facteurs de démoralisation et de dispersion que le gouvernement favorise consciemment.

L'économie de subsistance et l'émiettement dans le partage des terres non seulement empêchent la moindre accumulation au paysan pauvre, mais favorisent dans l'agriculture encore des luttes où les paysans s'affrontent les uns les autres.

Le grand gaspillage de main-d'œuvre paysanne — qui est monnaie courante dans les pays capitalistes - s'est plutôt aggravé que résolu en Bolivie. Le « fonds d'accumulation caché dans le sous-emploi » est perdu complètement (19). Le gouvernement capitaliste a besoin de démobiliser politiquement la paysannerie ; c'est là son besoin le plus impérieux, le plus économiquement cette même paysannerie. urgent. Il s'ensuit qu'il ne peut mobiliser Il ne le peut pas parce qu'il manque l'instrument et de l'autotité nécessaire. mais encore il ne le veut pas.

Le gros propriétaire terrien, par suite de la révolution, n'a plus empoché une partie considérable de la rente (bien que les latifundia n'aient pas été supprimes partout). Quant aux abus et aux exactions envers les paysans (tribunaux, policiers, impôts, bureaucratie syndicale, etc.) s'ils n'ont pas disparu, ils se sont amoindris.

(18) Le gros propriétaire foncier disposait d'un certain crédit bancaire qu'on refuse actuellement au paysan. Du reste, le crédit agricole a été de tout temps très réduit en Bolivie. La CEPAL souligne qu'entre 1950 et 1955, les prets accordés par la Banque valeur

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(19)

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F.M totale de la production agricole el compris). Depuis. on a établi le le peu relevé, mais il est de préférence super-vise par le S.A.I. : il a été à des exploitations capitalistes de tandis qu'il est accordé aux

Cruz, 1s en de petites quantités et d'ailleurs conditions d'ordre politique.

« Dans un pays qui a une énorme ition de paysans sous-développés (il plus correct de dire : d'habitants des is), il n'est pas nécessaire de commenms !. Le reste de l'année, ils ne font Or, s'il était possible de leur donner ue chose à faire pendant le reste de Se, quelque but productif qui ne nécespas un énorme équipement fixe. leur iction annuelle augmenterait considéraent. En fait, tout en ne faisant rien. 15 nuent à manger. : Il suffirait de leur er un peu plus à manger, tout en les int au travail, pour pouvoir traiter la grande partie. si ce n'est tout l'accroisnt de leur production, comme un surde produit social, comme un fonds sol'investissement ». (E. Germain, L'indussation des pavs arriérés, « Quatrième nationale ». février 1959). in au'en Bolivie la ouestion relative à ›pulation soit loin d'être posée dans les es termes, l'existence de sous-emploi les paysans (environ les 64 % de la lation), sous-emplot qui s'est beaucoup avé du fait du repli économique provopar la stabilisation monétaire que le I. a imposée au pays, est indiscutable.

tiel dans la produc'ivité moyenne du travail. Car, qu'est donc le sous-empiol si ce n'est le tait que, dans de tels pays, la moitié ou les deux tiers de la population, vivant au village, ne travaillent réellement que 150 a quennal de l'Inde estimait le nombre des 200 jours par an . (Le premier plan quinadultes mâles sous-employés dans l'agriculindienne au chiffre vertigineux de 70

Agricole représentaient moins de 5 % de la cer avec d'énormes investissements de capitaux pour réaliser un accroissement substancer avec tiel dans la produc'ivité moyenne du travail. Car, qu'est donc le sous-empiol si ce n'est le tait que, dans de tels pays, la moitié ou les deux tiers de la population, vivant au village, ne travaillent réellement que 150 a quennal de l'Inde estimait le nombre des 200 jours par an adultes mâles sous-employés dans l'agricul-

Avec de tels moyens coercitifs, pour ne pas parler d'autres, il était impossible non seulement d'élever le niveau de vie des paysans mais aussi de développer un

L'échec de la bourg

Le M.N.R. a tâché de créer une bourgeoisie « progressiste » au moyen de la redistribution du revenu national, de l'inflation, du contrôle des échanges. Les gains aue sous forme de gains que, sous forme de crédits et de crédite devises extraordinairement bon marché, l'Etat a accordés à cette « bourgeoisie » ont été pour une bonne partie pratiquement arrachés par l'entremise de l'inflation au secteur producteur le plus nombreux, la paysannerie, Cette bourgeoisie n'a pas trouve dans le pays un terrain sür et rentable pour investir les capitaux que l'Etat lui passait. C'est ainsi que ces capitaux ont émigré à l'étranger quand ils n'ont pas été employés à des opérations boursières. Le vieux courant privé dans l'exploitation minière coule toujours, ce qui place la Bolivie parmi les pays exportateurs de capitaux.

Toutes ces ressources, si elles avaient été étatisées et dirigées, auraient suffi à donner l'impulsion initiale à un développement harmonieux de l'industrie et de l'agriculture. Certes celles-ci ont marché fonds d'accumulation qui, ajouté aux ressources provenant de la nationalisation des mines, aurait servi au développement économique.

eoisie « progressiste » parallèleme crise et la

Ce qui a la réforme nt, mais en arrière, vers la chute de la production.

échoué en Bolivie, ce n'est pas agraire, mais une certaine réforme agraire, capitaliste, administrée et dirigée par un Etat capitaliste. En réalité on est en présence non pas d'un échec mais d'une crise agraire, éclaté, c'est la révolution agraire tradition entre une contradiction et ce qui a entre une paysans en marge du contrôle bourgeois, et la survivance du pouvoir bourgeois et de la structure économique capitaliste du pays. La crise agraire bolivienne est la crise de la dualité de pouvoir.

Le capitalisme veut résoudre cette crise en sa taveur, au moyen d'une opération politique et économique. C'est aussi par une opération politique et économique que la classe ouvrière et les paysans doivent l'emporter sur le capitalisme. Là se trouve la base de l'alliance des ouvriers et des paysans, comme nous le verrons plus loin.

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