Depuis les événements du Tibet au printemps passé, on ne cesse pas d'attiser la campagne réactionnaire contre la Révolution chinoise, qui tend à miner son influence parmi les masses asiatiques et coloniales en général.
Dans cette campagne, la bourgeoisie asiatique est de connivence évidente avec l'impérialisme, trop heureux de justifier la prolongation scandaleuse du blocus international de la grande Révolution chinoise. La bourgeoisie indienne a trouvé d'abord dans l'exploitation démagogique des evenements du Tibet, et ensuite dans ce qu'on appelle les « incidents fronta liers », l'occasion de détourner l'attention des masses indiennes de leur misère croissante vers un nationalisme exacerbe, et de les dresser contre la Chine, principal catalyseur du potentiel révolutionnaire qui s'accumule et menace d'exploser en Inde.
Car la Chine Populaire représente de toute évidence, objectivement, l'ennemi N° 1 de la bourgeoisie indienne, dans la mesure où ses progrès économiques et culturels turels contrastent de plus en plus avec la stagnation, sinon le recul de l'Inde, sous le régime bourgeois du Parti • du Congrès et de Nehru. toute un peine a ce de envers la chine L' « amitié » que ce dernier a, pendant n'était que nécessité faite vertu. Cette « amitié » était en réalité le prix à payer en échange de la politique extérieure ultra-opportuniste de la direction chinoise à l'égard de la bourgeoisie indienne, qui de connivence avec le Kremlin ordonnait au P.C. indien de garantir la « paix sociale » et d'appuyer Nehru.
Mais les réalités et exigences de classe sont en dernière analyse plus déterminantes que les « amitiés » calculées. La nécessite de détourner l'attention des masses indiennes de l'expérience révolutionnaire de la Chine et de les dresser même contre elle, devenait d'autant plus urgente que la situation ne cesse en réalité de se détériorer en Inde.
Une partie de plus en plus importante de la bourgeoisie indienne ne voit de solution que dans un rapprochement avec l'impérialisme américain, rapprochement allant ensemble avec un reclassement dans les alliances et les amitiés extérieures, et un durcissement à l'intérieur. Le rapprochement en cours avec le Pakistan et le voyage d'Eisenhower à Delhi sont des opérations entrant dans cet ordre d'idées.
Nehru, représentant plus souple, plus conscient également de sa classe, est en réalité l'artisan du renversement en cours Latre et arcser option puligne contr de la politique extérieure indienne et du faire et resser l'opinion publique contre climat intérieur. Lacher la Chine Popuelle est une précondition pour cette opération. Faisant semblant de céder à contre-cœur a la pression de l'opinion publique, Nehru n'a pas cessé en réalité de miner hypocritement l'amitié et la popularité de la Chine révolutionnaire, qu'il a mise en accusation aussi bien sur les événements du Tibet qu'ensuite sur ceux des frontières.
Expliquons-nous clairement sur cette dernière question. Ceci est d'autant plus nécessaire qu'aussi bien le Parti communiste indien que Khrouchtchev lui-même n'ont pas hésité à se désolidariser en fait de la Chine, et à l'incriminer indirectement comme principale responsable des « incidents frontaliers ».
Le Parti communiste indien, élevé dans la terveur patriotique pour ne pas dire chauvine, et dans lembellissement de la bourgeoisie indienne et de son « héros » Nehru, subit manifestement à l'heure actuelle la pression de l'opinion publique et capitule honteusement devant cette pression. C'est là la rançon inévitable de sa politique ultra-opportuniste à laquelle Pekin aussi bien que Moscou ont pour beaucoup contribué. , Quant à Khrouchtchev, qui affiche généreusement une « neutralité » égale envers la Chine, Etat ouvrier en plein developpement revolutionnaire, et Tinde, Etat bourgeois luttant désespérement contre la révolution qui murit et menace d'exploser, il obéit manifestement aux impératifs de sa politique de « coexistence pacifique » et de compromis avec l'impérialisme. Ce qui compte maintenant pour lui, c'est de donner des preuves qu'il reste nidele a lesprit de ses pourparlers avec Eisenhower.
C'est cette fidélité qui l'amène à découvrir par exemple les « liens historiques » qui ont enchaîné l'Algérie colonisée à l'impérialisme français, mais à ignorer des droits que la Chine révolutionnaire a des raisons autrement valables de considérer comme historiques concernant la délimitation de ses frontières avec l'Inde et le Pakistan. Dans le cas de l'Algérie, il s'agit pour Khrouchtchev de se rapprocher de de Gaulle au détriment de la Révolution algérienne. Dans le cas des « incidents frontaliers » il s'agit pour lui de sauvegarder « l'amitié » indienne au détriment de la Révolution chinoise. Naturellement, chacun peut à juste titre dé. dure qu'une telle attitude envers cette dernière trahit un état des relations entre Pekin et Moscou actuellement assez tendu, pour des raisons qui dépassent la dispute sino-indienne. L'avenir proche nous éclairera mieux sur cette question.
Revenons à l'essence de la dispute frontalière sino-indienne. C'est un fait admis par tous que la Chine révolutionnaire n'a jamais accepté jusqu'ici la ligne frontalière avec l'Inde et le Pakistan tracée dans le passé par l'impérialisme britannique (ligne Mac-Mahon) ou réclamée par NewDelhi et Karachi. Elle a déclaré au contraire que cette question devrait être ré glée à l'amiable « par des négociations amicales conduites d'une maniere bien préparée et pas à pas » (1).
Les points et régions frontaliers actuellement en dispute figuraient dans les cartes chinoises comme faisant partie de la Chine, et furent soumis depuis la Libération déjà au contrôle administratif et militaire effectif de la Chine.
C'est dans une telle région, contrôlée par la Chine depuis la Libération qu'a eu lieu, par exemple, le tout dernier incident du 20 octobre mettant aux prises une patrouille indienne et les forces chinoises depuis longtemps sur place.
Les marxistes révolutionnaires n'ont aucune raison spéciale pour accorder plus de crédit aux assertions du gouvernement bourgeois de Nehru qu'à celles du gouvernement ouvrier de Pekin. Ce dernier déclare que tous les incidents de ces derniers mois sont provoqués par des incursions des forces indiennes dans des territoires contrôlées depuis la Libération par la Chine, et que « bien que le gouvernement chinois puisse reconnaître la ligne. Mac-Mahon, illégale, les gardes frontières chinois n'ont jamais franchi cette ligne » (2).
Mieux encore : Si des points et des régions de la zone frontalière entre la Chine l'Inde et le Pakistan sont encore en réalité indéterminés et exigent une fixation, les marxistes révolutionnaires ne peuvent que favoriser clairement et sans complexe le point de vue chinois, c'est-à-dire le plus conforme aux intérets stratégiques de l'Etat chinois et de la Révolution chinoise.
Toute la dispute frontalière porte sur une région montagneuse, désertique des Hymalayas, mais d'un intérêt stratégique très considérable. Il s'agit en réalité de la ligne charnière entre les trois pays qui commande l'accès aussi bien de la Chine à l'Inde et au Pakistan que vice-versa — (l'accès de ces pays en Chine). Il n'y a absolument aucune raison pour que l'Etat ouvrier chinois se montre « généreux » et accorde gratuitement des positions stratégiques très importantes aux Etats bourgeois de Inde et du Pakistan, alliés de l'impérialisme.
Les marxistes révolutionnaires, y compris indiens et pakistanais, placés dans des cas pareils, commencent tout d'abord par accorder plus de crédit, et même un préjugé favorable, au point de vue de ¡'Etat ouvrier et non à leur propre bourgeoisie et par résister au courant chauvin que la bourgeoisie ne manquera pas de soulever pour miner le prestige et l'influence de la révolution voisine.
Les marxistes révolutionnaires ne peubien sur oublier que l'Etat ouvrier chinois est gouverné actuellement par une direction bureaucratique élevée à l'école stalinienne. Mais cette direction, dans des questions de disputes frontalières, défend fondamentalement - indépendement des formes éventuellement critiquables de certaines de ses actions - les intérêts de l'Etat ouvrier et de la révolution. Entre elle et la bourgeoisie nationale, marxistes révolutionnaires ne sont ni « neutres », ni à plus forte raison enclins à céder à n'importe quelle forme insidieuse du nationalisme.
Résolument, ils s'opposent au courant chauvin dans leur propre pays, démasquent la campagne hypocrite et réactionnaire de leur propre bourgeoisie, et subordonnent la critique éventuelle nécessaire de la direction bureaucratique de l'Etat ouvrier à la défense de ce dernier.
Il appartient actuellement tout naturellement à la IV: Internationale de tenir haut le drapeau de la défense de la grande Révolution chinoise qui gêne maintenant tellement le Kremlin et les staliniens indiens,
10 novembre 1959.
M. PABLO.
(1) Déclaration du ministre des Affaires Etrangères, en date du 26-10-1959.
(2) Ibid.