Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 8

L'Angleterre vote à droite, le L.P. vire à gauche

Quatrième Internationale, 18e année, n° 8 · janvier 1960 · p. 9-10 · 1 240 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Aux élections d'octobre 1959, le Labour Party a de nouveau perdu la partie. Malgré plus de 12 millions de votes et une perte de voix d'à peine 1,2 %, le L.P. se trouve écrasé par une majorité de plus de 100 députés tories décidés à se maintenir au pouvoir jusqu'à expiration complète de leu mandat.

Malgré les effets incontestables qu'ont eus le retournement favorable de la conjoncture économique, et l'exploitation habile par les tories du désir de paix des masses, la clientèle habituelle spécifiquement ouvrière du Labour Party lui est restée fidèle, et par endroits, comme en Ecosse, s'est même renforcée.

Le L.P. semble avoir perdu surtout parmi les couches petites bourgeoises gagnées par la « prospérité », femmes et hommes, employés, fonctionnaires. Il ne semble pas d'autre part avoir pu mordre sur la nouvelle génération d'électeurs qui pour la plupart ent voté tory.

La défaite du L.P., parti réformiste parlementaire, est quasi normale dans " Ta direction droite du Parti na co cu se tie conditions d'euphorie capitaliste aussi limitée et éphémère que soit celle-ci. A tranchée sur quelques questions fondamentales, la nationalisation par exemple ou le désarmement. Elle a voulu concurrencer le parti capitaliste par excellence des tories, en prétendant pouvoir amplifier les services du Welfare State dans le cadre du système social inchangé. Elle a réussi ainsi à la fois à décevoir la clientèle éminemment ouvrière qu'attirerait un programme de classe hardi, et à paraître démagogique devant d'autres couches ayant un sens sain des réalités.

Même si l'on admettait qu'en période d'essor économique, de larges couches petites bourgeoises voteraient de toute façon pour les tories, il reste qu'il y a toujours en Angleterre quelques millions d'ouvriers non syndiqués, et qui ne votent pas encore pour le Labour Party.

Une politique de classe conséquente de la part de ce Parti, des années durant, pourrait bien gagner ces couches au Parti. Mais en réalité on ne saurait exiger une telle politique conséquente d'un parti parlementaire, réformiste, au sein duquel opère toujours une fraction de dirigeants à idéologie bourgeoise ferme.

On ne saurait d'autre part, y compris en Angleterre, admettre qu'un parti se réclamant de la classe ouvrière, puisse vraiment conquérir et garder le pouvoir, en vue d'une transformation sociale radicale, par la voie parlementaire exclusive, sans mobiliser et organiser les masses en dehors de cette arène.

Comme il fallait s'y attendre, la troisième défaite consécutive du L.P. aux élections a provoqué une crise de conscience aiguë dans le parti, et le début d'une différenciation idéologique de grande importance, sans précédent dans l'histoire de ce parti.

La bourgeoisie victorieuse s'attendait à ce que ses agents idéologiques au sein du L.P. et des syndicats profitent de la défaite pour réussir la même opération que dans divers partis sociaux-démocrates de l'Europe continentale : se débarrasser de tout vestige « socialiste » et en particulier du principe de la nationalisation, et du caractère de classe du parti. Des lieutenants bien connus de Gaitskell ont effectivement sondé le terrain, afin de déclencher une telle opération.

Mais à l'encontre de ce qui vient de se passer dans les partis sociaux-démocrates allemand, autrichien, ou hollandais, la grande majorité du L.P. anglais et des syndicats a réagi à gauche, mettant littéralement en déroute l'offensive esquissée par la droite. La Conférence extraordinaire qui s'est tenue en novembre à Blackpool a confirmé que le courant dominant à l'heure actuelle, aussi bien dans les circonscriptions que dans les syndicats affiliés au Labour Party, tient solidement au principe de la nationalisation et au caractère de classe du parti.

En réalité, quelques fautes tactiques aidant commises par le clan droitier de Gaitskell, la direction de celui-ci est virtuellement en minorité, en face de la direction effective qu'exerce une coalition centriste allant de Bevan à Cousins en passant par Wilson. L'aile gauche se trouve renforcée par l'appui que certains syndicats lui accor dent actuellement, effrayés de voir qu'autrement l'offensive anti-syndicale de la bourgeoisie gagnerait du terrain avec l'aide de l'aile bourgeoise proprement dite du Labour

Et tandis que la vie idéologique dans les partis ouvriers de l'Europe continentale s'endort ou s'enlise dans les marais du plus vulgaire opportunisme, c'est en Angleterre qu'ont lieu actuellement les discussions doctrinales et politiques les plus vivantes et les plus fécondes. La presse de la gauche, de « Tribune » et de la nouvelle revue issue de la fusion du « New Reasoner » et de la « University and Left Review » jusqu'aux nombreux organes des différents groupements à tendance marxiste agissent au sein du mouvement travailliste, reflète un intense intérêt idéologique, quant au contenu, aux perspectives, à la tactique du socialisme et aux réalités politiques internationales actuelles. La question de la nationalisation est fortement débattue, en tant que substratum économique essentiel du socialisme, au moins dans la phase initiale.

Certes réformistes et centristes maintiennent la plus grande équivoque autour de cette question capitale. La bourgeoisie a centré ses attaques sur les nationalisations, sachant bien que si son opération réussissait, elle détruirait ainsi la doctrine de classe du Labour Party, et le transformerait en parti bourgeois libéral ordinaire, incapable de mettre en danger dans les années à venir les fondements du régime social actuel. D'autant plus que ces années risquent de voir s'affirmer les avantages décisifs de l'économie étatisée et planifiée des Etats ouvriers, sur celle de « l'entreprise libre » et concurrentielle.

La bourgeoisie anglaise veut également lever l'hypothèque qui pèse sur l'affluence des nouveaux investissements étrangers, des Etats-Unis en particulier, aussi longtemps que le Labour Party maintient sa doctrine sur les nationalisations.

Dans la coucurrence avivée qui se livre actuellement entre l'Europe continentale et l'Angleterre à qui attirera mieux les capitaux étrangers, la menace que représente la position du L.P. sur cette question est un handicap sérieux pour Londres.

L'aile pro-bourgeoise de la direction labouriste qui s'oppose à l'élargissement des nationalisations au profit d'une économie mixte largement privée et concurrentielle, exploite le manque d'intérêt sinon l'hostilité que les nationalisations partielles SouS contrôle de l'Etat capitaliste, réalisées au lendemain de la guerre, ont provoquée, à juste titre, parmi les travailleurs.

Jamais la direction labouriste n'a mené une campagne systématique pour populariser le contenu socialiste de l'étatisation de l'économie à savoir : qu'afin d'obtenir une économie nationale planifiée, travaillant non pour le profit capitaliste, mais pour les besoins collectifs de la société, il est nécessaire d'étatiser tous les principaux moyens de production, banques, compagnies d'assurances, grandes compagnies industrielles et commerciales capitalistes, transports, et de les administrer sous contrôle démocratique ouvrier et populaire.

Ce qui fait toute la différence qualitative avec des nationalisations partielles bureaucratiquement administrés par l'Etat capitaliste, au profit du capitalisme.

C'est à la tendance marxiste révolutionnaire unifiée travaillant au sein du Labour Party de définir et de clarifier le programme doctrinal et politique actuel sur lequel il est possible de regrouper travailleurs anglais et d'ouvrir la perspective d'une victoire décisive sur la réaction.

règne dans le mouvement travailliste, la tendance marxiste révolutionnaire unifiée doit tendre à organiser à la base une aile gauche conséquente qui tienne ferme et lutte dès maintenant pratiquement pour des questions telles que : une économie étatisée et planifiée ; une politique de paix par le désarmement unilatéral ; une tactique syndicale garanemploi et l'amélioration du pouvoir d'achat des masses, grâce à la lutte unie pour la réduction progressive des heures de travail et l'ajustement constant tissant le plein des salaires au coût de la vie et aux progrès de la productivité.

Une erreur sur cette page ?