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La revue › 18e année, n° 9

L'an XI de la Chine nouvelle

Jean-Paul Martin · Quatrième Internationale, 18e année, n° 9 · mai 1960 · p. 17-21 · 4 474 mots

In English: The Eleventh Year of the Chinese Revolution (Fourth International No. 9, Spring 1960).

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La Révolution Chinoise est entrée danssa onzième année. Il n'est pas sans intérêt considérable d'examiner le bilan de la première décade vécue par cette Révolution, et quels sont ses problèmes et perspectivesau seuil de la deuxième décade qui s'entame.

L'IMPORTANCE INTERNATIONALE

DE LA REVOLUTION CHINOISE

Il est maintenant devenu un lieu commun de parler de l'importance internationale grandissante de la Révolution Chinoise. Mais peu de gens réalisent encore en quoi vraiment consiste cette impor tance. L'aspect le plus accessible au plus grand nombre des observateurs internationaux de la Révolution chinoise est le réveil impressionnant à la puissance économique, culturelle, militaire, de ce pays: de ce pays de quelque 600 millions d'habitants, et qui doit atteindre, au rythme actuel de sa cran miliard deles humais vess latin croissance annuelle (15 millions), plus d'un milliard d'êtres humains vers du siècle.

Les impérialistes aperçoivent avec terreur l'ombre du géant s'étendant sur l'Asie et le monde entier, et font toutes sortes de spéculations « géopolitiques » afin d'exorciser le « péril jaune ». Ceux d'entre eux qui ont la plus forte imagination rêvent déjà d'un conflit sino-soviétique futur affaiblissant d'un coup I'U.R. S.S. et la Chine, ou du moins de la possibilité d'un rapprochement de toute la « race blanche » des Ourals à la Californie, détachant I'U.R.S.S. de son alliance avec la Chine.

On sait que cette spéculation retient beaucoup l'attention aussi bien d'un Adenauer que d'un de Gaulle ou même d'un homme comme Adlai Stevenson. En réaliriques » des impérialistes chaque fois que ceux-ci désespèrent de voir les Etats ouvriers s'écrouler par l'intervention extésieuse bour Timpe daliste. il est mainrieure d'une guerre de plus en plus hatenant certain que la Révolution chinoise pèsera de plus en plus internationalement dans la seconde moitié de notre siècle et la dominera même. Ce sera le résultat non de l'action militaire de la Chine Nouvelle s'attaquant à la « civilisation occidentale » ou « blanche », mais des répercussions révolutionnaires de la Chine sur les pays sous-développés et les autres Etats ouvriers.

Dans la mesure où la Chine indique déjà une voie valable, entreprise par un pays typiquement sous-développé, pour accéder rapidement a la puissance economique, culturelle, militaire, cette voie « chinoise » risque de contaminer de plus en plus les pays asiatiques avoisinants, à commencer par l'Inde, et même les pays africains.

Les Nehru et les Sukarno flairent déjà ce « danger » et s'efforcent d'y faire face en misant sur le nafionalisme des masses arriérées dressées contre les « agressions » OL les « immixtions déplacées » de la Chine. A l'avenir, chaque nouveau bond en avant de la Chine dans le domaine de la production agricole et industrielle, de l'éducation J'explosion d'une bombe, nulibération des femmes, plus Texplosion bombe nucléaire, fera trembler les régimes féodocapitalistes croûlants des . pays asiatiques et atricains formellement indépendants ou encore assujettis à l'impérialisme. Le problème des pays dits sous-développés est destiné à devenir sans cesse plus explosif et plus insoluble par les méthodes capitalistes. Ceci, aussi bien parce que le décalage entre le développement des pays avancés et ces . pays saggrave, que parce sous-développés diminue, que la production par habitant des pays la production globale augmentant, mais la population de ces pays s'accroissant plus considérablement encore.

Pour combler ces deux décalages et faire démarrer une industrialisation accélérée, une les pays sous-developpés ont besoin de résoudre la question des investissements de l'ordre de 15 à 25 % d'un revenu national déjà comparable à celui des pays avancés.

Par leurs propres ressources, les pays sous-développés arrivent à peine à investir des capitaux de l'ordre de 8 % de leur maigre revenu national. Le reste doit venir de l'aide étrangère. Or, cette aide, même si elle se trouvait placée dans des conditions vraiment productives, est à peine de l'ordre de 4 milliards par an (U.R. S.S. comprise), contre 20, sinon 50 a 60 milliards par an necessaires pour commencer afin de promouvoir « en 35 ans le doublement du niveau de vie des populations disposant de moins de 100 dollars par tete et par an soit 1.600 millions d'hommes » I (selon les conclusions des experts de l'O.N.U, et d'autres évaluations plus sérieuses). L'expérience révolutionnaire de la Chine dans ce domaine donne chaque jour la preuve qu'il est possible. grâce à la capitalisation par l'Etat de la plus-value des capitalistes indigènes étrangers, a la de la rente foncière des féo-.

millions detres, de la main-d'œuvre masculine et féminine autrefois inoccupee, de trouver les moyens nécessaires à un développement économique accéléré. Mais le cadre social et politique nécessaire pour un tel développement possible n'est créé que par la révolution socialiste et le pouvoir ouvrier et paysan, nationalisant les moyens de production, planifiant économie et rendant possible moralement et matériellement la mobilisation productive de l'énorme capital humain.

L'autre incidence révolutionnaire de la Chine s'exerce sur le plan des Etats ouvriers. Ces Etats sont gouvernes politiquement, comme la Chine elle-même, par des bureaucraties, arrivées degrés divers d'importance numérique et sociale. Pour cette raison, le développement de ces Etats est déformé, ce qui se répercute sur mutuelle, qui devrait leur collaboration normalement être harmonieuse.

Nous sommes actuellement bien loin de cette « norme ». Pour cette raison, dans la plupart des Etats ouvriers actuels commencent à se dessiner des antagonismes interbureaucratiques d'une autre nature et qui comporteront des conséquences autres que par le passé au sein de la bureaucratie internationale stalinienne.

Dans le passe, il y avait les antagonismes principaux au sein de la bureaucrane soviétique et, dans une moindre mesure, les antagonismes entre celle-ci et la bureaucratie des Partis communistes sans pouvoir réel. Mais aujourd hul, nous avons à faire avec plusieurs Etats ouvriers dans desquels dominent des bureaucraties nationales puissantes. Ces bureaucraties, dans leurs rapports mutuels, reflètent leurs intérêts nationaux particuliers, ainsi que les pressions nationales particulières qu'elles subissent. Il y aurait à écrire une sociologie de ce phénomène nouveau au sein du système des Etats ouvriers actuels. te de Content euss Pignes directrices. moment,

Il y a déjà, au sein de ce système, au moins trois voies spécifiques distinctes

« au socialisme » : celle de I'U.R.S.S., celle de la Yougoslavie, celle de la Chine.

Celle de l'U.R.S.S. est connue. Celle de la Yougoslavie se distingue du modèle soviétique essentiellement par trois traits:

.a) elle a substitué à l'économie autarcique de l'U.R.S.S. une économie ouverte aux possibilités du marché international ; b) elle a substitué à la collectivisation forcée de lagriculture, la collectivisation par la persuasion selon les possibilités techniques et financières de l'Etat ouvrier;

'c) elle a livré la gestion de l'économie et de l'Etat à l'échelon local et régional à une substantielle auto-administration des ouvriers des entreprises et de la population des communes.

Par le fait que l'économie yougoslave se développe en tenant compte des possibilités du marché mondial, elle realise une croissance à la fois rapide et harmonieuse, qui profite immédiatement — et non pas dans un avenir lointain - aux ducteurs. De ce fait, les tensions sociales sont également moindres et la solidité du régime social et même politique considérablement plus grande que dans les autres démocraties populaires.

Certes, la Yougoslavie profite de sa position internationale médiane entre les deux camps pour pouvoir poursuivre une telle politique économique. Il n'en reste pas moins que son exemple est la condamnation la plus concrète, sur le plan économique, de la politique autarcique du « socialisme dans un seul pays », que certains — et pas seulement les staliniens - ont acceptée comme la voie nécessairement exclusive au socialisme.

Le fait que la collectivisation de l'agriculture yougoslave retarde sur les progres de l'industrie socialisée, n'est pas une critique valable du système yougoslave. Car, économiquement, l'agriculture yougoslave, grande majorité au régime de la petite tout en étant encore soumise dans sa propriété agricole, de raisons peur saboter la prospère, les paysans n'ayant pas production.

Dans ces conditions l'Etat ouvrier peut se permettre d'allonger les délais de la collectivisation et de réaliser celle-ci à travers la voie coopérative, selon les possibilités accrues en matière technique (mécanisation, etc...) et financière Juste remunération du travail agricole de lEtat.

Entre temps, le danger de la formation d'une couche néo-bourgeoise dans les campagnes est combattu aussi bien par la politique de taxation de l'Etat, par la limitation de la propriété, que par tout un ensemble de mesures. Cette politique économique du système yougoslave est naturellement sérieusement renforcée par la substantielle auto-administration des entreprises et des communes, important stimulant productif et source d'attachement au régime.

Quant au modèle chinois en formation, celui-ci semble maintenant se synthétiser dans l'organisation et le fonctionnement des Communes rurales et même urbaines.

Après dix ans de tatonnements dans le cadre général de l'exemple soviétique, la

Chine se lance dans une « voie au socialisme » vraiment nouvelle, au moyen d'un réseau d'organisations de base à la fois d'ordre économique et administratif, les Communes, soumises au contrôle des organes centraux de l'Etat.

Nous verrons plus loin dans quel cadre concret se développe actuellement cette expérience. les problèmes qu'elle pose, les perspectives qu'elle ouvre. Contentonsnous, pour le moment, de signaler l'existence désormais d'un « troisième modèle » de construction du socialisme, sensiblement différent aussi bien de celui de iU.R.S.S. que de la Yougoslavie. Il est clair que, dans ces conditions, les ferments provenant de la concurrence de fait entre ces trois modèles différents vont de plus en plus travailler les masses des Etats ouvriers, et également celles de la bureaucratie.

L'exemple yougoslave ne peut laisser, à la longue, indifférente l'opinion publique de l'U.R.S.S.,. des autres démocraties po pulaires, de la Chine même. L'exemple chinois ne peut non plus être accepté en

U.R.S.S. sans répercussions graves, la bureaucratie soviétique étant liée à son modèle, autant que la bureaucratie chinoise en formation lie actuellement son sort au succès des Communes. Outre les réper- cussions de ces trois modèles sur les rapports de la bureaucrate avec les masses, il faut compter sur la différenciation idéologique inévitable, au sein de la bureaucratie des Etats ouvriers, qui résultera de ces expériences, chacune mettant en cause la conception aussi bien de la politique économique à suivre que de la structure de l'Etat. Des observateurs avertis ont déjà remarqué la froideur, sinon l'hostilité, de Khrouchtchev envers les Communes chinoises, ainsi que les signes divers d'une mésentente entre le Kremlin et Pékin. Il est hors de doute qu'au fur et à mesure que s'accumule la puissance économique, culturelle et militaire de la Chine, sur un

On connaît les grandes étapes de l'évolution économique et sociale de la Chine depuis la victoire de la Révolution (1949): 1949-1952, les années de « réhabilitation économique » : 1953-1957, les années du premier plan quinquennal ; 1958, Tannee du « grand bond en avant», du deuxieme plan quinquennal, des Communes.

Pendant le premier plan quinquennal, selon les affirmations officielles, la valeur totale de la production industrielle et agricole a enregistre un taux de croissance annuel moyen de 10,9 % (18 % pour l'industrie, 4,5 % pour l'agriculture). Le taux de croissance annuel du revenu national total était de 8,9 %.

Dans la seconde moitié de 1955, la collectivisation complète de l'agriculture est déjà terminée sous la forme de « coopératives de producteurs agricoles de type avancé ».

Immédiatement après, en 1956, les entreprises capitalistes industrielles et commerciales se transforment en « entreprises communes de l'Etat et des individus par professions entières » et l'artisanat s'organise en coopératives.

« Cela veut dire, conclut Liu-Shao-Chi dans son article sur la victoire du marxisme-léninisme en Chine célébrant le 10° anniversaire de la Révolution, qu'en moins de sept ans après la fondation de la République populaire de Chine, nous avons accompli pour l'essentiel la transformation socialiste de l'agriculture, de l'artisanat, et de l'industrie et du commerce capita-

Get résolu fondamentalement question de qui gagnera dans la question de la propriété des moyens de production ».

Naturellement, il faut entendre par transformation socialiste » l'étatisation administrative de tous les moyens de prodimposition ministe lave de, la c que duction, terre, ainsi que la coopération. Mais nous savons que ni l'une ni l'autre ne sont en réalité viables, sans base matérielle, technique et financière adéquate. Donc Liu-Shao Shi veut bien tromper quand il affirme que la question de qui gagnera est déjà fondamentalement résolue en Chine.

Sur la base des résultats acquis en 1956 et 1957, le Parti met, à partir du prinmodèle autre que le modèle soviétique, les frictions interbureaucratiques s'aggraveront selon des lignes encore imprévisibles.

Mais une chose est certaine : la montée de la Chine Nouvelle agit dans ce domaine également, non en tant que facteur stabilisateur, mais plutôt désagrégateur de la bureaucratie soviétique. En dernière analyse, un tel processus risque de se tourner contre l'ensemble de la bureaucratie des Etats ouvriers, y compris de la Chine, les progrès économiques et culturels de ces Etats s'avérant plus rapides et plus décisils que le règne d'une bureaucratie sounise, entre autre, aux antagonismes de ses différentes fractions sur le plan international et national. temps 1958, en pratique la ligne générale élaborée par Mao-se-Toung : se lancer a tond, viser haut et atteindre rapidement des résultats meilleurs et plus économiques pour construire le socialisme. deuxième plan quinquennal, quoique ini- Les résultats de cette première année du tialement fortement exagérés et corrigés par la suite, ne manquent pas d'être impressionnants : la valeur totale de la production industrielle et agricole s'éleva de 48 % Pand come ais pour agricule par comparaison avec 1957 (66 % passant la valeur totale de la production pendant toute la période du premier plan quinquennal. D'autre part, le revenu national pour 1958 dépassa celui de 1957 de 34 %.

Ce rythme exceptionnel a diminué en 1959, tout en se maintenant à un niveau très élevé. Selon le communiqué officiel publié le 22-1-60 à Pékin, la production industrielle et agricole brute de la Chine, en valeur, enregistra en 1959 une augmentation de 31,1 % sur celui de 1958 (39,3 % pour l'industrie, 16,7 % pour l'agriculture) Le revenu national a augmenté de 21,6 % par rapport à 1958.

« Grâce au grand bond continuel en avant dans les deux années 1958 et 1959, affirme ce même communiqué, nous avons déjà atteint les principaux objectifs initialement établis pour la fin du deuxième plan quinquennal (1962), trois ans avant terme ».

Quelques exemples de cette affirmation :

La production d'acier atteignit 13,35 millions de tonnes, dépassant l'objectif initial la production de charbon atteignit 147,8 de 1962 de 1,35 à 2,85 millions de tonnes millions de tonnes, dépassant l'objectif initial de 1962 entre 137,8 et 157,8 millions de tonnes ; la production de grains atteignit 540.100 millions de Jin, dépassant l'objectif prévu pour 1962 de 40.000 millions de Jin.

En deux années seulement, la production d'acier (non compris celui produit par les méthodes indigènes) augmenta de 5,35 à 13,35 millions de tonnes, tandis que, notent fièrement les dirigeants chinois, « dans le monde capitaliste, il fallut aux Etats-Unis 9 ans, à l'Allemagne d'avantguerre 13 ans, à la France 33 ans, et à

BREF BILAN DE DIX ANNEES

BREF BILAN DE DIX ANNEES l'Angleterre 34 ans pour élever leur production d'acier d'environ 5 à plus de 13 millions de tonnes ».

En 1958 déjà, la Chine monta à la septième place dans le monde pour l'acier, a la troisième pour le charbon, à la onzième pour l'énergie électrique et à la deuxième pour la production de fils de coton.

Dans les neuf années - 1950 à 1958 -la valeur totale de la production industrielle de la Chine augmenta à un rythme annuel moyen de 28 % et, depuis, ce taux exceptionnel se maintient et se développe.

C'est sur cette base que les dirigeants chinois envisagent maintenant de rattraber le niveau de production de l'Angleterre dans 10 ans au lieu des quinze initialement prévus, et de compléter le programme national de 12 ans pour le développement de l'agriculture, lancé en 1956, deux à trois ans avant terme. ciales, culturelles exceptionnelles ont mar- Des transformations économiques, soqué le pays depuis la Révolution.

« Bien que l'industrie moderne ait été introduite depuis bientôt un siècle, l'actif industriel fixe s'élevait à moins de 13.000 milions de yuan en 1949, dans l'ancienne Chine », écrit Chou-en-Lai (-).

« Dans les dix années de la Chine nouvelle, la valeur de l'actif industriel ajouté s'élève à environ 45.000 millions de yuan. Dans la vieille Chine, après environ 70 ans, la capacité énergétique s'élevait à moins de 1,9 million de kilowatts en 1949; en dix ans, dans la Chine nouvelle, la nouvelle capacité ajoutée est plus de trois fois ce chiffre. En 1949, après une soixantant mine i ni on de ton ac production d'acier capacité ajoutée en dix années de Chine nouvelle est supérieure à dix fois ce chiffre ».

La Chine produit actuellement environ types d'acier et 6.000 types d'acier lales dix dernières années, écrit avec fierté * Le développement de la Chine dans

Chou-en-Lai dans l'article précité, a été un

(souligné par nous). Les dirigeants chino, processus de révolution ininterrompue

(souligné par nous). Les dirigeants chinois aiment à employer de plus en plus ce beau terme, dont ils expliquent clairement le contenu. Ecoutons, par exemple, à nouveau Chou-en-Lai à ce sujet :

* Dès la deuxième session plénière du

7 Comité Central du P.C. chinois, tenue en mars 1949, le Comité Central et le camarade Mao-Tsé-Toung ont souligné que la fondation de la République pópulaire de Chine marquerait la victoire de la révolution démocratique à l'échelle nationale et en même temps, le commencement de la révolution socialiste,

« Le pouvoir d'Etat de la dictature démocratique populaire conduite par le prolétariat et basée sur l'alliance des ouvriers et des paysans, établie en 1949, en résultat de la victoire de la Révolution, bien qu'incluant quelques représentants de la bourgeoisie nationale, était dans son essence, miné, 2.500 tonnes de presses hydrauliques de forge, d'équipement pour les mines et les tours a coke, d'equipement pour des hauts-fourneaux de plus de 1.500 mètres cubes, des avions à réaction, divers types vaiseaux es ur la ter de tracter se de véhicules tonnes, l'équipement pour engendrer 72.500 kilowatts de puissance hydro-électrique et l'équipement pour produire 50.000 kilowatts d'énergie thermique, des equipements complets pour la production de textiles, de papier, pour le raffinage du sucre et pour d'autres produits.

Les progrès dans l'agriculture ne sont pas moins impressionnants. En dix ans, la valeur totale de la production agricole de la Chine a été accrue de deux fois et demi, La production des grains s'est élevée de 130 % entre 1949 et 1958. En 1949, il y avait 8 millions d'ouvriers et d'employés dans les entreprises, les services publics et les organes de l'Etat. Ce nomore s'est élevé à plus de 45 millions à la fin de 1958 (une multiplication par 5,7), le nombre des ouvriers industriels passant de 3 à 25,6 millions (8,5 fois plus). Depuis la création des Communes et la libération en masse de la main-d'œuvre féminine, le nombre des ouvriers s'est accru davantage (d'environ 20 millions pendant 1958 et 1959).

Quant aux conditions matérielles des ouvriers et des paysans, il est difficile de se prononcer avec exactitude. Le régime soutient que les salaires moyens des ouvriers d'usines et employés de bureaux ont plus que doublé entre 1949 et 1958, et que le revenu personnel des paysans a presque doublé également.

Ce qui est en tout cas hors de doute, c'est que le niveau moyen de la grande masse des paysans et des ouvriers s'est élevé au détriment d'autres couches auparavant plus privilégiées et que, sur le plan éducationnel, sanitaire et de prévoyance sociale, un effort exceptionnel a été fait.

déjà un pouvoir d'Etat de la dictature du prolétariat » (souligné par nous).

C'est ce pouvoir de la dictature du proletariat, selon Chou-en-Lai, qui accomplit la revolution « démocratioue-bourgeoise » et s'attaque ensuite sans interruption à la

« révolution socialiste », liquidant les séquelles du capitalisme, y compris de la

« bourgeoisie nationale ».

« Le Comité Central du Parti et le camarade Mao-Tse-Toung ont fermement refusé les points de vue bourgeois de certaines personnes, dans et hors le Parti, tels que ceux demandant la « consolidation du nouvel ordre démocratique »,

« une longue coexistence entre le socialisme et le capitalisme » et la « garantie des quatre grandes libertés dans les régions rurales : liberté de vendre ef d'acheter, de louer la terre, liberté d'employer des ouvriers agricoles, liberté d'emprunter et de preter de largent et liberte du commerce ", el ont a temps, etabli la ligne generale du parti pour la période de tran-

(1) « Jenmin Jibao », 6 octobre 1959.

PERMANENTE CHINOISE

PERMANENTE CHINOISE sition, réalisant simultanément la transformation socialiste et la construction socialiste ». (2)

Ecoutons également Liu-Shao-Chi, deuxième théoricien après Mao-Tse-Toung, du Parti chinois :

« ...La fondation de la grande République populaire en 1949... est essentiellement une dictature du prolétariat, réalisant ainsi avec succès le tournant de la révolution démocratique à la révolution socialiste.

« En ce qui concerne la ques.ion principale de la Révolution, celle du pouvoir d'Etat, la fondation de la République populaire de Chine a marque la fin de la révolution démocratique et le commencement de la révolution socialiste en Chine.

« Dans les premières années qui suivirent la victoire à l'échelle nationale, bien qu'il ait été encore nécessaire pour le peuple chinois de réaliser les tâches laissées par la période de la révolu.ion démocratique, avant tout la tâche de mise en œuvre de la réforme agraire sur une grande partie du pays, d'éliminer la classe des propriétaires féodaux, la transition au socialisme commença effectivement en 1949 » (3).

On voit par quel subterfuge les dirigeants chinois s'efforcent a posteriori de justifier à la fois leur comportement depuis la victoire et leur comportement antérieur.

La théorie stalinienne des deux Révolutions, distinctes du point de vue caractère de classe du régime social, Fune « démocratique bourgeoise », accomplissant les tâches « démocratiques bourgeoises », lautre « socialiste », est en fait abandonnée par les Chinois. Il ne s'agit plus que d'une seule révolution en deux phases, dans un processus ininterrompu, s'accomplissant sous le même régime social, celui de la dictature du prolétariat. Nous voilà donc en pleine « révolution permanente », selon le sens que lui ont donné L. Trotsky et notre mouvement international.

La « révolution démocratique », distincte de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat, est maintenant reléguée par les Chinois à la période qui pré cède la prise du pouvoir, afin de justifier la politique • passée du P.C. chinois, de compromission avec le Kuomintang et Tchang-Kai-Shek, soi-disant représentants d'une « bourgeoisie nationale » antiimpérialiste et antiféodale.

Le Parti Communiste chinois n'a ouvert la voie vers la victoire de la seule révolution possible, celle qu'il a accomplie par la prise du pouvoir, qu'à partir du moment où il fut contraint de passer outre aux directives de Staline, de rompre avec Tchang-Kai-Shek, et d'entraîner sous sa direction les masses révolutionnaires à l'assaut du pouvoir.

La e révolution démocratique » n'est plus une étape qui s'accomplit sous un régime de soi-disant « dictature démocratique des ouvriers et paysans » différente de la dictature du prolétariat, et qui résout les tâches « démocratiques bourgeoises », mais simplement la période de lutte du Parti Communiste à la tête des masses révolutionnaires contre Tchang-KaiShek, la période qui a précédé la prise du pouvoir.

Il n'empêche que Liu-Shao-Chi trouve l'occasion d'attaquer à la tois « les opportunistes de drone dans la Révolution chinoise, qui, comme les menchevıks russes, ont etabi un « grand mur » entre les révolutions volutions démocratique et socialiste deux democratique et socialiste, n'ont pas vu les interconnexions des revolunons » et « les opportunistes de « gauche », comme les trouskystes russes, qui auraient soi-disant « contondu la distinction entre les révolutions démocratique et socialiste, voulaient éliminer la bourgeoisie et realiser les tâches de la révolunion socialiste au stade de la révolution democratique » !

C'est naturellement le comble de la confusion 1 Liu-Snao-Chi veut dire que, dans la « revolution democratique », c est-a-dure dans la periode qui precede la prise du pouvoir, 1l est nécessaire de s'allier y compris à des couches bourgeoises ou petitebourgeoises opposées « à l'impérialisme, au teodausme et au capitalisme bureaucratique (de 1chang-Kai-Shek) ». Il appelle cela une des « tâches » de la « révolution démocratique » à laquelle s'opposaient, selon lui, les trotskystes.

La réalité historique est naturellement toute autre. Les trotskystes se sont opposés à toute conception d'un Front National de « quatre classes » soumis à la direction politique de la « bourgeoisie nationale », quand Staline et les dirigeants chinois qui accomplissaient ses ordres, voyaient en Tchang-Kai-Shek et dans le Kuomintang, les représentants d'une telle classe.

Les trotskystes ne se sont jamais opposés par contre à un front, ettectivement dirigé par le prolétariat et son Parti, à la tete des masses révolutionnaires paysannes, ouvrieres, petite-bourgeoises citadines, luttant effectivement contre l'impérialisme, les féodaux, la bourgeoisie compradore, et pour le pouvoir.

Que, dans un tel Front, dans le cas d'un pays comme la Chine, des « bourgeois nationaux » participent à un moment donné, acceptant le programme et les méthodes de lutte du prolétariat et de son Parti qui dirigent le Front, quelle objection pourrait-on avoir à y faire ? On ne saurait cependant exagérer l'importance pratique de telles couches et la réalité de leur participation dans un Front vraiment dirigé par le prolétariat et son Parti.

Quand Liu-Shao-Chi affirme que la ligne du Parti Communiste, y compris lors de la période de la « révolution démocratique », qui a précédé la prise du pouvoir, fut toujours « la révolution des masses populaires, dirigées poumons dir Parti Communiste par par le prolétariat s'opposer à l'impérialisme, au féodalisme et au capitalisme bureaucratique », et que cette politique tut la « cle » de la victoire, se demen parade le sa lite, mand il embellit consciemment la politique passée du P.C. chinois se référant à la il avait définitivement rompu avec le Kuomintang et Tchang-Kai-Shek et s'était engagé dans la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.

Retenons de toute façon que les dirigeants chinois reviennent en fait à la théorie de la Révolution Permanente en admettant aussi bien la thèse de l'accomplissement des tâches démocratiques bourgeoises sous le seul régime de la dictature du prolétariat, que la thèse du développement ininterrompu de la révolution en révolution socialiste proprement dite.

Avril 1960.

DANS LE PROCHAIN NUMERO : Les conceptions chinoises en matière de rythme et des moyens pour le développement économique, dans l'industrie et l'agriculture. - Les différences d'opinion à ce sujet au sein du P.C. chinois. - Théorie et pratique des Communes rurales et urbaines. - Sur la libération effective ou non des femmes et les transformations familiales et sociales. - L'avenir de la Révolution chinoise.

(2) Ibid.

(3) « La victoire du Marxisme-Léninisme en Chine », octobre 1959.

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