Documents de la IVe Internationale

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Quatrième Internationale, 18e année, n° 8 · janvier 1960 · p. 52-59 · 6 328 mots

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The Prophet Unarmed (Trotsky 1921-1929), d'Isaac DEUTSCHER (*)

Nous recommandons très chaleureusement à nos lecteurs le deuxième tome de la biographie de Léon Trotsky par Isaac Deutscher, qui vient de sortir en libraire en Angleterre. Comme pour le premier tome — qui portait sur les années antérieures - on trouve la même richesse dans les faits qui témoigne d'un travail très méticuleux de recherches aux sources les plus nombreuses. Mais il y a plus. Ce que l'on est en droit d'attendre d'un historien, c'est qu'il comprenne et expose l'enchainement des événements, leur logique interne et — quand il s'agit de la biographie d'un homme comme Trotsky, placé au centre de gigantesques luttes politiques — qu'il mette en lumière la place, le role sonne étudiée. les déterminations de la per- A ce point de vue. Deutscher, sans se livrer le moins du monde à l'apologétisme, a écrit un livre tres sérieux. Ce que l'on n'y approuve pas est toujours digne d'être discuté, en ces matières que Trotsky a encore beaucoup à offrir. Et le développement politique ne peut le dépasser autrement qu'en absorbant tout ce qu'il y a de vital dans sa pensée et en l'appliquant à une réalité qui est plus avancée, plus variée et plus complexe que celle qu'il a connue. » pas si Ces lignes relient un au présent et à l'avenir. passe, pourtant Mais, le livre de Deutscher n'est pas plus œuvre politique qu'il n'est apologétique c'est un livre d'historien, mais d'un historien qui traite de questions du passé qui sont d'une actualité brûlante. Et l'un des aspects les plus valeureux du livre est que l'histoire y est exposée et démontrée avec tant de cohésion qu'elle ne peut pas ne pas conduire le lecteur à tirer les conclusions pour les événements actuels.

Le récit historique sera une révélation pour la plus grande partie des lecteurs; car depuis 1930 il y a eu une telle accumulation de mensonges sur ce passé — et la « vérité » khrouchtchévienne sur ces questions, c'est une autre forme de mengnant d'ignorer les crimes staliniens - qu'à songe, le mensonge par omission en fal mensonge par omission en feil'exception d'une infime minorité qui a pu connaître la vérité dans des brochures à tres faible tirage, même ceux qui étaient loin de croire aux mensonges staliniens ne pouvaient avoir une vue tant soit peu correcte de ce qui s'était produit. Et même pour ceux qui ont connu la vérité et qui ont pour ainsi dire vécu ces années — je veux parler des militants communistes hors de l'U.R.S.S. qui ont, dès cette période, été proches des bolcheviks-léninistes de l'Union soviétique — ce livre fera plus que rappeler une histoire qu'ils connaissent. Il leur permettra de la revoir d'une part de façon plus complète (car à l'épofragmentaires) et d'autre part avec un que ne parvenaient que des informations recul qui permet de mieux voir l'enchainement des événements.

Le premier chapitre du livre intitulé « The power and the dream » (le pouvoir et le rêve) donne un tableau de l'Union (1) Oxford University Press.

Il est vrai que les cinq sont écoulées entre la sier et celle du deuxica biographie de Trotsky ont d'événemente années qui se rution du pree tome de la été remplies d'événements qui ont puissamment aidé à une meilleure compréhension des années qui furent celles des déchirements les plus grands et les plus ratais du Part bolchevik. La destalinisation - si limitee qu'elle soit encore aujourd'hui — ne pouvait pas ne pas éclairer d'une lumière très vive les années de la stalinisation de l'Union soviétique. Dans sa préface, Deutstemps, cher l'explique amplement il explique pourquoi les épigones et, en même de Staline, après avoir fait deux pas en avant font un pas en arrière et pourquoi ils s'efforcent eux aussi de conjurer spectre de Trotsky. Il dit aussi la vanité de ces efforts dans les lignes suivantes de sa préface :

« Ce que l'Union soviétique et le communisme reprennent du stalinisme, ce sont surtout d'autre part, en ce qui concerne les mésont surtout ses réalisations pratiques : thodes de gouvernement et d'action politique, d'idées et de « climat moral », l'héritage de l'ère stalinienne est pire que vide : plus vite on s'en débarrassera, mieux cela vaudra. Mais c'est précisément soviétique au lendemain de la fin de la guerre civile, de la dislocation de l'économie et de l'affaiblissement extraordinaire du prolétariat. Ce chapitre donne aussi une vue des problèmes qui se posèrent alors aux dirigeants soviétiques, et comnent en particulier Lénine et Trotsky réagirent. Personne ne peut plus douter aujourd'hui que Lénine et Trotsky s'apprêtaient à mener ensemble le combat contre la bureaucratie montante. Deutscher rappelle toutes les preuves à l'appui, celles qui furent fournies par Trotsky et celles qui ont été données depuis le XX Congrès par Khrouchtchev et Cie et qui corroborent en tous points les documents que Trotsky avait publiés il y a environ trente ans. Mais Deutscher pousse sa recherche plus loin. Il montre que Trotsky avait le premier été sensible à la détérioration qui se produisait dans les sommets du Parti et de l'Etat, et que Lénine, pendant une période, pris par les tâches quotidiennes et soucieux de maintenir la cohésion de la direction, n'ayant pas med'autant plus que, dans le tome -, avait mis tres en lumiere laudace de Trotsky au cours de l'année 1917, la situant audessus même de celle de Lénine. Il souleve un point, celui des rapports entre Trotsky et la vieille garde du Parti bolchevik : il était, dit-il, « in it but not of it ». (Il s'y trouvait, mais n'en était pas et que cela ait joue, surtout au début, partie vrai n'y a pas de doute : mais, dans les années 1926-27, la majorité de la vieille garde — comme le remarque Deutscher — se trouvait en opposition à la direction StalineBoukharine et était rassemblée derrière Trotsky et Zinoviev, parce que les questions politiques furent déterminantes. un grand nombre capitula par la suite, ce fut soit pour des raisons de divergences politiques soit par épuisement.

Deutscher donne comme raison principale de l'attitude de Trotsky le fait qu'il se plaçait dans le cadre du rapport des forces qui existait à l'époque :

« Il plaça sa propre personne et sa propre action dans le cadre des forces sociales qui déterminaient le cours des événemente • il vit con nements ; il vit son propre rôle subordonné à ces forces ; et son but, la renaissance de la démocratie prolétarienne, lui dicta le choix de ses moyens. »

Trotsky s'en est lui-même expliqué plus d'une fois en exil, quand des jeunes, venant à lui, lui demandaient précisément pourquoi il avait perdu le pouvoir. Il ne s'agit pas d'un porte-monnaie qu'on garde dans sa poche ou qu'on perd. Pour parvenir au pouvoir, en tant que révolutionle fux révolt ponnaire Mais, si les masses refluent, on ne peut opérer de miracle : il faut poursuivre la lutte révolutionnaire en vue de préparer l'avenir. Trotsky montra entre autre, sur l'exemple même de la Révolution française, la succession des directions de celle-ci et, à ce propos, rappela l'audace et « l'irrésolution » successives d'hommes tels bespierre, selon qu'ils rière eux les masses se lançaient dans la vaient épuisées. En lutte de Trotsky et peut discuter telle ou ou telle décision, que Danton et Roavaient ou non derselon que celles-ci bataille ou se trouce qui concerne la de l'Opposition, on telle démarche, telle n pas du point de vue du resultat tinal mais de sa justesse théorique ou de sa portée politique.

Cet aspect de la question ne peut faire le moindre doute pour qui est tant soit peu convaincu qu'il y a des lois profondes de l'Histoire et que celle-ci n'est pas avant tout le fruit d'hasards heureux ou malheureux et des qualités ou défauts de tel ou tel individu. Mais il y a dans la lutte de l'Opposition contre le stalinisme un aspect qu'il convient de relever, parce que certains y volent une erreur importante de Trotsky et qu'avec le temps, pour les generations les plus jeunes, les données en sont moins aisement saisissables. En En outre, cela nous mènera à une question théorique des plus importantes.

suré le phénomène en valeur, resista au B.P. a tions de Trotsky. Puis devenu conscient de la bureaucratique, opérant cours à sa juste plusieurs proposiil montre Lénine, gravité du danger un tournant et décidé à mener une lutte résolue, implacable :

« .il employa ses ultimes forces pour porter un coup à la machine hyper-centralisée du pouvoir. Il invoqua l'objet de la révolution dans un sens de dévouement pour celui-ci, profond, désintéressé et angoisse. Et, quand finalement, agonisant, le cerveau bouillonnant, il tenta de libérer la révolution de sa lourde hypothèque, c'est vers Trotsky qu'il se tourna pour qu'il soit son allié. »

Un autre chapitre du plus grand intérêt est celui intitulé « Not by politics alone...» (L'homme ne vit pas seulement de politique), consacré à la position de Trotsky sur les problèmes culturels. On y mesure à quel point la bureaucratie a défiguré bien tant d'intellectuels, obnubilés par la le marxisme dans ces questions et comle marxisme dans ces questions et compuissance matérielle dont disposait la bureaucratie, ont avalé une mouture grossière et indigeste pase et le ipeste es des on e trait en soi, ne pas sur le plan des espérer qu'à ces nombreux intellectuels qui se sont détachés tardivement du stalinisme, ces pages serviront à leur faire unisme, ces pages serviront a leur taire retrouver la voie véritable du marxisme.

Nous ne voulons pas mentionner tous les chapitres d'un livre qui instruira et fera réfléchir ses lecteurs. Disons quelques mots sur certaines questions traitées par ce livre et sur lesquelles, à notre avis, il , reste encore beaucoup a dire.

Deutscher mentionne à diverses reprises des hésitations de Trotsky à engager la lutte ou à la poursuivre. Il souligne le silence de Trotsky au 12 Congrès sur -les problèmes de la démocratie et du régime du parti, son silence au 14° Congrès Jors de la rupture de la troika et du confit entre Staline d'une part et Zinoviev d'autre part. Et il en cherche l'explication,

De tous les bolcheviks soviétiques qui vécurent ces années et cette lutte, Trotsky fut incontestablement celui qul serra la réalité de plus pres et qui vit le plus loin. Or nen Or, pendant longtemps ce ne tut pas contre le danger de l'établissement d'un pouvoir bureaucratique étouffant, mais contre celui d'une restauration du capitalisme qu'il mena la lutte. Il y a quelques mois, dans une conversation avec un jeune cadre d'une « démocratie populaire », celuidre d'une " démocratie panulaina ci mentionna cette « erreur » de Trotsky, le danger de la restauration du capitalisme s'étant avéré inexistant. Nous ne pensons pas qu'il v avait là une erreur. Tout d'abord, le marxisme n'a pas les prétentions de l'astrologie ; ce qu'on peut lui demander cest, en premier lieu, une analyse correcte des forces sociales en présence dans une société ; quant aux rapPoils de lese enter allant épreuve entre elles. Et surtout, en l'occurrence, rien n'est plus faux que de déduire le rapport des forces en U.R.S.S. et dans le monde il y a près de quarante ans... de celui qu'indiquent les spoutniks et luniks d'aujourd'hui. Le phénomène bureaucratique se présentait certes pour la première fois dans un Etat ouvrier, et la possibilité d'un régime de type stalinien était difficile à imaginer ; mais, avant tout, a priori les possibilités d'une restauration capitaliste n'étaient pas du tout dans ces années un produit de l'imagination de Trotsky. En cas de déclenchement d'une guerre civile, ou au cours d'une guerre, les forces procapitalistes à cette époque encore nombreuses se seraient rapidement manifestées et avec vigueur.

Cette soi-disant « erreur » se trouve encore exprimée dans « la Révolution trahie », en 1936, apres que Staline ait remporté la victoire totale de la bureaucratie en U.R.S.S. Mais Trotsky, dans cet ouvrage aussi, ne pose pas cette question dans le cadre « d'un seul pays ». Il la pose en relation avec celle de la guerre et de la révolution mondiale. « La question sera tranchée en définitive par la lutte de deux forces vives sur les terrains national et international ». Si on voit ce qui s'est passé depuis 1939, on peut dire qué c'est par suite d'un extraordinaire concours de circonstances que l'U.R.S.S. a pu profiter d'une division des forces impérialistes, de cette date à 1945, que lorsque l'union de celles-ci s'est faite vers 1947, le monde capitaliste n'avait pas immédiatement la force de s'engager dans une nouvelle guerre ; et qu'il fallut la victoire de la révolution chinoise en 1949 pour que le rapport des forces à l'échelle mondiale soit tel que, pour la première fois, se trouve éliminé quasi totalement le danger d'une restauration du capitalisme en U.R.S.S. C'est parce que Trotsky avait, plus que quiconque, une appréciation aiguë des dangers de la situation dans les années 1920 qu'il eut, dans la lutte contre la bureaucratie, une attitude d'extrême prudence qui parait tant en contraste avec laudace qu'il déploya pendant la Révolution et la guerre civile. Audace et prudence n'étaient que deux manifestations du même génie stratégique en face de situations diametralement opposées.

Il y avait aussi, dans les éléments qui pesèrent dan question des trébucha une bolcheviks qui de gauche des à notre avis s ses déterminations, une plus complexes, sur laquelle grande partie des cadres participèrent à l'Opposition années 1926-27. Sur ce point, la pensée de Deutscher, quoique en progrès par rapport au tome premier n'est pas parvenue à une clarification . satisfaisante. On sait que Deutscher a insisté sur le « substituisme », une idée émise par Trotsky en 1903 quand il combattit Lénine, mais qu'il ne reprit plus jamais après 1917. Le « substituisme », ce serait le Parti se substituant à la classe, pensant et décidant pour elle et même agissant ou la forçant à agir malgré elle pourrait-on dire. Après la guerre civile, la classe ouvrière soviétique était épuisée à un point jamais connu auparavant: alors le Parti se serait substitué à elle le stalinisme, ce serait cela, le bolchevisme isolé de la classe nationalement et internationalement. Accordons à Deutscher que sa pensée est plus nuancée, plus nuancée dans le tome II que dans dernières pages du tome I et dans d'au les tres ouvrages de lui. Mais cette idée est assez répandue, sans aucune nuance, et il convient d'en traiter.

Pour beaucoup de membres de la vieille garde, le Parti resta bolchevik, et cela les mena à la capitulation faute de perspecouvrier soviétique et international. Dans tives d'un renouveau du mouvement les années 1920, il était difficile de déter miner dans quelle mesure le Parti était encore le Parti bolchevik et dans quelle mesure il était corrompu par la bureaucratie soviétique.

Trotsky et notre mouvement avons combattu la conception que la bureaucratie etait une classe, c est-a-dire un produit de 1 histoire, organiquement lié à des rapports de production et de propriété donnés. Nous expliquons la place exorbitante prise par la bureaucratie avant tout par les conditions spécifiques de I'U.R.S.S. à l'époque et le retard culturel des grandes masses, c'est-à-dire par des facteurs contingents. Mais nous trouvons, d'autre part, parmi ceux qui partagent ce même point de vue, une de car ute se la buraselon la tells ce conception selon laquelle, ce des méthodes, le commandement, l'arbiraire, des habitudes, et que, ne constituant pas une classe, elle n'a pas une figure sociale propre. Il est bien difficile de dénier ses privilèges, mais on voit tout de même en elle un morceau de la classe ouvrière, des combattants fourvoyés du socialisme:

La bureaucratie fait tout ce qu'elle peut pour ne pas se trouver caractérisée comme catégorie sociale, ses dirigeants — de Staline à Khrouchtchev - n'hésitent pas à condamner les » méthodes bureaucratiques ». Dans les ouvrages antérieurs de Deutscher la bureaucratie était vue essentiellement comme une catégorie fonctionnelle, le stalinisme était le « bolche- visme isolé ». Le deuxième tome de la biographie de Trotsky est, répétons-le, plus nuance, et la façon dont l'aile « libérale » a agi en 1956 y est certainement pour quelque chose, mais on trouve encore dans ce livre des expressions comme « la bureaucratle bolchevique », montrant que sur ce point essentiel le sociologue n'est pas au niveau de l'historien. C'est pour cette même raison que l'auteur est dans la confusion sur la notion du « Thermidor » de la Révolution russe.

En quelques phrases de « la Révolution trahie », Trotsky avait montré que la ponuque dans un pays ne se nourrissait pas de considérations purement sociologiques :

« Le prolétariat est la classe la moins hétérogène de la société capitaliste. L'existence de couches sociales telles que l'aristocratie ouvrière et la bureaucratie suffit cependant à nous expliquer celle des partis opportunistes qui deviennent, par le cours naturel des choses, l'un des moyens de la domination bourgeoise. Que la différence entre l'aristocratie ouvrière et la masse prolétarienne soit, du point de vue de la sociologie stalinienne, « radicale » ou « superficielle », cela nous importe peu ; c'est de cette différence, en tout cas, que naquit en son temps la nécessité de rompre avec la social-démocratie et de fonder la Troisième Internationale. S'il n'y a « pas de classes » dans la société soviétique, elle n'en est pas moins de beaucoup plus hétérogène et complexe que le prolétariat des pays capitalistes... »

Aujourd'hui, à la différence de ce qui se produisit chez nombre de membres du Parti bolchevik pendant la grande lutte qui finit par le triomphe du stalinisme, on ne peut pas se tromper sur la nature sociale de cette lutte. Il ne s'agissait pas d'une lutte de deux conceptions ou deux analyses sur la seule et unique base de la révolution socialiste dans le Parti bolchevik, mais d'une lutte entre ceux qui restaient sur le plan des intérêts fondamentaux de la classe ouvrière et ceux qui étaient les exposants politiques d'une couche sociale autre que le prolétariat.

Le Parti d'instrument du prolétariat tendait à devenir l'instrument de couches issues du prolétariat et de sa révolution, de couches dont les intérêts spécitiques étaient distincts et opposés à ceux du prolé ariat du point de vue historique. Le Parti bolchevik ne s'est pas « substitué » à la classe ouvrière sous le stalinisme. Un parti dirigeant, une coterie dirigeante même ne peuvent prendre la place d'une couche sociale ; ils en sont toujours l'expression, même si dans certains cas cela n'apparaît pas aussi nettement que ce fut le cas en Union soviétique. Le Parti bolchevik est devenu l'instrument d'une couche sociale autre que le prolétariat. La forme (le Parti communiste) resta la même, mais le contenu de celui-ci changea profondément : non seulement sur le plan de l'idéologie, mais aussi sur celui des hommes ; ce ne fut pas seulement l'Opposition de gauche qui fut physiquement écrasée, pas seulement l'Opposition droite, mais aussi — comme l'a mentionné Khrouchtchev au 20' Congrès — la majorité des « vainqueurs », c'est-à-dire des membres de second plan qui assurèrent la victoire de la direction de Staline.

On nous objectera peut-être que c'est dans le P.C. de I'U.R.S.S. qu'a commencé la destalinisation. Mais, dans les conditions actuelles, ce parti étant le seul forum politique, devaient se ma citester les premiers signes c'est inévitablement là que de renouveau politique. Mais si les bu reaucrates et les thermidoriens avaient tout intérêt à utiliser à leurs fins la forme du Parti bolchevik, exploitant à l'époque son autorité pour mieux faire passer une politique antibolchevique, nous sommes profondément convaincus que la nouvelle avant-garde de la société soviétique, à un moment donné de son développement, s'opposera de manière distincte, jusque dans la forme d'organisation, à ce qui, depuis de longues années, n'a plus été qu'un instrument d'oppression des travailleurs soviétiques.

Le livre de Deutscher se termine avec le départ de Trotsky exilé hors de l'Union soviétique. Un nouveau chapitre de la vie de Trotsky s'ouvre, le dernier, lui aussi plein de grands événements. Souhaitons pouvoir lire avec autant de plaisir la fin de la biographie annoncée par Deutscher.

Et terminons cette hâtive revue du tome Il en citant les lignes par lesquelles lauteur exprime son appréciation de Tretsky :

« Très peu d'hommes dans l'histoire se sont trouvés dans une harmonie aussi triomphante avec leur temps, comme Trotsky le fut en 1917 et après : aussi n'était-ce pas en raison de quelque aliénation intime des réalités de sa génération qu'il entra ensuite en conflit avee son temps. Il y fut conduit par son tempérament et son caractère de précurseur. Il avait été, en 1905, le héraut de 1917 et des soviets ; il ne le cèda à personne comme dirigeant des soviets en 1917 ; il fut l'inspirateur de l'économie planifiée et de l'industrialisation dès le début des années 1920 ; et il devait rester le grand mais non infaillible précurseur d'un certain futur réveil des peuples révolutionnaires (de ce réveil politique, le besoin de dépasser le stalinisme qui s'empara de l'Union soviétique dans les années 1953-56 en est un indice important, encore faible mais sûr). Il lutta « contre l'histoire » au nom de l'hisoire elle-même et, contre ses faits accomplis qui furent trop SOUIvent des faits d'oppression, il défendit les réalisations meilleures et émancipatrices dont elle serait un jour capable. »

Octobre 1959.

PIERRE FRANK.

La révolution permanente algérienne

L'AN V DE LA RÉVOLUTION de E. FANON (")

TR CDONM

La littérature qu'a fait éclore la révolution algérienne est déjà riche. Documents et témoignages divers, études sociologiques, romans d'écrivains algériens et autres, sont venus en abondance depuis novembre 1954 pour illustrer le sens, les perspectives, la grandeur de la révolution algérienne.

Voici maintenant deux livres complémentaires qui témoignent à la fois de la profondeur acquise par la révolution après plus de cinq années de lutte tenace, héroïque, en réalité sans précédent dans 'histoire des peuples coloniaux, contre les forces essentielles du troisième « Grand » des pays capitalistes, et de l'épopée déjà ecrite par cette révolution.

Il ne s'agit plus simplement d'une lutte pour l'indépendance nationale. Le peuple algérien, tenu expressément par l'impérialisme oppresseur dans l'état économique, social et culturel le plus anachronique, fait éclater dans la lutte libératrice, de toute part, les structures surannées entravant son En quelques années, dans le teu, le sang. les sacrifices, les des montagnes, aussi pauvres que fiers, souffrances les plus atroces, ces paysans ces ouvriers des villes algériennes et de la métropole, franchissent par bonds les stades de la barbarie colonialiste pour se planter, avides de savoir et de progres, en plein cœur des problèmes et des aspirations les plus progressives de notre siecle.

Ç'est la révolution permanente vivante qui, de la lutte nationale unie anti-impérialiste, transcroît irrésistiblement en révolution sociale profonde à la recherche de sa veritable, nature et réalisation, en tant que revolution prolétarienne et socialiste.

Le livre de Frantz Fanon illustre parfaitement le bouleversement fondamental intervenu dans la famille algérienne et le mode de vie général de ce peuple sous le joug colonial. Promotion irrésistible extraordinaire des femmes et des jeunes, familiarisation avec la technique et la science au service de la révolution, dépouillement accentué de « la sédimentation mentale et de l'arrêt affectif et intellectuel » du peuple algérien « organisés par 130 ans d'oppression ».

Livre d'un médecin érudit, il respire la connaissance presque technique du terrain social psychologique qu'il fouille minutieusement.

Le livre de Robert Davezies est composé d'une série de récits bruts d'hommes, de e Robert DAVEZIES (2) femmes, d'enfants même de la révolution qui, dans leur simplicite poignante, brossent le plus sobre tableau de l'épopée algérienne et de l'organisation qui la dirige : le F.L.N.

Robert Davezies a eu l'heureuse idée de laisser parler militants syndicalistes, réfugiés algériens en Tunisie et au Maroc, filles et garçons algériens, djounoud et djoundia (3) de l'intérieur, cadres politiques du F.L.N. Le résultat en est d'une Singulière intensité dramatique, d'un haut intérêt politique et social. D'admirables fifilles, de garçons, d'hommes sen de héroïques de femmes, tachent.

Mais l'intéret principal du livre se trouve dans lexplication qu'il donne des motifs profonds de l'action des combattants algériens et de leurs aspirations.

Voici le cadre syndical, travaillant à Alger, à Paris, préparant la révolution, s'intégrant à elle corps et âme dès qu'elle éclate.

« C'est une révolution paysanne - affirme-t-il — essentiellement paysanne ». * On parle beaucoup, parmi les djounoud, de « l'avenir de l'Algérie », affirme un autre. Ils en parlent beaucoup et d'abord de la relorme agraire : « La terre nous a été volée : il faut qu'elle nous revienne. Nous ne déposerons pas les armes avant d'avoir la terre ». République pour le peuple, une Republique Les djounoud veulent « construire authentique : il faut s'attaquer aux problèmes de base, poursuivre la lutte pour l'indépendance jusqu'au bout. Et pour cela, combattre pour que le peuple soit le maitre des mines, du pétrole, des usines et des banques

Un autre déclare : « Le sentiment de tous, c'est que le vrai combat commencera à l'indépendance, et tous s'y préparent ».

La réforme agraire, « la redistribution des terres » accaparées « par les grosses sociétés, les gros colons », sera « le fondement peut-être de l'Algérie de demain ».

Plus que les djounoud, c'est le peuple tout entier qui réclame sa terre. « Il n'y a pas d'idée de revanche dans ce peuple, mais simplement un souci de justice! sa terre, on la lui a volée, il la reprend par les armes » (1) Editions Maspero, Paris. (2) Oditions de Minuit. Paris. (3) Partisan et Partisane.

Le thème du caractère paysan de la révolution et de la réforme agraire hardie " premier objectif de la révolution », revient dans la plupart des récits. Les préoccupations sociales et politiques, au fur et à mesure que la lutte se prolonge et que l'expérience mürit, deviennent pressantes.

De manière évidente, la révolution se politise, s'approfondit, suivant sa propre logique de révolution permanente qui va inexorablement du national au social.

Tous les témoignages actuellement .recueillis, que ce soit parmi les djounoud et paysans d'Algérie, ou les milliers de militants du F.L.N. organisés dans les prisons de France, concordent quant l'extraordinaire mürissement social et poll. tique de la base de la Révolution algérienne.

C'est au mouvement ouvrier français et européen de secouer sa torpeur actuelle afin de venir effectivement en aide à ses frères de classe qui combattent l'impérialisme, et de précipiter ainsi l'évolution vietorieuse au socialisme des uns et des autres.

M. P. Décembre 1959.

LE MOUVEMENT OUVRIER PENDANT

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

(Tome II)

Le mouvement ouvrier a une histoire relativement courte ; mais l'intensité prise par celle des récentes années à laquelle est venue s'ajouter l'action de déformation des directions ouvrières a eu pour résultat que des événements qui sont connus de générations encore vivantes sont littéralement ignorés de la plupart des militants. Ainsi, les années de la première guerre mondiale et les premières années de la Révolution russe sont ignorées non seulement des générations les plus jeunes, mais meme de la plupart des militants qui ont de trente a quarante ans. On ne peut espérer de la part des directions actuelles - qu'il s'agisse des socialistes ou des staliniens — et des historiens à leurs dispositions qu'ils donnent une histoire vraie de cette periode. Aussi le 2 tome du livre d'Alfred Rosmer : « Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale » viendra-t-il contribuer à combler une lacune et à former de nouvelles générations de militants de la classe ouvrière.

Ce deuxième tome s'étend essentiellement sur l'année 1916, et traite principalement des répercussions de la Conférence de Zimmerwald sur le mouvement oulvrier, lequel, sous la pression des misères grandissantes provoquées par la guerre. commençait à sortir de la torpeur dans laquelle l'avaient plongé la déclaration de la guerre et le passage à l'Union sacrée des fermations - partis et syndicats — d'avant 1914. Il se clôt à la veille du déclenchement de la Révolution russe, laquelle inaugurera une nouvelle période pour laquelle Rosmer promet un troisième tome.

On trouvera, dans le livre qui vient de

Pd Alfred KOSMER paraitre, une information extrêmement riche, surtout sur cette partie du mouvement ouvrier qui était contrainte d'agir clandestinement ou semi-clandestinement, et qui commença à mener une lutte contre les dirigeants du Parti socialiste et de la C.G.T., les Renaudel et les Jouhaux. On v trouvera non seulement les événements. leur enchainement, mais aussi l'essentiel des idées et des arguments qui s'affrontaient - tant dans la lutte contre les directions corrompues qu'au sein des minoritaires qui, au lendemain du 2 août 1914, se trouvaient dans une confusion idéologique extreme.

Ce n'est pas notre intention de résumer ici ce livre d'études et de rélérence, auquel tout militant aura l'occasion de se reporter, soit au cours de discussions, soit au cours d'exposés historiques. Ce livre donnera aussi lieu à de nombreuses réflexions sur le chemin parcouru par le mouvement ouvrier depuis cette époque. et Tit al d's bordcipale ment emon ou vier Tout d'abord, le mouvement ouvrier quelques prolongements aux Etats-Unis. Tous les débats tournent autour de l'Europe, des peuples européens. A l'époque, personne n'imaginait que, quarante années plus tard, les peuples des pays colonises depasseraient dans la lutte revolutionnaire les ouvriers des pays capitalistes avancés.

D'autre part, la résistance au socialpatriotisme, bien qu'assez faible encore en 1916, était cependant bien plus affirmée qu'elle ne l'est à présent. Qui aurait pu penser que ceux qui allaient fonder la T Internationale se verraient ultérieurement exploiter par des usurpateurs qui feraient assaut de patriotisme?

Un des plus grands intérêts de ce livre est de montrer la faiblesse idéologique de lopposition à la guerre, dans le mouvement ouvrier français plus particulièrement. Il suffit de voir comment la direction du Parti socialiste parvint, pendant pas mal de temps, à manœuvrer les opposants, grâce à l'intervention d'une aile qui s'interposera entre la direction et les opposants. Il faut aussi noter l'écart qui existait entre la vigueur des interventions des députés kienthaliens au Parlement et leur pauvreté théorique. Sans préjuger de ce qu'apportera le troisième tome de l'ouvrage de Rosmer, on peut aisément comprendre, à la lumière de ce tome II, ce que sera effectivement le P.C. qui sortira moins de quatre années plus tard,

Congrès de Tours, et combien il était loin d'être un parti vraiment communiste.

La question qui, dès Zimmerwald, se profile sur tout le mouvement ouvrier de l'époque, c'est celle de la nouvelle Internationale, de la III' Internationale à créer.

Les vieux chefs socialistes les plus patrioes, a commencer par ceux de France, ne veulent même pas entendre parler d'une rencontre de l'ex-Deuxième Internationale.

LA GUERRE

Une véritable version « nenniste » de la révolution espagnole manquait dans les rayons des bibliothèques. Nous l'avons dé sormais, hélas !

Certes, cet ouvrage etale les platitudes, arrogances qu'on trouve chez la plupart contre-verites, taux-fuyants, silences et des auteurs du genre, mais il a ceci de particulier que l'omniprésence de Stalin en la guerre d'Espagne est prudemment ramence à quelques conseils donnés par celui-ci au sujet des voies de la victoire (dont la voie parlementaire !...) et à l'aide en armes de l'U.R.S.S. au peuple espagnol.

Aide, bien sûr, • insuffisante » et qui eut encore son « côté négatif », constitué par l'envoi en Espagne « d'agents politiques et de dirigeants des services de sécurité qui travaillaient mal, étaient facilement factieux, et ne comprenaient rien au pays qui les accueillait ». (Pages 53, 105, 106).

Un historien tant soit peu honnête qui, ne disposant de sources directes sur le développement de la révolution espagnole, voudrait approcher la vérité sur la politique de Moscou dans cet événement, n'aurait qu'à se rappeler que la politique extérieure d'un régime ne peut pas être différente ou en opposition avec la politique menée à l'intérieur. Or, les procès de Moscou, c'est-à-dire l'apothéose de la trahison d'Octobre et l'extermination phy-

Les plus conscients d'entre eux sur les tendances nouvelles qui traversaient les larges masses s'efforcent - comme C.

Huysmans - par de savantes manœuvres, d'isoler les avant-gardes révolutionnaires.

A Kienthal comme à Zimmerwald, ce sont les Russes qui sont les plus résolus pour la III' Internationale, parce que les plus clairvoyants sur les causes de la de bacle de 1914 et sur les possibilités que la guerre offrirait en fin de compte. Dans son livre, Rosmer montre que Lénine, sur cette question aussi, combinait la fermeté de principe la plus implacable avec une souplesse tactique, envisageant de ne pas laisser passer une réunion de l'ancienne

Internationale sans que s'y fit représenter et entendre la minorité révolutionnaire.

Cette supériorité théorique et politique qui se manifeste dès le début de la guerre, sur une situation au sujet de laquelle on avait beaucoup discuté dans les années précédentes dans le mouvement ouvrier, mais sans vraiment montrer beaucoup de conséquence et de clairvoyance, va trouver peu après son expression dans la capacité de diriger la Révolution russe sous une forme qui reste un modèle inégalé dans l'histoire.

D'ESPAGNE de Pietro NENNI (*) sique de la vieille garde bolchevique, se sont déroulés pendant que le prolétariat espagnol s'acheminait vers son Octobre. Comment Staline pouvait-il favoriser en Espagne ce qu'il écrasait en U.R.S.S. ?

Rien de cela n'est, ni ne pouvait être mentionné par l'ancien commissaire des brigades internationales et • compagnon de route » du stalinisme, Nenni. Cependant, comme « l'aide » du Kremlin au gouvernement républicain espagnol offre toujours l'occasion de controverses passionnées, Nenni consent à nous dire que cette aide eut « encore » son « côté négatif », car il y avait des gens qui travaillaient mal et étaient facilement factieux.. Soulignons en passant que le brevet de « factieux » était décerné par Moscou à ceux de ses agents qui, arrivés en Espatrais de la Révolution qui suraions l'air gne, respiraient à poumons l'air trais de la Révolution s'était raréfié en U.R.S.S. Soulignons aussi la chance que Nenni a eue de n'avoir pas été accusé d'être un « factieux » ces jours-là. liculièrement à ce qu'on pourrait appeler La partie du livre consacrée plus parune analyse de la guerre civile espagnole, est digne d'un leader social-démocrate susceptible de devenir à tout moment « homme d'Etat ». C'est en effet plutôt à travers ses implications diplomatiques (1) Editions François Maspero, Paris.

et le sort de la démocratie bourgeoise que la révolution espagnole y est traitée. A l'instar de tant d'autres, Nenni est convaincu que la défaite du peuple espagnol est la faute des gouvernements démocratiques qui, semble-t-il, claires conscience ete enjeu ne lautte. navalent pas une Comme ils ont du en rire, en ecoutant les réflexions de ce sage ! La bourgeoisie ne sachant pas où se trouve le salut de ses intérêts ! Voilà la découverte d'un de ses commis loyaux. La défaite républicaine aurait été — pourquoi pas ? - un peu aussi la faute des masses, et surtout de cette « lie de la société » qui s'abritait « derrière le drapeau rouge ou, de préférence, derrière le drapeau noir et rouge des anarchistes » Rive de Nem! (page 72). La haine de la révolution plebéienne sue par tous les pores dans le livre de Nenni. Sans aucune pudeur, notre ancien commissaire politique faire un amalgame entre les inévitables bavures d'une révolution prolétarienne ses commencements et l'action des comilés révolutionnaires, accuses d'etro «indisciplines », mais dont l'indiscipline n'était, dans la plupart des cas, que la révolte contre leurs dirigeants embourgeoisés ou pourris par la gangrène stalinienne. Les journées de Mai 1937, à Barcelone (qui, somme toute, ont ete la préfiguration de linsurrection hongroise de 1956 ; autrement dit, une révolution politique par Nenni comme un acte criminel dû à contre le cours stalinien) sont présentées Mais citons ce qu'il dit au sujet de ces journées-là :

« L'alternative était la suivante : soit renforcer le caractère prolétarien de la lutte, au risque de jeter dans les bras de la contre-révolution la bourgeoisie républicaine et les paysans, soit faire du combat contre le fascisme un combat national pour l'indépendance et pour la démocratie. En 1937, Caballero et son groupe inclinaient vers la première solution... La majorité des socialistes, les communistes, will Nous disposons encore de les républicains étaient, de leur côté, fermement résolus à renforcer l'autorité du Front Populaire et du gouvernement qui en était l'expression. Tel a été le fondement historique de la crise de mai 1937. Elle fut résolue par la victoire de la tendance Front Populaire et la formation du gouvernement Negrin ».

Il serait difficile de trouver une caractérisation plus juste du rôle foncièrement réactionnaire de ce Front populaire, à la gloire (?) duquel Nenni se consacra tout entier.

D'ailleurs, la conquête du pouvoir pour le prolétariat espagnol ne se posait point pour Nenni. Car « il faut concevoir la conquête socialiste du pouvoir comme l'aboutissement d'une lutte résolue et conséquente pour la démocratie » (page 20). Or, lEspagne étant un pays arriéré économiquement et avec des survivances féodales, il s'ensuivait - selon la thèse des nennistes — que la tâche était de restaurer la démocratie, de l'élargir jusqu'a... ce qu'elle accouche du socialisme.

Cependant, nous posons la question :

Que faire si les masses, luttant conséquemment et résolument, non pour la democratie en général, mais pour leurs droits démocratiques à elles, approchent ou même dépassent le point d' « aboutissement » et se voient de facto placées à la tête du pays ?

La réponse des croisés de la Démocratie a été donnée après la Libération par Maurice lhorez : il faut rendre les armes à 1 bourgeoisie pour qu'il n'y ait qu'un Etat, une armée, une police.

En France, cette « reconversion » a pu être opérée à froid en raison de conditions multiples. Par contre, en Espagne, il a fallu employer les grands moyens de la duperie, du chantage, de la terreur, avec l'aide de commissaires politiques dont le mouvement ouvrier international n'a pas pu se délivrer encore en nos jours.

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