Beaucoup d'attention a été accordée dans la presse mondiale a un article publié par Le Drapeau Rouge, Forgane théorique du P.C. chinois, le ler avril, et intitulé : « Sur l'impérialisme comme source de guerre dans les temps modernes et pour tous les peuples ». Il a été écrit en aussi sur la voie de lutte pour la vue du 90° anniversaire de la naissance de Lenine, Le passage principal, reproduit par la presse bourgeoise, est rédigé comme suit (1) :
« Lenine nous a enseigné qu'à l'époque de l'impérialisme, le système impérialiste est la source de guerre. La guerre impérialiste est la continuation de sa politique d'agression et d'asservissement. En temps de paix, l'exploitation et l'oppression par les impérialis es des peuples chez eux, leur domination et leur pillage dans les entre lest lespes die capital mla opolite dans les divers pays, en fait engendrent de nouvelles guerres. Pour les impérialistes, la paix n'est rien d'autre qu'un intervalle entre deux guerres. Profitan: de l'intervalle, ils travaillent énergiquement à étendre leurs armements et à faire préparatifs pour une prochaine guerre.
• Dernièrement, certaines figures représentatives du groupe dirigeant des EtatsUnis semblent rendre verbalement grâces à la paix et se poser en pacifistes. Mais de nombreux faits ont montré que, tout en jonglant avec la paix, Eisenhower et les siens ont fait d'actifs préparatifs de guerre. Ils n'abandonneront jamais le couteau du boucher. Comme puissance impérialiste, les Etats-Unis n'abandonneront jamais leur politique de guerre.
« La paix désirée par l'impérialisme américain est une paix de domination de tout le globe par les E'ats-Unis. Ni Eisenhower auiourd'hui, ni Dulles dans le passé, n'ont fait aucun effort pour cacher le sens réel de leur soi-disant « paix avec justice ». C'est une paix dont l'obiet est d'éliminer le socialisme, de ne permettre aucune révolution dans aucun pays et de forcer ous les peuples dans le monde à se soumettre à l'oppression et à l'exploitation par les capitalistes monopoleurs américains ».
Depuis quelque temps, plus précisément denuis les disputes sur les frontières sinoindiennes et depuis le vovage de Khrouchtchev aux Etats-Unis, de telles déclarations - bien que sous une forme moins -concrète - pouvaient être fréquemment trouvées dans la presse chinoise et dans des discours officiels. Elles sont en contraste frappant avec les douceureuses déclarations officielles russes sur les possibilités de la « coexistence pacifique ». Les marxistes révolutionnaires ne peuvent qu'accueillir avec plaisir cette différence favorable à la direction communiste chinoise. Mais, ce faisant, le dernier mot n'a pas encore été dit.
Bien que beaucoup moins cynique et moins conservatrice que la bureaucratie russe, la direction chinoise est cependant également bureaucratique. Il est vrai que, la victoire de la révolution chinoise, elle origine et son expérience depuis n'a aucune illusion sur le caractère de l'ennemi impérialiste. Par ses liens avec la révolution coloniale, elle accueille avec bienvenue toute défaite de l'impérialisme et — ce qui est essentiel - elle ne craint pas une mobilisation révolutionnaire des masses, comme le fait la bureaucratie soviétique. Mais sa politique est fondamentalement aussi une politique bureaucratique, quoique plus sensible aux changements révolutionnaires dans le monde.
Tout en soulignant les enseignements de Lenine, elle le fait bien plus pour cause d'opportunité que pour des raisons de principe. Elle le fait beaucoup plus pour exercer une pression sur la bureaucratie soviétique (qui n'hésite pas à « oublier » les intérêts de son allié chinois en recherchant un compromis avec l'impérialisme) que pour élaborer une politique communiste révolutionnaire dans la lutte contre l'impérialisme.
Il est absolument nécessaire d'en être
. Dans la mesure où la direction conscient communiste chinoise critique l'impérialisme en tant que tel, elle a une position révolutionnaire. Mais en même temps, elle est incapable d'en déduire des conclusions claires, valables, marxistes révolutionnaires. Elle accueille favorablement les défaites de l'impérialisme, et c'est une bonne chose. Elle soutient aussi matériellement les révolutions coloniales et ceci doit aussi être salué, bien qu'il faille dire que son aide, par exemple à la Révolution algérienne, est absolument insuffisante. Mais, sur le plan idéologique, elle continue à semer la confusion par son soutien non critique des bourgeoisies coloniales nationales et, ce faisant, elle révèle tous les traits conservateurs et même anti-révolutionnaires d'une bureaucratie.
Cette attitude empirique contradictoire se reflète également dans l'article ci-dessus cité du Drapeau Rouge. Bien qu'il
(1) Des extraits de cet article ont paru dans le Bulletin d'information, en anglais, paraitre dans « Peking Review ». Les cita- « Heiphua News ». Le tex'e complet vient de tions du texte ont été prises dans le Bulletin d'information.
commence par declarer, correctement, que la « paix » de l'imperialisme est une « paix dont l'objet est d'éliminer le socialisme, de ne permettre aucune révolution dans lans le monde à se soumettre à l'oppres toun pays et de forcer tous les peuples sion et a exploitation par les capitalistes monopoleurs americains », l saute aussitot apres à la position (« découverte » et détendue par Staline peu avant sa mort) que les • contradictions inter-impérialis tes » seraient caractéristiques de l'époque actuelle.
Pour iustifier une telle position, il doit chaque lois jeter par-dessus bord les con. clusions révolutionnaires auxquelles arrive (spontanément). Il en est de même quand il traite des préparatifs de guerre impérialistes:
« Pour réaliser son ambition d'hégémonie mondiale, l'impérialisme américain fait d'une part d'actifs préparatifs pour une guerre générale, c'est-à-dire une guerre mondiale, tout en menant et en se préparant pour des guerres limitées, c'es-àdire locales. Les impérialistes américains estiment que la stratégie de faire des guerres locales sur la base de préparatifs actifs pour une guerre mondiale est la plus avantageuse pour eux. Ils savent qu'à cause de leur grand retard sur l'Union soviétique en matière militaire et en technologie, ils subiraient des conséquences extrêmement sérieuses s'ils s'aventuraient à commencer une guerre mondiale ».
Si nous négligeons les exagérations qui ont, bien entenau, un fond politique, ceci est vrai. Mais aussitôt après, Le Drapeau Rouge laisse tomber ses propres conclusions et déclare :
« Cependant, ils ne sont ni désireux ni capables d'abandonner leur politique de guerre ; c'est pourquoi ils ont adopté la stratégie [souligné par nous] de guerres limitées, en vue de réaliser pas à pas leur but impérialiste au moyen de « guerres locales » sans tomber dans une guerre mondiale ».
S'il en était ainsi, cela voudrait dire que l'impérialisme a abandonné sa stratégie « d'éliminer le socialisme », cet « objectif » ne pouvant être atteint (s'il peut jamais l'être) que par une « guerre générale, c'est-à-dire une guerre mondiale ». Il pourrait donc essayer de se maintenir pendant une certaine période en intervenant dans telle ou telle révolution, par des « guerres locales » seulement, mais une telle stratégie, il est évident, serait une défense du statu quo, une acceptation de l'existenco d'une série d'Etats ouvriers comme un fait accompli. Ce serait une stratégie de défaite pour l'ennemi impérialiste car elle décou lerait de l'invincibilité des Etats ouvriers. Elle signifierait une retraite impérialiste devant les forces de la révolution mondiale, et serait par conséquent d'importance historique mondiale. Elle ouvrirait une nouvelle époque dans laquelle la défaite finale de l'impérialisme serait une perspective courte, car l'impérialisme ne serait pas capable de se maintenir très longtemps avec la seule arme des « guerres locales » contre les forces montantes de la révolution mondiale. En termes militaires, l'impérialisme aurait décidé de lutter contre sa chute au moyen de guerres de guerillas.
Malheureusement, les forces combinées de la révolution mondiale ne sont pas suffisamment fortes pour permettre de telles conclusions. Mais Le Drapeau Rouge n'hésite pas à les tirer :
« La politique américaine de guerres locales est une sorte de conclusion tirée de ses expériences historiques dans la poursuite de sa politique de guerres agressives. L'ère de l'impérialisme est une histoire pleine de guerres locales outre (!) les deux guerres mondiales. La deuxième guerre mondiale commença (!) par ume série de guerres locales. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu'à ce jour, il y a eu une quantité de guerres locales commencées par les impérialistes :
guerres d'intervention impérialiste dans les révolutions des autres pays, les guerres de suppression impérialise des mouvements de libération nationale, et les guerres d'agression impérialiste contre les pays socialistes ».
C'est une claire contradiction avec le début de l'article du Drapeau Rouge, dans lequel il est dit que « pour les impérialisvalle entre deux guerres ». tes la paix n'est rien d'autre qu'un inter-
L'ère impérialiste étant « une histoire pleine de guerres locales », même « outre les deux guerres mondiales », cela veut dire que, même en temps de « paix », les marxistes révolutionnaires ont le devoir de tirer quelques conclusions plus générales des « guerres locales » qui ont caractérisé et caractérisent encore la période qui a suivi la deuxième guerre mondiale. Elles furent et sont, comme il est justement dit dans l'article du Drapeau Rouge, « les guerres d'intervention impérialiste dans les révolutions des autres pays, les guerres de suppression impérialiste des mouvements de libération nationale, et les guerres d'agres sion impérialiste contre les pays socialistes ».
Pour les marxistes qui ont le courage de penser les choses jusqu'au bout, conclusion n'est pas si compliquée. Les • guerres locales » après la deuxième guerre mondiale ont un commun dénominateur : elles sont dirigées contre les forces révolutionnaires dans le monde sous toutes leurs formes, c'est-à-dire qu'elles sont essentiellement contre-révolutionnaires. Elles font partie d'une stratégie mondiale de l'impérialisme, dirigée par la puissance impérialiste la plus forte et la plus consciente, les Etats-Unis, stratégie qui, inévitablement, conduira à une lutte finale entre l'impérialisme et les forces du socialisme, Conclure, comme le fait Le Drapeau Rouge, que les impérialistes « ont adopté la stratégie de guerres limitées » est au fond, une capitulation « théorique » devant les forces combinées de l'impérialisme, c'est un effort pour échapper au problème le plus brûlant auquel l'humanité a à faire face à l'époque actuelle.
Pour justifier ses conclusions hâtives, Le Drapeau Rouge est, bien entendu, obligé de minimiser la force de l'ennemi impérialiste. Fidèle à sa conception contradictoire, il boite sur deux jambes, l'une révolutionnaire, l'autre bureaucratique. D'une part, il parle de « l'inévitabilité de révolutions dans les pays impérialistes » comme une « loi objective de l'histoire ». Mais, d'autre part, il joue la carte des « contradictions inter-impérialistes » et dit :
« Selon la théorie léniniste, les contradictions entre les pays impérialistes sont de nature antagonise et irréconciliable et constituent une des causes profondes des guerres modernes ».
Il préfère oublier que le monde a quelque peu changé depuis la mort de Lenine : le rapport des forces dans le monde ayant définitivement changé en faveur des forces de la révolution mondiale et au désavantage de l'impérialisme, les contradicions fondamentales à l'échelle mondiale à lepoque actuelle se trouvent entre la révolution et la contre-révolution et non plus dans les rivalités impérialistes si importantes soient-elles. A présent, sont de nature antagoniste et irréconciliable les contradictions entre, d'une part les Etats ouvriers, la Révolution coloniale et le mouvement ouvrier, et d'autre part, l'impérialisme. En dépit de leurs rivalités, il y a une Sainte Alliance entre les forces de impérialisme, de Franco à Eisenhower, d'Adenauer à de Gaulle, pour faire face
« Sous cet aspect, la situation aujourd'hui diffère de celle d'avant la deuxième guerre mondiale seulement [souligné par nous] en ce que le camp socialiste dirigé par l'Union soviétique est devenu incomparablement plus fort, Celui qui osera lancer une guerre contre les pays socialistes ne fera que chercher sa propre destruction. Aucun autre résultat ne sera possible ».
Ainsi, il n'y a pas de raison de s'inquiéter. « Il est dans la nature de l'impérialisme de menacer le faible et de craindre le fort », telle est la consolation du Drapeau Rouge qui poursuit :
« Les matières premières et les marchés sont vitaux pour les puissances impérialistes qui lutteront pour eux par tous les moyens disponibles. Qui peut garantir que l'Allemagne occidentale ne lancera pas une nouvelle guerre d'agression en Europe occidentale et le Japon dans le sud-est asiatique ? Et qui peut garantir qu'une nouvelle guerre mondiale n'éclatera pas entre les puissances impérialistes ? »
Vraiment, la raison s'est transformée en hêtise. Et on écrit cela pour commémorer Lenine qui connaissait l'ennemi de classe mieux que quiconque, qui jamais ne minimisa ou sous-estima sa « volonté de survivre », ses capacités contre-révolutionnaires, qui s'orienta toujours sur ce qui était fondamental, qui analysa infatigablement les changements dans les rapports de force entre la révolution et la contrerévolution, et qui renvoya ceux qui s'accrochaient à des formules désuètes (justes dans une certaine situation concrète antérieure, fausses et par conséquent antirévolutionnaires dans une nouvelle) au « musée des antiquités ».
La question de savoir qui peut garantir qu'une nouvelle guerre mondiale n'éclatera pas entre les puissances impérialistes étant posée pour souligner cette variante irréaliste, Le Drapeau Rouge recherche une autre « garantie ». Il cite Mao Tsé Tung pour assurer que les « contradictions directes, réelles, dans le monde d'aprèsguerre ne sont pas entre l'Union soviétique et les Etats-Unis » [souligné par nous].
Mais, boitant à nouveau des deux jambes,
Mao Tse Tung se contredit et ajoute :
« La propagande au sujet d'une guerre anti-soviétique a deux aspects. D'une part, l'impérialisme américain prépare réellement une guerre contre l'Union soviétique
[souligné par nous] ; les propos sur une guerre anti-soviétique et toute la propagande anti-soviétique constituent la préparation politique pour une guerre anti-soviétique. D'autre part, cette propagande est un rideau de fumée établi par les réactionnaires américains pour cacher les très nombreuses contradictions réelles entre les réactionnaires américains et le peuple américain, et celles entre l'impérialisme américain et les autres pays capitalistes et les pays coloniaux et semi-coloniaux. A présent, le slogan américain pour une guerre anti-soviétique signifie réellement l'oppression du peuple américain et l'expansion des forces agressives américaines dans le monde capitaliste ».
aux forces montantes de mondiale.
Prisonnier de sa propre
Drapeau Rouge développe schéma qui prouverait la la révolution confusion, Le une sorte de prédominance des contradictions inter-impérialistes sur les contradictions entre la révolution et la contre-révolution. A cet effet, il dit :
« Les deux puissances impérialistes renaissantes de l'Allemagne occidentale et du Japon sont deux sources de sérieux danger de guerre. L'inévi able aboutissant des Etats-Unis soutenant la croissance de l'Allemagne occidentale et du Japon est de soulever un rocher seulement pour qu'il leur écrase les orteils »-
Ce n'est pas un argument très convaincant, car un enfant en politique sait que due panic dis préparais serrais de l'armement de l'Allemagne occidentale et du Japon guerre contre les Etats ouvriers, I'U.R.S.S. et la Chine en particulier. Pour Le Drapeau Rouge, ce n'est pas un problème :
« Selon les souhaits des Etats-Unis, une Allemagne occiden ale réarmée ne servira que comme boutoir dans une guerre antisoviétique à l'Ouest, et un Japon réarmé dans une guerre contre l'Union soviétique et la Chine à l'Est. Mais, est-ce que les Etats-Unis, l'Angleterre et la France, avant la deuxième guerre mondiale, n'on pas aussi désiré utiliser l'Allemagne et le Japon pour faire la guerre contre l'Union Soviétioue ? L'histoire a suivi un cours tout à fait indépendant de leur volonté ».
Nous craignons que les souhaits soient cette fois-ci du côté du Drapeau Rouge. Il projette simplement la situation actuelle sur celle qui existait avant la deuxième guerre mondiale. Comme il n'est pas possible de convaincre qui que ce soit avec un tel raisonnement, il ajoute soudainement : ment
L'article du Drapeau Rouge est en réalité plein de telles contradictions. Une phrase s'oppose à une autre, du debut a la fin. Il ne veut pas attaquer ouvertement la politique de « coexistence pacifique » de Khrouchtchev, il répète comme on l'a vu dans les citations reproduites ci-dessus, la conception vraiment stalinienne de guerres inter-impérialistes à l'époque actuelle, mais, en meme temps, il met garde contre le fait d'avoir trop d'llusions envers elle. Il rappelle à lesprit les paroles de Lenine que « nous sommes entourés de gens, de classes et de gouvernements qui expriment ouvertement la plus grande haine envers nous », et il y ajoute : « Aujourd nul, imperiansme amentcain nous entoure d'un réseau de bases militaires et de missiles. Nous devons maintenir la vigilance la plus élevée contre les dangers de guerre créés par limpérialisme ».
Il prêche la « coexistence pacifique » ou, pour mieux dire, il veut « forcer l'impérialisme à accepter la coexistence pacilique », mais dans une toute autre conception que celle de Khrouchtchev. « La paix nécessaire aux peuples du monde entier ne peut être acquise si nous la demandons à l'impérialisme au lieu de rallier tous les peuples à la lutte pour défendre la paix mondiale et s'opposer aux guerres impérialistes de manière à lier es mains des forces impérialistes de guerre »
Il néglige la nécessité d'une direction roletarienne dans les pays coloniaux ou a révolution est une réalité vivante, mais il flirte en même temps avec l'idée d'une révolution prolétarienne dans les pays impérialistes, là où il dit :
« Selon la théorie léniniste, les contradictions entre la classe des monopoleurs capitalistes et les larges masses populaires sont de nature antagoniste et irréconcilable, e: constituent une des causes des guerres modernes. Lenine dit : « Les guerres civiles sont aussi des guerres. Qui reconnaît la lutte des classes ne peut manquer de reconnaître les guerres civiles qui, dans chaque société de classe, sont la continuation naturelle et, dans certaines conditions, inévi'able, le développement et l'intensification de la lutte des classes. Toutes les grandes révolutions le prouvent. Répudier les guerres civiles ou les oublier signifierait sombrer dans un opportunisme extrême e: renoncer à la révolution socialiste ». Y a-t-il aujourd'hui un relâchement quelconque dans les contradictions entre la classe des monopoleurs capitalistes et les larges masses populaires dans un pays impérialiste ? Le svstème impérialis'e est-il devenu un « capitalisme populaire » et a-t-il même atteint le point « le plus près de l'idéal communiste de la « prospérité pour tous », de meteigne ne sont pids bene conte le théorie de Lenine ci-dessus prétendent les impérialistes ? ».
L'article du Drapeau Rouge, par compara son avec l'opportunisme, le révisionnisme de Khrouchtchev qui, sur le plan théorique et politique, est liquidateur du mouvement communiste dans le monde, est un grand pas en avant. Seuls des sectaires pourraient négliger ce côté positif de l'attitude chinoise envers l'impérialisme. Il révèle en même temps qu'il y a de grandes contradictions entre les directions bureaucratiques russe et chinoise et que la Chine s'oriente vers une politique plus révolutionnaire sur une échelle mondiale. Ceci doit être bien accueilli par tout marxiste révolutionnaire.
Mais il serait léger et irresponsable de se contenter de le constater. Pour les peuples coloniaux et pour la classe ouvrière a louest, la politique de la durection communiste chinoise continue à contenir de nombreux dangers. Ceci est clair, même quand, à la fin de l'article, partant implicitement de la conception qu'une guerre serait une guerre de classe mondiale, il déclare :
« Nous avons pleine confiance que nous détruirons les plans de guerre de l'impé. rialisme. Mais devons-nous être effrayés que les maniaques de la guerre la déclenchent contre la volonté des peuples du monde ? Le camarade Mao Tse Tung a donné une réponse marxiste-léniniste à la question dans son œuvre « Sur la manière correcte de traiter les contradic ions dans le peuple ». Il dit : « Nous sommes résolument pour la paix et en opposition à la guerre. Mais si les impérialistes insistent tent pour déclencher une autre guerre, nous n'en serons pas effrayés. Notre attitude sur cette question est la même qu'envers toutes les perturbations : premièrement, nous sommes contre elle, ensuite nous n'en sommes pas effrayés. La première guerre mondiale fut suivie par la naissance de l'Union soviétique avec une population de 200 millions d'hommes. La deuxième guerre mondiale a été suivie par l'émergence du camp socialiste avec une population combinée de 900 millions d'hommes. Si les impérialistes insistent pour lancer une troisième guerre mondiale, il est certain que plusieurs centaines de millions d'hommes se tourneront vers le socialisme ; il n'y aura plus beaucoup de place pour les impérialistes, et il est très probable que toute la structure de l'impérialisme s'effondrera totalement ».
En soi, tout révolutionnaire ne pourrait qu'applaudir ces mots, pour autant que leur signification est révolutionnaire. Mais ils ont en même temps un aspect antirévolutionnaire, ils sont contradictoires, comme toute la politique du P.C. chinois. Ils correspondent à d'autres déclarations similaires, routinières, quoique moins courageuses, de la bureaucratie soviétique, et ont pour oblet de « menacer » les impérialistes des conséquences d'une guerre, en vue de leur faire accepter la « coexistence pacifique ». La révolution prolétarienne - ou. pour mieux dire, la menace de la révolution prolétarienne - y est utilisée seulement pour servir les intérêts de la bureaucratie. Fondamentalement, une telle politique est en accord complet avec la politique du stalinisme.
Pour la classe ouvrière mondiale, la nécessité de renverser l'impérialisme pour établir son propre ordre prolétarien et une économie socialiste planifiée sur l'échelle mondiale, ne peut être « différée » à l'événement catastrophique d'une nouvelle guerre mondiale. S'il est vrai - et il est vrai - que l'impérialisme prépare une tel- le guerre, le mouvement communiste mondal a, plus que jamais pour devoir de combattre effectivement de tels préparatifs au moyen de la révolution prolétarienne en désarmant l'impérialisme, en le brisant avant qu'il puisse entraîner dans sa chute une grande partie de l'humanité.
Jamais dans l'histoire, les masses exploitées n'avaient eu à faire face à un ennemi aussi dangereux, criminel, pourri, que l'impérialisme. S'il est vrai que la force du camp révolutionnaire mondial croît constamment grâce à l'héroïsme des peuples coloniaux et au développement économilue rapide des Etats ouvriers, limpéria isme est encore une force tres reelle sul cette terre. «L'expérience historique de l'humanité montre que la classe dirigeante n'abandonnera pas de son propre gré le pouvoir d'Etat », enseigne Le Drapeau Rouge dans son article. Mais si ce Journal n'en tire pas les leçons nécessaires, ce doit être un avertissement pour la classe ouvrière et les peuples coloniaux en lutte.
Seule une stratégie révolutionnaire mondiale, visant à la chute concrète de l'impérialisme à notre époque, et combinant la force des Etats ouvriers, de la révolution coloniale et du mouvement proTétarien à l'ouest, pourrait ouvrir les perspectives de la transition de l'humanité au socialisme sans la calamité d'une troisième guerre mondiale, ou — si l'impérialisme dans un dernier effort désespéré lançait une telle guerre — les perspectives de sa transformation immédiate en une guerre civile internationale au plus haut niveau.
L'histoire doit encore donner sa réponse définitive à la question de savoir si l'épreuve de force qui vient entre les forces combinées de la révolution et celles de l'impérialisme prendra la forme d'une guerre nucléaire générale, ou si l'impérialisme, très affaibli par les forces montantes de la révolution, reculera sur des positions défensives. Mais on ne peut pas avoir de doute que l'impérialisme se prépare pour la première variante. Il aurait déjà lancé une telle guerre (le délai, comme cela fut révélé plus tard, en était 1953) s'il n'avait pas été surpris par les forces rapidement croissantes de la révolution d'une part, et par la « générosité » de la bureaucratie à faire des concessions.
Commémorant Lenine, Le Drapeau Rouge n'aurait pas dû oublier que Vladimir Hitch, traçant une perspective, pour lutter contre l'ennemi de classe, partait toujours de la pire variante en ce qui concerne la force et les intentions de Tennemi. C'est la seule voie pour preparer victoire. « Connais ton ennemi et connaistoi, et c'est une lutte victorieuse que tu poursuivras », est une proverbe chinois que nous enseigne Le Drapeau Rouge. Hélas ! la direction communiste chinoise a encore beaucoup d'illusions sur les « rivalités inter-impérialistes », c'est-à-dire qu'elle ne connaît pas assez bien son ennemi.
Mais le proverbe est bon. Il renforce notre conviction que l'irrésistible fusion de la IVe Internationale avec les forces révolutionnaires montantes rendra la lutte victorieuse. La vitesse de ce processus sera décisive quant à la question de savoir si l'impérialisme sera contraint de changer sa perspective de guerre nucléaire pour l'épreuve à venir en une perspective de luttes défensives seulement. Mais, contrairement au Drapeau Rouge, nous ne voulons pas perdre notre temps et égarer l'avantgarde par de telles spéculations. Nous connaissons l'ennemi et faisons face aux problèmes, en partant des pires intentions qui, d'ailleurs, correspondent à sa stratégie et à son activité contre-révolutionnaire actuelle dans le monde, Si notre « pessimisme » est rejeté par le cours ultérieur de l'histoire, tant mieux ! Mais ceci dépendra de la combinaison consciente et rapide des forces des Etats ouvriers, de la révolution coloniale et des mouvements prolétariens à l'ouest.
Aucun autre mouvement que celui de la IV• Internationale ne peut en poser les bases et la changer en une force invincible.
Avril 1960.