Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 8

L'Inde et la Chine

M. Pablo · Quatrième Internationale, 18e année, n° 8 · janvier 1960 · p. 27-29 · 1 993 mots

In English: India and China (Fourth International No. 8, Winter 1959/1960).

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« C'est une partie du fait historique que le centre de gravité du conflit se déplace de l'Europe vers l'Asie », a déclaré Nehru le jour même où il accueillait Eisenhower à New-Delhi.

Il ajoutait : « Pour la première fois, une puissance voulant être mondiale se trouve sur notre frontière. Deux pays puissants font tace fun vers l'autre su 1.000 kilomètres des Himalayas, et aujour d'hui ils se regardent avec colère... Des changements puissants se concentrent sur les 600.000.000 de Chinois. Les 400.000.000 d'Indiens changent également, mais non de cette manière violente et abrupte. Si pays puissants s'affrontent d'une deux manière armée, c'est un événement mondial majeur » (1).

Durant neuf ans, il l'admet, Nehru a évité de soulever la question de la Chine, bien qu'il était au courant « que la Chine communiste émettait quelque sorte de revendication sur le territoire indien » (1) et qu'elle avait même administrativement et militairement établi son contrôle sur les territoires figurant dans les cartes chinoises. Pourquoi Nehru change-t-il actuellement d'attitude et va-t-il même si loin, jusqu'à laisser se profiler la menace d'une guerre possible entre la Chine et l'Inde?

L'explication majeure de ce retournement significatif se trouve en réalité dans les conséquences que commencent à avoir les événements du Tibet de cette année.

L' « amitié » de l'Inde et de la Chine durant ces dernières neuf années était en grande partie basée sur l'existence d'une la région des Himalayas qui sépare les barrière à régime féodal englobant toute quelque sorte le dynamisme de la révoludeux pays. Cette barrière endiguait en tion chinoise et diminuait considérablement le danger de contamination dans l'Inde féodo-capitaliste. Les événements du Tibet forçant le gouvernement de Pekin à procéder à une radicale transformation sociale de la zone des Himalayas, a fait sauter cette barrière. Désormais le torrent de la révolution chinoise en expansion s'engouffre à travers les montagnes et se répand en Inde même.

C'est la raison fondamentale qui fait balloter actuellement Nehru entre l'alarme et les menaces. La question dépasse déjà de loin une dispute au sujet de quelques positions frontalières, à intérêt stratégique certes tres , historique dat jamais gon ement très considérable, dans une région déserdéfinies. Il s'agit maintenant d'une affaite extrêmement plus grave, de la contare extremement plus grave, mination révolutionnaire de tous les terterritoires-tampons s'étendant sur 4.000 kilomètres qui devaient endiguer l'influence de la révolution chinoise : Bhutan, Sikkim, Nepal, Tibet, Kashmir.

(1) « New Herald Tribune » (10-12-59).

Aussi longtemps que ce danger n'existait pas, Nehru évita de soulever la question du contrôle établi par les Chinois sur les territoires figurant dans leurs cartes. Nehru admet par exemple qu'il savait, il y a deux ans deja, que les Chinois se trouvaient solidement installés dans le Ladakh et qu'ils avaient même construit une route. « Pour ne pas soulever les sentiments nationaux indiens », prétendit-il, il a caché cette information au Parlement. En réaliil a longtemps évité de négocier la délimitation des frontières, comme les Chinois n'avaient cessé de le demander, sachant que sa cause, même du point de vue historique et juridique, n'était pas tellement solide.

« La querelle avec l'Inde concerne des frontières qui furent fixées par la puissance impériale britannique », admet tranchement The Observer britannique (22-11-1959). Il ajoute : « La Grande-Bretagne, ayant conquis Inde, poussa ses frontières aussi loin qu'elle put le faire sans risquer une grande guerre. Ce tarsant, la Grande-Bretagne occupa une zone frontière indiens. La frontière avec la Chine là où elle fut tracée, fut fixée arbitrairement et subrepticement, ou par des traités dont Pekin aujourd'hui déclare qu'ils ne furent pas négociés correctement avec le gouvernement central chinois de l'époque ». (Souligné par nous).

Les incidents frontaliers de cette année n'ont pas eu lieu à la suite d'une soidisant incursion récente des Chinois en territoire indien, mais au contraire à la suite de l'envoi de patroullles indiennes dans des régions et des positions depuis longtemps contrôlées, administrativement et militairement, par les Chinois.

C'est là un point qui, en général, échappe aux critiques empressés de Pekin.

Mais pourquoi donc Nehru, si désintéressé pendant longtemps de la présence des Chinois dans ces régions et positions, se décida-t-il seulement dernièrement à les déloger manu militari

Voilà la question laquelle il faut maintenant répondre.

Ecoutons à ce propos l'opinion du Times anglais (28-12-59) que personne ne peut vraiment soupçonner de sentiments particulièrement une note é gane de la passe à des amicaux envers Pekin. Dans ditorialiste retentissante, l'orgrande bourgeoisie anglaise aveux extrêmement significatifs et importants. Nous les citons presnue en entier :

* Depuis que le pouvoir de la Chine a été raffermi au Tibet, toute la région des Himalayas a acquis une nouvelle importance.

« A certaines époques passées, cette zone peut avoir servi de zone-tampon. Mais elle a aussi été, pendant de longues périodes, sous l'influence soit de la Chine, soit de l'Inde. Maintenant l'influence chinoise pourrait revenir à nouveau au Nepal, au Bhutan et au Sikkim.

* Tous ces territoires ont, par moments, reconnu une sorte d'autorité de Pekin.

« Dire que la puissance de la Chine menace de s'étendre dans la région ne signifie pas imputer des projets aggressifs actuels aux Chinois. A vrai dire, ils ont été expressément niés à Pekin. Mais la continuelle transformation du Tibet ne peut se poursuivre dans un isolement total. Le changement filtrera toujours à travers ces hautes vallées et ces mornes plateaux dont la plupart des habitants sont plateaux dont la plupart des nabitants sont de race tibétaine. Ceci est vrai pour le Ladakh, des parties du Nepal et du Sikkim, presque tout le Bhutan et quelques peches le long de la ligne MacMahon. Pour le moment, les dirigeants et les prêtres de ces territoires ont réagi âprement contre Pekin et son œuvre. Mais le pouvoir absolu est mis en question même dans ces lieux éloignés et ceux qui le mettent en question ne sont peut-etre pas prets a detester les changements qui ont lieu de l'autre côté de la frontière.

on La perspect simple gu bien le pa- « La perspective à long terme est par grès au Tibet, imposé rudement, soit, mais visible par le changement matériel, entrainera lentement les peuples de ces autres territoires dans son orbite, ou bien l'Inde doit agir pour préserver ses propres frontières septentrionales contre cette perspective et pour raffermir ses lignes sur les cartes. Un état tampon ne peut survivre qu'aussi longtemps que les puissances de chaque côté respectent et estiment sa position et que son propre développement interne s'effectue dans le même isolement relatif. Ceci ne peut plus être vrai pour ces territoires himalayens. Dans les termes de Mao Ise-Toung, ils doivent pencher d'un côté ou de l'autre. Le déplacement peut ne pas se produire immédiatement une certaine neutralité peut et dont survivre. Mais a la question : de quel côté êtes-vous neutres ?, M. Nehru a maintenant exprimé la réponse indienne ». (Souligné par nous).

On ne pouvait pas être plus clair sur les conséquences révolutionnaires des événements du Tibet et sur les raisons profondes de la nouvelle attitude de Nehru, représentant conscient de la bourgeoisie indienne menacée.

Des événements récents confirment parfaitement ces conclusions. Nehru est en train d'exercer une pression vraiment d'ovareer braccion vraiment provocante sur le Nepal afin que cet Etat s'aligne avec New-Delhi contre Pekin. II est allé si loin, jusqu'a déclarer au Parlamentione " toute attaque contre le Nelement que « toute attaque contre le Nepal ou le Bhutan serait considérée comme une aggression contre l'Inde » !

Mais les masses de ces régions sont loin de goûter « l'amitié » et la « protection » шателпсь, Mamiestement te langase ca indiennes. Manifestement, le langage chinois de la révolution antiféodale au Tibet leur convient beaucoup mieux.

* Le pays des guerriers Gurkhas, entcuré de montagnes et coincé entre le Tibet de la Chine rouge et la plaine du Gange, est décidé à ne pas être entrainé dans ies querelles de Delhi avec Pekin », écrit le correspondant du News Chronicle (30-11-59) à Katmandu,

Tellement décidé que ses habitants se révoltent ouvertement contre les officiers indiens qui s'efforcent d'utiliser les guerriers Gurkhas, pour exterminer les artisans de e tibet et la

« L'Inde a troupes d'élite dant du Daily l'unification du Népal avec

Chine !

retiré presque toutes ses

Gurkhas, ecrit le correspon-

Express (2-12-09) a Calcutta, des deux régions stratégiques vitales du Sikkim et de l'Agence de la frontière du nord-est, les remplaçant par des régiments punjab de Sikhs. Ce mouvement suit des rapports confirmés de désaffection et d'activité politique intense parmi les Gurkhas, les durs combattants montagnards du Nepal et des districts environnants ».

« Une organisation appelée la Gurkha League a été active parmi les troupes Gurkhas ».

« Les membres de cette Ligue parlent d'une fraternité mongole dans laquelle le Nepal, le Tibet et la Chine seraient des « frères du même sang ». « Quand les troupes Gurkhas, commandées par des officiers indiens et destinées à la répression de tels membres de la Ligue, trouverent que les peuples sur lesquels 1s devaient tirer etalent leurs semblables, quelques unités devinrent complètement démoralisées ».

Ainsi l'hypocrisie de Nehru accusant la Chine d'avoir écrasé la révolte « nationale » au Tibet se démasque complètement dans sa propre tentative d'écraser la révolte nationale et sociale au Nepal. Provenance de la Chine et du Tibet s'en- La contamination révolutionnaire provenance de la Chine et du Tibet senfonce même plus profondément dans le territoire indien. Malgré l'attitude honteuse du Parti communiste indien sur les incidents frontaliers, et malgré l'agitation nationaliste que la bourgeoisie indienne a su alimenter parmi les masses, plus particulièrement petites bourgeoises du pays, les paysans indiens, affamés de terre et de justice, interprétèrent à leur manière les « provocations chinoises » ; ils continuent à voter par endroits massivement pour le P.C. indien.

Le même correspondant du Daily Express (3-12-59) à Calcutta câble : * Le Parti communiste indien vient de remporter une élection

P une circonscription de l'Agence de la

Antérieurement, le artielle cruciale dans de l'Assam, au bord frontière du nord-est.

siège avait été gagné deux fois par le Parti du Congrès. Celui- Celuiavait escompté avec confiance le résultat, notamment parce qu'il avait délibérément soulevé la question de la frontière chinoise pendant la campagne * (Souligné par nous).

Quand Nehru parle du nouveau fait « historique » que constituent à l'heure actuelle les relations Chine-Inde, qu'il veut présenter dans des termes de tension nationaliste, cela ne doit tromper personne.

C'est la révolution chinoise en expansion « Violente » et « brusque » qui menace le régime féodo-capitaliste pourrissant de l'Inde. Paysans serfs ou métayers des Himalayas et, au-delà des Himalayas, en profondeur dans le territoire de l'Inde, commencent à dresser l'oreille à l'écho puissant qui parvient de la terre bouleversée du Tibet et des campagnes revolutionnaires chinoises. La bourgeoisie indienne et l'impérialisme ont compris le danger intantanément.

Le rapprochement en cours entre NewDelhi et Washington, que la visite d Eisenhower, les propos échanges, les accords conclus, scellent actuellement, n'a pour but que d'essayer de consolider un bastion féodo-capitaliste réactionnaire « faisant contrepoids à la Chine ». (Le Monde, 11-12-59).

Insensiblement, le régime « neutraliste» de Nehru et de soi-disant « économie socialiste » assumée par la préponderance du secteur public sur le secteur privé, glisse vers une alliance, y compris militaire, avec l'impérialisme, et l'élargissement effréné des entreprises et des capitaux privés, y compris étrangers. Le 3€ plan quinquennal en préparation est base plus particulièrement sur l'apport escompté de ces derniers. Pour « se défendre » le cas échéant, « armes et beurre » sont également nécessaires, déclare Nehru, et il compte sur la comprehension deja acquise d'Eisenhower.

Mais il ne se passera pas longtemps pour que la bourgeoisie indienne s'aperçoive qu'une telle « défense » contre la révolution ne fera en réalité qu'accélérer l'irrésistible avance de cette dernière.

Sur les Himalayas, le tonnerre annonciateur de la tempête à venir gronde déjà.

15 décembre 1959.

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